L’influence de la langue française sur la terminologie de la mode
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Le français est plus étroitement lié à la mode que toute autre langue européenne. Des mots français occupent déjà une place importante dans le vocabulaire de base de la mode de nombreux pays : « couture », « chic », « boutique », « prêt-à-porter », « décolleté » et « silhouette » sont utilisés en anglais, en espagnol, en russe, en italien et dans bien d’autres langues sans traduction.
Les recherches sur le vocabulaire de la mode montrent que les emprunts au français occupent une place importante dans le vocabulaire des vêtements, des accessoires, des techniques décoratives et même des termes du marketing de la mode. Les linguistes attribuent cela non seulement à la puissance de l’industrie textile et de l’habillement française, mais aussi au prestige de la langue française auprès des élites européennes du début de l’époque moderne.
Pour décrire la mode, le français a donné des noms internationaux aux types de vêtements (« corsage », « paletot », « manteau »), aux détails de coupe (« princesse », « empire »), aux silhouettes (« ligne A », « sablier »), aux garnitures (« broderie », « passementerie »), aux types de chaussures et de couvre-chefs. Ces termes ont ensuite été diffusés par le biais des magazines de mode, de la correspondance commerciale, des catalogues, puis plus tard par la presse populaire et la télévision.
Les études contemporaines en sociolinguistique de la mode soulignent que l’emprunt des termes de la mode reflète de réels flux commerciaux et des contacts culturels. Lorsque les tissus, les fabricants et les maisons de couture françaises ont établi les normes vestimentaires, les noms ont suivi, s’enracinant souvent dans la langue pendant des décennies, voire des siècles.
La formation du langage français de la mode en Europe moderne
L’influence du français sur le vocabulaire de la mode trouve son origine dans la culture de la cour de France au XVIIe siècle. La cour de Louis XIV a établi les normes vestimentaires, et par conséquent, les termes français décrivant les éléments des vêtements, les tissus et les détails décoratifs se sont répandus.
Les premiers magazines français ont joué un rôle crucial dans la formation d’un «langage de la mode» spécialisé. Mercure galant, publié à partir de 1672, décrivait les nouveaux styles et accessoires, en les reliant à la vie parisienne et aux codes sociaux. Ces textes ont développé des expressions et des méthodes spécifiques pour décrire les costumes, qui furent ensuite imitées dans d’autres pays.
À la fin du XVIIIe siècle, le « Journal des dames et des modes » exerçait un quasi-monopole sur la diffusion des informations relatives à la mode française en Europe et en Amérique. Publié tous les cinq jours, il présentait des tableaux de « costumes » gravés. Les descriptions accompagnant les illustrations ont établi la terminologie française désignant les styles de robes, de chapeaux, de capes, de corsets et de coiffures.
Les recherches menées sur ce magazine montrent qu’il était largement diffusé en Russie, en Angleterre et dans plusieurs Länder allemands. Les publications de mode anglophones et germanophones se contentaient souvent de traduire le texte, sans modifier les illustrations, en y ajoutant des légendes françaises. Dans ce cas, les noms français des articles et des détails étaient souvent perçus comme « normaux » et adoptés sans traduction.
Au début du XIXe siècle, le français conservait sa place de principal code de la mode internationale. Une étude intitulée « Le langage français de la mode dans la Russie du début du XIXe siècle » souligne que, malgré la concurrence de l’anglais et de l’allemand, le français restait la langue principale des descriptions de mode, y compris dans les magazines de mode russes.
Les magazines russes axés sur la mode européenne publiaient régulièrement des termes français, parfois traduits, parfois sans explication. L’analyse révèle l’utilisation de mots tels que « robe », « pelisse », « spencer », « redingote », « chemise », « corset » et « manteau », créant ainsi un discours de mode franco-russe hybride distinct au sein de la presse russe.
La haute couture parisienne et la consolidation de la terminologie
L’établissement définitif du français comme langue de la haute couture est associé à la création de l’institution de la «haute couture» dans la seconde moitié du XIXe siècle. Charles Frédéric Worth, qui ouvrit une maison de couture à Paris et créa un modèle commercial où le créateur conçoit des collections et le client choisit des pièces sur mesure, en est une figure clé.
Le terme «haute couture» signifie littéralement «couture de haute qualité». Les chercheurs notent que l’expression s’est imposée comme une désignation stable pour une branche spécifique de la mode à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ; les sources en langue anglaise documentent son utilisation dès le début du XXe siècle.
En France, le terme fut consacré juridiquement : l’appellation « haute couture » n’était accordée qu’aux maisons de couture répondant à des critères stricts concernant le nombre d’employés, le volume de créations uniques et la fréquence des défilés à Paris. La réglementation était assurée par la Chambre syndicale de la couture parisienne, puis par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode.
Avec la reconnaissance légale de la haute couture, un vocabulaire spécifique s’est développé. Des appellations spécifiques ont émergé pour désigner les structures d’une maison de couture : « maison », « atelier », « cabine » (équipe de mannequins), « première » (chef couturier), « patronnier » (modéliste). Ces termes sont restés principalement internes et ont rarement été empruntés, mais ils ont constitué la base de la description du processus de production.
Parallèlement, une terminologie s’est développée et répandue dans le monde entier : « couturier », « mannequin », « collection », « tailleur », « chapeau », « décolleté », « train », « boléro » et « tailleur-jupe ». Certains de ces mots existaient déjà en français, mais dans le contexte de la mode, ils ont acquis des significations plus précises, qui ont ensuite été reprises dans d’autres langues.
Au milieu du XXe siècle, le terme «prêt-à-porter» – vêtements de prêt-à-porter produits en usine mais agrémentés de détails de créateurs – s’est popularisé, parallèlement à celui de «haute couture». Contrairement à la couture, ce type de vêtements était destiné à la production de masse et à une clientèle plus large. Les travaux universitaires, tant français qu’anglais, s’accordent à dire que ce sont les expressions françaises «haute couture» et «prêt-à-porter» qui ont fini par désigner les deux sommets de l’industrie mondiale de la mode.
Les définitions juridiques et les normes professionnelles adoptées à Paris ont influencé les pratiques de traduction et lexicographiques dans d’autres pays. Des emprunts directs, tels que « alta costura » et « haute couture », sont apparus en espagnol et en russe, étroitement liés à l’original français et régulièrement utilisés dans la littérature spécialisée et populaire.
