"Mtsyri" de Mikhaïl Lermontov, un résumé
Ce livre est un classique de la littérature romantique, écrit en 1839. L’intrigue s’inspire de l’histoire vraie d’un jeune montagnard, que l’auteur a entendue lors de ses pérégrinations sur les anciennes routes du Caucase. L’enfant, élevé parmi des étrangers, conserva un esprit rebelle et tenta de rentrer chez lui.
murs du monastère
Les événements se déroulent au confluent des rivières Aragvi et Koura. Jadis, un monastère prospérait à cet endroit. Aujourd’hui, le voyageur de passage ne peut apercevoir que les ruines d’une porte, de tours et de la crypte effondrée d’une église. Un vieil homme solitaire aux cheveux gris veille sur les pierres tombales. L’une d’elles proclame la soumission du peuple géorgien à la protection de son puissant voisin du nord, en échange de la paix et de la sérénité.
Un jour, un général russe traversait les montagnes en direction de Tbilissi, emportant un enfant de six ans prisonnier. Le garçon ne survécut pas au long voyage et tomba gravement malade. Il grandit timide et sauvage, tel un chamois des montagnes. Le petit refusa de s’alimenter et mourut paisiblement, sans un gémissement. Un moine compatissant prit pitié du captif et le soigna jusqu’à sa guérison.
Au début, l’homme sauvé évitait les gens, errait seul et aspirait à retrouver sa terre natale. Peu à peu, il maîtrisa une langue étrangère, se fit baptiser et se prépara à prononcer ses vœux monastiques. Soudain, par une nuit d’automne, le héros disparut. Les recherches durèrent trois jours. On retrouva le fugitif inconscient dans la steppe, émacié et pâle. Le jeune homme refusait de répondre aux questions, ses forces l’abandonnant. Un vieux moine vint à son chevet et le supplia, après quoi le malade rassembla ses dernières forces et commença sa confession.
Le début de la confession
Le malade entame son monologue par la gratitude. Il souhaite se libérer de son fardeau, sans pour autant dissimuler sa colère. Mtsyri regrette seulement d’avoir vécu trop peu de temps et d’avoir passé ces années en captivité. La seule passion ardente du héros était la soif de liberté. Ce rêve l’appelait à quitter ses cellules étouffantes pour le monde des combats, où les hommes sont libres comme l’air. Il confie ses sentiments au ciel et à la terre, refusant de demander pardon.
Le jeune homme se tourne vers le moine qui l’a sauvé. Le héros a grandi entre de sombres murs, un enfant dans l’âme, prisonnier du destin. Il n’a jamais prononcé les mots sacrés «père» et «mère». Observant les autres, il voyait leurs familles, tandis que lui n’avait même pas la tombe de ses ancêtres. C’est alors qu’il a fait le serment de serrer au moins une fois sa poitrine brûlante contre celle d’un être cher. À présent, ces rêves sont à jamais perdus.
La tombe n’effraie pas le mourant. Un silence froid et éternel y règne, mais il regrette de quitter la vie. Le jeune homme interroge le vieil homme sur ses souvenirs de jeunesse insouciante. Le moine, lui, a vécu et a un passé, tandis que le novice a été privé des joies de l’enfance. Le héros raconte les trois jours qu’il a passés en liberté. Ces brefs instants se sont révélés plus intenses que toute sa vie précédente.
Souvenirs caucasiens
S’étant échappé du monastère, le fugitif aperçut des champs luxuriants et des collines couronnées d’une dense végétation. Au loin, le Caucase gris et immuable scintillait à travers la brume. À la vue des montagnes, le cœur du jeune homme se mit à battre plus régulièrement. Des images de sa petite enfance lui revinrent en mémoire. Il se souvint de son village natal, étendu à l’ombre d’une gorge, du bourdonnement du soir des troupeaux et des aboiements lointains des chiens.
L’esprit du héros fit surgir les visages des vieillards à la peau sombre, assis au clair de lune sur le perron de la maison paternelle. Il se souvint de l’éclat de leurs fourreaux, du cliquetis de la cotte de mailles de son père et de son regard fier et inébranlable. Ses sœurs et leurs chants au-dessus du berceau lui apparurent. Le jeune homme se rappela avoir joué sur le sable doré au bord du ruisseau, observant les hirondelles s’envoler avant la pluie.
