Le développement de la musique instrumentale à l’époque baroque
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La période baroque, qui s’étend approximativement de 1600 à 1750, fut une époque de transformation radicale pour la musique européenne. Pour la première fois dans l’histoire de l’art européen, la musique instrumentale acquit un statut indépendant, s’affranchissant de sa position subordonnée aux genres vocaux. Jusqu’alors, les compositeurs et les musiciens considéraient les œuvres instrumentales comme un simple complément aux performances vocales ou comme un accompagnement aux danses.
La transition de la Renaissance au style baroque fut marquée par plusieurs changements significatifs. Les compositeurs commencèrent à développer un nouveau système de tonalité, remplaçant la modalité de l’époque précédente. Les œuvres furent désormais écrites dans une tonalité spécifique, permettant des structures harmoniques plus complexes. La technique de la basse continue se développa : un accompagnement particulier où la ligne de basse était accompagnée de chiffres indiquant les accords que l’interprète devait improviser.
Le développement de la lutherie a fortement stimulé l’essor de la musique instrumentale. Des ateliers ont vu le jour, produisant des instruments d’une qualité exceptionnelle : luths Stradivarius, orgues Silbermann, clavecins Blanchet et violes normandes. Chacun de ces maîtres a contribué à l’amélioration du son et des performances techniques des instruments. Antonio Stradivari a expérimenté différentes formes et courbures pour les violons, développant en 1690 le modèle dit « long » – une caisse de résonance allongée et étroite. Bien qu’il ait abandonné ce modèle vers 1700 pour revenir à une forme plus large, ces expérimentations ont jeté les bases d’améliorations ultérieures.
2 Concerto et Concerto Grosso
3 Sonate
4 Suite de danse
5 musique pour clavier
6 formes de fugue et de polyphonie
7 École allemande
8 Développement de l’orchestre et de l’instrumentation
9 Pratique de l’ornementation et de la performance
10 Écoles régionales
11 Fondements théoriques
Premières formes de musique instrumentale
L’émergence de nouveaux genres
Au début du XVIIe siècle, la musique instrumentale connaissait une période de construction identitaire. La Camerata florentine – un groupe d’humanistes, de musiciens et d’intellectuels réunis sous le patronage du comte Giovanni de’ Bardi – rejetait la polyphonie de la Renaissance, la considérant comme un obstacle à l’expression des émotions. Leurs idées, inspirées du drame musical grec antique, menèrent à la création de l’opéra. Cette découverte devint un catalyseur pour le développement de toute la musique baroque, y compris les genres instrumentaux.
Claudio Monteverdi, actif au début du XVIIe siècle, développa deux styles de composition distincts : la prima pratica (héritière de la polyphonie de la Renaissance) et la seconda pratica (une nouvelle technique de basse continue). Ses opéras « Orfeo » et « Le Couronnement de Poppée » attirèrent l’attention sur ce nouveau genre et démontrèrent les possibilités de l’accompagnement instrumental. Le style vénitien développé par Monteverdi fut introduit en Allemagne par Heinrich Schütz, dont le style varié évolua par la suite.
Les textures instrumentales idiomatiques prirent une importance croissante. Le style luth, caractérisé par une division irrégulière et imprévisible des progressions d’accords, et appelé style brisé depuis le début du XXe siècle, s’imposa comme une texture caractéristique de la musique française. Ce style fut imposé comme une texture caractéristique de la musique française par Robert Ballard dans ses recueils pour luth de 1611 et 1614, ainsi que par Enmond Gautier. Cette figuration idiomatique du luth fut ensuite transposée au clavecin, notamment dans la musique pour clavier de Louis Couperin et Jean-Henri d’Anglebert.
Toccata et prélude
La toccata était une pièce libre et improvisée, divisée en sections et souvent caractérisée par une grande complexité rythmique. À l’instar d’un prélude, elle permettait à l’interprète de démontrer sa virtuosité au clavier et servait fréquemment d’introduction. La Toccata n° 3 de Girolamo Frescobaldi, datée de 1615, en est un exemple.
