Résumé de « La philosophie de l’inégalité » de Nikolaï Berdiaev
Automatique traduire
Ce traité du penseur russe fut écrit en 1918, au lendemain des bouleversements sociaux, et se présente comme un recueil de lettres adressées à ses ennemis idéologiques. Le texte est imprégné d’un esprit d’opposition religieuse au matérialisme et s’attaque aux idéologues des mouvements d’extrême gauche. Plus tard, en 1923, l’auteur y ajouta une postface depuis son exil à Berlin. Cet ouvrage est une confession passionnée d’un philosophe chrétien, qui tente de comprendre la catastrophe à travers le prisme des catégories ontologiques éternelles plutôt que celui des intérêts politiques conjoncturels.
Les origines spirituelles de la révolution et la nature de la société
La Révolution russe est par nature antireligieuse. Elle est née du déclin de la vie spirituelle et de la disparition d’un centre organisateur. Les révolutionnaires s’imaginent à tort être les créateurs libres d’un monde nouveau. Ils demeurent les instruments passifs de forces obscures et chaotiques. Les révolutions sont toujours précédées par la chute de l’ancien régime. La responsabilité de la chute de l’État incombe aux classes dirigeantes de l’ancienne Russie, qui n’ont pas su éclairer le danger et empêcher la catastrophe. La tragédie du peuple russe réside dans le faux équilibre entre masculin et féminin. L’âme passive et féminine de la Russie s’est longtemps appuyée sur l’idéal masculin extérieur du tsar. La disparition de cet idéal a entraîné la désintégration de la discipline sociale.
Pendant des siècles, l’intelligentsia russe a été gangrenée par le matérialisme et le populisme de gauche. L’idolâtrie des masses a étouffé l’idéal national. Les radicaux ont substitué à la religion de Dieu une religion sociologique. Les enseignements de Karl Marx et d’Auguste Comte ont réduit les liens organiques de la vie à des atomes et à des intérêts économiques. La société humaine est reliée au cosmos par des liens invisibles. La construction d’un paradis terrestre idyllique par la seule raison est vouée à l’échec. Toute émergence de lumière des ténèbres primordiales engendre l’inégalité. L’égalité absolue est identique au chaos primordial et au néant. L’inégalité cosmique se justifie par la destinée individuelle de l’âme humaine dans l’éternité.
État, nation et conservatisme
L’État naît de racines mystiques. Il ne saurait se réduire au contrat social rationnel de Jean-Jacques Rousseau. L’autorité a une source divine, décrite par l’apôtre Paul. Elle contient le chaos bestial de la nature pécheresse. La coercition étatique empêche l’existence terrestre de sombrer dans l’enfer. L’autorité est par nature hiérarchique. Les grands États transcendent inévitablement leurs frontières nationales. L’impérialisme des anciens Perses, d’Alexandre le Grand et des Britanniques revêt une importance historique liée à l’unification des espaces. Le christianisme impose des limites à l’omnipotence de l’État. L’Église défend la nature infinie de l’esprit contre les empiètements d’un César terrestre.
Une nation transcende la simple somme arithmétique de ses individus. Elle est un organisme mystique unissant les générations passées et futures. L’internationalisme de gauche étouffe la mémoire historique. Il efface les personnalités individuelles au profit d’abstractions économiques. Le destin du peuple juif témoigne de l’existence d’une destinée nationale unique et mystique, au-delà des frontières. Le conservatisme préserve le lien organique du temps, non l’inertie. Il résiste à la force destructrice du flux temporel. Le véritable conservatisme est indissociable de la créativité. L’enseignement de Nikolaï Fiodorov sur la résurrection des pères reflète profondément l’essence d’une attitude respectueuse envers le passé, par opposition à un futurisme destructeur.
Aristocratie contre démocratie
Le principe suprême de la vie sociale demeure l’aristocratie – le gouvernement des meilleurs. L’idéologie démocratique manque de profondeur ontologique. Elle soumet la vérité divine au jugement d’une majorité arithmétique. Le triomphe d’une démocratie cohérente est toujours éphémère. En réalité, l’histoire est dominée soit par l’aristocratie, soit par l’ochlocratie – le gouvernement des pires. En temps de crise, une fausse aristocratie de démagogues s’empare du pouvoir. Le fondement spirituel de la véritable aristocratie repose sur la noblesse de l’espèce et la conscience de la filiation divine. La psychologie plébéienne est nourrie par un ressentiment sous-jacent, une malice constante et l’envie de la grandeur d’autrui.
Égalité et liberté sont antagonistes. La liberté exige des différences et des distances qualitatives ; elle est profondément aristocratique. L’égalité détruit les qualités individuelles au profit de la quantité. Le pouvoir démocratique engendre la tyrannie égalisatrice de l’opinion publique. L’autocratie du peuple est plus terrifiante que la dictature d’un monarque, car elle s’immisce dans la vie privée et ignore les limites spirituelles. Le libéralisme défend à juste titre les libertés individuelles formelles. L’idéal libéral dégénère rapidement du fait de son éloignement des racines chrétiennes. La démocratie politique est incapable de générer de nobles valeurs créatives.
