« En Crimée (recueil) » d’Alexandre Kuprin, résumé
Ce livre est un recueil de nouvelles, de récits courts et d’essais écrits entre 1903 et 1929. Les textes dépeignent avec minutie la vie quotidienne sur la côte de la mer Noire, où la beauté naturelle du Sud dissimule de profonds drames humains et les affrontements de personnalités fortes et éprises de liberté. Plusieurs œuvres de ce recueil ont été adaptées au cinéma. La nouvelle « Le Caniche blanc » a inspiré le film éponyme de 1955. Le récit classique du « Bracelet de grenat » a fait l’objet d’une adaptation cinématographique célèbre en 1964. La nouvelle « Gambrinus », devenue culte, a été adaptée avec succès au cinéma en 1990.
Caniche blanc et premières esquisses
Une troupe d’artistes ambulants parcourt la côte de Crimée en quête de travail. Un vieil homme nommé Martyn Lodyzhkin, accompagné de son orgue de Barbarie, d’un jeune acrobate nommé Sergueï et d’un caniche nommé Arto, se produit à la datcha d’un riche ingénieur nommé Obolyaninov. Un garçon gâté nommé Trilly pique une crise et exige qu’on lui achète immédiatement le chien qu’il a repéré. Lodyzhkin lui répond fermement : «Je ne vends pas de chiens.» Cette nuit-là, un concierge du village vole Arto. Le grand-père, à cause de son faux passeport, ne peut porter plainte. Sergueï s’introduit alors en cachette dans la datcha. Au péril de sa vie, il sauve le chien de la cave glaciale et s’enfuit avec lui.
Dans le court sketch « Frénésie », la clarté d’une nuit du Sud contraste fortement avec l’atmosphère étouffante d’un café-concert bondé. Un public blasé et des artistes épuisés tentent en vain de s’amuser. Les paroles de « Diamants » décrivent l’effet hypnotique des pierres précieuses sur une foule devant une vitrine illuminée. L’éclat des pierres réveille des vices cachés et une soif insatiable de richesse. Le sketch « Dachas vides » traduit la mélancolie d’un automne soudainement froid. Une station balnéaire désertée, des chiens affamés abandonnés et des souvenirs de rencontres estivales fugaces évoquent une tristesse silencieuse et humble.
Souvenirs de contemporains
Le texte commémoratif d’Anton Pavlovitch Tchekhov décrit en détail sa vie à Yalta. L’auteur évoque l’amour du grand écrivain pour son jardin, les animaux et les gens du peuple. Il décrit son modeste bureau, son hospitalité sans bornes et le secret qui entourait son processus créatif quotidien. Tchekhov a toujours soutenu les jeunes auteurs.
L’essai « Événements à Sébastopol » relate des épisodes tragiques du soulèvement de 1905. Le narrateur est témoin d’un incendie nocturne à bord du croiseur Otchakov. La répression brutale de l’amiral Tchoukhnine contre les marins insurgés est décrite. Le sauvetage des marins en train de se noyer sur le navire en flammes fut délibérément interdit par le commandement militaire.
Les mémoires de Nikolaï Mikhaïlovski s’appuient sur des rencontres personnelles avec cet ingénieur énergique. Il lança avec passion le projet de chemin de fer électrique de Crimée. L’essai sur Léon Tolstoï relate une brève traversée à bord du paquebot Saint-Nicolas en 1905. Tolstoï y apparaît comme un génie charismatique, devant lequel la foule s’écarte en silence, et en même temps comme un aristocrate distingué, maître d’anecdotes subtiles et amusantes.
Gambrinus et autres histoires
Chaque soir, un talentueux musicien juif nommé Sashka joue du violon avec brio dans le bar clandestin du port, le « Gambrinus ». Marins, voleurs, pêcheurs et contrebandiers fréquentent régulièrement l’établissement. Sashka utilise sa musique pour apaiser les conflits et trouve toujours le ton juste. Pendant la guerre sino-japonaise, le musicien est mobilisé et envoyé au front. Il revient vivant, mais bientôt, de sanglants pogroms éclatent dans la ville.
Lors d’une altercation avec l’inspecteur Motka Gundosy, Sashka, fou de rage, brise son violon. Au commissariat, sa main gauche est sauvagement mutilée. Malgré cela, Sashka retourne au pub et interprète avec brio des airs joyeux à l’ocarina labial.
Le conte « Lauriers » est raconté du point de vue d’une feuille de laurier fanée, gisant dans une décharge. Elle évoque avec mélancolie son long périple, depuis un arbre du Sud jusqu’aux bals de palais et aux funérailles fastueuses. Son apogée fut une couronne de laurier de théâtre. La fin de son voyage fut banale : la feuille fut simplement jetée dans une marmite de bouillon.
Le beau et jeune Medzhid travaille comme guide équestre à Yalta. Il imite en tout son collègue plus expérimenté, Memet. Lors d’une promenade à cheval, Medzhid séduit sans peine l’épouse extatique d’un archiprêtre de Saint-Pétersbourg. Dans la nouvelle « Lenochka », le colonel Voznitsyn retrouve son amie d’enfance Elena sur le pont d’un paquebot. Ils évoquent leurs tendres amours de jeunesse et leurs baisers volés. Le colonel rencontre ensuite la fille d’Elena, devenue adulte. L’officier est saisi d’une douce mélancolie, résigné à la dure réalité du passage des générations.