Cette forme a évolué de simples sections improvisées vers des compositions complexes en plusieurs mouvements. La section libre, en cadence sur la dominante, menait à une fugue. Contrairement à la première fugue, le thème de celle-ci était beaucoup plus court, la texture réduite de quatre à trois voix, et elle comportait davantage d’imitations sur un court motif de quatre notes. La section de transition, utilisant du matériau libre, en cadence sur la dominante, marquait le début de la fugue finale.
Dietrich Buxtehude, qui travailla à Lübeck, porta la toccata à de nouveaux sommets. Ses œuvres combinaient des passages d’improvisation libre avec des mouvements fugués, créant ainsi des compositions d’orgue de grande envergure. La Toccata et Fugue en ré mineur, BWV 565 de Johann Sebastian Bach, bien que son attribution soit contestée, est devenue l’un des exemples les plus célèbres du genre. L’œuvre s’ouvre sur une toccata, suivie d’une fugue, et se conclut par une coda ; elle est caractéristique de l’école d’orgue baroque d’Allemagne du Nord.
Concerto et Concerto Grosso
Origines italiennes du genre
Le concerto est devenu l’une des formes musicales les plus importantes de l’époque baroque. Il s’agit essentiellement d’une œuvre en plusieurs mouvements où un ou plusieurs solistes dialoguent avec l’orchestre. La forme du concerto témoigne de la prise de conscience croissante du timbre et constitue l’expression première du style concerto, lui-même issu du principe esthétique fondamental du baroque : la loi du contraste.
Alessandro Stradella a posé les fondements du style concerto grosso avec ses « Sonate di viole ». Arcangelo Corelli a ensuite développé cette forme et est devenu l’un des premiers compositeurs dont les œuvres ont été largement publiées et jouées à travers l’Europe. La section concertino de Corelli comprenait deux violons et un violoncelle, tandis que la section ripieno était composée d’un orchestre à cordes. Les deux ensembles étaient accompagnés par une basse continue, avec diverses combinaisons de clavecin, d’orgue, de luth ou de théorbe.
Les Concerti Grosso, op. 6 de Corelli, sont devenus une œuvre emblématique du concerto baroque italien. Ils se caractérisent par une interaction exquise entre des groupes d’instruments contrastés, alliant une clarté architecturale à une intensité lyrique. Les mouvements lents se déploient avec une expressivité noble, tandis que les passages rapides insufflent une vitalité rythmique et un élan irrésistible sans jamais rompre l’équilibre. L’originalité de ces concertos réside dans la retenue et la précision de Corelli : loin de la virtuosité gratuite, la musique privilégie la proportion, la richesse harmonique et la grâce mélodique.
Giuseppe Torelli a apporté une contribution majeure au développement du genre du concerto. Figure incontournable de l’évolution de la musique pour trompette en Italie à l’époque baroque, il est l’un des fondateurs du concerto pour violon seul et a joué un rôle déterminant dans l’essor du genre du concerto pour trompette. Ses concerti grossi pour deux violons témoignent d’une maîtrise formelle exceptionnelle et d’un équilibre parfait entre les parties solistes et orchestrales.
Antonio Vivaldi et l’essor du concerto
Antonio Vivaldi, qui étudia auprès des disciples de Corelli, composa plus de 500 concertos au cours de sa carrière. Son œuvre la plus célèbre, Les Quatre Saisons (Op. 8, n° 1 à 4) pour violon et orchestre, fut composée en 1720 et publiée en 1725. Chacun des quatre concertos se compose de trois mouvements : le premier est rapide, le deuxième lent et le troisième rapide.
Les douze concertos op. 3, «L’Estro Armonico», témoignent de la grande versatilité des compositions pour ensemble de Vivaldi. Le compositeur a systématisé diverses combinaisons, notamment dans la juxtaposition d’instruments et dans l’association de groupes de concertinos et de ripienos. Une comparaison de la technique concertante de Vivaldi avec celle d’autres compositeurs, en particulier Corelli, révèle le caractère novateur du recueil «L’Estro Armonico» pour la période baroque.
