Un résumé des Satires de Decimus Junius Juvenal
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Ce chef-d’œuvre de la littérature romaine, composé au début du IIe siècle apr. J.-C. (vers 100-127), est un recueil de seize vers en hexamètre dactylique. Sa caractéristique la plus marquante est son ton incisif et caustique («l’indignation engendre le vers»), par lequel l’auteur dénonce les vices de la société romaine contemporaine, en proie à la décadence morale, à la corruption et à l’hypocrisie.
Livre I : L’hypocrisie, le danger du capital et l’humiliation des pauvres
L’auteur commence par expliquer les raisons qui l’ont poussé à se tourner vers la satire. Il est las des interminables digressions de poètes sans talent qui ressassent des histoires mythologiques, alors que la vie romaine regorge d’anecdotes bien plus scandaleuses. Juvénal affirme qu’il est difficile de ne pas écrire de satire lorsqu’un eunuque épouse une femme dans la rue, lorsqu’un ancien barbier s’enrichit et défie les patriciens, et lorsque les délateurs prospèrent. Le poète observe comment le crime devient le chemin le plus court vers la richesse : empoisonneurs et escrocs se déplacent en litière, toisant la foule.
La seconde satire critique les hypocrites qui, tout en feignant la moralité à la manière des philosophes antiques, se livrent à la débauche en secret. L’auteur évoque des hommes qui, par leurs paroles, vantent la vertu, mais qui, en réalité, participent à des orgies et vont jusqu’à épouser d’autres hommes, en respectant les rites matrimoniaux. Il cite notamment l’exemple de Gracchus, qui versa une dot à un trompettiste et signa un contrat de mariage.
La troisième satire est consacrée au départ de Rome d’Umbricius, un vieil ami de l’auteur. Umbricius s’arrête à la porte de Capena et explique pourquoi il est impossible à un homme honnête de survivre dans la capitale. Rome est envahie d’étrangers, surtout de Grecs, prêts à commettre les pires bassesses pour s’enrichir. La pauvreté est devenue une source de ridicule : on juge un homme non pas à son âme, mais au nombre d’esclaves qu’il possède et à l’importance de sa bourse. La vie citadine est un danger constant : des maisons délabrées menacent de s’effondrer, et les incendies nocturnes détruisent les maigres possessions des pauvres, comme Codrus, qui perd son lit et son unique livre. Les riches, quant à eux, reçoivent tant de présents lors d’un incendie qu’ils s’enrichissent encore davantage. La nuit, les passants sont menacés par des brigands, des ivrognes et des objets tombant des fenêtres.
La quatrième satire transporte le lecteur au palais de l’empereur Domitien. Un pêcheur capture une plie gigantesque et, n’osant la vendre, l’offre en présent à l’empereur. Domitien convoque un Conseil d’État pour décider de la préparation du poisson, pour lequel il n’existe aucun plat convenable. Les courtisans accourant au palais sont décrits sur un ton sarcastique. Parmi eux se trouvent l’informateur Catulle et le glouton Montanus. Les conseillers, tremblants de peur devant le tyran, discutent de la question culinaire avec la plus grande importance d’État, tandis que Domitien les terrorise.
La cinquième satire décrit la situation humiliante d’un client parasite lors d’un dîner chez le riche mécène Virro. L’invité, Trebius, se voit servir du vin aigre et du pain moisi, immangeable, tandis que l’hôte savoure du vin fin et les pâtisseries les plus moelleuses. Virro se régale de homard, de gardon et de murène, tandis que l’invité se voit servir une écrevisse avec un demi-œuf et une anguille pêchée dans les eaux usées du Tibre. Le but d’un tel dîner n’est pas de nourrir le pauvre homme, mais de le faire souffrir en l’obligeant à assister à la gloutonnerie du riche, et de bafouer complètement sa dignité.
Livre II : Les vices des matrones romaines
La sixième satire est une longue diatribe contre les femmes. L’auteur dissuade Postume de se marier, affirmant que la chasteté a depuis longtemps quitté la terre. Les matrones romaines, selon le poète, sont plongées dans la fornication. Il décrit Eppia, l’épouse du sénateur, qui s’enfuit en Égypte avec un gladiateur, abandonnant sa maison et ses enfants. Il évoque Messaline, l’épouse de l’empereur, qui quittait le palais la nuit pour travailler au lupanar sous le nom de Licisca, se donnant à tous les hommes.
Les femmes sont accusées d’extravagance, de tyrannie envers leurs maris et de cruauté envers les esclaves. Si un mari ne satisfait pas leurs caprices ou ne subvient pas à leurs besoins, elles lui font vivre un enfer. L’auteur décrit des femmes superstitieuses qui vénèrent des divinités orientales – Isis, Cybèle – et consultent des diseuses de bonne aventure juives. Une attention particulière est portée aux empoisonneuses qui, à l’instar des mythiques Médée ou Clytemnestre, se débarrassent de leurs beaux-fils et maris par le poison, non par jalousie, mais par appât du gain.
Livre III : Le destin des intellectuels et la signification des origines
La septième satire examine la condition des intellectuels. Les poètes sont contraints de solliciter des mécènes, mais les riches se contentent de les complimenter sans les rémunérer. Historiens et avocats mènent eux aussi une existence misérable. Les avocats sont obligés de feindre la richesse pour attirer les clients, dépensant leurs dernières ressources en vêtements de luxe et en carrosses. Les professeurs de rhétorique et de grammaire sont dans une situation encore pire : leurs élèves les battent, et les parents refusent de payer, exigeant du précepteur qu’il veille à la moralité de leurs fils et mémorise toutes les subtilités de la littérature.
