"Nous" d’Evgueni Zamyatin, résumé
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Ce livre est le premier roman dystopique classique, anticipant avec une précision effrayante la structure impitoyable des régimes totalitaires du XXe siècle. Écrit en 1920, le journal intime du protagoniste relate avec minutie l’éveil progressif et douloureux de l’âme humaine dans un monde régi par une logique mathématique rigoureuse. Le roman a reçu le prestigieux prix Prometheus en 1994 et a été intronisé au Science Fiction Hall of Fame pour sa contribution exceptionnelle au développement du genre.
Le monde idéal de l’État unique
L’action se déroule au XXVIe siècle. Les survivants d’une longue guerre mondiale ont bâti les États-Unis. Un immense Mur Vert isole à jamais la cité de verre de la nature sauvage. Les citoyens ont depuis longtemps perdu leurs noms traditionnels. Les autorités utilisent des numéros alphanumériques. La vie est strictement régie par un emploi du temps mathématique qui encadre chaque instant. Tous portent un uniforme bleu identique. Les habitants se nourrissent d’aliments synthétiques à base de pétrole. La foule défile en rythme sur les avenues au son de la Music Factory. La vie sexuelle est elle aussi strictement encadrée par un système de coupons roses. Seules deux heures par jour sont consacrées aux affaires personnelles.
Le protagoniste, D-503, est ingénieur en chef. Il supervise la construction de l’Intégrale, le premier vaisseau spatial. Ce puissant appareil doit bientôt être lancé. Il est destiné à apporter un bonheur mathématiquement calculé aux habitants d’autres planètes. L’ingénieur est totalement dévoué au système. Il croit sincèrement en l’infaillibilité du Bienfaiteur. Inspiré par le vol imminent, le mathématicien commence à tenir des registres détaillés pour les futurs lecteurs de l’espace. Son cercle de contacts quotidiens est extrêmement simple. Le doux O-90, au visage rond et enfantin, prend souvent des coupons pour lui. L’ami de l’ingénieur est le poète d’État R-13, qui compose fidèlement des odes officielles.
L’invasion de l’irrationnel
L’existence paisible et imperturbable de D-503 commence à se fissurer après une promenade fortuite. Dans la foule, il rencontre une femme, I-330. Elle se comporte de manière provocante, se moque ouvertement des dogmes et affiche une indépendance inquiétante. Elle organise un rendez-vous avec l’ingénieur à la Maison Antique, un musée unique en son genre, reconstitution de la vie antique, avec ses murs opaques et son mobilier hétéroclite. Là, I-330 revêt une robe de soie jaune, boit de l’alcool de contrebande et fume. D-503 est profondément choqué par la scène. Il est physiquement écœuré par cette violation flagrante de la loi.
La loi exige que tout méfait soit immédiatement signalé. L’ingénieur se rend à la police pour dénoncer le criminel. Cependant, une faiblesse inexplicable le paralyse soudainement. Il part discrètement. Bientôt, il découvre des symptômes inquiétants : insomnies, sautes d’humeur soudaines et rêves très réalistes. Après un examen, le médecin local pose un diagnostic catastrophique : D-503 a développé une âme. Ce sentiment irrationnel perturbe impitoyablement sa pensée habituelle. Le héros est constamment rongé par une jalousie maladive et perd toute sérénité.
Résistance secrète
L’ingénieur se retrouve de plus en plus pris au piège des manigances de sa nouvelle connaissance. I-330 le manipule avec une habileté consommée, utilisant habilement le musée ethnographique comme couverture. L’ampleur du complot qui se trame ne tarde pas à se révéler. Une organisation clandestine, « Mephi », est active dans le pays. Les rebelles cherchent à renverser la dictature du Bienfaiteur, à franchir la barrière de verre et à rétablir le droit de l’humanité à la liberté. Lors d’une de ses incursions, I-330 conduit D-503 à travers des couloirs souterrains au-delà du Mur Vert. Pour la première fois, l’ingénieur voit la terre véritable, des arbres, des oiseaux et des hommes sauvages, entièrement recouverts d’une épaisse fourrure animale.
Le mathématicien est cruellement déchiré entre la logique de l’État et sa passion animale et dévorante pour la rebelle. La situation est d’autant plus compliquée qu’il est sous surveillance constante. Le Gardien S-4711 suit l’ingénieur sans relâche, tel une ombre enchaînée. Parallèlement, sa relation avec O-90 se complexifie rapidement. Son amie au visage rond le supplie, en toute illégalité, de lui donner un enfant. Une grossesse non autorisée est passible de la peine de mort immédiate. D-503 cède à contrecœur à ses supplications en larmes. Plus tard, I-330 aide O-90, enceinte, à échapper à une terrible exécution. Elle fait passer clandestinement la fillette au-delà du Mur, auprès des sauvages de la forêt.