Les concertos de Vivaldi ont influencé le développement des formes concertantes modernes, fusionnant des éléments de l’opéra italien et de la musique française et témoignant d’innovations dans l’orchestration. Ses œuvres ont posé les fondements pour des compositeurs ultérieurs tels que Bach et Haendel. Ces concertos ont marqué un tournant dans l’évolution du genre, alliant structures traditionnelles et approches novatrices.
Le concerto pour trompette atteignit son apogée en Italie avec les œuvres de Francesco Onofrio Manfredini et Vivaldi. Le Concerto pour deux trompettes de Manfredini est l’un des exemples les plus remarquables de la musique baroque pour clarino, tout aussi important que le Concerto pour deux trompettes en do majeur de Vivaldi. Presque tous les grands compositeurs italiens de la fin de l’époque baroque (Tomaso Albinoni, Corelli, Alessandro Scarlatti, Stradella) utilisèrent la trompette dans de nombreux concertos instrumentaux et œuvres orchestrales.
Sonate
Développement de la forme sonate
Une sonate était une composition instrumentale pour un petit ensemble d’instruments et basse continue, composée de plusieurs sections contrastées, souvent quatre (lent-rapide-lent-rapide). Elle pouvait être écrite pour un instrument soliste. Une sonate en trio comprenait deux parties mélodiques et un accompagnement.
Durant la période baroque, les termes «sonate» et «suite» étaient souvent employés indifféremment et désignaient généralement des œuvres pour un petit nombre d’instrumentistes, composées d’un prélude et d’une suite de mouvements inspirés de la danse. Les sonates, suites et concertos baroques comportaient généralement une section de basse continue au sein de l’ensemble, quelle que soit la composition instrumentale. La basse continue était presque toujours jouée au clavecin et comprenait parfois le violoncelle (ou la viole de gambe), son rôle étant d’assurer l’harmonie et la ligne de basse.
Il existait deux principaux types de sonates : la sonata da chiesa (sonate d’église) et la sonata da camera (sonate de chambre). La sonate d’église se composait généralement de quatre mouvements, alternant tempos lents et rapides et sur un ton grave. La sonate de chambre, quant à elle, consistait en une suite de danses stylisées et s’apparentait davantage à une suite.
Corelli a apporté une contribution majeure au développement de la sonate. Ses sonates en trio et ses sonates pour violon seul ont établi des normes en matière de technique et de pédagogie du violon pour les décennies à venir. Le style de Corelli au violon représentait une « image instrumentale » distinctive qui s’est imposée dans les milieux professionnels et universitaires durant l’époque baroque.
Suite de danse
Structure et contenu
La suite de danses était une forme caractéristique du baroque. Certaines suites de danses de Bach sont appelées partitas, bien que ce terme ait également été employé pour d’autres recueils de pièces. Si les pièces des suites de danses s’inspiraient de la musique de danse traditionnelle, elles étaient destinées à être écoutées et non à accompagner les danseurs. Les compositeurs utilisaient une grande variété de mouvements dans leurs suites de danses.
La suite comportait généralement les parties suivantes :
Ouverture — Une suite baroque débutait souvent par une ouverture française, un mouvement lent suivi d’une séquence de quatre danses de base. L’Allemande, danse d’origine allemande très populaire à la Renaissance, était souvent la première danse d’une suite instrumentale. Elle était exécutée à un tempo modéré et pouvait commencer sur n’importe quel temps.
La courante était la deuxième danse à trois temps. Elle pouvait être rapide et vive ou lente et majestueuse. La version italienne s’appelait la corrente. La sarabande, danse espagnole, était la troisième des quatre danses de base et l’une des plus lentes des danses baroques. Également à trois temps, elle pouvait commencer sur n’importe quel temps, bien que l’accentuation du deuxième temps lui confère son rythme saccadé ou iambique caractéristique.
La gigue était une danse baroque vive et entraînante, en mesure composée, généralement le dernier mouvement d’une suite instrumentale et le quatrième type de danse de base. Elle pouvait débuter sur n’importe quel temps et était facilement reconnaissable à son rythme caractéristique. La gigue est originaire des îles Britanniques.
