Résumé d’« Isis et Osiris » de Plutarque
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Le traité « Sur Isis et Osiris » fut écrit par le philosophe et écrivain grec Plutarque de Chéronée au début du IIe siècle de notre ère, approximativement entre 100 et 120. Cet ouvrage fait partie du vaste cycle des « Moralia » et représente une tentative unique de l’auteur antique pour comprendre la mythologie égyptienne à travers le prisme de la philosophie platonicienne. Sa principale particularité réside dans le fait qu’il s’agit du seul exposé cohérent et complet du mythe d’Osiris qui nous soit parvenu de l’Antiquité, constituant ainsi une source inestimable pour la compréhension du syncrétisme religieux de cette époque.
Cet ouvrage revêt une importance fondamentale pour l’égyptologie et l’histoire des religions, demeurant pendant des siècles la principale source d’information sur le culte d’Isis jusqu’au déchiffrement des hiéroglyphes. Le texte est dédié à Cléa, une prêtresse occupant une position importante dans le culte de Delphes, et se présente sous la forme d’un traité philosophique.
La nature de la connaissance et la pureté sacerdotale
Plutarque commence son récit par une adresse à Cléa, affirmant que la recherche de la vérité, surtout en matière divine, est la plus haute forme de piété, surpassant tous les rites. Il établit un lien étymologique entre le nom de la déesse Isis et le mot grec signifiant « savoir », la présentant comme l’incarnation de la sagesse, opposée à Typhon – force de l’ignorance et du chaos.
L’auteur examine en détail le mode de vie des prêtres égyptiens, expliquant leurs strictes interdictions non par superstition, mais par des raisons rationnelles et symboliques. Le port de vêtements de lin et le rasage étaient nécessaires au maintien de la pureté corporelle, car «il n’est pas permis au pur de toucher l’impur», et la laine et les cheveux sont considérés comme des déchets du corps. Les restrictions alimentaires, telles que l’abstinence de porc, de poisson et de vin, s’expliquaient par le souci du corps, qui ne devait pas peser sur l’âme. Le vin, selon une croyance antique, était considéré comme le sang de ceux qui s’étaient jadis rebellés contre les dieux, et le poisson était associé à la mer – un élément étranger et hostile au Nil.
Le mythe d’Osiris
La partie centrale de l’ouvrage est consacrée à une exposition détaillée du mythe, telle que présentée par Plutarque, qui en a expurgé les détails les plus improbables. L’histoire commence par la liaison secrète de la déesse Rhéa (Nou) avec Cronos (Geb). Hélios (Râ), l’apprenant, la maudit et la condamne à ne pouvoir enfanter aucun jour de l’année. Hermès (Thot), ayant gagné un dix-septième de chaque jour aux dames contre la Lune, créa cinq jours supplémentaires. C’est durant ces jours que naquirent les dieux : Osiris, Arueris (Horus l’Ancien), Typhon (Seth), Isis et Nephtys. Typhon naquit en perçant brutalement le flanc de sa mère.
Osiris, monté sur le trône d’Égypte, mena le peuple hors de sa condition bestiale, instaura des lois et lui enseigna le culte des dieux. Typhon, jaloux de son frère, organisa un complot avec soixante-douze complices et la reine éthiopienne Aso. Ayant secrètement mesuré le corps d’Osiris, Typhon façonna un magnifique sarcophage. Lors d’un banquet, il promit d’offrir ce coffre à celui qui trouverait la place adéquate. Une fois Osiris déposé à l’intérieur, les conspirateurs refermèrent le couvercle, le remplirent de plomb et le jetèrent dans le Nil. Le corps fut emporté par la mer à l’embouchure du Tanit.
Apprenant la tragédie, Isis revêtit le deuil et partit à sa recherche. Le sarcophage s’échoua sur les rivages de Byblos, où un buisson de bruyère, miraculeusement apparu, dissimula le cercueil dans son tronc. Le roi local, Malcandre, enchanté par l’arbre, ordonna qu’on le sculpte en colonne pour son palais. Isis arriva à Byblos et, incognito, devint la nourrice du fils du roi. Désireuse d’accorder l’immortalité à l’enfant, elle le consumait chaque nuit, tandis que, sous l’apparence d’une hirondelle, elle volait autour de la colonne contenant le corps de son époux. Un jour, la reine aperçut l’enfant dans les flammes et hurla, privant ainsi son fils d’immortalité. Isis se révéla alors, réclama la colonne et en retira le sarcophage.
