Culture matérielle et artefacts de Mésoamérique
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La région mésoaméricaine, qui englobe les territoires actuels du Mexique, du Guatemala, du Belize, du Honduras et du Salvador, se caractérise par une forte concentration de vestiges archéologiques témoignant de techniques de travail de la pierre avancées et de croyances cosmogoniques complexes. L’étude des objets matériels des civilisations précolombiennes permet de reconstituer les chaînes de production et la stratification sociale des sociétés anciennes sans dépendre de sources écrites, dont la plupart ont disparu. Ce rapport examine des groupes d’artefacts clés qui ont suscité le plus de débats au sein de la communauté scientifique quant à leurs méthodes de production et leurs fonctions.
Têtes colossales olmèques : géologie et logistique du déplacement
La sculpture monumentale de la culture olmèque, datant de 1200 à 400 avant notre ère, est représentée par dix-sept exemples connus de têtes de pierre géantes. Dix d’entre elles ont été découvertes à San Lorenzo, quatre à La Venta, et les autres à Tres Zapotes et dans ses environs. Ces artefacts ont été taillés dans des blocs massifs de basalte, une roche volcanique très dense.
Analyse pétrographique et sources des matières premières
Des études géochimiques indiquent que la matière première était constituée de blocs de basalte provenant de la Sierra de los Tuxtlas, et plus particulièrement du volcan Cerro Cintepec. La distance entre les carrières et les sites des monuments varie de 60 à 100 kilomètres. La difficulté du transport s’explique par l’absence d’animaux de trait et de véhicules à roues chez les Olmèques. Le poids des sculptures est très variable : de 6 tonnes à 50 tonnes pour les plus imposantes.
Hypothèses de transport et de traitement
La théorie dominante suggère un mode de transport combiné. Dans un premier temps, les blocs furent déplacés par voie terrestre à l’aide de rouleaux, de traîneaux et de leviers en bois. Dans un second temps, lors de la traversée du dense réseau fluvial du bassin de Coatzacoalcos, de grands radeaux de balsa furent utilisés. L’archéologie expérimentale confirme la faisabilité du transport de telles charges par des centaines de personnes, compte tenu de la présence de chaussées et de remblais aménagés.
Le fait que ces monuments aient été remaniés est remarquable. L’analyse microscopique de leur surface et la présence de dos aplatis sur certaines têtes suggèrent que nombre d’entre elles étaient à l’origine des autels ou des trônes pour les souverains. Après la mort d’un dirigeant ou un changement de dynastie, le trône était rituellement remanié : un portrait était sculpté, préservant ainsi l’« âme » et le statut du défunt. Les casques caractéristiques qui ornent ces têtes sont interprétés comme des attributs de joueurs d’un jeu de balle rituel.
Le sarcophage K’inich Hanaab de Pakal Ier : iconographie et cosmologie
Le tombeau de Pakal le Grand, souverain du royaume de Ba’akul, découvert en 1952 par Alberto Ruz Lhuillier dans le « Temple des Inscriptions » (Palenque), renferme l’un des reliefs les plus complexes de la période classique maya. Le couvercle monolithique du sarcophage, pesant cinq tonnes, est orné de sculptures illustrant le passage du souverain du monde des vivants à l’au-delà, à Xibalba.
Structure compositionnelle du relief
L’axe central de la composition est occupé par une représentation en forme de croix de l’Arbre du Monde (Wacah Chan), sur les branches duquel se perche l’Oiseau du Ciel (Itzam-Yeh). Cet axe relie les trois niveaux de la création : le monde souterrain, la terre et le ciel. Pakal lui-même est représenté au moment de sa mort et de sa renaissance simultanée. Il est perché dans une posture instable sur le masque du Dieu de la Terre, dont les mâchoires (des gueules de serpent squelettiques) sont ouvertes, symbolisant l’entrée du monde souterrain.
