"Seconde Guerre mondiale :
redémarrage" d’Igor Shumeiko, résumé
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Cet ouvrage, publié en 2007, est une étude historique et journalistique des causes et du déroulement de la Seconde Guerre mondiale. L’auteur refuse de considérer comme victimes innocentes les États européens qui ont livré leur potentiel économique aux nazis sans combattre. Il emploie le terme de «Grande Guerre», qui impose une logique de survie implacable et justifie les manœuvres géopolitiques brutales des coalitions adverses.
Pour cet ouvrage historique, l’auteur a reçu le prestigieux prix littéraire de la Culture Impériale dans la catégorie journalisme politique.
Cet ouvrage fait partie de la vaste collection historique « Les secrets militaires du XXe siècle » (tome 1). Parmi les autres titres phares de cette collection figurent « L’occasion manquée de Staline » de Mikhaïl Meltyukhov et « Les trois guerres de la Grande Finlande » d’Alexandre Chirokorad.
Géopolitique d’une Europe unie
Au début des années 1930, les puissances occidentales abandonnaient leurs positions diplomatiques. Les hommes politiques britanniques et français espéraient détourner l’agression d’Hitler vers l’Est. Les accords de Munich constituèrent l’aboutissement de cette stratégie. Le gouvernement britannique de Neville Chamberlain contraignit la Tchécoslovaquie à capituler. Adolf Hitler se constitua un immense complexe militaro-industriel sans avoir à tirer un seul coup de feu.
Le président Edvard Beneš commandait une armée de premier ordre et une puissante ligne de fortifications dans les Sudètes. Les forces armées tchèques comptaient deux millions d’hommes et bénéficiaient d’un équipement supérieur. Les généraux allemands craignaient un assaut contre ces positions imprenables. Cependant, les dirigeants tchèques choisirent de capituler. De ce fait, le Führer allemand devint l’héritier d’un arsenal européen colossal.
Les usines Škoda et ČKD se mirent à produire pour la Wehrmacht. Jusqu’à la fin de la guerre, des ouvriers tchèques assemblèrent des chars, des canons automoteurs et des automobiles pour les nazis. Les blindés tchécoslovaques assurèrent la victoire rapide d’Hitler lors des campagnes de Pologne et de France. Plus tard, ces mêmes véhicules ravagèrent le sol soviétique. L’auteur souligne l’intégration économique totale des pays conquis à la machine de guerre allemande.
La dure logique de la confrontation
Igor Shumeiko examine le concept de Grande Guerre. Un conflit d’une telle ampleur abolit les normes du temps de paix. La priorité devient la destruction totale de l’ennemi. Pour vaincre le nazisme, l’Empire britannique a eu recours aux mesures les plus radicales. Lors de l’opération Mers el-Kébir, les escadres britanniques ont décimé la flotte française.
Les Britanniques prirent cette mesure pour conserver leur contrôle sur la Méditerranée. Ils craignaient le transfert de navires français à la Kriegsmarine. De même, ils occupèrent l’Islande, alors sous contrôle danois. Cette occupation protégeait les convois du nord des sous-marins allemands. Ces frappes préventives étaient dictées par la nécessité militaire.
S’appuyant sur ces précédents britanniques, l’auteur explique les actions de l’Union soviétique. L’annexion des républiques baltes et le recul de la frontière polonaise se sont avérés nécessaires à la survie de l’URSS. Les dirigeants lettons et lituaniens avaient déjà manifesté leur volonté de céder leurs territoires à Hitler. L’Armée rouge a occupé des positions stratégiques en mer Baltique pour défendre le front de Leningrad.
L’anatomie de la résistance européenne
Nombre d’historiens occidentaux célèbrent l’héroïsme de la résistance européenne. Les chroniques officielles glorifient les exploits du maquis français ou des partisans tchèques. Shumeiko déconstruit ce mythe idyllique par de simples calculs. L’ampleur réelle de la résistance aux occupants en Europe occidentale était négligeable. Les grèves de mineurs étaient occultées par le fonctionnement ininterrompu des usines approvisionnant la Wehrmacht.
Les entreprises néerlandaises, danoises et belges ont fourni au Troisième Reich des matières premières et des denrées alimentaires. La Suède, pays pacifique, a expédié des millions de tonnes de minerai de fer aux nazis. Sa neutralité a protégé efficacement ses mines des bombardements britanniques. Les agriculteurs français ont expédié de la viande, du vin et des céréales en Allemagne.
La véritable et la plus douloureuse résistance à Hitler s’est manifestée au sein même de l’Allemagne. L’Orchestre Rouge et l’Orchestre Noir ont infligé des pertes considérables aux nazis. Les antifascistes, les généraux et les diplomates allemands ont régulièrement transmis des secrets aux Alliés. Des officiers de la Wehrmacht ont tenté à plusieurs reprises d’assassiner Hitler, jusqu’au bombardement de son quartier général à l’été 1944.
Technocrates du Troisième Reich
Une attention particulière est portée à la figure d’Albert Speer. Le ministre de l’Armement nazi parvint à accroître considérablement la production d’équipements militaires. L’efficacité de l’industrie allemande reposait sur un pragmatisme implacable. Des ingénieurs allemands coordonnaient le travail de milliers d’usines à travers le continent. Des cadres français et norvégiens collaboraient volontiers avec l’administration berlinoise.
Speer et son homologue français, Jean Bichelonne, trouvèrent rapidement un terrain d’entente. Ils s’accordèrent sur la production de masse de biens de consommation en France, ce qui libéra des capacités allemandes pour la production d’armements. L’élite technique européenne travailla sans entrave pour le Reich. Les spécialistes occidentaux appréciaient la stabilité et les apports financiers en provenance d’Allemagne.