Mécanismes de pénétration des expressions à la mode françaises dans d’autres langues
Les études linguistiques du vocabulaire à la mode ont identifié plusieurs mécanismes clés par lesquels les mots français s’implantent dans d’autres langues.
Emprunts directs
La voie la plus évidente est l’emprunt direct sans traduction. En anglais, on trouve ainsi des mots comme «couture», «haute couture», «prêt-à-porter», «boutique», «lingerie», «décolleté», «silhouette», «mannequin» et «chic». Ces mots conservent leur orthographe française, parfois avec de légères adaptations phonétiques et orthographiques, mais sont perçus comme faisant partie intégrante du vocabulaire de la mode anglaise.
Plusieurs termes de la mode espagnole puisent clairement leur origine dans le français : « blusa » (de « blouse »), « brasier » (de « brassière »), « corsé » (de « corset »), « cremallera » (de « crémaillère »), « chaqueta » (de « jaquette »), « moda » (de « mode »), « silueta » (de « silhouette »), « tutú » (de « tutu »). Ces mots ont été adaptés à l’alphabet et à la phonétique espagnols, mais leur étymologie est liée au vocabulaire de la mode française.
La langue russe a également activement adopté le vocabulaire de la mode française. L’origine des mots « palto » (via le français « paletot »), « manto » (via le français « manteau ») et « jacket » (via le français « jaquette ») est bien documentée. Des mots d’origine différente, tels que « beret » et « korset » (corset), sont également entrés en russe par le biais du français, comme le soulignent explicitement les études sur le vocabulaire de la mode russe.
Dans les dialectes arabes d’Afrique du Nord, un vaste vocabulaire vestimentaire est d’origine française. Les sources en darija marocaine utilisent les termes suivants pour décrire vêtements et accessoires : « foulard », « chaussures », « chemise », « pull », « veste », « espadrille », « cravate », « ceinture », « gants », « manteau », « bottes », « peignoir », « jupe », « pyjama », « costume », « maillot de bain » et « gilet ». Ces termes ont été adaptés phonétiquement, mais leur origine est sans équivoque.
Des processus similaires sont décrits pour la langue ouzbèke, où les termes français de la mode et du design s’introduisent par le biais du jargon professionnel et des programmes de formation en design de mode.
Transcriptions et emprunts sémantiques
Outre les emprunts directs, les calques — traductions littérales d’expressions françaises — sont fréquemment utilisés. En espagnol, « alta costura » est devenu une appellation courante pour le segment correspondant à la « haute couture » française. De même, en russe, on utilise l’expression « high fashion », dont les recherches établissent une corrélation directe avec l’original français.
Le calque affecte non seulement les désignations des niveaux industriels, mais aussi les expressions descriptives. Ainsi, diverses langues adoptent des expressions correspondant aux français «à la mode», «dernier cri», etc. Les ouvrages lexicographiques et historiques sur les gallicismes en espagnol décrivent cette pratique en détail.
Les emprunts sémantiques se produisent lorsqu’un mot existant élargit ou modifie son sens sous l’influence de son équivalent français. Par exemple, l’espagnol « moda » est sémantiquement lié au français « mode », et dans plusieurs langues européennes, le mot « style » a acquis des connotations de mode supplémentaires grâce à son contexte culturel français.
Pseudo-gallismes et emprunts inversés
En italien et en espagnol, des chercheurs ont documenté le phénomène des pseudo-gallicismes : des mots à consonance française qui n’existent pas en français ou dont le sens est différent. Dans le domaine de la mode, on trouve par exemple de nombreux noms de chaussures et d’accessoires artificiellement stylisés pour imiter les sonorités françaises et ainsi rehausser leur prestige.
Certains travaux décrivent des emprunts inversés : le français emprunte des formes perçues comme des anglicismes, mais qui proviennent en réalité d’éléments français déjà empruntés dans le langage anglais ou italien à la mode. Cette circulation des termes rend difficile l’établissement d’un simple recensement des influences, mais elle témoigne de la persistance des schémas stylistiques et lexicaux français pendant deux siècles.
Emprunts français dans le vocabulaire de la mode anglaise
Les études historiques sur l’influence du français sur la mode anglaise mettent en lumière plusieurs vagues d’emprunts. Les contacts médiévaux et du début de l’époque moderne ont introduit des mots comme « gown », « garment » et « tailor », mais la période des XVIIIe et XIXe siècles, où Paris devint le centre de la mode européenne, fut particulièrement marquante.
Le dictionnaire de mode anglais contient de nombreux termes liés à la coupe et aux finitions, conservant leur forme française : « corsage », « bouffant », « bustier », « boléro », « béret », « robe de soirée », « crêpe », « mousseline », « taffetas » et « satin ». Certains de ces mots désignent des types de tissus, d’autres des styles, et leur sémantique est strictement liée aux pratiques professionnelles des tailleurs et des créateurs.
Les emprunts lexicaux liés à la silhouette et à la coupe occupent une place particulière : « silhouette », « décolleté », « ensemble », « tailleur ». Ces termes sont fréquemment employés dans la critique de mode et les descriptions de collections. Une étude des emprunts français dans le dictionnaire de mode anglais souligne que ces lexèmes servent précisément à décrire subtilement l’apparence des vêtements, alors même que les noms de base des articles sont souvent d’origine anglo-saxonne.
Les termes de l’industrie haut de gamme comme «haute couture», «couture», «couturier» et «prêt-à-porter» sont entrés dans la langue anglaise quasiment sans adaptation. Si des traductions explicatives («high fashion», «ready-to-wear») sont souvent utilisées pour le grand public, la forme française reste cantonnée aux milieux professionnels et aux magazines de luxe.
Le mot «chic» est devenu l’un des adjectifs français les plus courants en anglais courant. Les ouvrages de vocabulaire de la mode en langue anglaise le citent comme une description universelle d’une allure élégante et raffinée. Il est important de noter qu’il est utilisé à la fois comme nom («avoir du chic») et comme adjectif, conservant ainsi la sémantique typiquement française d’une élégance discrète, plutôt qu’ostentatoire.
Dans le discours anglophone, la verticalité de l’industrie de la mode est souvent décrite en utilisant une combinaison de termes français et anglais : « haute couture » au sommet, suivie de « prêt-à-porter de créateur », « lignes de prêt-à-porter » et « marché de masse ». Les expressions françaises désignent les aspects les plus « artistiques » et exclusifs de la mode et sont perçues comme des signes du statut particulier des produits.