Illusions du socialisme et de l’anarchisme
Le socialisme est né du système capitaliste. Ces deux systèmes asservissent la liberté de pensée par une économie rigide. L’idéologie socialiste repose sur l’idéal consumériste et la soif de redistribution matérielle. Comparer le socialisme au christianisme est un blasphème. Le christianisme prêche une fraternité libre et bénie en Christ. Le socialisme impose une camaraderie forcée et mécanique, alimentée par la haine des classes possédantes. Les enseignements de Marx ont privé l’homme de sa dimension spirituelle. Le collectivisme extrême socialise les moyens de production et l’âme humaine elle-même. Il prive l’individu du libre choix entre le bien et le mal.
L’anarchisme de Max Stirner ou de Léon Tolstoï réduit la revendication de liberté à un vide sémantique. Le rejet de l’État, de la loi et de la hiérarchie plonge l’individu dans un chaos impersonnel. La liberté anarchique détruit les fondements ontologiques de l’univers. L’homme se retrouve seul face au néant. La protection de l’individu exige un ordre cosmique et une forme rigide. L’anarchie libère les instincts dionysiaques les plus bas, balayant l’image apollinienne de l’homme. La foi aveugle en la bonté innée de la nature humaine conduit à des orgies de violence.
Guerre, économie et crise de la culture
La lutte découle de la désunion pécheresse du monde. La guerre est profondément antinomique : elle sème la mort physique tout en cultivant l’esprit. Les grandes vertus du sacrifice sont nées dans le creuset des batailles. Le pacifisme bourgeois craint la mort physique car il ne croit pas à l’immortalité de l’âme. La paix est souvent marquée par des meurtres spirituels invisibles. L’armée est maintenue unie par une sacralité irrationnelle. Rationaliser les objectifs de la guerre conduit à la désintégration instantanée des troupes. Les affrontements historiques entre États sont plus nobles que les luttes civiles de classes, où l’homme finit par perdre son intégrité morale et se transforme en bête.
L’économisme a étouffé les aspirations spirituelles de l’humanité. L’avènement des machines a bouleversé le rythme organique de la nature. Si les machines détruisent impitoyablement la matière organique, elles libèrent en revanche une énergie spirituelle précieuse pour de nouvelles entreprises. L’économie est rigidement soumise aux lois de la nécessité matérielle. Le développement des forces productives exige des inégalités sociales et une discipline du travail. La propriété privée renforce le lien de l’homme à la terre et la mémoire des ancêtres. Elle transcende la fluidité du temps. Le socialisme perçoit le monde comme un objet de pillage consumériste. Le véritable but de l’économie est une victoire miraculeuse sur les forces destructrices.
Toute culture authentique est noble et indissociable du culte religieux. Elle aspire à l’éternité et résiste au déclin. Une civilisation utilitariste prospère grâce au confort immédiat. La culture est l’œuvre d’une élite. La démocratisation en abaisse inévitablement la qualité. Au sommet du développement créatif, une crise profonde surgit. Friedrich Nietzsche, Konstantin Leontiev et Fiodor Dostoïevski ont perçu avec acuité l’incommensurabilité des productions culturelles face à la soif d’une existence ontologique nouvelle. L’idéologie scythe appelle, à tort, à un retour à un état primordial. La voie de l’humanité passe par l’épuisement de la culture pour aboutir à une transformation supraculturelle.
Le Royaume de Dieu et l’existence post-historique
Le sens de l’histoire réside dans la quête du Royaume de Dieu. Ce but absolu transcende les limites terrestres. L’espoir d’un paradis terrestre, source de plaisirs sensoriels, fait écho au chiliasme juif antique. Les utopies sociales terrestres rejettent le mystère du Golgotha. Les radicaux aspirent à s’affranchir de la souffrance et de la rédemption. L’eschatologie chrétienne évoque la transformation à venir du cosmos, non la prospérité matérielle. L’histoire, dans le temps, ne fait que projeter des processus ayant leur origine dans l’éternité. Le triomphe final sur le temps mortel se réalise dans une autre dimension.
L’Apocalypse prédit la progression inéluctable du mal et le combat contre l’Antéchrist. Les promesses socialistes de satiété sans Dieu font écho aux tentations rejetées par le Sauveur dans le désert. L’Antéchrist à venir tente l’humanité avec des vérités dédoublées. Dans le climat spirituel trouble des temps modernes, l’individu perd ses repères. La solution exige un renforcement de la discipline intérieure et un courage chevaleresque. Il est impossible de bâtir une société parfaite par des actes politiques extérieurs. Les nations doivent connaître une profonde repentance intérieure. Le véritable salut se trouve uniquement dans la quête de la réalité divine.
- « En avance sur son temps : Essai sur la vie et l’œuvre de Thomas More » par Anatoly Varshavsky, Résumé
- Sur le chemin de la lumière
- L’impressionnisme en tant qu’impression et inspiration à Amsterdam
- L’artiste Stanislav Voronov a apporté à Cheboksary "impressions françaises"
- Impressions de voyages dans les pays européens avec les nouvelles œuvres d’Alexei Myasnikov
- Impressions tibétaines de Miroslava Kazantseva lors de son exposition personnelle
Vous ne pouvez pas commenter Pourquoi?