L’évasion eut lieu au plus fort de la tempête nocturne. Tandis que les moines priaient, terrifiés, à l’autel, Mtsyri s’élança dans l’obscurité. Il se sentait libre d’affronter la tempête, attrapant la foudre à pleines mains et respirant avidement l’air pur de la forêt. Épuisé par la course, le fugitif s’allongea dans les hautes herbes. La tempête se calma, laissant place au calme. Un chacal hurla au loin, un serpent se faufila entre les rochers, mais le héros ne ressentit aucune peur, se transformant lui-même en bête sauvage.
Au ruisseau de montagne
À l’aube, le fugitif se retrouva au bord d’un précipice. En contrebas, un torrent de montagne grondait, en lutte perpétuelle contre les rochers. La nature alentour s’épanouissait sous les rayons du soleil. Les plantes conservaient les gouttes des larmes de la nuit, les vignes s’enroulaient entre les arbres. Les oiseaux chantaient, saluant le jour nouveau. Le ciel était d’une clarté saisissante. Le novice s’enfonça dans ce bleu profond jusqu’à ce que la chaleur de midi l’oblige à chercher de l’eau.
S’accrochant aux buissons, le fugitif commença à descendre les rochers vers la rivière. Des pierres tombèrent, laissant derrière elles une traînée de fumée. Ayant étanché sa soif, il entendit des pas légers et une voix de femme. Le jeune homme se cacha aussitôt dans les buissons. Une jeune Géorgienne, portant une cruche sur la tête, descendait l’étroit sentier vers la rive. La jeune fille marchait d’un pas léger, rejetant en arrière les pans de son long tchador.
La chaleur estivale projetait une ombre dorée sur son visage. L’obscurité de ses yeux était si profonde que le jeune homme en perdit la tête. Il ne se souvenait plus que du tintement d’une cruche se remplissant d’eau et d’un léger bruissement. Quand il reprit ses esprits, la Géorgienne était déjà partie. Elle marchait avec grâce, chargée de son fardeau, telle un peuplier. La jeune fille disparut dans la saklya, d’où s’élevait une fumée bleue. Le héros, volontairement silencieux, dissimula sa mélancolie, enfouissant son chagrin au plus profond de lui.
Errant dans le noir
Épuisé, le héros s’endormit à l’ombre. Dans ses rêves, il revit l’image de la Géorgienne. Se réveillant en pleine nuit, le jeune homme reprit sa route. La lune brillait dans le ciel et les sommets enneigés de la chaîne de montagnes scintillaient au loin. Une unique lueur brûlait dans la saklya familière. Mtsyri eut envie de s’approcher, mais il résista. Son seul but était de rentrer chez lui.
Ayant apaisé sa faim, le fugitif poursuivit sa route. Bientôt, les montagnes disparurent de son horizon. Le jeune homme s’égara et se retrouva au cœur d’une forêt dense. Épines et lierre lui barraient le passage. Les arbres se faisaient plus serrés et l’obscurité le fixait de ses millions d’yeux noirs. Le héros se mit à grimper aux arbres, mais ne vit qu’une forêt infinie et déchiquetée. Pris de panique, il s’effondra au sol et éclata en sanglots.
Même à cet instant, le novice refusait toute aide humaine. Il se sentait étranger à eux, comme une bête des steppes. Mtsyri jurerait qu’il s’arracherait la langue si elle laissait échapper ne serait-ce qu’un seul cri de détresse. Enfant, le héros n’avait jamais connu les larmes, mais là, il pleurait sans pudeur, caché des regards indiscrets par l’obscurité.
Combat mortel
Soudain, un visiteur du désert – un léopard majestueux – surgit dans la clairière éclairée par la lune. Le prédateur rongeait un os cru, poussant des cris de joie et remuant la queue. Son pelage luisait d’argent. Mtsyri s’agrippa à la branche cornue, s’attendant à un combat. Le cœur du jeune homme brûlait d’une soif de sang. Il sentait qu’il pourrait devenir l’un des plus grands casse-cou du pays de ses ancêtres.