Les études sur la lexicologie historique de la mode fournissent de nombreux exemples de la façon dont les termes français ont supplanté les expressions descriptives anglaises dans les chroniques de mode des XIXe et XXe siècles. Aux descriptions de style interminables ont succédé des termes français concis, rendus compréhensibles par les lecteurs grâce aux illustrations et au contexte.
Termes de la mode française en russe
La langue russe a été fortement influencée par le français dans la vie quotidienne et la culture, et le vocabulaire à la mode est l’un des aspects les plus marquants de cette influence. Dès le début du XIXe siècle, le français servait non seulement de langue du discours social, mais aussi de langue des descriptions de mode dans les magazines et la correspondance privée.
Les linguistes distinguent plusieurs périodes d’emprunts actifs de mots étrangers en russe, dont l’une correspond au dernier quart du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, où, parallèlement au développement de la littérature, des arts et de l’industrie, la Russie entame des échanges étroits avec la France. Durant cette période, la langue russe s’enrichit de nombreux gallicismes, notamment dans le domaine de l’habillement et de la mode.
Les dictionnaires étymologiques attestent de l’emprunt du mot « coat » au XIXe siècle via le français « paletot ». Initialement, il désignait un type de vêtement d’intérieur masculin, avant de s’imposer progressivement comme terme générique pour les vêtements d’extérieur. Plus tard, le terme s’est étendu aux vêtements féminins et enfantins, conservant sa forme immuable et son statut stylistique neutre.
Le mot « manto » (ou « manto ») est entré dans la langue russe par l’intermédiaire du français « manteau » et s’est imposé comme le nom d’un manteau ample pour femme, souvent en fourrure. Les sources étymologiques relient le français « manteau » au latin « mantellum » ; en russe, « manto » a acquis le sens spécifique d’une cape ou d’un manteau « cérémoniel » ou très coûteux.
« Zhaket » (veste) est un autre exemple d’emprunt direct au français « jaquette ». En russe, ce mot désigne un vêtement d’extérieur court, principalement féminin, et se distingue du « palet » (manteau) par sa longueur et l’épaisseur de son tissu. De nombreuses sources russophones l’utilisent pour expliquer la distinction entre le « blazer » masculin et la « veste » féminine dans la mode contemporaine.
Une étude du vocabulaire de la mode russe souligne que des mots d’étymologies diverses sont entrés en russe via le français, comme « béret » (d’origine italienne) et « korset » (associé à la tradition espagnole), mais ce sont les formes françaises qui ont servi d’intermédiaires. Cela démontre que non seulement les vêtements eux-mêmes, mais aussi leurs noms, ont voyagé en passant par la France.
Les ouvrages modernes sur la langue russe de la mode notent que les emprunts au français ont été activement adaptés sur le plan grammatical et lexical : des formes diminutives, des préfixes et des verbes avec des affixes russes basés sur des racines françaises sont apparus (par exemple, des formations familières à partir de « modistka », « salon », etc.).
Terminologie de la mode française dans les langues romanes
Dans le jargon de la mode italienne, les emprunts au français s’entremêlent à la tradition italienne de la haute couture (alta moda) et aux influences anglaises. Une étude des contacts linguistiques franco-italien dans la mode du XXe siècle montre que le français est resté longtemps la source des termes, tandis que l’anglais a pris de l’importance dans la seconde moitié du siècle.
Parmi les emprunts typiques à la France en italien, on trouve «tailleur», «décolleté», «chic», «boutique», «blazer», et bien d’autres termes liés à l’habillement et au commerce de détail. Certains de ces mots se sont ensuite répandus et ont été adoptés dans d’autres langues comme des expressions internationales à la mode.
Les linguistes s’intéressent particulièrement aux pseudo-gallicismes du vocabulaire de la mode italienne : des mots d’apparence française qui ne sont pas utilisés en français ou qui ont des significations différentes. Une étude du terme « stiletto » montre qu’il est perçu comme un mot de mode international, bien que ses origines soient liées à la convergence des traditions et des stratégies marketing italiennes et françaises.
En espagnol, l’influence du français se manifeste à trois niveaux. Premièrement, on observe de nombreux emprunts directs, tels que « blusa », « brasier », « corsé », « cremallera », « chaqueta », « moda », « silueta » et « tutú ». Deuxièmement, il existe des emprunts et des semi-emprunts, comme « alta costura », qui conservent partiellement la structure du mot original. Troisièmement, le sens de certains mots espagnols existants évolue sous l’influence des tendances de la mode française.
Les études linguistiques et culturelles sur la mode espagnole du XXe siècle soulignent l’importance des termes français durant la période où les maisons de haute couture espagnoles s’inspiraient des modèles parisiens et participaient à des défilés internationaux. Dans la mode grand public, l’anglais a acquis une influence croissante à partir de la fin du XXe siècle, mais les expressions françaises persistent dans le vocabulaire professionnel et les descriptions des collections de luxe.
Le portugais, le roumain et d’autres langues romanes présentent un schéma similaire : une partie du vocabulaire de la mode provient d’un héritage latin commun, une autre du français, et ce n’est qu’ensuite que les anglicismes apparaissent. Les dictionnaires de mode dans ces langues utilisent souvent l’étiquette étymologique « galicisme » pour les termes relatifs aux vêtements, aux bijoux et aux parfums.
Des termes français dans le vocabulaire à la mode de l’arabe et d’autres langues
Dans la francophonie hors d’Europe, le français a influencé le vocabulaire de la mode à travers l’histoire coloniale et postcoloniale. Une étude sociolinguistique des dialectes arabes du Maroc et d’Algérie montre que les emprunts au français et à l’anglais occupent une place importante dans le vocabulaire des sphères techniques et culturelles, notamment dans le domaine de l’habillement et des biens de consommation.
Les dictionnaires spécifiques de darija marocaine recensent un grand nombre de termes vestimentaires d’origine française. «Foulard», «robe», «chaussures», «chemise», «pull», «veste», «espadrille», «cravate», «ceinture», «manteau», «bottes», «peignoir», «jupe», «pyjama», «costume», «maillot de bain» et «gilet» sont des adaptations phonétiques et grammaticales, mais leur origine est évidente.
Les chercheurs soulignent que les emprunts au français sont fréquents dans le langage urbain et chez les jeunes, avec parfois une alternance codique avec le français, créant ainsi un vocabulaire hybride unique dans le domaine de la mode. L’habillement et les cosmétiques figurent parmi les secteurs où le contact entre le français et l’arabe est particulièrement visible.