De retour en Égypte, la déesse cacha le corps dans un lieu isolé, mais Typhon, chassant au clair de lune, le découvrit. Il déchira le corps d’Osiris en quatorze morceaux et les dispersa. Isis reprit son périple, ramassant les restes et faisant construire un tombeau à chaque endroit. Seul le phallus manquait, dévoré par les poissons (lepidotus, phagros et oxyrhynchus). Isis en façonna alors une image, que les Égyptiens commencèrent à vénérer.
La Guerre des Dieux et la Naissance d’Horus
Osiris revint des Enfers pour préparer son fils Horus à la bataille contre Typhon. Lors d’un célèbre dialogue, lorsque son père lui demanda quel animal était le plus utile à la guerre, Horus choisit le cheval (pour poursuivre l’ennemi) plutôt que le lion, à la grande joie d’Osiris. La bataille dura plusieurs jours et Horus en sortit victorieux. Typhon fut capturé et livré à Isis, mais celle-ci ne le fit pas exécuter et le libéra. Horus, furieux, arracha la couronne de sa mère et Hermès la remplaça par un casque en forme de tête de vache. Typhon tenta d’accuser Horus d’illégitimité, mais les dieux reconnurent la légitimité de leur héritier.
Plutarque note qu’il existe d’autres épisodes, comme Horus coupant la tête d’Isis ou Typhon crevant l’œil d’Horus, qui doivent être interprétés allégoriquement.
Interprétation philosophique du mythe
L’auteur rejette systématiquement l’euhémérisme, l’idée que les dieux n’étaient que d’anciens rois. Il critique également l’interprétation littérale des mythes, la qualifiant d’impie. Plutarque propose la théorie des démons (au sens grec du terme, daimons), selon laquelle Isis et Osiris étaient des esprits puissants élevés au rang de dieux pour leur vertu.
Une allégorie physique s’ensuit. Osiris personnifie le principe humide et fertile, le Nil et ses eaux vivifiantes. Typhon représente la sécheresse ardente, la mer et tout ce qui est hostile à l’humidité. Isis est la terre, fertilisée par le Nil (Osiris), donnant naissance à Horus (les fruits de la terre et l’ordre). La capture de Typhon par Isis signifie que la force destructrice n’est pas totalement anéantie, mais contenue afin de maintenir l’équilibre du monde.
L’interprétation astronomique associe Osiris à la Lune et Typhon au Soleil (comme force desséchante) ou à l’ombre de la Terre lors d’une éclipse. La mort d’Osiris, le 17e jour du mois, correspond à la phase décroissante de la lune. Les quatorze parties de son corps représentent les quatorze jours de la phase décroissante de la lune avant la nouvelle lune.
Dualisme et symbolisme
Plutarque, s’appuyant sur le platonisme, développe l’idée de la dualité de l’univers. Le monde n’est pas régi par la seule Raison, mais constitue un champ de bataille entre deux principes : le bien (Osiris) et le mal (Typhon). L’harmonie (Horus) naît de leur interaction.
On établit une analogie géométrique avec un triangle rectangle, où le côté vertical (3) symbolise le principe masculin (Osiris), la base (4) le principe féminin (Isis) et l’hypoténuse (5) la génération (Horus). Le nom d’Isis est associé au mouvement et à la connaissance, et celui d’Osiris à la sainteté et au sacré.
Animaux et encens
Dans les derniers chapitres, Plutarque justifie la zoolâtrie égyptienne (le culte des animaux). Les animaux sont vénérés non pour eux-mêmes, mais comme des reflets vivants des qualités divines. L’ibis symbolise la pureté, le chien la vigilance et le scarabée la génération spontanée du soleil (puisque l’on croyait que les scarabées étaient stériles). Seul le culte excessif et superstitieux est condamné.
Le traité s’achève par une description des encens complexes, notamment du mélange « kufi », composé de seize ingrédients. Ces arômes, aux vertus curatives et apaisantes, étaient utilisés par les prêtres pour purifier l’air et préparer le corps au sommeil sacré. Plutarque souligne que les rituels diurnes sont associés à un principe solaire et simple, tandis que les rituels nocturnes sont associés à un principe complexe et mixte : « Il est donc tout à fait juste que l’encens simple, issu du soleil, soit brûlé durant la journée, tandis que d’autres, plus complexes et qualitativement hétérogènes, sont brûlés à la tombée de la nuit. »
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