"La ferme de Maroussia", de Vladimir Korolenko, un résumé
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Cet essai, écrit en 1899, explore en profondeur la survie des destins brisés dans les conditions difficiles de l’exil sibérien, illustrant les efforts désespérés des exilés pour recréer leur vie paysanne familière loin de leur terre natale. Il fait partie du cycle de Vladimir Korolenko, « Essais et récits sibériens », aux côtés d’œuvres célèbres telles que « Le Rêve de Makar » et « At-Davan ». Au sein de ce cycle, ce texte se distingue comme une description indépendante de la vie des colons exilés et du choc des traditions culturelles.
Le narrateur et son compagnon voyagent à cheval dans la vallée de l’Amga. Ils empruntent d’étroits sentiers yakoutes, au milieu d’herbes luxuriantes parsemées d’iris. La beauté paisible de la nature nordique inspire une certaine mélancolie. En chemin, ils croisent des troupeaux de chevaux sauvages. Soudain, les voyageurs découvrent par hasard un potager magnifiquement cultivé, agrémenté de serres, chose rare sous ces latitudes. Au cœur de la taïga se dresse une authentique cabane de Petite Russie, au toit de chaume et aux murs blanchis à la chaux. La maîtresse de maison, Maroussia, une jeune femme brune à l’allure un peu sauvage, est une migrante originaire de Petite Russie. Elle accueille les visiteurs avec méfiance. Peu après, son compagnon, Stepan, un grand homme du Don, arrive en radeau après une partie de chasse. Ayant abattu un oiseau, il invite chaleureusement les voyageurs autour du feu.
La relation entre les hôtes est celle d’un mariage de vagabonds. Autour du feu de camp, Stepan raconte avec enthousiasme à ses invités comment ils se sont rencontrés. Forçat évadé, il s’était caché dans les forêts de Transbaïkalie avec deux compagnons. Au même moment, Marusya et son amie Dasha s’étaient audacieusement évadées de l’hôpital de la prison de Chita. Perdues dans la taïga, les fugitives avaient perdu leurs complices et étaient tombées par hasard sur le groupe de Stepan. Les hommes avaient pris les femmes sous leur aile et survivaient en mendiant.
Le groupe s’est joint à un équipage de rafting sur un radeau. Ils ont ensuite été rattrapés par les anciens complices des femmes, qui ont exigé leur retour. L’équipage a tenu un procès. Maroussia a publiquement rejeté les accusations de ses poursuivants. Elle s’est inclinée profondément devant Stepan, l’acceptant volontairement comme époux pour sa gentillesse et son attention. Le long voyage les a menés à la province de Perm, où le couple a été arrêté et envoyé purger sa peine dans l’oblast de Yakoutsk.
Le travail paysan et la philosophie du laboureur
En explorant les abords de la ferme, le narrateur arrive dans une clairière et rencontre le troisième habitant des lieux : Timofey, un homme âgé originaire de la province de Kalouga. Ce travailleur, aux vêtements couverts de terre, contraste fortement avec l’élégant Stepan, mais il n’en est pas moins animé d’une force de travail colossale. Timofey lui raconte comment, quinze ans auparavant, il avait tenté d’initier la population locale à l’agriculture. Auparavant, il avait servi Piotr Ivanovitch, alors en exil. Ensemble, ils avaient décidé de labourer une terre vierge dans un ulus (région rurale) reculé de Yakoutie. Les habitants s’étaient farouchement opposés à cette innovation.
La cheffe yakoute convoqua le laboureur à une réunion. Elle déclara que Dieu avait créé la terre avec de l’herbe en surface et des racines en profondeur. Retourner la terre, c’était comme écorcher un homme vif et lui retourner les entrailles. Timofey ne pouvait réfuter leurs convictions par des mots. Cette nuit-là, une foule de Yakoutes retourna manuellement toute la terre labourée. Plus tard, Timofey et le propriétaire terrien se disputèrent au sujet du partage du bétail.
Timofey lui-même se retrouva en exil suite à une révolte paysanne et au labourage illégal des terres d’autrui. Livré à lui-même, il se loua comme journalier chez Maroussia. Il parle de Stepan avec un mépris manifeste, le jugeant paresseux, violent et incapable de travail méthodique. Maroussia désire ardemment épouser Stepan à l’église, espérant ainsi recouvrer son statut d’épouse légitime, mais Timofey doute ouvertement de la réussite de cette entreprise. À la lisière de la forêt, le narrateur remarque un jeune mélèze : son tronc, jadis brisé, s’est redressé et a continué de croître, à l’image de l’obstination du propriétaire de la ferme.