Symbolisme des éléments
- Motifs végétaux : des pousses de maïs jaillissent du corps du souverain, l’identifiant au dieu du maïs (Hun-Hunahpu), divinité de la fertilité mourant et ressuscitant.
- Serpent à deux têtes : Il encadre la scène, marquant le firmament et le mouvement des corps célestes.
- Bord de la dalle : Contient une « bande céleste » avec des glyphes du Soleil, de la Lune, de Vénus et d’autres planètes, ainsi que des portraits des ancêtres de Pakal, légitimant son pouvoir.
L’interprétation scientifique rejette catégoriquement les théories pseudoscientifiques concernant la nature technogénique de l’image («astronaute dans une capsule»). Tous les éléments considérés comme des «mécanismes» (appareil respiratoire, pédales) sont des symboles mayas canoniques : plats sacrificiels, ornements de jade, plumes de quetzal et éléments stylisés du système racinaire de l’Arbre du Monde.
La Pierre du Soleil (Piedra del Sol) : la structure du temps
Le disque monolithique, souvent appelé à tort « calendrier aztèque », a été découvert en 1790 sur la place du Zócalo à Mexico. Cet artefact en basalte à olivine mesure 3,6 mètres de diamètre, 98 centimètres d’épaisseur et pèse environ 24,5 tonnes.
Fonction
L’objet n’était pas un calendrier au sens utilitaire du terme (pour compter les jours). Les archéologues le classent comme un temalacatl, un autel sacrificiel ou une plateforme pour les combats rituels de gladiateurs. L’inachèvement de certains détails sur les faces latérales indique que la construction du monument a été interrompue, probablement à cause d’une fissure apparue dans le monolithe lors de sa taille.
Schéma cosmogonique
Le disque central contient le symbole Nahui Ollin (Quatre Mouvements), désignant l’actuelle Cinquième Ère de la Création. Au centre figure le visage de la divinité Tonatiuh (ou Telatlipuka), dont la langue, taillée comme un couteau sacrificiel en silex, symbolise le besoin de sang du soleil pour entretenir son mouvement. Quatre panneaux carrés entourant ce visage central représentent les ères précédentes (du Soleil), chacune s’achevant par une catastrophe.
- Le Soleil du Jaguar : Des hommes étaient dévorés par des jaguars.
- Soleil du Vent : Détruit par les ouragans.
- Soleil de Pluie : Tué par la pluie de feu (activité volcanique).
- Soleil d’eau : s’est terminé par une inondation.
Des anneaux concentriques entourant le centre contiennent les symboles des 20 jours du mois aztèque (tonalpohualli) et des rayons solaires. Le bord extérieur est ceinturé de deux serpents de feu (Xiuhcoatl), qui aident le soleil à se déplacer dans le ciel.
Anomalie de mica à Teotihuacan
Lors des fouilles menées au complexe de Teotihuacan (Michoacán, Mexique) au début du XXe siècle, puis dans les années 1970 par le groupe Viking, d’épaisses couches de mica ont été découvertes entre les sols des complexes résidentiels et cérémoniels. Le mica est un minéral diélectrique très résistant à la chaleur, rarement utilisé comme élément de structure dans la construction.
Le problème de l’origine
La surface recouverte de mica dans l’un des complexes atteignait 9 mètres carrés. L’analyse chimique des échantillons a révélé une composition spécifique en éléments traces : molybdène, manganèse, titane et lithium. Une analyse comparative de la composition isotopique a montré que le mica ne provenait pas de gisements locaux d’Oaxaca. La source géologique la plus proche présentant un profil chimique identique se situe au Brésil, à plus de 4 000 kilomètres de Teotihuacan.
Ce fait soulève des questions quant aux capacités logistiques de la civilisation de Teotihuacan. Une route terrestre traversant la jungle amazonienne et la cordillère des Andes semble improbable. L’existence d’une route commerciale maritime d’une telle ampleur au premier millénaire de notre ère n’est étayée par aucune preuve archéologique directe (vestiges de navires ou infrastructures portuaires). La fonction des couches de mica demeure sujette à conjecture : d’une fonction décorative (réflexion de la lumière) à une fonction d’isolation des espaces rituels contre l’humidité ou les variations de température.