Les suites ultérieures intercalaient une ou plusieurs danses supplémentaires entre la sarabande et la gigue : la gavotte en mesure binaire avec des phrases commençant sur le temps faible ; la bourrée, semblable à la gavotte mais commençant sur la seconde moitié du dernier temps de la mesure ; le menuet en mesure ternaire à un tempo modéré ; le passepied, une danse rapide en forme binaire et en mesure ternaire ; et le rigaudon, une danse française vive en mesure binaire.
École française
Jean-Baptiste Lully obtint de la monarchie des brevets l’excluant de la composition d’opéras pour le roi de France et lui interdisant d’en monter d’autres. Il composa quinze tragédies lyriques. Lully fut un précurseur en matière de direction d’orchestre : il marquait le rythme à l’aide d’une grande baguette pour synchroniser ses ensembles.
Musicalement, Lully n’a pas instauré la norme orchestrale à cordes dominante héritée de l’opéra italien. La formation française caractéristique à cinq voix (violons, altos en hautes-contre, queues et quintes, et violes de gambe basses) était utilisée dans le ballet depuis le règne de Louis XIII. Cependant, il a introduit cet ensemble dans le théâtre lyrique, où les parties supérieures étaient souvent doublées par des flûtes à bec, des flûtes traversières et des hautbois, et les basses par des bassons.
François Couperin a composé des suites pour clavecin qui ont perfectionné le style français, intégrant des éléments de la sonate italienne pour créer une synthèse des styles nationaux. Il a développé le genre des « pièces de clavecin », comprenant des pièces de caractère et de la musique à programme qui élargissaient la palette expressive de l’instrument. Les suites pour clavecin françaises étaient parfois appelées « ordres » (comme dans les œuvres de Couperin, qui incluait de nombreuses sections non dansées, notamment des portraits évocateurs de personnages de la cour).
L’approche française contrastait avec la virtuosité italienne, privilégiant la grâce au détriment du drame. Les compositeurs créèrent des suites exquises, alliant formes de danse traditionnelles et harmonies et ornementations novatrices. Cette musique reflétait le raffinement de la culture de la cour de France.
musique pour clavier
Instruments de l’époque
Les principaux instruments à clavier de l’époque baroque étaient l’orgue et le clavecin. Ce dernier devint l’instrument à clavier prédominant pour la musique domestique à la fin de cette période. L’évolution du style musical au milieu du XVIIIe siècle, notamment le besoin de maîtrise des nuances, entraîna son déclin progressif. Le clavecin fut remplacé par le pianoforte, perfectionné par Bartolomeo Cristofori vers 1700 et largement répandu après 1750.
Le clavicorde utilisait un principe totalement différent. La pression sur une touche frappait directement la corde, permettant ainsi de moduler le toucher et de créer une forme de vibrato. Les clavecins allemands étaient des instruments relativement robustes, dotés d’une sonorité riche. Même cela ne satisfaisait pas Bach, qui recherchait les timbres encore plus riches du luth et de son cousin basse, le théorbe. Plusieurs facteurs fabriquaient des « clavecins-luths », et Bach finit par en posséder deux.
Le clavecin possédait un point de pincement fixe, ne permettant aucune variation de toucher ; seules les variations dynamiques, obtenues par l’utilisation de différents registres ou combinaisons de claviers, étaient possibles. Avec ses deux claviers standard, le clavecin était un instrument d’étude précieux pour les organistes, et il était généralement équipé d’un pédalier séparé, semblable à celui de l’orgue.
Les orgues d’église gagnèrent en complexité et en taille, notamment en France, en Espagne et dans le nord de l’Allemagne, élargissant ainsi la gamme des hauteurs et des timbres disponibles. La suite d’orgue, apparue en France sous le règne de Louis XIV, est issue de la tradition des livres d’orgue. Ces livres contenaient généralement des versets liturgiques regroupés selon les tonalités spécifiques de l’orgue.
formes de fugue et de polyphonie
Principes de l’écriture de la fugue
La fugue se développait en un seul mouvement. Sa technique reposait essentiellement sur l’imitation. Une fugue est une œuvre pour plusieurs voix (3 à 4) à la structure complexe, caractérisée par la répétition constante d’un thème ou d’une mélodie principale, accompagnée d’éléments secondaires.