On observe une situation similaire en arabe algérien, où les termes français désignant les vêtements et l’apparence s’intègrent régulièrement aux conversations sur la mode urbaine. Les ouvrages consacrés au bilinguisme en Algérie fournissent des exemples de telles inclusions dans le langage courant.
Outre les dialectes arabes, le vocabulaire français de la mode est attesté dans le lexique emprunté à la langue ouzbèke, notamment dans les contextes professionnels et éducatifs de la mode et du design. Dans ces cas, les mots français transitent souvent par l’anglais ou le russe, mais conservent leur forme française et sont associés à la haute couture européenne.
Le langage français de la mode à l’ère de la mondialisation
Les études contemporaines sur le discours de la mode soulignent que l’anglais exerce actuellement une influence dominante sur le vocabulaire international de la mode, mais que le français continue d’occuper une place particulière comme source de termes associés à la haute couture, au luxe et au style sophistiqué.
Une analyse des versions russe, française et espagnole du magazine Vogue révèle que les emprunts anglo-américains sont très présents, mais que le français continue d’être utilisé pour décrire des styles, des lignes de vêtements et des catégories de produits spécifiques. Dans le discours médiatique de la mode en langue russe, les mots anglais complètent, plutôt qu’ils ne remplacent, les emprunts français déjà utilisés.
En France même, la situation est inversée : les anglicismes s’intègrent activement au discours professionnel et publicitaire de la mode, ce qui incite les instituts de la langue française à prendre des mesures réglementaires. Des commissions gouvernementales et l’Académie des sciences publient des listes d’équivalents français recommandés pour les anglicismes à la mode, mais dans les domaines de l’habillement et de la beauté, l’influence de l’anglais croît sensiblement.
Les recherches sur les anglicismes dans le vocabulaire de la mode française et russe soulignent que les emprunts au français sont le plus souvent intégrés aux noms des vêtements eux-mêmes, aux silhouettes et aux éléments traditionnels du costume, tandis que les termes anglais tendent à désigner les formats marketing, les tendances et les modes de vie.
Parallèlement, des analyses interlinguistiques de la terminologie de la mode révèlent que de nombreux mots d’apparence «anglaise» dans les lexiques de la mode de différents pays s’appuient sur des schémas de formation de mots français ou sont des copies conformes de constructions françaises. On peut l’observer dans les noms espagnols et italiens des collections, des lignes et des types de défilés.
Une étude linguistique de la terminologie de la mode dans différentes régions (Russie, République tchèque, Italie, Ouzbékistan et pays arabes) révèle que le français a profondément marqué les noms des vêtements, des accessoires et le vocabulaire professionnel de la mode. Ces emprunts continuent de coexister avec des emprunts plus récents, principalement à l’anglais, formant ainsi un vocabulaire international de la mode complexe.
Champs sémantiques des emprunts à la mode française
Les linguistes travaillant sur des corpus de vocabulaire de la mode identifient plusieurs zones thématiques stables où les emprunts au français sont particulièrement visibles : les noms des vêtements, les désignations de coupe et de silhouette, les noms des tissus et des garnitures, ainsi que les termes décrivant l’industrie de la mode comme une institution sociale.
Des recherches sur la terminologie de la mode russe et tchèque montrent que, dans les textes professionnels, la proportion de gallicismes est particulièrement élevée dans le domaine du vêtement féminin et des éléments décoratifs. Dans le langage courant, certains de ces mots sont simplifiés, mais le noyau des termes spécialisés conserve ses racines françaises.
Dans les langues romanes, l’influence française se mêle à l’héritage latin, rendant parfois l’étymologie moins évidente. Cependant, les dictionnaires de mode mentionnent explicitement l’origine française de nombreux noms de styles, de lignes, de garnitures et d’accessoires, même si la transcription phonétique des mots est adaptée au système espagnol ou italien.
Vêtements et styles
La couche classique d’emprunts est liée aux vêtements de base. Des formes dérivées des mots français « robe », « chemise », « corsage », « tailleur », « paletot », « manteau » et « jaquette » se retrouvent régulièrement dans diverses langues. Les études de corpus montrent que nombre de ces mots sont soit des emprunts directs, soit qu’ils ont donné naissance à des variantes locales.
En russe, cela se manifeste par les exemples de « palto », « manto » et « zhaket », devenus des termes courants pour désigner des catégories spécifiques de vêtements. En espagnol et en italien, des fonctions similaires sont remplies par « chaqueta », « blusa », « tailleur » et « silueta », tous issus du français.
Un groupe particulier regroupe les noms de styles historiques décrits dans les revues françaises des XVIIIe et XIXe siècles : « redingote », « pelisse », « spencer », « robe à la grecque », « robe à l’anglaise », etc. Ces termes, souvent conservés uniquement dans les descriptions historiques et muséales, constituent néanmoins le fondement du langage savant de l’histoire du costume.
Finition, tissus et techniques décoratives
Le vocabulaire de la mode dans différentes langues comporte une couche de termes français relatifs aux tissus et à la texture des matières. Parmi ces termes figurent «mousseline», «crêpe», «taffetas», «drap», «satin», «velours», «organdi», et d’autres encore, décrits dans des sources anglaises et romanes sur la terminologie textile.
Les études russes et slaves indiquent que certains noms de tissus sont entrés dans les langues par le biais des échanges commerciaux avec les fabricants français et se sont imposés dans le langage professionnel des tailleurs et des marchands. Le français était alors en concurrence avec l’allemand et l’anglais, mais dans bien des cas, la forme française était perçue comme associée à des tissus plus prestigieux.
Le français a donné des noms à toute une série de techniques de finition et de décoration : « broderie », « appliqué », « passementerie », « plissé », « volant ». Dans d’autres langues, ces mots sont soit empruntés tels quels, soit servent de modèles pour des calques et des formes hybrides.
Chaussures et accessoires
L’influence française se remarque également dans les chaussures et les accessoires. Les chercheurs spécialisés dans le vocabulaire de la mode italienne et espagnole ont recensé des termes tels que « bottines », « espadrilles », « sabot », « bottier », « mocassin » et « stiletto », qui fonctionnent comme des internationalismes, bien que leur histoire spécifique soit complexe et multiforme.
