Un résumé de "At-Davan" de Vladimir Korolenko
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Ce récit, écrit en 1892, fait partie d’un recueil d’essais sibériens. L’intrigue se déroule dans un relais de poste isolé, perdu dans les étendues glacées du fleuve Léna. Ce livre explore avec profondeur la nature de la rébellion humaine contre la tyrannie toute-puissante des autorités. L’auteur montre comment un homme, profondément opprimé et hanté par des souvenirs douloureux, retrouve soudainement confiance en lui. Le texte évite d’idéaliser la vie sibérienne et en dépeint la dure réalité de l’exil.
L’histoire est racontée du point de vue d’un voyageur de passage. Accompagné de son marchand, Mikhaïl Ivanovitch Kopylenkov, il descend le fleuve Lena gelé. Des montagnes sombres, couvertes de forêts mortes, se dressent tout autour, et d’immenses plaques de glace bloquent le passage. Kopylenkov est constamment nerveux, inquiet pour sa fortune. Il est terrifié par la rudesse de la nature sibérienne, les étendues désolées et la menace potentielle de vol. Le marchand rêve d’amasser la somme nécessaire et de quitter à jamais ces terres désolées.
En raison des violentes tempêtes de neige et de la prudence du marchand, les voyageurs avancent lentement. Kopylenkov préfère faire de longues pauses dans les relais, buvant du thé et dormant. Par une soirée glaciale, leur chariot s’arrête sur la glace près du relais d’At-Davan. Ce relais est situé au pied d’une paroi rocheuse abrupte. Après avoir gravi un sentier étroit longeant une tombe yakoute isolée, les voyageurs se retrouvent dans un bâtiment du relais chauffé à blanc.
À la gare, les voyageurs sont accueillis par le préposé local, Vassili Spiridonovitch Krouglikov. Ce petit homme méticuleux porte un costume européen défraîchi mais élégant, d’une coupe ancienne. Krouglikov les prie humblement de passer la nuit et de ne pas réclamer les deux troïkas restantes. Il avoue les réserver pour un important messager qu’il attend. Kopylenkov accepte avec joie de rester dormir, ne souhaitant pas affronter le froid glacial.
Peu après, un facteur transi de froid, vêtu d’un uniforme élimé, arrive à la gare. Après s’être réchauffé près du poêle et avoir bu de la vodka, il apporte des nouvelles inquiétantes. Arabin, le courrier du gouvernement, revient de Verkhoyansk. Le facteur avertit Kruglikov qu’Arabin est furieux des plaintes déposées contre lui. Le courrier est réputé pour son incroyable cruauté ; il maltraite sans pitié les chevaux et sème la terreur parmi tous les chefs de gare le long du trajet.
Le courrier part et la gare retombe dans une attente angoissée. Le narrateur entre dans la yourte du cocher, où les guides locaux sont réunis autour d’une immense cheminée. Un des jeunes cochers entonne un chant yakoute improvisé et mélancolique. Dans son chant, il décrit le gel qui s’intensifie et la silhouette terrifiante d’«Arabyn-toyon», le redoutable seigneur Arabin, dont l’approche fait trembler tout At-Davan. Les cochers écoutent ce cri avec une profonde et sincère émotion.
Le narrateur se souvient de sa rencontre avec Arabin à Irkoutsk. Là, cet enseigne cosaque paraissait calme, timide et discret. Mais, investi de pouvoir et chargé de missions spéciales, il se métamorphosa. Coupé du monde sur des milliers de kilomètres, Arabin se prenait pour un souverain tout-puissant. Il sillonnait les routes à toute allure, brandissant un drapeau rouge, abattant des chevaux et battant brutalement ses subordonnés, sans rencontrer la moindre résistance.
Dans la salle de la gare, Kopylenkov engage la conversation avec le guichetier sur l’argent et la richesse. Kruglikov accepte de prendre un verre avec le marchand et se confie soudain à lui. Il avoue boire des liqueurs fortes par nostalgie d’un passé à jamais perdu. On apprend que Kruglikov est un ancien secrétaire d’université qui a servi dans la marine à Kronstadt. Sa vie d’avant était prospère, mais une histoire d’amour tragique l’a anéantie.