La fugue, en tant que forme artistique, oscillait entre forme et métamorphose. Cette approche dichotomique a permis de révéler la dialectique du général et de l’individuel, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives et significations. Les concepts de « typique », de « traditionnel » et de « stable » étaient perçus comme généralement acceptés, reconnaissables au niveau de la composition, comme des propriétés essentielles et fondamentales de la forme, tandis que le concept de « métamorphose » était envisagé comme quelque chose d’unique, de changeant et d’inhabituel.
La fugue illustre parfaitement l’interaction entre les aspects techniques et esthétiques de l’archétype et ses nombreuses variations stylistiques. Des exemples de fugues dans diverses pratiques de composition – de l’apogée du baroque à nos jours – témoignent d’une métamorphose comme processus organique, imprégnant naturellement toute l’histoire de cette forme.
Les inventions à deux voix de Bach, objet de cette analyse, étaient de véritables joyaux de perfection formelle, des œuvres fondamentales pour piano. Elles étaient dépourvues de toute virtuosité superficielle, mais leur musique, riche et profonde, et la variété de leurs hypostases thématiques, soulignaient leur substance émotionnelle.
Préludes et fantaisies de choral
Heinrich Scheidemann a composé presque exclusivement de la musique pour orgue, contrairement à d’autres compositeurs baroques allemands du début du XXe siècle, tels que Praetorius, Schütz, Scheidt et Schein, qui ont tous exploré la plupart des genres et styles contemporains. L’œuvre pour orgue de Scheidemann est la plus abondante de cette période. Quelques lieder et pièces pour clavecin subsistent, mais elles sont largement minoritaires face à la multitude d’œuvres pour orgue, dont beaucoup en plusieurs mouvements.
La contribution durable de Scheidemann à la littérature pour orgue, et à la musique baroque en général, réside dans ses arrangements de chorals luthériens, qui se répartissent en trois grandes catégories : les arrangements de cantus firmus, qui constituent une forme ancienne de prélude de choral ; les arrangements de chorals « monodiques », qui imitent le style contemporain de la monodie (voix solo sur basse continue) mais pour orgue solo ; et les fantaisies de choral étendues, qui représentent une invention nouvelle, inspirée du style de clavier de Sweelinck mais exploitant pleinement les ressources de l’orgue baroque allemand en plein développement.
Les innovations baroques, notamment dans les œuvres de Frescobaldi, Buxtehude et Bach, ont codifié les techniques d’improvisation en structures formalisées telles que les toccatas, les fugues et les passacailles. Le Clavier bien tempéré de Bach et les Variations Goldberg témoignent de l’intégration systématique des principes d’improvisation dans la pratique de la composition.
École allemande
Premiers maîtres
Johann Hermann Schein était un compositeur allemand de musique sacrée et profane, l’un des premiers (avec Michael Praetorius et Heinrich Schütz) à introduire le style baroque italien dans la musique allemande. Schein occupa le poste prestigieux de chantre à l’église Saint-Thomas de Leipzig, fonction que Johann Sebastian Bach occuperait plus d’un siècle plus tard. Il était chargé de la direction de la musique chorale dans deux églises et enseignait le latin et la musique environ quatorze heures par semaine.
L’influence italienne est également manifeste dans les « Opella nova, geistliche Concerten » (1618) et les « Diletti pastorali » (1624), œuvres profanes qui contiennent des exemples précoces de chromatisme dans la musique profane allemande. Le « Banchetto musicale » (1617) de Schein, l’une de ses rares compositions instrumentales, est un remarquable recueil de suites de variations (ensembles de danses liées entre elles).