Les couvre-chefs constituent une catégorie à part. Les mots «béret», «chapeau», «casquette» et autres termes apparentés se sont répandus dans diverses langues d’Europe et d’Afrique du Nord. Le mot «béret» est entré en russe par l’intermédiaire du français, bien que ses racines plus anciennes soient liées à d’autres traditions romanes ; les linguistes soulignent le rôle intermédiaire de la version française.
Certains types de sacs et d’accessoires sont également désignés par des mots d’origine française : « nécessaire », « étui », « pochette » et « bijouterie ». Certains de ces termes conservent un caractère très spécialisé et sont principalement utilisés dans les milieux professionnels et muséaux.
Titres professionnels et termes institutionnels
L’industrie française de la haute couture a développé son propre système de désignations professionnelles. Outre les termes déjà cités de «couturier», «couturière», «modiste», «maison de couture», «atelier», «première» et «mannequin», il existe des termes désignant des étapes spécifiques du travail et des divisions structurelles.
Les recherches sur les industries de la mode britannique et française indiquent que ces termes n’ont pas toujours été pleinement adoptés dans d’autres langues, mais qu’ils étaient activement utilisés dans les descriptions des maisons de couture parisiennes et dans les textes pédagogiques sur la conception de vêtements.
Dans certains cas, des termes français se sont imposés comme des appellations internationales. Ce fut le cas de «mannequin» pour un modèle professionnel et de «couturier» pour un créateur de haute couture. Parallèlement, de nombreuses langues conservent leurs propres équivalents, tandis que les formes françaises acquièrent une connotation élitiste.
Adaptation grammaticale et lexicale des termes français
L’emprunt de mots à la mode au français affecte non seulement leur sens, mais aussi leur forme grammaticale. Les linguistes décrivent cette adaptation selon plusieurs critères : la phonétique et l’orthographe, le genre et le nombre, et la formation des mots à partir de la racine empruntée.
Phonétique et orthographe
En anglais, de nombreux termes de mode français conservent leur orthographe d’origine, mais se prononcent selon les règles phonétiques anglaises. C’est le cas des mots « couture », « chic », « lingerie », « bouffant » et « décolleté ». Les dictionnaires phonétiques recensent les différences entre les normes françaises et anglo-américaines, ce qui suscite parfois des débats parmi les professionnels.
En espagnol, en italien et en portugais, les emprunts français subissent souvent une adaptation plus profonde : les graphismes changent, des accents apparaissent qui correspondent à l’orthographe locale («corsé», «chaqueta», «silueta»).
En russe, l’adaptation phonétique consiste à traduire les combinaisons de sons français en cyrillique : « paletot » est devenu « palto », « manteau » est devenu « manto » et « jaquette » est devenu « zhaket ». Les symboles vocaliques et consonantiques ont été choisis en tenant compte du système phonétique russe et des schémas orthographiques familiers.
paradigme du genre, du nombre et de la déclinaison
Lors de l’adaptation d’emprunts au français, les langues doivent déterminer le genre grammatical et le nombre. Dans les langues romanes, ce processus est relativement simple, car le genre est souvent le même, mais même dans ce cas, des variations existent.
En russe, l’exemple de « palto » (manteau), qui reste un genre neutre indéclinable, et de « manto » (manteau), qui ne l’est pas non plus, est intéressant. Ces particularités sont consignées dans les dictionnaires et manuels de référence. Le mot « zhaket » (veste), en revanche, est pleinement intégré au paradigme de déclinaison des noms masculins.
Dans les dialectes arabes d’Afrique du Nord, les mots français empruntés acquièrent souvent des affixes distinctifs indiquant le genre et le nombre et s’adaptent aux règles locales de formation du pluriel. Il en résulte des formes hybrides qui peuvent différer sensiblement de l’original français tout en conservant une racine reconnaissable.
Formation de mots à partir de racines françaises
Les recherches sur le vocabulaire de la mode russe montrent que les racines françaises participent activement à la formation de nouveaux mots par le biais d’affixes nationaux. Ainsi, les radicaux empruntés donnent naissance à des variantes diminutives, familières et professionnelles, témoignant de la profonde intégration de ces emprunts dans le système linguistique.
Les langues slaves et romanes développent également des adjectifs et des verbes à partir de racines françaises. Par exemple, les noms liés à la mode donnent naissance à des verbes signifiant «porter quelque chose à la mode», «associer à quelque chose», et autres constructions similaires, décrites dans des ouvrages spécialisés sur la formation de la terminologie de la mode.
Le discours de la mode en Espagne et en Italie présente des formations hybrides où les racines françaises se mêlent à des suffixes nationaux, créant ainsi des mots orientés vers les contextes commerciaux et publicitaires. L’analyse de ces formes nous aide à comprendre comment l’influence française interagit avec les structures internes de la langue.
La presse de mode et la consolidation des termes français
Les historiens de la mode et des médias soulignent que les magazines et les publications illustrées ont été les principaux vecteurs de diffusion de la terminologie de la mode française aux XVIIIe et XXe siècles. Les journaux de mode parisiens, tels que le Journal des dames et des modes, ont créé un genre textuel riche mêlant descriptions de vêtements, gravures et commentaires sociaux.
Une étude de la presse féminine française indique que ce sont les périodiques qui ont popularisé le vocabulaire de la mode auprès d’un public plus large. Des termes auparavant réservés aux cercles professionnels des tailleurs et des modistes ont commencé à apparaître dans des textes destinés à une clientèle bourgeoise et aristocratique.
Dans plusieurs pays, les traducteurs et rédacteurs de magazines de mode laissaient souvent les termes français non traduits, s’appuyant sur les illustrations pour aider les lecteurs à faire le lien entre les mots et les images. Cette pratique est particulièrement visible dans les premiers magazines de mode russes et allemands, où les légendes conservent souvent le texte original.
Les recherches contemporaines sur le discours médiatique de la mode confirment que, même aux XXe et XXIe siècles, ce sont les magazines et les portails spécialisés qui perpétuent la terminologie, y compris les emprunts. Les magazines de mode russophones et européens utilisent systématiquement des termes français tels que «haute couture», «couturier», «défilé», «prêt-à-porter», «chic» et «boutique», bien que des expressions et des formules marketing anglophones émergent autour de ces termes.
Une étude des forums et blogs espagnols consacrés à la mode et à la beauté révèle que les termes français conservent un statut particulier, apparaissant plus fréquemment dans les textes décrivant les marques de luxe et la haute couture, tandis que les emprunts à l’anglais sont plus typiques du style urbain et des vêtements de sport.
