« La Colombe blanche de Cordoue » de Dina Rubina, résumé
Ce livre raconte l’histoire du brillant faussaire Zakhar Kordovin. Menant une double vie, il contrefait avec brio des tableaux d’artistes célèbres. Publié en 2009, ce roman mêle habilement une intrigue policière haletante à une profonde réflexion sur le destin humain et l’art véritable. L’ouvrage évoque les souvenirs ancestraux des Juifs espagnols exilés. Il est empreint de passion, d’humour et de tragédie.
La double vie d’un expert
Zakhar Kordovin vit à Jérusalem. Professeur d’université et expert internationalement reconnu en peinture, il vient de vendre un faux tableau de Robert Falk à un riche collectionneur nommé Vladimir Igorevich. Déguisée en authentique œuvre d’art trouvée à Ramat Gan et appartenant à une veuve âgée, la toile est vendue avec succès. Après la transaction, il part en voyage d’affaires en Espagne. Cet intellectuel, d’apparence prospère, cache un profond traumatisme. Dans sa jeunesse, il a perdu son meilleur ami, Andryusha Mityanin. Depuis, il traque son assassin pour obtenir justice.
Enfance à Vinnytsia et jeunesse à Leningrad
Les souvenirs ramènent souvent Zakhar à ses racines. Le garçon, que sa famille appelait Zyunya, a grandi à Vinnytsia. Sa mère, Rita, était une championne d’escrime. Elle est décédée des suites d’un avortement alors que son fils avait treize ans. Son oncle Syoma, ancien soldat du front et coiffeur, a pris en charge son éducation. C’est lui qui a remarqué le talent de son neveu pour le dessin. Bientôt, l’adolescent a été envoyé dans une école d’art à Leningrad. À Leningrad, Zakhar est allé vivre chez sa tante excentrique, Fanny Zakharovna. Tout le monde l’appelait Zhuka. Cette femme enseignait la littérature espagnole et faisait ses exercices du matin près de la fenêtre ouverte. Andryusha, l’inséparable ami de Zakhar, vivait avec lui dans l’appartement.
Pendant ses études, Zakhar découvre un trésor unique dans le grenier du bureau de son grand-père. Il s’avère que ce dernier était un haut gradé du ministère des Affaires étrangères du NKVD. Avant son suicide en 1939, il avait caché une vaste collection de véritables chefs-d’œuvre. Parmi les toiles figurent des aquarelles de Raoul Dufy, des œuvres d’Amedeo Modigliani, de Pablo Picasso et de Robert Falk. Les deux jeunes gens transportent le classeur gris contenant ces trésors jusqu’à Leningrad. Ils installent un atelier sur le canal Obvodny. Là, Andryusha révèle son talent exceptionnel de restaurateur. Zakhar, quant à lui, découvre une capacité à reproduire le style de n’importe quel grand artiste avec une précision phénoménale. Ensemble, ils s’immergent dans la vie bohème de la ville.
Une rencontre fatale
À l’Ermitage, le jeune couple fait la connaissance d’Arkady Viktorovich Bosota. Cet érudit sexologue se révèle être un collectionneur passionné et un fin connaisseur d’art. Fréquentant assidûment les cercles bohèmes de Leningrad, il gagne rapidement la confiance des jeunes artistes. Apprenant la situation difficile de ses amis, Bosota suggère à Zakhar de peindre une copie de la «Vénus endormie» de Rubens. Bosota prétend posséder l’original. Cependant, emporter la toile à l’étranger est impossible. Le collectionneur projette d’émigrer secrètement en Australie. Il souhaite conserver une réplique de son œuvre favorite afin de pouvoir l’admirer durant son exil.
Zakhar mène à bien sa commande. Il recrée « Vénus » en respectant scrupuleusement les règles des anciens maîtres flamands, utilisant des glacis – de fines couches de peinture transparentes. Cependant, Bosota se révèle être un prédateur rusé. Profitant de la confiance de son ami, le criminel dérobe le véritable Rubens. Avec le tableau, la collection de chefs-d’œuvre de son grand-père disparaît. Lors du cambriolage, Andryusha se trouve par hasard dans l’atelier. Afin d’éliminer tout témoin, les mercenaires de Bosota torturent et assassinent le jeune homme. En découvrant le corps mutilé de son ami, Zakhar jure de retrouver le commanditaire du meurtre. Dès lors, il consacre sa vie entière à la recherche d’Arkady Viktorovich.
La découverte de Tolède et un voyage à Miami
Après des années de recherches, le détective privé Luke découvre des traces de Bosota à Miami, aux États-Unis. Zakhar décide de s’envoler pour la Floride. Avant son départ, il fait escale à un congrès scientifique à Tolède. En flânant dans les vieilles rues, il aperçoit par hasard une toile ancienne dans le couloir faiblement éclairé d’un café. Le propriétaire, Juan, lui assure que le tableau prend la poussière dans une grange depuis plus d’un demi-siècle. Zakhar achète l’œuvre délabrée pour 1 500 euros. Il est immédiatement convaincu que, sous cette couche de saleté, se cache la main d’El Greco en personne.