À Kronstadt, le jeune Kruglikov était fiancé à son amie d’enfance Raïssa. Ils s’aimaient profondément, flânant sur les remparts de la forteresse et rêvant d’un avenir ensemble. Cependant, les pères des deux familles se disputèrent au sujet du montant de la dot. Le père de Raïssa, furieux, rejeta Kruglikov et promit de marier sa fille à son supérieur, le conseiller d’État Latkine. Ce dernier convoitait depuis longtemps la belle jeune fille, profitant de sa position élevée.
Kruglikov tenta de se rebeller, mais son propre père le menaça de le faire fouetter sévèrement par une troupe de soldats à la retraite. Sa maison se transforma en prison, et au travail, Latkin exigeait une obéissance absolue. Bientôt, son supérieur obligea Kruglikov à l’accompagner chez Raïssa en tant qu’entremetteur. Kruglikov obtempéra. Voyant sa bien-aimée, accablée de chagrin et d’humiliation, se mettre à rire hystériquement et proposer d’embaucher le général, son ancien fiancé, comme laquais, Kruglikov s’effondra.
À cet instant, la folie s’empara de lui. Il se souvint du petit pistolet qu’il avait subtilisé dans la commode de Raïssa. Sortant dans le couloir, Krouglikov récupéra l’arme, retourna dans la chambre et tira deux fois dans le dos de Latkine. Le chef survécut, les blessures étant superficielles. Horrifiée par cette bassesse, Raïssa renvoya Krouglikov. Après son arrestation et son procès, il fut démis de ses fonctions et exilé en Sibérie.
Raïsa épousa plus tard leur ami commun, le scientifique Dmitri Orestovitch. Ils n’oublièrent jamais le commis exilé, lui envoyant de temps à autre de l’argent et un portrait de famille. Krouglikov montre respectueusement ce portrait aux voyageurs, le conservant précieusement dans son armoire comme une relique sacrée. Ces souvenirs le submergent de larmes et d’émotion.
Tard dans la nuit, Arabin fait irruption dans la gare avec fracas. Épuisé par le voyage, le visage pâle et les yeux noirs hagards, il souhaite boire un thé et repartir, exigeant qu’on lui amène les chevaux immédiatement. Mais Kruglikov, le visage rougeaud à cause de l’alcool et de souvenirs douloureux, change soudainement d’attitude. Il devient sévère, réservé et inflexible. Le commis, d’un ton calme mais ferme, exige que le redoutable messager s’acquitte des droits officiels pour l’utilisation des six chevaux.
Pour Arabin, une telle demande sur cette route déserte est d’une insolence inouïe. S’il paie ici, la nouvelle se répandra comme une traînée de poudre à Lena, et son autorité sera anéantie. Le coursier jette le document de voyage au guichetier, mais Kruglikov déclare l’action d’Arabin illégale. Furieux, le coursier assomme le guichetier d’un coup violent. Kruglikov s’écroule, mais Arabin est soudainement stoppé par l’apparition du narrateur.
En apercevant son ami d’Irkoutsk, Arabin revient instantanément à la réalité, sortant de sa folie passagère. La présence d’un témoin extérieur le ramène à la réalité, où il n’est qu’un simple enseigne cosaque, tenu d’obéir aux règles. Le messager s’assoit précipitamment à table, essoufflé, et tente de grommeler. Puis, d’un geste brusque, il jette l’argent à terre et démarre en trombe. Kruglikov se lève, se retire dans sa chambre et pleure amèrement, humilié.
Le matin, les voyageurs quittent At-Davan. Le commis les accompagne timidement jusqu’au traîneau, suppliant Kopylenkov de l’aider à trouver un nouvel emploi. Le marchand promet à contrecœur de l’aider, mais en chemin, il confie au narrateur qu’il ne fera rien. Kopylenkov considère Kruglikov comme un homme extrêmement dangereux et nuisible. Selon lui, Kruglikov aurait dû se soumettre docilement à son supérieur à Kronstadt, obtenir une récompense en retour et vivre heureux avec une autre femme.
Le marchand est profondément indigné qu’un simple commis ait osé exiger de ses supérieurs qu’ils respectent la loi. Kopylenkov est convaincu que même prononcer le mot « loi » est nuisible au peuple. La diligence des voyageurs bascule et se renverse parmi les immenses plaques de glace du grand fleuve sibérien. Se retournant, le narrateur ne voit que des montagnes, terrifiantes de majesté, et une fine fumée s’élevant de la gare perdue dans les congères.
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