Dietrich Buxtehude n’était pas musicien de cour, mais musicien d’église, occupant les fonctions d’organiste et de maître de cérémonie à la Marienkirche de Lübeck. En tant que maître de cérémonie, il cumulait les fonctions de secrétaire, de trésorier et de gestionnaire de l’église, tandis que son poste d’organiste impliquait de jouer lors de tous les offices importants, parfois en collaboration avec d’autres instrumentistes ou chanteurs. En dehors de ses fonctions ecclésiastiques officielles, il organisait et dirigeait un cycle de concerts intitulé « Abendmusiken », proposant notamment des représentations d’œuvres dramatiques sacrées.
Johann Sebastian Bach
Bach a su fusionner les styles disparates de son époque, créant ainsi une version parfaite du son baroque. Cela est particulièrement évident dans le troisième de ses Concertos brandebourgeois. Georg Friedrich Haendel a inventé l’oratorio anglais et l’a sublimé avec son œuvre la plus célèbre, le Messie.
Musicalement, le Messie incarne une synthèse des nombreuses influences de Haendel, intégrant les styles choraux allemands et anglais, les styles orchestraux français et le chant soliste italien. Depuis sa création, le Messie est devenu l’oratorio le plus joué de tous les temps, et son chœur « Hallelujah » est devenu l’un des morceaux les plus emblématiques de tous les genres musicaux.
La musique d’orgue de Bach témoigne d’une maîtrise suprême de l’écriture polyphonique. Ses préludes et fugues pour orgue ont établi des normes pour les siècles à venir. La Toccata et Fugue en fa majeur, BWV 540, se caractérise par l’ampleur de la toccata, avec ses solos de pédale et sa virtuosité aux claviers, contrastant avec l’ouverture sobre de la fugue. Ces deux mouvements illustrent deux aspects distincts de l’influence italienne : les rythmes moteurs et les passages enchaînés de la toccata, et le contrapuntisme alla breve traditionnel de la fugue, avec son chromatisme, ses suspensions harmoniques et ses séquences continues de thème et de réponse.
Développement de l’orchestre et de l’instrumentation
Formation de la composition orchestrale
La musique baroque a enrichi l’interprétation instrumentale, tant en termes d’ampleur que de complexité. Les compositeurs ont cherché à donner plus de profondeur à chaque partie instrumentale, ce qui a conduit à la création de l’orchestre moderne. Ils ont modernisé la notation musicale, notamment par le développement de la basse numérique, et mis au point de nouvelles techniques d’interprétation.
L’opera seria exigeait un effectif orchestral important, notamment pour les cordes, qui nécessitaient souvent une vingtaine de musiciens, voire plus, ce qui a catalysé le développement de l’orchestre moderne. Il devint courant d’écrire les arias pour orchestre complet et non plus seulement pour basse continue, et l’on commença à y intégrer des effets visuels, comme l’utilisation de cors ou de trompettes pour les scènes de chasse.
Au XVIIe siècle, les compositeurs commencèrent à mentionner chaque instrument dans leurs partitions et à écrire de manière idiomatique pour chacun d’eux, au fur et à mesure du développement de la technologie instrumentale, dictant souvent l’articulation et l’ornementation. Vers 1700, le hautbois remplaça la chalemie comme principal instrument à vent dans les ensembles, sous l’impulsion des compositeurs qui recherchaient une sonorité plus élégante pour l’opéra et le ballet. Le cor naturel se répandit dans les orchestres à cette époque, et les progrès techniques permirent l’exécution de la quasi-totalité de la gamme chromatique.
La flûte à bec et la flûte traversière remontent au début de la Renaissance ; chacune ne pouvait être jouée aisément que dans un nombre limité de tonalités, la flûte à bec étant plus adaptée aux tonalités avec bémols, tandis que la flûte traversière excellait dans les tonalités avec dièses. Les compositeurs de la fin de l’époque baroque ont exploité cette particularité dans leurs notations.
style concert
Le stile concertato – le contraste sonore entre groupes d’instruments – devint l’un des principes fondamentaux de la musique baroque. Le concerto grosso reposait sur de forts contrastes : les sections alternaient entre celles interprétées par l’orchestre au complet et celles interprétées par un ensemble plus restreint. On opposait des passages rapides et lents.
