La Politique d’Aristote, résumé
Automatique traduire
Ce traité, écrit par le plus grand penseur grec de l’Antiquité vers 350 av. J.-C., pose les fondements de la philosophie politique et considère l’État comme la forme naturelle de la communauté humaine. L’idée centrale de l’ouvrage est celle de l’homme comme « animal politique », capable d’une vie épanouie uniquement au sein d’une communauté organisée, ainsi que la défense de la propriété privée et de l’inégalité naturelle des êtres humains.
La nature de l’État et du pouvoir
L’État représente la forme la plus élevée de la sociabilité, englobant toutes les autres et visant le bien suprême. Aristote réfute l’idée que le pouvoir d’un roi, d’un homme d’État, d’un chef de famille et d’un seigneur ne diffère que par le nombre de personnes sous leur autorité. La différence qualitative réside dans la nature même de ces unions. L’État se développe naturellement : d’abord, une famille se forme pour procréer et subvenir aux besoins quotidiens, puis un village – une colonie de familles – , et enfin l’État – une communauté complète et autosuffisante.
Celui qui vit hors de l’État, non par hasard mais par nature, est soit moralement sous-développé, soit surhumain. Seuls les humains possèdent le langage, capable d’exprimer les concepts de bien et de mal, de justice et d’injustice. La primauté de l’État sur l’individu s’explique par le fait que le tout précède toujours la partie : l’individu n’est pas autosuffisant, de même qu’une main ne peut exister indépendamment du corps.
Esclavage et hiérarchie
La famille, en tant qu’unité primaire, est constituée de relations : domination, mariage et paternalisme. Aristote développe la théorie de l’esclavage naturel. La domination et la soumission sont une loi naturelle universelle, observable dans la relation entre l’âme et le corps, la raison et les émotions, l’homme et l’animal. Un esclave par nature est celui qui est capable de raisonner mais qui en est dépourvu, percevant le monde par le biais des sensations corporelles.
Les barbares ne font pas de distinction entre femmes et esclaves, car ces derniers sont dépourvus de l’élément destiné à la domination. Les Grecs, en revanche, règnent à juste titre sur les barbares. Un esclave est une propriété vivante, un instrument au service des intérêts de son maître. Un bénéfice mutuel entre maître et esclave n’est possible que lorsque cette relation est déterminée par la nature, et non par la force ou la loi (comme dans le cas de la captivité militaire).
Entretien ménager versus Chrématistique
Le philosophe distingue l’« oikonomika » (l’art de tenir un foyer) de la « chrématistique » (l’art d’accumuler des richesses). La tenue d’un foyer consiste à utiliser les biens disponibles pour la subsistance et se limite aux besoins de la famille. La chrématistique, en revanche, vise l’accumulation sans fin d’argent.
Un objet peut être utilisé de deux manières : pour sa fonction première (des chaussures pour être portées) et pour l’échange (des chaussures pour être vendues). L’échange, motivé par la nécessité de combler un manque, est naturel. Cependant, avec l’apparition de la monnaie, le commerce a émergé, dont le but n’était plus de satisfaire des besoins, mais de générer des profits.
L’usure est la pratique la plus condamnée. Elle consiste à créer de l’argent destiné à l’échange, lequel devient lui-même une source de croissance. L’intérêt, c’est « de l’argent provenant de l’argent », ce qui est tout à fait contre nature. Aristote cite l’exemple de Thalès de Milet qui, prévoyant une bonne récolte d’olives, racheta les moulins à huile, prouvant ainsi qu’un homme sage peut s’enrichir s’il le souhaite, mais que ce n’est pas là son but.
Critique du projet de Platon : Unité et communauté
Dans son deuxième livre, Aristote examine d’un œil critique les projets d’État idéal, en commençant par le dialogue de Platon intitulé « La République ». Sa principale critique porte sur le désir de Socrate (personnage de Platon) d’une unité excessive au sein de la cité. Si cette unité était poussée à l’extrême, l’État se confondrait avec une famille, et la famille avec un seul individu, ce qui entraînerait la destruction de l’État en tant que pluralité.
L’idée platonicienne de communauté des épouses et des enfants est néfaste. On se soucie peu de ce que l’on possède en commun. Si tous avaient des enfants ensemble, aucun père ne manifesterait une véritable sollicitude. L’amour, dans un tel contexte, deviendrait « dilué », comme une goutte de vin doux perdue dans une grande quantité d’eau. Les liens de parenté disparaîtraient, entraînant une augmentation de la criminalité et de l’inceste, car on ne craindrait plus de souiller sa famille.
La question de la propriété
Aristote insiste sur le fait que la propriété doit être privée et son usage partagé (par l’entraide et la vertu). La propriété privée procure un plaisir naturel et favorise la générosité. Les maux actuels (procès, pauvreté) ne proviennent pas de l’absence de communauté de biens, mais de la dépravation de la nature humaine. La société doit être guérie non par l’égalisation des possessions, mais par l’éducation morale et juridique.