Sphères de pierre Diquis : géométrie et traitement abrasif
Plus de 300 pétrosphères – des sphères de pierre parfaitement rondes dont le diamètre varie de quelques centimètres à deux mètres – ont été découvertes dans le delta du fleuve Diquís, au Costa Rica. Les plus grandes pèsent jusqu’à 16 tonnes. Ces artefacts sont attribués à la culture de Diquís (700-1530 apr. J.-C.).
Technologie de production
Les matériaux utilisés pour la plupart des sphères étaient du gabbro (une roche ignée semblable au basalte), de la granodiorite et du calcaire. L’étude des surfaces exclut l’utilisation de tours ou d’outils métalliques. Le cycle de production comprenait les étapes suivantes :
- Dégrossissage : Procédé consistant à marteler une pièce pour lui donner une forme approximativement sphérique.
- Chaînage : Élimination ponctuelle des aspérités pour niveler la surface.
- Traitement thermique : Le chauffage et le refroidissement contrôlés ont permis l’élimination de fines couches de pierre (écaillage), éliminant ainsi les défauts.
- Polissage : Finition au sable et à l’eau, puis polissage au cuir jusqu’à obtenir un brillant miroir (préservé uniquement sur certains spécimens enfouis).
Les méthodes modernes de conservation des sphères comprennent leur réenfouissement sous des couches de géotextile, de gravier et de sable afin de stabiliser les conditions de température et d’humidité et de les protéger des sols acides.
Codex mayas : Calculs astronomiques
Parmi les milliers de livres (codex) qui existaient en Mésoamérique, seuls quatre manuscrits mayas nous sont parvenus. Le Codex de Dresde est le plus important pour comprendre le potentiel scientifique des Mayas. Ce manuscrit est écrit sur du papier fabriqué à partir d’écorce de figuier ) amatl), enduit d’une couche de chaux.
Le Codex de Dresde et les cycles de Vénus
Le document contient des tables astronomiques d’une extrême précision. Les Mayas ont calculé la période synodique de Vénus (le temps nécessaire à la planète pour revenir à la même position dans le ciel par rapport au Soleil) à 584 jours. La valeur moderne est de 583,92 jours. Cet écart a été corrigé par un système complexe d’insertions ; l’erreur cumulée était inférieure à deux heures sur 500 ans. Le codex contient également des tables d’éclipses lunaires et des prévisions des saisons des pluies, essentielles au cycle agricole.
Crânes de cristal : le problème de la vérification
Les «crânes de cristal» (faits de quartz ou de cristal de roche) sont depuis longtemps considérés comme des chefs-d’œuvre de la sculpture sur pierre aztèque ou maya. Les plus célèbres sont le crâne Mitchell-Hedges, le crâne du British Museum et le crâne de la Smithsonian Institution.
Des études au microscope électronique à balayage (MEB) menées dans les années 1990 et 2000 ont révélé des rainures parallèles caractéristiques à la surface des crânes. Ces marques sont produites par une meule abrasive rotative montée sur un axe rigide (technique lapidaire). Les artisans mésoaméricains de l’Antiquité utilisaient du sable, de l’eau et des forets en bois et en cuivre, ce qui produisait une microstructure de surface différente et des trous coniques. De plus, l’analyse des inclusions de quartz (chlorite) a révélé que la matière première de certains crânes provenait de Madagascar ou du Brésil, régions inaccessibles au commerce précolombien. La plupart de ces objets ont été fabriqués en Europe (probablement à Idar-Oberstein, en Allemagne) dans la seconde moitié du XIXe siècle et vendus par l’antiquaire Eugène Boban à des collections muséales.