Le statut sociolinguistique du vocabulaire de la mode française
Dans le domaine de la mode, les emprunts au français véhiculent non seulement une signification dénotative, mais aussi une valeur évaluative sociale. Les études sociolinguistiques soulignent que, dans de nombreuses langues, les termes français sont associés à l’élégance, au raffinement et à l’appartenance à un milieu culturel plus élevé.
Dans la tradition russe des XIXe et XXe siècles, la langue française était étroitement associée à la culture aristocratique, et l’emploi de termes français dans la description des vêtements servait de marqueur social. L’analyse des textes littéraires de cette période révèle que les auteurs introduisaient délibérément des références et des termes vestimentaires français pour caractériser leurs personnages.
Dans la culture urbaine contemporaine des pays d’Afrique du Nord, l’usage de noms français pour les vêtements et les cosmétiques est souvent lié au niveau d’urbanisation et d’éducation de la personne. En Algérie et au Maroc, l’argot des jeunes recourt fréquemment à des constructions hybrides, mêlant le vocabulaire de la mode française à la syntaxe arabe et aux affixes locaux.
Les recherches sur la publicité de la mode de luxe en français et en anglais montrent que les termes français, même lorsqu’ils s’adressent à un public international, sont souvent conservés tels quels afin de renforcer l’association avec le prestige et l’exclusivité du produit. L’analyse des slogans et des descriptions de collections démontre que la mention de la «haute couture» ou l’emploi d’adjectifs français servent de signal pour souligner le statut particulier de la marque.
Parallèlement, un débat se déroule en France sur l’influence des anglicismes sur le langage de la mode. Des études sur les anglicismes en français documentent la pénétration active des mots anglais dans le vêtement, le marketing et la mode numérique, ce qui a suscité des réactions normatives et des tentatives de proposer des équivalents français.
Comparaison de l’influence française avec les sources anglophones et autres.
Depuis le début du XXIe siècle, l’usage de termes anglais dans la mode s’est considérablement accru, et de nombreuses études s’attachent à établir des corrélations entre les influences française et anglaise sur les langues nationales. Les linguistes soulignent que le français est davantage associé aux éléments traditionnels du vêtement et à la haute couture, tandis que l’anglais fournit le vocabulaire nécessaire pour décrire la mode grand public, le style urbain et les tendances numériques de la mode.
Dans le vocabulaire de la mode russe, cela se manifeste par la coexistence de plusieurs emprunts : d’anciens gallicismes comme «coat», «jacket», «manto» et «décolleté» (collier) et des anglicismes plus récents décrivant la garde-robe et le style du quotidien. Les recherches soulignent que les anciens mots français sont perçus comme neutres ou légèrement littéraires, tandis que les anglicismes plus récents conservent souvent une connotation de jargon professionnel ou jeune.
On observe un schéma similaire en tchèque et dans d’autres langues slaves : les emprunts au français et à l’allemand se sont imposés dans les noms des vêtements de base et des éléments de design, tandis que les mots anglais sont omniprésents dans le marketing de la mode, décrivant les tendances et les marques.
Dans le vocabulaire de la mode italienne et espagnole, l’influence du français a historiquement été très forte, notamment au niveau de la terminologie professionnelle et des noms de produits de luxe, mais à la fin du XXe et au XXIe siècle, l’anglais a activement influencé le langage de la publicité, les noms de collections et les styles de tous les jours.
Les recherches sur les anglicismes dans les discours spécifiques à un domaine montrent que le français et l’anglais peuvent coexister même au sein d’un seul terme : on rencontre des constructions hybrides et des formes parallèles, où le mot français est utilisé pour désigner la version « classique » d’un objet, et le mot anglais pour sa modification courante dans la rue.
Une autre piste de comparaison concerne la manière dont les langues nationales développent elles-mêmes des modèles de création de mots inspirés des constructions françaises ou anglaises. Des études en russe et en ouzbek sur le discours de la mode notent que les modèles suffixaux et compositionnels, testés dans le langage français de la mode, ont servi de modèle pour la construction de la terminologie dans les nouveaux centres de formation à la mode.
La langue française et la description académique de la mode
L’histoire du costume en tant que discipline universitaire s’est largement construite à partir de sources françaises. Les catalogues des musées d’arts décoratifs français constituent encore aujourd’hui la principale source de terminologie pour décrire le costume européen des XVIIIe et XIXe siècles.
Lors de la traduction de tels catalogues dans d’autres langues, les éditeurs conservent souvent les noms français des styles et des détails de costumes, en les accompagnant d’explications ou d’illustrations. Cela permet d’éviter toute perte de précision, car les langues nationales ne disposent pas toujours d’équivalents établis pour les termes historiques rares.
Les travaux linguistiques sur la mode soulignent que le français est devenu une sorte de système normatif pour décrire le costume européen classique, auquel on compare les descriptions nationales. Cela ne nie pas les traditions locales, mais fait du français un point de référence essentiel pour l’analyse universitaire.
Dans les ouvrages universitaires russes et tchèques consacrés à la mode, les sections terminologiques contiennent souvent des équivalents français, notamment lorsqu’il s’agit de reconstitution de costumes historiques ou d’analyse de gravures et de magazines de mode du XIXe siècle. Cette pratique facilite les comparaisons entre différentes publications et catalogues.
Dans les études italiennes et espagnoles sur le vocabulaire de la mode, les emprunts au français sont considérés comme faisant partie intégrante du processus global de formation d’un « langage international de la mode », dont le français, l’anglais et l’italien sont les principaux contributeurs. L’analyse montre que l’apport du français est particulièrement marqué dans les domaines de la haute couture et du costume de théâtre.
Le français dans les conversations quotidiennes sur la mode
Au-delà des discours professionnels et universitaires, le vocabulaire de la mode française est omniprésent dans le langage courant. Des études sociolinguistiques et des observations des pratiques conversationnelles montrent qu’en russe, en anglais, en espagnol et dans d’autres langues, certains termes français sont utilisés de manière informelle comme synonymes de sophistication ou de connaissance de la mode.
Le mot «chic» en est un exemple : il est entré dans le langage courant de nombreuses langues pour décrire un vêtement ou l’apparence d’une personne. En espagnol et en italien, les formes «chic», «chicco» et les expressions hybrides qui en dérivent ont des fonctions similaires.