Arrivé en Italie, l’expert rencontre Luca Anzzani, vieil ami de Basso et spécialiste des musées du Vatican. Une radiographie révèle une sous-couche. L’artiste avait initialement représenté un jeune homme portant un poignard de pirate à la ceinture. Il a ensuite repeint le personnage, l’habillant de la soutane de saint Benoît. Les autorités vaticanes, préparant la transition papale, manifestent un vif intérêt pour l’acquisition de l’œuvre. Cordovin propose un prix exorbitant : douze millions d’euros. La hiérarchie catholique accepte l’offre.
Laissant le tableau en attendant les formalités administratives, Zakhar s’envole pour les États-Unis. Il projette d’assassiner Bosota dans sa villa de Golden Beach. Contactant une vieille connaissance de Vinnytsia, Dzyuba, Kordovin obtient les coordonnées d’un trafiquant d’armes. Il achète un pistolet. La nuit tombée, il s’approche furtivement de la maison, profitant de l’obscurité. Zakhar se cache à l’ombre des palmiers, bercé par le bruit des vagues. À travers la fenêtre entrouverte, il découvre une scène d’horreur. Arkady Viktorovich Bosota gît mort sur une chaise. Il a été sauvagement torturé par des inconnus. Le corps de son garde du corps, criblé de balles, gît non loin de là.
Le héros comprend que le collectionneur a été arrêté par le gangster Gnatyuk. C’est à Gnatyuk que Bosota avait vendu la contrefaçon de « Vénus endormie » des années auparavant, en la faisant passer pour l’originale. Après avoir découvert la supercherie, l’acheteur floué a ordonné à ses hommes de retrouver l’escroc. Il voulait récupérer son argent. Zakhar se débarrasse du pistolet en le jetant à la mer. Il rentre ensuite en Europe. Le choc de ce qu’il a vu se mêle au soulagement. Le héros n’a pas eu à devenir un tueur lui-même.
Le retour du nom et le dénouement
À son arrivée à Madrid, Zakhar apprend que les hommes de Gnatyuk ont agressé sa petite amie espagnole, Margot. Les bandits exigent la collaboration de Cordovin. On lui propose de rétablir l’authenticité de la collection de Gnatyuk, ce qui implique de falsifier des rapports d’expertise. Échappant à la surveillance, Cordovin loue une voiture et se rend dans la vieille ville de Cordoue. En passant près de la mosquée Mezquita, il dessine une jeune Espagnole en chemisier noir et jupe orange, assise sur un banc.
Le lendemain, ils se rencontrent. La jeune fille s’appelle Manuela. Elle ressemble étrangement à la mère défunte de Zakhar. Une attirance mutuelle naît. Manuela fait visiter sa maison à son nouvel ami, dans le vieux quartier de la Judería. Dans une des pièces, Cordovin est stupéfait de découvrir un gobelet en argent ancien. Un gobelet identique se trouvait autrefois dans l’appartement de sa tante à Leningrad. Zakhar déchiffre les inscriptions en hébreu gravées sur le bord du gobelet.
L’inscription indique que deux coupes identiques furent fondues à partir d’un calice sacré du temple le jour du départ du galion pour les frères jumeaux Zaccaria et Emmanuel Cordover. Le héros découvre alors que Manuela est sa parente, descendante d’une ancienne famille séfarade. Leurs ancêtres furent jadis exilés par l’Inquisition espagnole. De plus, la toile usée était un autoportrait de l’un de ces frères Cordover. Zachar la trouva à Tolède et la transforma en un tableau du Greco. L’artiste pirate s’y représenta tenant un poignard, puis dissimula son image sous une soutane.
Zakhar réalise que, par appât du gain, il a effacé le nom de son ancêtre d’une œuvre historique. Cette pensée le tourmente. Il appelle Jérusalem et donne des ordres. Il refuse l’accord avec le Vatican. Rongé par le remords, Zakhar retourne à son chevalet et signe un nouveau portrait de Manuela de sa véritable signature : « Zacarias Cordovera ». Il lui remet un chèque du Vatican de douze millions d’euros et lui demande de partir pour Israël afin de détruire l’atelier clandestin. Il se souvient des paroles de son vieil oncle : « Zyunya, fuis ce fléau qui te ronge. »
Zakhar comprend que les bandits de Gnatyuk sont déjà à ses trousses. Pour sauver Manuela, il organise une poursuite périlleuse. La voiture serpente à travers un épais brouillard sur des routes de montagne. Après s’être assuré qu’elle est saine et sauve, il lui indique la marche à suivre. Puis Zakhar descend à pied les rues pavées du vieux Cordoue, attirant l’attention de ses poursuivants. Zakhar accepte son sort avec sérénité, sachant que sa lignée est sauvée. Le véritable nom de l’artiste est rétabli sur la toile.
Manuela se retourne sur le seuil de sa maison. Elle aperçoit Zakhar au loin. À cet instant, une moto surgit au coin de la rue. Des coups de feu retentissent. Zakhar est mortellement blessé au dos. Il s’affaisse lentement sur les pavés. Dans un dernier souffle, avant de perdre connaissance, il voit une plume tomber. Une plume de colombe blanche, légère comme un duvet, descend doucement à côté de lui.
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