La forme du ritonello — de courtes insertions instrumentales répétées dans des passages vocaux — devint caractéristique du concerto baroque. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les concertos originaires d’Italie et se diffusant vers le nord commençaient par une variante de cette forme, également employée dans les arias. Dans la seconde moitié du siècle, les premiers mouvements adoptèrent progressivement les caractéristiques de la forme sonate, présente dans les symphonies et les sonates.
La structure en trois temps (rapide-lent-rapide) est devenue la forme dominante du concerto. Les concertos de Vivaldi en témoignent par une articulation claire. La partie soliste alternait avec le tutti orchestral, créant une interaction dynamique entre l’individuel et le collectif.
Pratique de l’ornementation et de la performance
Improvisation et embellissements
À l’époque baroque, on attendait des musiciens professionnels qu’ils maîtrisent l’improvisation, tant pour les lignes mélodiques solistes que pour les parties d’accompagnement. Les chanteurs et les instrumentistes improvisaient généralement de nombreuses ornementations (trilles, mordants, etc.). Les compositeurs et les interprètes employaient des ornements musicaux plus élaborés et introduisaient des modifications dans la notation musicale.
L’art de l’improvisation puise ses racines dans le système modal hellénique et les théories numériques pythagoriciennes, qui ont influencé la musique liturgique tant orientale qu’occidentale. Les innovations baroques, notamment dans les œuvres de Frescobaldi, Buxtehude et Bach, ont codifié les techniques d’improvisation en structures formalisées.
« Der Fluyten Lusthof » (Les Flûtes de la Luxure) de Jacob van Eyck (vers 1590-1657) est le plus important recueil d’œuvres pour instrument solo de l’histoire de la musique européenne. Il témoigne de la diversité des techniques d’ornementation du début du baroque et présente un vaste répertoire de chants populaires et folkloriques de l’époque. Le virtuose aveugle de la flûte à bec, surnommé l’Orphée d’Utrecht, s’inspira de ce type de composition pour élaborer ses célèbres arrangements instrumentaux improvisés.
L’ornementation des enregistrements des sonates et partitas pour violon seul de Bach témoigne de la diversité des approches des interprètes. L’analyse de ces pratiques ornementales révèle comment ces derniers ont interprété le style baroque dans leurs enregistrements.
Écoles régionales
tradition baroque ukrainienne
Le développement de la culture musicale ukrainienne a présenté certaines caractéristiques qui s’expliquent par le contexte historique. Le chant était une composante essentielle de la musique ukrainienne ; le chant, et plus particulièrement le chant choral, était un passe-temps populaire dans les foyers ukrainiens (en Europe occidentale, ces rassemblements étaient principalement axés sur la musique instrumentale). De ce fait, l’essor de la musique instrumentale revêtait une importance particulière, car il a permis de tisser des liens entre l’Ukraine et les autres pays européens.
La tradition de la musique instrumentale, plus répandue en Europe occidentale, a produit en Ukraine de remarquables exemples de talent exceptionnel en matière de composition, de théorie et d’interprétation. Le frère aîné de Johann Sebastian Bach, Johann Jakob, connu pour sa composition pour clavier «Capriccio sur le départ de son frère bien-aimé», qui lui est dédiée, fut enrôlé comme hautboïste dans un orchestre militaire.
Elizaveta Bilogradskaya, claveciniste et compositrice, auteure des virtuoses Variations sur un thème de Starzer, est moins connue des chercheurs. Ludwig van Beethoven, qui a composé ses Variations sur la chanson folklorique ukrainienne « Un cosaque chevauchait au-delà du Danube », l’avait entendue d’un Ukrainien, le comte Andreï Razoumovski, mais la qualifiait de « thème russe ».
École anglaise
Henry Purcell était organiste, comme Bach. Pionnier de la musique dramatique en Angleterre, il excellait dans l’écriture d’œuvres qui épousaient les rythmes naturels de la langue anglaise. L’expérience théâtrale intense des masques de Stuart s’accompagnait des prouesses vocales du compositeur germano-britannique Haendel.