D’après les études sur les emprunts lexicaux, les éléments français sont fréquemment utilisés dans l’argot des jeunes et des villes russes, notamment pour caractériser de manière ironique les vêtements et les modes de vie. De plus, ils coexistent souvent avec des emprunts anglais, formant ainsi un vocabulaire mixte.
Les recherches sur les codes hybrides franco-arabes en Afrique du Nord montrent que les termes français désignant les vêtements, les chaussures et les accessoires sont intégrés dans de courtes phrases et des énoncés lors de conversations portant sur le shopping, les loisirs et les visites chez le coiffeur. L’hybridité de ces énoncés constitue un marqueur d’identité urbaine et d’appartenance à un cercle social particulier.
Dans le discours de mode en ligne anglophone, les mots français sont souvent utilisés comme procédé stylistique, notamment pour décrire des articles vintage, des vêtements de ballet et de théâtre, et dans les communautés axées sur le style «français».
Terminologie française et mode numérique
Les plateformes de mode numérique, les détaillants en ligne et les médias sociaux ont modifié la façon dont les termes sont diffusés, mais les mots français continuent d’être utilisés dans les noms de collections, les catégories de produits et les descriptions de style.
Une analyse des catalogues de vêtements en ligne en anglais, en espagnol et en russe montre que les termes français sont souvent utilisés dans le segment haut de gamme, tandis que les articles de grande consommation sont plus souvent étiquetés avec des termes anglais.
Dans le commerce électronique, on utilise des systèmes de classification mixtes : à côté des noms de catégories anglais («tops», «outerwear»), des éléments français sont placés dans les noms des lignes individuelles ou les descriptions de style («robe midi», «cigarette pantalon», «décolleté»).
Les recherches sur le discours en ligne montrent que les termes français véhiculent souvent des connotations stylistiques supplémentaires et sont perçus comme faisant partie intégrante de la stratégie d’une marque, même si l’utilisateur lambda ne parle pas français. Ce constat est confirmé par l’analyse des textes publicitaires et des campagnes visuelles de marques internationales.
Le segment russophone d’Internet présente un mélange d’anciens gallicismes, empruntés aux XIXe et XXe siècles, et de nouveaux éléments français, introduits par le biais du jargon anglais de la mode. Les linguistes soulignent que ces strates ne se supplantent pas, mais interagissent au contraire au sein d’un même système.
L’influence française dans une perspective comparative
Lorsqu’on compare différents systèmes nationaux de terminologie de la mode, l’influence française se manifeste avec une intensité variable, mais on la retrouve dans presque tous les corpus de textes de mode étudiés, qu’ils soient européens, nord-africains ou d’Asie centrale.
Les langues européennes se caractérisent par une longue période historique où le français a servi de modèle principal pour décrire les vêtements et les costumes dans les milieux aristocratiques et bourgeois. Cette période a laissé un corpus terminologique stable qui a perduré dans la langue même après l’émergence d’autres centres de la mode.
Dans les pays où le français est ou a été la langue de l’administration et de l’éducation (Afrique du Nord, certaines régions du Moyen-Orient), les termes de la mode française se sont mêlés aux traditions vestimentaires locales et ont créé un vocabulaire hybride unique.
Dans les pays ayant des liens coloniaux et culturels différents (par exemple, avec une domination de l’anglais), les influences françaises se manifestent plus souvent par le jargon professionnel et le discours académique à la mode, ainsi que par des emprunts provenant de la langue anglaise.
Les recueils de terminologie de la mode soulignent que le français demeure l’une des principales sources du vocabulaire international de la mode, notamment en ce qui concerne la haute couture, le costume historique et les techniques décoratives traditionnelles.
Exemples historiques de médiation linguistique à travers la mode française
La mode française n’a pas seulement créé son propre vocabulaire, mais a aussi servi de vecteur à la transmission d’autres influences culturelles et linguistiques. Dans bien des cas, les termes français sont devenus un intermédiaire entre la tradition d’origine et la langue d’accueil.
Au XIXe siècle, en Russie, les tailleurs de Saint-Pétersbourg et de Moscou se formaient souvent auprès de maîtres français ou travaillaient à partir de patrons français. Les noms des styles, des tissus et des ornements arrivaient dans les ateliers accompagnés de documentation technique, de catalogues et de correspondance rédigés en français. C’est ainsi que, dans ce milieu professionnel, les expressions françaises se diffusèrent dans le langage des clients.
Dans la culture de la mode britannique de la fin du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle, le français a également joué un rôle de médiateur. Les maisons de couture londoniennes employaient des tailleurs et des modistes français, et les descriptions des modèles étaient souvent rédigées en français ou accompagnées de noms français. De ce fait, certains termes ont été adoptés en anglais sous leur forme française.
L’histoire des magazines de mode montre que le français a servi de pont entre les différentes traditions vestimentaires nationales. Les publications espagnoles, allemandes et russes s’appuyaient sur les gravures parisiennes et leurs légendes. Même lorsque les rédacteurs proposaient des traductions, le texte français restait généralement en bas de page, incitant les lecteurs à associer le nom «authentique» d’un style au terme français.
En Afrique du Nord, le français a également influencé les formes vestimentaires traditionnelles. Des études sur les sociétés marocaine et algérienne montrent comment les termes français ont commencé à être utilisés parallèlement aux mots locaux pour décrire des vêtements à la fois européens et hybrides. Avec le temps, certains de ces mots se sont imposés pour désigner des styles locaux adaptés.
Terminologie française de la beauté et de la mode
L’influence linguistique française dans la mode est manifeste dans des domaines connexes tels que les cosmétiques, la parfumerie et les soins du corps. De nombreuses études soulignent la présence fréquente de mots d’origine française dans les noms de parfums, de crèmes, de produits capillaires et de maquillage.
Les termes «parfum», «eau de toilette», «eau de parfum», «lotion», «crème», «mascara», «rouge», «vernis», «shampooing» et autres apparaissent sur les emballages et dans la publicité dans de nombreux pays, même lorsque la langue principale des étiquettes est différente. Dans certains cas, le français est utilisé en complément de la langue locale, soulignant ainsi le lien du produit avec la tradition cosmétique française.
Une analyse linguistique de la publicité des marques de luxe révèle que les noms français sont souvent incomplets. Les traducteurs conservent le nom français de la ligne ou du parfum, mais fournissent un texte descriptif dans la langue du public cible. Cela contribue à ancrer davantage de termes français associés non seulement à la mode, mais aussi à l’esthétique corporelle.