Journée de l’unanimité et émeute
L’événement le plus important de l’année approche : la fête électorale. Les citoyens se rassemblent sur une immense place pour réélire le Bienfaiteur, perpétuant ainsi une longue tradition. Le rituel se déroule toujours sans accroc, mais cette fois-ci, c’est une exception notable. Des milliers de Numéros lèvent soudainement la main contre le souverain en place. Une panique terrible s’empare des esprits, et les gardes font usage de la force pour disperser brutalement les émeutiers. Au cours de l’affrontement, I-330 est grièvement blessé. Le poète R-13, qui se révèle être un participant actif à la conspiration, emporte courageusement la jeune fille hors de la foule. D-503 se fraye un chemin à travers la foule et les aide à échapper à leurs poursuivants.
L’organisation recourt résolument à des mesures drastiques. Le plan des rebelles est d’une audace désespérée : détourner le vaisseau spatial lors de son premier vol d’essai. I-330 exige fermement que l’ingénieur pointe les tuyères des fusées directement sur la capitale. D-503 obéit aveuglément. Cependant, durant le vol, les Gardiens vigilants bloquent l’équipage et déjouent le détournement de justesse. La raison, d’une banalité affligeante, de cet échec rapide est révélée. La vieille contrôleur Yu, secrètement amoureuse du mathématicien, a lu ses notes prises à la hâte. Souhaitant protéger son bien-aimé d’un crime mortel, elle a docilement dénoncé le complot aux autorités.
La Grande Opération
L’échec de la rébellion organisée conduit D-503 directement au bureau du Bienfaiteur. Le dictateur procède personnellement à un long interrogatoire. Il explique les fondements de la structure étatique avec un calme et une raison implacables. Le peuple, las du lourd fardeau du choix, a volontairement demandé à être enchaîné au nom d’une paix mathématique. Le souverain ridiculise ouvertement les pitoyables aspirations romantiques de l’ingénieur. Il lui lance : «Ne vous est-il donc jamais venu à l’esprit qu’ils n’avaient besoin de vous que comme constructeur naval?» Ces paroles cruelles brisent instantanément le psychisme du mathématicien. Il s’enfuit du bureau en poussant un cri sauvage.
Les autorités trouvent rapidement un moyen radical de réprimer la résistance naissante. Un journal d’État annonce solennellement une intervention médicale obligatoire. Les médecins retirent chirurgicalement l’imagination des citoyens à l’aide de rayons X ciblés. Les individus se transforment rapidement en mécanismes biologiques totalement soumis et perpétuellement heureux. Les passants sont raflés en masse dans les rues alors qu’ils fuient et conduits aux hôpitaux. D-503 échappe de justesse à une foule de fanatiques déjà opérés. Désespéré, il se précipite au commissariat pour livrer volontairement tous ses complices. Dans le bureau de l’enquêteur, il apprend avec une horreur glaçante que S-4711 est lui-même l’un des chefs suprêmes de la résistance.
Retour à la normale
La rébellion dégénère rapidement en guerre ouverte. Les rebelles font sauter sans vergogne des sections de la clôture de verre. Des sauvages des forêts, couverts de fourrure, et des oiseaux déchaînés envahissent les avenues impeccables de la ville. La panique animale et les incendies ravagent la ville. Des cadavres ensanglantés jonchent les rues. Parmi les morts, D-503 aperçoit par hasard le corps sans vie de R-13. L’ingénieur erre sans but à travers les quartiers en ruine, complètement désorienté. Finalement, le héros épuisé est capturé sans pitié par les forces de l’ordre. Il est emmené de force dans un service hospitalier et soumis à un syndrome de délire irréversible.
Après une intervention médicale brutale, D-503 est libéré de toute émotion et de son ancienne et absurde souffrance mentale. Il siège paisiblement dans une chambre à gaz éclairée, en compagnie du Bienfaiteur. Sous ses yeux, I-330 est méthodiquement torturée par asphyxie. La jeune fille perd connaissance à trois reprises, mais refuse obstinément de révéler les noms de ses camarades évadés. Demain, le révolutionnaire sera froidement conduit à une exécution publique. Le mathématicien, désormais transformé, observe le supplice de son ancienne amante avec une parfaite indifférence. La rebelle torturée ne suscite en lui qu’une légère curiosité scientifique. Les quartiers ouest de la métropole résistent encore désespérément, mais le héros est désormais fermement et inconditionnellement convaincu que l’intelligence artificielle remportera inévitablement la victoire finale.
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