Les Lois de Platon recèlent également des contradictions. L’auteur autorise la multiplication par cinq des richesses, mais n’impose aucune limite au taux de natalité, ce qui entraînerait inévitablement la pauvreté et des émeutes. Le système décrit dans les Lois est présenté comme mixte, mais tend en réalité vers l’oligarchie en raison du mode d’élection des dirigeants, qui favorise les plus riches.
Projets de Falea et Hippodamus
Phalée de Chalcédoine proposa l’égalité totale en matière de propriété foncière. Aristote rétorqua : il ne s’agit pas seulement d’égaliser la terre, mais aussi les désirs des hommes. Même avec une propriété égale, certains commettront des crimes par excès et soif d’honneur. Le principal remède n’est pas l’égalisation, mais une philosophie au service des méritants et une action au service du peuple.
Hippodamos de Milet, l’architecte excentrique du Pirée, proposa de diviser les citoyens en artisans, agriculteurs et guerriers. La critique d’Aristote souligna que les agriculteurs, dépourvus d’armes, et les artisans, dépourvus de terres, deviendraient les esclaves des guerriers. Hippodamos suggéra également de récompenser les auteurs de lois utiles. Aristote jugea cette proposition dangereuse : des modifications fréquentes des lois en affaiblissent la force, car la loi repose sur l’habitude.
Le système étatique spartiate
Le système lacédémonien, considéré comme exemplaire, présente de graves défauts. Le premier est l’extrême licence des femmes. Le législateur Lycurgue disciplinait les hommes mais ne parvenait pas à soumettre les femmes, qui vivaient dans le luxe et l’indépendance. Cela conduisit les femmes à posséder les deux cinquièmes des terres (notamment grâce à de généreuses dots), entraînant une grave sous-population (oliganthropie). Sparte succomba à l’attaque de Leuctres précisément à cause de cette pénurie d’hommes.
Le second vice est l’institution des éphores. Ce collège est composé d’hommes pauvres et facilement corruptibles. Les éphores exercent un pouvoir excessif, quasi tyrannique, obligeant même les rois à rechercher leurs faveurs.
Le conseil des anciens (gérousie) présente également des lacunes : un mandat à vie est dangereux, car l’esprit vieillit en même temps que le corps. La procédure d’élection, « au cri », a été qualifiée d’infantiliste. Le système éducatif spartiate est unilatéral : il ne développe que la prouesse militaire, si bien que les Spartiates sont incapables de vivre en temps de paix et de profiter des loisirs.
Crète et Carthage
Le système crétois est plus ancien que le système spartiate et lui a servi, à bien des égards, de prototype. Les repas publics (syssitia) y sont mieux organisés : financés par l’État et non par des contributions privées des citoyens, comme à Sparte, où les pauvres perdaient leurs droits civiques pour non-paiement. Cependant, le pouvoir des cosmoi (éphores) y est encore pire : élus parmi certains clans, ils sont souvent destitués de force lors des conflits civils, transformant ainsi la loi en violence. Seule sa situation insulaire préserve la Crète du chaos.
Le système carthaginois se caractérise par sa stabilité et le soutien populaire dont il bénéficie. Il allie les caractéristiques de l’aristocratie et la richesse. Son principal défaut réside dans la vénalité des fonctions publiques : celle-ci incite à privilégier l’argent à la vertu. Les Carthaginois autorisaient également une personne à cumuler plusieurs charges, ce qui nuit à la qualité de la gouvernance. La stabilité est maintenue par l’envoi de certains citoyens dans les colonies pour s’enrichir, mais cette pratique relève davantage du hasard que d’une législation judicieuse.
Législation athénienne
Solon mérite d’être reconnu pour avoir aboli l’oligarchie extrême et l’esclavage pour dettes. Il a combiné différents éléments du système : l’Aréopage (oligarchie), les magistrats élus (aristocratie) et les tribunaux populaires (démocratie). Cependant, en accordant aux tribunaux des pouvoirs étendus, il a involontairement ouvert la voie à une démocratie radicale dirigée par des démagogues, alors même qu’il n’accordait au peuple que le strict minimum de droits.
Aristote mentionne brièvement d’autres législateurs. Par exemple, Charondas, le premier à instaurer une peine pour le parjure, et Pittacos, qui fit voter une loi imposant une double peine aux personnes ivres pour leurs délits, car elles étaient plus enclines à la violence, contrairement à la clémence habituelle envers les personnes en état d’ivresse.
En conclusion de son étude des systèmes politiques, le philosophe résume l’analyse des projets théoriques et des États existants.
Vous ne pouvez pas commenter Pourquoi?