« Culture :
Les origines de l’inimitié » d’Evgueni Elizarov, résumé
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Ce livre est un essai philosophique profond écrit dans les années 1990. Le texte établit un lien entre les plus hautes réalisations de l’esprit humain et les processus biologiques, arguant que les origines de la haine ethnique résident dans le rejet physiologique par le corps des rythmes de vie étrangers.
Le problème de la culture et de la civilisation
Evgueni Elizarov entame sa réflexion par un paradoxe : la culture unit les peuples. Pourtant, les différences de traditions constituent le principal prétexte aux effusions de sang. Les idéologies alimentent des confrontations suicidaires. L’auteur cite l’exemple classique de la vengeance impitoyable de Taras Bulba contre les Polonais pour avoir profané des coutumes sacrées. Qu’ils soient explicitement ou non visés, catholiques et huguenots, Blancs et Rouges s’entretuent sans hésiter pour les plus insignifiantes divergences de mode de vie. On donne sa vie pour les concepts abstraits de sa foi ancestrale, souvent sans même en comprendre le véritable sens.
Pour expliquer ce phénomène, le penseur établit une distinction stricte entre culture et civilisation, s’appuyant sur les concepts d’Oswald Spengler. La civilisation englobe les formes tangibles : palais, toiles, presses à imprimer, ordinateurs. La culture, quant à elle, dissimule sa signification spirituelle derrière ces formes. La substance matérielle de tout signe est inerte en elle-même. L’apôtre Paul l’a d’ailleurs qualifiée de « lettre morte », dénonçant les pharisiens qui réduisaient l’homme en esclavage pour le sabbat. Comprendre la véritable révélation exige un effort de l’âme, qui peut parfois durer toute une vie. Le levant progressif des voiles superficiels estompe la frontière entre civilisation aride et culture vivante.
Mécanismes de la perception et mémoire corporelle
Un signe matériel est dépourvu d’information interne. La compréhension du monde ne peut se faire que par l’interaction humaine concrète avec l’environnement. S’appuyant sur les concepts de George Berkeley et de Karl Marx, Elizarov démontre l’impossibilité de l’existence d’un objet sans sujet percevant. Tout objet acquiert une réalité au moment du contact pratique avec une personne. Un livre ne prend vie que lorsqu’on le lit, à l’instar d’un miroir dont le reflet n’apparaît que lorsqu’on le regarde.
Le corps mémorise les objets extérieurs d’une manière très spécifique. Le cerveau humain ne fonctionne pas comme un disque magnétique d’ordinateur. Le corps enregistre ses propres schémas moteurs, qu’il utilise pour se déplacer dans son environnement. L’auteur donne l’exemple de vers simples dans un labyrinthe en T. L’animal mémorise le nombre de pas et de virages. La mémoire fonctionne comme un mécanisme de reproduction continue d’actions apprises, sous la forme de compétences motrices condensées. Au niveau subcellulaire, les tissus vivants vibrent constamment, préservant ainsi leur capacité à recréer l’expérience de manière autonome. Les mouvements microscopiques s’adaptent aux caractéristiques géophysiques et climatiques de la région. L’expérience individuelle laisse son empreinte sur chaque cellule. L’«étotype» unique de toute communauté sociale est précisément créé par ces pulsations imperceptibles.
L’émergence de la conscience à partir du rituel
La transition de l’animal à l’humain a débuté avec l’intégration de plusieurs outils différents au sein d’une même chaîne technologique. Les animaux sont incapables de saisir le lien entre une pierre lourde et la hache tranchante qu’elle permet de fabriquer. L’ancêtre lointain de l’humanité a su maîtriser ce lien subtil grâce à des actions rituelles. Le rituel est apparu comme une imitation de l’activité réelle, une pantomime collective exécutée sans contact direct avec la matière. La répétition collective a soudé les communautés primitives et synchronisé leurs rythmes.
Au fil des millénaires, le rituel se réduisit à un simple geste. Ce geste devint le premier véritable signe. Il commença à désigner une séquence complexe d’actes de travail, désormais invisibles à l’observateur extérieur. Progressivement, le monde matériel créé artificiellement commença à dicter les modes de mouvement du corps. Le mouvement corporel se trouva subordonné à la coupe des vêtements, aux rythmes de production et à la forme des outils. Les objets qui entouraient les humains les séparèrent de leurs instincts animaux et façonnèrent leur pensée abstraite. Le besoin d’activité pour l’activité elle-même remplaça la simple satisfaction de la faim.
Illusion de transfert de pensée
L’auteur remet en question la notion conventionnelle d’échange d’informations. Les systèmes de signes ne transmettent pas des pensées préétablies d’un esprit à l’autre. L’information ne vole pas de l’orateur à l’auditeur à travers le vide spatial sous forme de messages. Le signe agit comme un stimulus physique, un déclencheur. Il provoque la résonance des mécanismes biologiques internes du récepteur. L’auditeur ou le lecteur construit alors lui-même des images dans son esprit.