La huitième satire, adressée à Pontique, soulève la question de la véritable noblesse. Juvénal y affirme qu’une longue généalogie et les portraits d’ancêtres sont vains si le descendant mène une vie honteuse. Il cite l’exemple de Latran, consul qui conduit son propre char et fréquente des tavernes sordides en compagnie de voleurs et de bourreaux. Le poète oppose les aristocrates vicieux (tels que Catilina et Céthègue) aux hommes d’humble origine qui sauvèrent Rome : Cicéron et Marius.
La neuvième satire se présente sous la forme d’un dialogue entre l’auteur et Nevol, un gigolo. Nevol se plaint de son protecteur, Virro, qu’il juge avare et ingrat, malgré les services intimes et humiliants qu’il lui rend, allant jusqu’à porter des enfants pour la femme de Virro, le sauvant ainsi de la stérilité. Nevol déplore que son «travail» ne lui assure pas une vieillesse digne.
Livre IV : Vanité des désirs et modération
La dixième satire examine philosophiquement les désirs humains. On prie les dieux pour des choses qui mènent souvent à la ruine. La soif de pouvoir a perdu Séjan, dont la statue fut fondue pour en faire des pots de chambre, et son corps traîné dans les rues au bout d’un crochet. L’éloquence a causé la mort de Cicéron et de Démosthène. La gloire militaire a conduit Hannibal, conquérant des Alpes, à l’exil et à la mort par empoisonnement dans un anneau. La longévité, tant implorée, n’apporte que l’infirmité, la difformité et le chagrin de la perte des êtres chers, comme ce fut le cas pour Priam. La beauté des enfants les menace de corruption et de danger. La seule chose qui vaille la peine d’être implorée est «un esprit sain dans un corps sain» ) mens sana in corpore sano ), un esprit sans crainte de la mort et libre de passions.
La onzième satire est une invitation à dîner adressée à son ami Persic. Juvénal oppose la modestie de sa table au luxe des gourmets ruinés. Son dîner ne proposera aucun mets raffiné du marché, seulement les produits simples de son propre domaine : chevreau, asperges, œufs et fruits. Les convives seront divertis non par des danseuses espagnoles, mais par des lectures d’Homère et de Virgile. Le poète exhorte son ami à se déconnecter de ses soucis et à goûter à la simplicité.
La douzième satire décrit le sacrifice que Juvénal accomplit en l’honneur du sauvetage de son ami Catulle, pris dans une terrible tempête en mer. Catulle fut contraint de jeter par-dessus bord ses biens les plus précieux – étoffes pourpres et argenterie – pour sauver le navire. L’auteur souligne le caractère désintéressé de sa joie, car Catulle a trois enfants, et Juvénal ne peut donc être un aventurier, qui ne courtise généralement que les hommes riches et sans enfants.
Livre V : Crime, éducation et sauvagerie
La treizième satire console Calvin, escroqué de dix mille sesterces par son ami. Juvénal soutient qu’à notre époque, l’honnêteté est rare et que la perte de Calvin est minime comparée à d’autres crimes. Pilleurs de temples, empoisonneurs et faux témoins pullulent. Pourtant, le criminel n’échappera pas à son châtiment : sa conscience le tourmentera. La crainte du châtiment divin l’empêche de dormir, lui faisant entrevoir la colère de Jupiter à chaque orage, et finalement, il commettra un autre crime et sera appréhendé.
La quatorzième satire traite de l’éducation. Les parents inculquent les vices à leurs enfants par l’exemple. Le fils d’un joueur se met aux dés, la fille d’une prostituée écrit des lettres d’amour sous la dictée de sa mère. Mais le pire de tout est l’avidité. Un père enseigne à son fils à s’enrichir par tous les moyens, à tricher et à lésiner sur la nourriture des esclaves. Cette soif de profit finit par se retourner contre les parents eux-mêmes : un fils, assoiffé de richesse, pourrait acheter du poison pour son père afin d’accélérer sa succession.
La quinzième satire relate un cas monstrueux de cannibalisme en Égypte. Les habitants de deux cités voisines, Omba et Tentyra, se disputent à cause de divergences religieuses (leur culte d’animaux différents). Lors d’une fête, une rixe éclate entre eux et dégénère en massacre. Les habitants de Tentyra mettent leurs ennemis en fuite, mais l’un des fuyards tombe. Les vainqueurs le déchiquettent et le mangent cru, sans attendre que la viande soit cuite. Juvénal est horrifié de voir l’homme tomber plus bas que la bête, car même les tigres et les ours vivent en paix avec leurs congénères.
La seizième satire (inachevée) décrit les avantages du service militaire. Les soldats jouissent d’une position privilégiée par rapport aux civils. Si un soldat frappe un citoyen, ce dernier ne peut se plaindre au préteur. Les procès des soldats se déroulent uniquement au camp, parmi les autres soldats, rendant ainsi la justice impossible. Les soldats ont également le droit de disposer de leurs biens du vivant de leur père, ce qui oblige même leurs proches à rechercher leurs faveurs.
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