La tradition de la musique instrumentale anglaise s’est développée en lien étroit avec le théâtre et les divertissements de cour. Les ensembles de violes ont progressivement cédé la place aux ensembles de violons. La tradition de l’accompagnement instrumental dans la musique sacrée s’est développée.
École de Padoue
Le répertoire des compositeurs padouans figurait dans les anthologies européennes de la première moitié du XVIIe siècle. Certaines de leurs compositions, aux côtés d’œuvres d’autres maîtres de chapelle œuvrant dans des chapelles italiennes similaires, étaient incluses dans plusieurs recueils imprimés dans diverses villes européennes : Heidelberg, Munich, Nuremberg, Francfort, Anvers et Strasbourg. Parmi les figures les plus importantes, on peut citer Costanzo Porta, Luigi Balbi, Lelio Bertani, Amadio Freddi et Leandro Gallerano.
Fondements théoriques
Formation de la tonalité
L’époque baroque a vu la formalisation de la tonalité comme pratique courante. Cette approche de l’écriture musicale, où un morceau est écrit dans une tonalité spécifique, est restée largement répandue dans la musique classique et populaire occidentale. L’harmonie est née du contrepoint, et la basse numérique est devenue une représentation visuelle des harmonies couramment utilisées dans l’interprétation musicale.
Les compositeurs commencèrent à privilégier les progressions harmoniques et à utiliser le triton, perçu comme un intervalle instable, pour créer des dissonances. On le retrouvait notamment dans l’accord de septième de dominante et l’accord diminué. L’utilisation d’une harmonie tonale (axée sur la tonalité principale, qui devient la note fondamentale de l’œuvre), plutôt que sur la modalité, marque la transition entre la Renaissance et la période baroque.
À la fin du baroque, les formes musicales se sont régularisées, tant au sein des mouvements que dans le cadre des œuvres en plusieurs mouvements. Le passage simultané de la modalité à la tonalité diatonique a donné naissance au concept de modulation comme élément fondamental de la structure d’une pièce. Dès la fin du XVIIe siècle, la tonalité figurait fréquemment dans le titre des œuvres instrumentales, soulignant ainsi son importance pour les compositeurs de l’époque.
Le facteur de complétude de la forme musicale
Dès les premières époques (Moyen Âge, Renaissance et Baroque), une forme musicale fonctionnelle a progressivement émergé, dont l’un des premiers signes fut la prise de conscience, par les compositeurs, de la nécessité d’assurer l’intégrité et la complétude structurelles d’une œuvre. Le rôle des principaux procédés de création de la forme était joué par les facteurs de composition les plus dynamiques de chaque époque.
Dans les motets isorythmiques du XIVe siècle, ce facteur était rythmique. Dans les formes textuelles et musicales de la Renaissance, il s’agissait d’un facteur structurel majeur. Quant aux genres instrumentaux baroques (préludes, toccatas, fantaisies), ce facteur se traduisait par une stabilité harmonique accrue de la section finale (point d’orgue tonique, répétition des cadences).
Une simplification progressive de l’harmonie et de la texture musicale, avec une emphase accrue sur la mélodie et une réduction du contrepoint, s’amorce au début et au milieu du XVIIIe siècle, aboutissant finalement au style galant en vogue au Moyen Âge. La distinction entre musique française et italienne s’estompe alors considérablement.
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L’époque baroque a posé les fondements de toute la musique instrumentale européenne ultérieure. Les genres du concerto, de la sonate, de la suite et de la fugue, développés durant cette période, ont continué d’évoluer tout au long des époques classique et romantique. Les innovations techniques ont transformé la manière de composer et d’interpréter la musique. C’est durant cette période que la musique instrumentale a acquis une autonomie et un prestige comparables à ceux des genres vocaux. Les compositeurs baroques ont créé un vaste répertoire qui demeure essentiel à la pratique du concert des siècles après sa création.
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