Des études sur la terminologie des parfums en russe, en ukrainien et en polonais ont mis en évidence un nombre important d’emprunts au français dans les noms de types de fragrances, de formes de flacons et de modes d’application. Dans ces cas, le français sert de langue source à plusieurs langues apparentées, et les termes se diffusent ainsi dans les écoles spécialisées et les chaînes de distribution.
Dans le langage courant, de nombreux termes français liés à la beauté se confondent avec le vocabulaire de la mode. Des expressions comme «total look», «maquillage», «décolleté» et «tenue de soirée» servent à décrire des looks où vêtements et maquillage sont perçus comme un tout.
Politique réglementaire en France et terminologie à la mode
En France, le débat sur le langage de la mode est lié à la question plus large des attitudes face aux emprunts linguistiques. Les études sur le statut des anglicismes en français décrivent comment les institutions gouvernementales et universitaires réagissent à la pénétration des mots anglais dans les discours professionnels et médiatiques, notamment dans le domaine de la mode.
Des commissions spéciales relevant du gouvernement et de l’Académie française publient régulièrement des recommandations visant à remplacer les termes anglais par leurs équivalents français. Des documents sur le vocabulaire de la mode et de la publicité proposent des alternatives pour les mots décrivant les collections, les soldes, les promotions et les présentations de mode en ligne.
Parallèlement, selon les recherches, de nombreux termes issus du XIXe siècle et perçus comme typiquement français persistent dans le domaine de la haute couture. Les textes réglementaires reconnaissent ces termes comme faisant partie du patrimoine national et ne cherchent pas à les remplacer.
Une analyse linguistique de la presse française révèle que la pratique est loin d’appliquer pleinement les recommandations réglementaires. Dans les journaux et magazines de mode, les éléments anglophones coexistent activement avec le vocabulaire traditionnel français de la mode. Néanmoins, l’existence même de recommandations officielles démontre que le langage de la mode en France est considéré comme un domaine important (au sens pratique du terme) de la politique lexicale.
Pour les autres pays qui s’inspirent de l’école de mode française, les documents normatifs français servent de guide lors de l’élaboration de dictionnaires et de manuels. Les manuels de stylisme en français utilisés dans les écoles de mode internationales établissent un vocabulaire qui est ensuite transposé dans les contextes nationaux.
Traduction des termes de la mode française
Les traducteurs spécialisés dans le discours de la mode sont régulièrement confrontés à la difficulté de traduire les termes français dans d’autres langues. Des études sur la traduction du français vers l’anglais soulignent que le vocabulaire de la mode figure parmi les domaines les plus complexes en raison de la combinaison de la précision professionnelle et des connotations socioculturelles.
La difficulté est accrue par le fait que, dans bien des cas, les termes français sont déjà partiellement maîtrisés par la langue cible, mais leur usage se limite à un registre de langue spécifique. Le traducteur est alors contraint de choisir entre restituer la forme française, un emprunt existant ou une traduction descriptive.
Par exemple, dans les textes en russe, les termes « haute couture » et « prêt-à-porter » peuvent se traduire par « haute couture »/« from couture » et « prêt-à-porter »/« ready-to-wear », le choix de la forme dépendant du genre et du public visé. Des variations similaires se retrouvent dans les traductions espagnoles et portugaises de textes de mode, où les combinaisons de « haute couture », « alta costura » et leurs abréviations varient.
Une étude portant sur la traduction des termes de la mode dans les manuels portugais de stylisme montre que les traducteurs conservent souvent les noms français des patrons et des lignes de coupe, en y ajoutant des explications en portugais. Cette stratégie contribue à assurer la cohérence avec la terminologie professionnelle internationale.
Les études en linguistique de la traduction montrent que les textes à la mode jouent souvent avec les langues : les auteurs alternent délibérément entre le français, l’anglais et les expressions locales. Les traducteurs doivent non seulement restituer fidèlement le sens, mais aussi préserver la richesse linguistique du texte source.
Études de corpus du vocabulaire de la mode et de la composante française
Le développement des corpus électroniques et des méthodes d’analyse textuelle automatisée a permis de mieux comprendre le rôle des emprunts au français dans le vocabulaire de la mode de différentes langues. Les chercheurs constituent des sous-corpus spécialisés à partir de la presse de mode, des catalogues et des supports publicitaires, et analysent la fréquence et le contexte d’utilisation des termes.
Une étude portant sur un corpus de textes de mode anglais révèle la présence constante d’emprunts au français dans les domaines de la haute couture, du costume historique et des tissus. Les auteurs constatent que les mots français sont moins fréquents pour décrire les marques grand public contemporaines, mais qu’ils deviennent plus courants lorsqu’il s’agit de sujets tels que les tenues de soirée, la mode nuptiale et les costumes de théâtre.
Une étude récente, fondée sur un corpus de mode anglo-russe, démontre que la partie en langue russe présente une superposition de plusieurs strates d’emprunts lexicaux : du français traditionnel, de l’anglais plus récent et des germanismes isolés. Les auteurs identifient des groupes de mots dont l’origine française demeure prédominante.
Une étude exhaustive sur le langage de la mode en Russie, publiée au début des années 2020, propose une liste détaillée des emprunts terminologiques, notamment au français, à l’anglais et à d’autres langues. Parmi les sources françaises, on trouve des noms de vêtements (« coat », « jacket », « manteau »), des détails de finitions et des termes désignant des éléments de la tenue féminine.
La constitution de corpus de vocabulaire courant pour l’ouzbek, le tchèque et d’autres langues a également révélé une proportion importante d’emprunts au français ou de calques sur des modèles français, notamment dans la littérature professionnelle et universitaire. Ces données permettent de mieux comprendre l’influence française et de l’étendre au-delà du cadre paneuropéen.
L’influence française sur la terminologie des costumes de scène et de danse
La mode scénique et les costumes de danse sont étroitement liés à la langue française à travers l’histoire du ballet, de l’opéra et du théâtre. De nombreux termes internationaux désignant des éléments du costume de scène sont d’origine française et sont utilisés quasiment inchangés dans différentes langues.
Un exemple frappant est celui du «tutu», nom donné au tutu de ballet. Les sources sur l’histoire du costume de danse le décrivent comme un terme français désormais ancré dans la terminologie internationale du ballet. En espagnol, en russe, en anglais et dans d’autres langues, le mot «tutú?
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