La panthère des neiges sentit l’ennemi, laissa échapper un hurlement prolongé et se mit à creuser le sable de sa patte. Le prédateur s’apprêtait à bondir, mais le fugitif le devança. Une branche robuste lui entailla le large front. La panthère des neiges grogna et se jeta sur la poitrine de son adversaire. Le jeune homme parvint à lui enfoncer son arme dans la gorge. Enlacés comme deux serpents, les deux combattants s’écroulèrent au sol.
Le jeune homme, auréolé de lumière, hurla, oubliant toute parole humaine. Un cri sauvage jaillit de sa poitrine. L’ennemi commença à faiblir, ayant écrasé le vainqueur pour la dernière fois. Les pupilles du léopard étincelèrent d’une lueur menaçante, puis se fermèrent dans un sommeil éternel. La bête affronta la mort face à face.
Retour en prison
De profondes griffures marquaient encore la poitrine du vainqueur. Rassemblant ses dernières forces, le jeune homme poursuivit sa route à travers la forêt dense. Enfin, il émergea des bois. Un village apparut au loin, et un grondement sourd résonna dans la vallée. Regardant autour de lui, Mtsyri reconnut avec horreur les contours familiers. Devant lui se dressait le monastère même qu’il avait fui.
La réalisation frappa le héros comme un coup de massue. Toutes ses souffrances avaient été vaines. Au loin, la cloche du monastère sonna. Depuis son enfance, ce son chassait les images vives de sa chère famille et de la liberté sauvage des steppes. Le jeune homme comprit vaguement que le chemin vers sa patrie était à jamais fermé.
Mtsyri se compare à une fleur prisonnière. Poussant dans l’obscurité des dalles humides, elle attendait les rayons bienfaisants. Lorsqu’une main bienveillante la porta jusqu’à la roseraie, les premiers rayons de l’aube la brûlèrent. De même, la lumière brûlante du jour incinéra le fugitif épuisé. La terre cracha du feu. Un serpent au dos jaune, tel une lame gravée, glissa sur le sable.
Vision au fond de la rivière
Le désespoir avait épuisé les dernières forces du fugitif. L’homme mourant gisait dans un état second. Il avait l’impression de reposer sur le fond humide d’une rivière profonde. Un ruisseau froid murmurait et s’écoulait dans sa poitrine, étancheant sa soif inextinguible. Vague après vague, les vagues se succédaient, et le soleil brillait plus fort que la lune à travers l’eau cristalline. Des bancs de poissons multicolores jouaient autour de lui.
Un poisson aux écailles dorées s’approcha. Ses yeux verts étaient tristes et tendres. Sa voix argentée murmura d’étranges paroles. Le poisson invita le jeune homme à rester au fond, lui promettant fraîcheur, une vie paisible et la compagnie de ses sœurs. Il lui chanta son amour, lui offrant un doux lit d’eau. Le jeune homme écouta cette voix jusqu’à ce que la lumière divine s’éteigne dans ses yeux.
Le testament du héros
Pour conclure ses aveux, Mtsyri confie au vieil homme qu’il lui importe peu que l’on le croie. Le seul chagrin du jeune homme est que son corps pourrisse en terre étrangère. Personne ne s’attristera du récit de son amère tourment. La flamme qui brûlait en lui a consumé sa prison et est prête à retourner au Créateur.
Un mourant demande à être conduit dans un jardin avant de mourir, là où fleurissent deux acacias blancs. L’herbe y est épaisse et l’air frais et parfumé. De là, on aperçoit les montagnes du Caucase. Le héros espère que ses montagnes natales lui adresseront un dernier adieu par une brise fraîche. Il imaginera un frère ou un ami essuyant la sueur de son visage et chantant doucement les louanges de sa patrie bien-aimée. Porté par cette douce pensée, son âme tourmentée s’apprête à s’endormir pour toujours, sans maudire personne.
Vous ne pouvez pas commenter Pourquoi?