Elizarov cite l’exemple de Socrate dans le dialogue «Ménon» de Platon. Le philosophe antique n’enseignait rien directement à son esclave. Il posait des questions suggestives, incitant le jeune homme à découvrir par lui-même des lois mathématiques complexes. Emmanuel Kant, dans sa «Critique de la raison pure», soutenait également que l’espace et le temps sont déterminés par la structure même de la conscience. Un échange d’idées fructueux exige une profonde adéquation entre les étiologies biologiques des interlocuteurs. Lorsque les rythmes internes diffèrent radicalement, la compréhension disparaît. Les paroles d’une personne peuvent rendre les neurones d’une autre complètement sourds.
Le sens d’un mot ne se limite pas à un dictionnaire. Chaque signe puise dans l’expérience individuelle tout entière. Le mot « pain » évoque des sentiments totalement différents chez ceux qui ont survécu au siège de Leningrad et chez leurs contemporains bien nourris. Elizarov rappelle la célèbre expression de l’académicien Shcherba à propos d’une « gloka kuzdra ». Les mots artificiels n’ont pas de définition lexicale, mais leur syntaxe oblige instantanément le cerveau à construire une image vivante. Chacun crée toujours son propre sens.
Racines subcellulaires de la haine
Nous découvrons ici la véritable origine de l’inimitié humaine. Les individus issus d’environnements naturels et matériels différents possèdent des ethétérosiss distincts. Leurs cellules vibrent à des fréquences différentes. Lorsque des cultures étrangères se rencontrent, une profonde dissonance biologique se produit. L’auteur rappelle le principe de rejet des tissus transplantés en médecine : les cellules étrangères sont éliminées par l’organisme. La réaction sociale est le reflet de la réaction biologique.
Le corps rejette instinctivement tout ce qui perturbe son harmonie interne. La peur physiologique des rythmes étrangers est façonnée par l’esprit en mythes religieux ou patriotiques. L’idéologie masque l’horreur inconsciente que le vivant éprouve face à un corps étranger. Les Croisades, qui pillèrent les autels de Constantinople chrétienne en 1204 sous l’égide des Occidentaux, et l’antisémitisme européen séculaire, culminant avec l’Holocauste nazi, illustrent les conséquences terribles d’une profonde dissonance cellulaire. L’aliénation et la haine féroce de l’étranger sont dictées par les fonctions protectrices de la chair. Il est impossible de modifier ce processus par des arguments logiques. Le nihilisme juridique en Russie s’explique également par le décalage entre les abstractions juridiques occidentales et le sens organique russe de la justice personnalisée.
Plasticité mystique de l’esprit
Le corps possède une flexibilité étonnante et la capacité de s’adapter aux schémas de pensée d’autrui. Un écrivain peut s’immerger tellement dans un personnage que son corps réagit physiquement. Maxime Gorki, lorsqu’il décrivait une scène de meurtre, se voyait apparaître une stigmatisation hémorragique au foie. Pendant des siècles, des fanatiques religieux ont simulé l’apparition des plaies du Christ crucifié sur leur propre corps.
Elizarov décrit le phénomène de transfert complet de l’expérience individuelle. Le journaliste américain Frank Edwards a relaté l’histoire étonnante de Shanti Devi, une fillette de trois ans originaire de Delhi, en Inde. Elle se souvenait d’une vie antérieure à Muttra. Elle a nommé son époux, Kedarnath, a reconnu sa maison et ses proches, et s’est remémorée les circonstances de sa mort en couches. Les scientifiques n’ont trouvé aucune preuve de supercherie. Le philosophe y voit une preuve frappante que le corps humain est potentiellement capable de s’accorder à n’importe quel rythme de l’univers et de reproduire le destin d’autrui.
Rêves d’unité et de normes de masse
La haute culture témoigne constamment des dissensions. Parallèlement, elle rêve depuis des siècles d’un âge d’or et d’une trêve universelle. Le rêve napoléonien de domination mondiale était paradoxalement alimenté par l’idée d’unir les nations en une seule famille harmonieuse, dotée de lois communes et d’une monnaie unique. Les grands conquérants ont tenté d’éliminer la peur de l’étranger par l’unification forcée des États. La théorie économique de Karl Marx, qui lie le développement des forces productives à la disparition des dissensions de classes, a également servi de moyen pour sauver le monde d’une désunion sanglante. Selon le marxisme, les choses et les biens véhiculent des relations sociales. La propriété partagée de biens identiques unit les individus.
Le chercheur propose une perspective inédite sur la modernité. Méprisée par les intellectuels, la culture de masse remplit une mission historique majeure. Rythmes pop identiques, intrigues standardisées et articles à la mode harmonisent de force les vibrations cellulaires des individus à travers le monde. Ils façonnent de force une seule ethnie planétaire. L’unification efface les différences biologiques. La standardisation du quotidien atténue les dissonances physiologiques sous-jacentes et fait disparaître les anciennes inimitiés tribales.
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