Terreurs nocturnes et raids tatars
Stepan est profondément accablé par la monotonie du labeur et le silence oppressant de la taïga. Par une nuit blanche, au bord d’un lac, il confie sa crise spirituelle au narrateur. L’ancien bagnard rêve de se rendre aux mines d’or pour faire fortune instantanément, mais Marusya s’y oppose catégoriquement. Stepan entreprend alors un long voyage au-delà du fleuve Nelkan pour rendre visite à un prêtre nomade toungouse, espérant y organiser secrètement son mariage tant attendu.
Avec l’arrivée de l’automne et des tempêtes de neige, la querelle ancestrale entre les colons tatars et les Yakoutes autochtones s’intensifie. Les Tatars, menés par d’habiles voleurs comme leur voisin Abram Akhmetzyanov, organisent régulièrement des raids nocturnes. Ils s’introduisent brutalement dans les granges et volent le bétail. Les Yakoutes se défendent timidement, se contentant de tirer en l’air la nuit. Le narrateur est témoin d’une scène tragique : un vieil homme et une vieille femme aveugles, qui avaient longtemps économisé en moulant du grain dans des moulins à main, sont dépouillés de tous leurs biens par des brigands. Abram Akhmetzyanov justifie ces vols brutaux en évoquant la faim et la misère qui frappent les familles nombreuses des Tatars.
Une nuit, pendant une tempête de neige, le cheval du narrateur s’emballe. Avec le Polonais exilé Kozlovsky, ils partent à sa recherche. À un gué obscur, ils rencontrent Stepan, armé. Ils comprennent vite que Stepan a secrètement rejoint la faible population indigène. Il commande la garde yakoute et organise une lutte acharnée contre les pillards. L’ancien vagabond a enfin trouvé un exutoire à son énergie débordante.
Conflit ouvert et justice populaire
Sous le commandement direct de Stepan, les Yakoutes remportent une série de victoires. Ils tendent habilement des embuscades, reprennent les chevaux volés, dont l’alezan d’Abram Akhmetzyanov, et envoient les voleurs capturés directement en prison. Les Tatars, profondément démoralisés et accablés par les pertes, craignent de quitter le village. En représailles, les petits larcins se multiplient au sein même du village. L’assesseur Fedoseyev est mécontent de l’activité excessive de Stepan, car elle fausse les statistiques officielles du poste de police, par ailleurs paisible.
Le prêtre, arrivé au village, refuse catégoriquement de marier Maroussia à Stepan en échange des quinze roubles et des génisses qu’il avait préparés. Il invoque la réputation militaire sulfureuse de Stepan et son statut précaire de vagabond. Timofey ramène Maroussia à la ferme, anéantissant définitivement ses espoirs de mariage.
Par une journée claire et glaciale, la relation du héros avec le village prend fin. Stepan descend la rue à cheval, traversant une foule de Tatars agressifs. Marya, la femme d’Abram, et Abram lui-même lui barrent le passage. Ils l’accusent publiquement de trahison : il a mangé du pain avec eux, les considérait comme un frère, mais a pris la défense d’étrangers. Abram le réprimande avec colère : « Tu es devenu un meilleur traître qu’un Tatar. » La foule rit d’un rire moqueur. Une belle Tatare fait un geste obscène à son ancien compagnon. Écrasé moralement par la logique cruelle de la foule, Stepan rougit, incapable de se justifier, et s’en va en disgrâce. Bientôt, il quitte définitivement le village et part pour les mines d’or.
Une nouvelle vie à la ferme
Un an et demi s’écoule. L’assesseur Fedoseyev informe le narrateur de l’étrange blessure par balle découverte par Timofey à la ferme. Selon la version officielle, l’homme aurait manipulé l’arme lui-même avec négligence. Fedoseyev est persuadé que c’est l’œuvre de Stepan, revenu de temps à autre. Un fait surprenant est révélé : le prêtre itinérant a bien épousé Maroussia, mais c’est l’ouvrier Timofey qui est devenu son époux légitime. Stepan, rongé par la jalousie, l’aurait probablement abattu avant de disparaître à jamais.
Plus tard, grâce à une longue lettre d’une connaissance, le narrateur apprend les derniers détails. Maroussia vit ouvertement sous le nom de Zakharova, légalement mariée à Timofey. La ferme prospère et devient peu à peu le centre d’une nouvelle colonie sibérienne. Maroussia a deux fils en bonne santé qui parlent le petit russe. Elle dirige toute la maisonnée d’une main de fer. Timofey boit fréquemment et bat régulièrement sa femme. Maroussia est étrangement fière de ces coups devant ses voisins, voyant dans la force brute de son mari un retour à la norme paysanne patriarcale compréhensible. Le rebelle Stepan disparaît sans laisser de traces dans les lointaines mines d’or.
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