L’auteur réfute les mythes conférant au fascisme une nature occulte. La culture populaire contemporaine dépeint souvent les nazis comme des magiciens possédés. Livres et émissions de télévision colportent des fictions sur les soucoupes volantes d’Hitler et les secrets des expéditions tibétaines. Une telle mystification occulte la culpabilité historique de l’Europe. Il est bien plus commode d’attribuer ses propres défaites à des forces démoniaques que de reconnaître la puissance industrielle et militaire d’un ennemi uni.
Rift yougoslave
Les événements des Balkans illustrent la thèse de l’immuabilité des instincts politiques. La ligne de fracture sanglante traversait la Yougoslavie. Les unités serbes opposèrent une résistance armée farouche aux occupants. L’armée de Josip Broz Tito immobilisa des centaines de milliers de soldats allemands. Les partisans forcèrent Hitler à retirer des corps d’armée entiers du front de l’Est.
Les hommes politiques croates ont fait un choix différent. L’État indépendant de Croatie est devenu un satellite fidèle du Troisième Reich. Des milices locales ont perpétré le nettoyage ethnique des populations serbe et juive. Les Bosniaques musulmans ont formé leurs propres divisions de la Waffen-SS. Le commandement nazi appréciait leur loyauté et les a armés.
Un demi-siècle plus tard, les sympathies occidentales se répartissaient exactement de la même manière. Dans les années 1990, une Europe renouvelée, centrée sur Bruxelles, prit parti pour les Croates et les Bosniaques. Les Serbes se retrouvèrent une fois de plus la cible de frappes aériennes et de sanctions politiques. L’auteur y voit la continuation directe des intérêts géopolitiques européens.
Dévoiler les concepts pseudo-historiques
Une part importante du texte est consacrée à réfuter les théories de Viktor Souvorov et Vladimir Boukovski. Ces auteurs cherchaient à prouver l’agressivité intrinsèque de Staline. Ils accusaient l’Union soviétique d’avoir secrètement aidé Hitler à accéder au pouvoir. Shumeiko démontre l’absurdité de telles affirmations. L’effondrement de la République de Weimar fut déterminé par les choix des électeurs allemands et des élites politiques locales.
Les industriels et aristocrates allemands finançaient le Parti national-socialiste. Le président Paul von Hindenburg nomma légalement Hitler chancelier du Reich. Les dirigeants soviétiques n’avaient aucune influence sur la politique intérieure allemande. Les communistes du Reich furent exterminés par les SA dès les premiers mois de la dictature hitlérienne.
Le pacte Molotov-Ribbentrop a été décrit comme une trêve diplomatique forcée. Staline cherchait à retarder l’inévitable confrontation avec une Europe unie. Moscou profita de ce temps gagné pour réarmer son armée et fortifier ses nouvelles frontières. Le Premier ministre britannique Churchill justifia cette manœuvre du Kremlin dans ses mémoires. L’URSS prit l’ascendant sur les démocraties occidentales sur leur propre terrain diplomatique.
Réformes politiques intérieures de l’Union soviétique
L’auteur aborde la question de l’évolution interne de l’URSS après la guerre. Joseph Staline avait reconnu la nécessité de renouveler l’idéologie d’État. Lors de conversations privées, le dirigeant évoquait ouvertement le danger d’effondrement de l’État sans un nouveau fondement théorique. La victoire militaire a révélé la nécessité de retirer progressivement la nomenklatura du parti de la gestion économique directe.
Les dirigeants du pays planifièrent des transformations systémiques de grande ampleur. Dans les dernières années du règne de Staline, les grandes lignes du programme à venir se dessinèrent : apaiser les tensions internationales, décentraliser le pouvoir et renforcer la démocratie interne au parti. La dissolution des départements sectoriels du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique (bolchevik) constitua un premier pas vers la limitation du pouvoir absolu des fonctionnaires. Un encouragement prudent à la pensée critique commença à se manifester dans les domaines de la littérature et des sciences.
Ces projets restèrent lettre morte. La mort subite du dirigeant interrompit le processus de renouveau qui avait commencé. Les fonctionnaires du parti arrivés au pouvoir, sous la direction de Nikita Khrouchtchev et de Léonid Brejnev, paralysèrent le développement du pays pendant des décennies. Le refus d’explorer de nouvelles pistes théoriques mena le projet soviétique à la stagnation, puis à son effondrement. La force idéologique acquise par le peuple victorieux lors de la Grande Guerre patriotique fut ainsi gaspillée.
Réorganisation du monde après la guerre
La défaite de l’Allemagne nazie a bouleversé l’équilibre des puissances sur la planète. Les troupes soviétiques ont pris le contrôle de vastes territoires en Europe de l’Est. La conférence de Yalta a consolidé de nouvelles sphères d’influence géopolitique. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont reconnu le droit de Moscou à établir une zone tampon fiable. Auparavant, les États d’Europe de l’Est avaient servi de tremplin à l’agression allemande.
Le discours de Winston Churchill à Fulton marqua le début de la Guerre froide. L’homme politique britannique appela les pays anglo-saxons à s’unir contre la menace soviétique. Joseph Staline répondit avec virulence à son ancien allié dans le journal Pravda. Le dirigeant soviétique rappela les millions de victimes du peuple russe. Moscou refusa de tolérer la présence de régimes hostiles à ses frontières occidentales.
Shumeiko dénonce le double discours des hommes politiques européens contemporains. Les revanchards d’aujourd’hui tentent d’assimiler les responsabilités des agresseurs nazis à celles des libérateurs soviétiques. Les élites baltes et d’Europe de l’Est exigent de la Russie des remords historiques et des réparations financières. Pourtant, ce sont leurs pays qui ont servi la machine de guerre hitlérienne pendant des décennies.
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