Lystrygoniens
Une série d’essais sur les pêcheurs de Balaklava décrit la transition de cette ville côtière vers la pêche d’automne. L’auteur admire sincèrement le courage et la bravoure des descendants des anciens Génois. La série relate la pêche maquereau magistrale du rusé Yura Paratino et le braconnage nocturne clandestin du mulet à la lueur phosphorescente de la mer. Les pêcheurs utilisent des difans, filets traditionnels à trois parois, qui garantissent des prises abondantes.
Le film relate l’expédition hivernale extrêmement périlleuse du jeune Vanya Andrutsaki, à la poursuite d’un béluga géant par un violent vent du nord-est. Parmi les coutumes locales, on compte la plongée dans la mer glacée pour récupérer une croix d’argent à l’occasion de l’Épiphanie. Les marins, au caractère bien trempé, s’adonnent souvent à l’ivresse de vins forts et se livrent à de brutaux combats contre des tarentules venimeuses. Des plongeurs italiens tentent, en vain, de récupérer de l’or d’une frégate anglaise coulée.
Le tonneau de vin et la chenille
Le procureur Ignatius Leshedko arrive à Yalta pour la saison mondaine. Il tente, sans succès, de séduire la riche et belle baronne Mentzendorf. Un groupe de personnalités assiste à une dégustation de vins dans les caves Massandra. Les invités consomment de grandes quantités de spiritueux de différents millésimes. Ivre, Leshedko ose se glisser dans l’étroite ouverture d’un tonneau géant. Il s’y retrouve coincé, hurlant à pleins poumons et suffoquant sous l’effet des vapeurs d’alcool. Les ouvriers sont contraints de le déshabiller complètement et de l’enduire généreusement d’huile de machine pour le dégager. Déshonoré, Leshedko s’enfuit précipitamment de la ville.
L’histoire «La Chenille» se déroule à l’automne 1905 dans un camp ouvrier près de Sébastopol. Irina Platonovna, épouse d’un conférencier privé, est considérée comme une femme étriquée par ses connaissances. Son mari la surnomme avec mépris «chenille», déclarant : «Tu n’es pas une femme, tu es une chenille.» Après le bombardement du croiseur Otchakov, le révolutionnaire demande aux intellectuels d’abriter dix marins rescapés. C’est Irina qui, avec courage, prend la tête de l’organisation. Elle réprimande sévèrement les libéraux lâches, rassemble rapidement des vêtements et répartit les réfugiés dans des villages isolés. Son acte désintéressé la transforme.
Tempête et les hommes forts
La courte esquisse « Tempête » est dédiée à un passager frêle et agile d’un paquebot. Malgré la tempête, il prend stoïquement soin de sa nombreuse famille. Lui-même souffre de nausées, mais il réprime fermement sa souffrance pour le bien des siens. Dans l’essai « Hommes forts », l’auteur médite sur la beauté originelle du travail manuel gratuit. Il admire la précision des gestes des scies à main et l’expérience des marins. Les véritables professionnels contrastent fortement avec la lâcheté et l’insouciance des passagers.
Bracelet en grenat
Le jour de sa fête, la princesse Vera Sheina reçoit un dîner familial intime dans sa datcha. Elle reçoit un cadeau inattendu et anonyme : un bracelet en or de qualité médiocre orné de cinq gros grenats rouge sang. L’expéditeur est l’humble fonctionnaire Zheltkov. Il est secrètement et passionnément amoureux de la princesse depuis huit longues années. Le frère de Vera, Nikolaï Nikolaïevitch, et son époux, Vassili Lvovitch, découvrent l’adresse exacte de Zheltkov. Ils lui rendent visite et lui demandent fermement de mettre fin une fois pour toutes à ses avances.
Zheltkov déclare sans ambages au mari de Vera : «Je sais que je ne cesserai jamais de l’aimer.» Il promet fermement de disparaître à jamais, sans laisser de traces. Pour financer son départ, il détourne délibérément des fonds publics. Apprenant la visite de son mari et de son frère, Vera pressent une tragédie imminente. Le lendemain, les journaux locaux annoncent le suicide du jeune fonctionnaire. Vera reçoit sa lettre d’adieu. Dans cette lettre, il la bénit avec un amour désintéressé et lui demande d’écouter la Deuxième Sonate de Beethoven.
La princesse se rend au modeste appartement de Zheltkov. Elle ressent un besoin impérieux de voir le défunt. Vera apporte une grande rose rouge et embrasse tendrement son front froid. Le soir même, elle écoute le jeu virtuose d’un ami pianiste. Vera pleure amèrement, agrippée au tronc d’un acacia du jardin. Elle comprend que le véritable amour, le grand amour sacrificiel, lui a échappé. La musique apaise doucement son âme, lui apportant un sentiment de pardon radieux et total.
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