Résumé du roman « Le Gentleman de San Francisco » d’Ivan Bounine
Ce roman d’Ivan Bounine, paru en 1915, raconte l’histoire d’un riche Américain dont la vie bascule brutalement lors d’une croisière de luxe. Cet homme de cinquante-huit ans, originaire de San Francisco, dont on ignore le nom, a travaillé sans relâche pendant des années, amassant une immense fortune et employant des milliers de Chinois dans ses entreprises. Ayant atteint le niveau de richesse qu’il convoitait, il estime avoir désormais pleinement droit à de longues vacances. Il emmène avec lui sa femme et sa fille adulte, projetant de passer deux ans à voyager à l’étranger.
Une famille embarque à bord du paquebot transatlantique Atlantis. Le navire impressionne par sa taille et ses prestations, évoquant un hôtel gigantesque avec bar de nuit et bains orientaux. La vie à bord est rythmée par une routine stricte. Tôt le matin, le son des trompettes réveille les voyageurs. Ils boivent du café, prennent un bain et font des exercices. Durant la journée, les passagers flânent d’un pas vif sur les ponts. Puis, sandwiches et bouillon sont servis, et les passagers lisent les journaux. Après le petit-déjeuner, place à la détente. Des chaises longues – des fauteuils spécialement conçus pour se relaxer – occupent tous les espaces libres des ponts.
Le capitaine du navire est un homme roux à la carrure monstrueuse. Il apparaît rarement en public, tel une idole païenne colossale. Au-delà des parois de la cabine, l’océan déchaîné fait rage, une sirène hurle dans l’obscurité, mais les passagers croient au pouvoir du commandant sur les éléments. Le soir venu, les luxueux salons de l’Atlantis s’illuminent d’une lumière festive. Un long dîner commence ; les hommes fument nonchalamment des cigares et discutent des actualités boursières. Parmi les convives se trouve un couple engagé par la compagnie maritime : de jeunes gens qui feignent avec brio un amour sincère pour l’argent.
Tandis que la chaleur et la gaieté règnent sur les ponts supérieurs, le dur labeur se poursuit dans les entrailles du navire. D’immenses chaudières engloutissent voracement des montagnes de charbon. Sales, ruisselants de sueur et torse nu, les chauffeurs manient désespérément leurs pelles dans les flammes écarlates. Dans ces profondeurs obscures, le mouvement incessant du gigantesque paquebot mijote. Le contraste saisissant entre le faste des salons et le labeur infernal de la salle des machines passe totalement inaperçu aux yeux des touristes fortunés.
Le navire franchit sans encombre le rocher de Gibraltar et pénètre en Méditerranée. Un nouveau passager monte à bord : le prince héritier d’un État asiatique. C’est un homme de petite taille, aux yeux bridés et à l’épaisse moustache noire, étrangement visible sous sa peau. La fille du prince tombe immédiatement sous son charme, fascinée par ses origines anciennes. Bientôt, Naples apparaît à l’horizon. Une foule bruyante de porteurs se précipite vers les touristes. Le prince les congédie d’un geste calme et se dirige d’un pas assuré vers sa voiture.
La vie à Naples reprend rapidement son cours habituel : petit-déjeuner dans une salle à manger à la pénombre, exploration d’églises froides à l’odeur de cire, déjeuner sur le Monte San Martino. Cependant, décembre se révèle particulièrement malchanceux. Il pleut sans cesse, un vent glacial souffle de la mer, la ville paraît grise et sale, et l’odeur de poisson pourri sur le front de mer devient insupportable. Le soleil du matin trompe les touristes par sa brève apparition chaque jour. L’Américain se dispute de plus en plus souvent avec sa femme le matin. Déçue par leurs vacances gâchées, la famille décide de quitter Naples pour Capri.
Les voyageurs espèrent sincèrement trouver chaleur et soleil sur cette île rocheuse. Des amis assurent aux Américains que les citronniers y fleurissent en abondance, que les habitants sont bien plus honnêtes et que le vin est entièrement naturel. Un monsieur de San Francisco ordonne à ses domestiques de charger de nombreuses malles. Il se réjouit à l’idée de longues promenades sur les pierres chargées d’histoire, sur le site des palais en ruine de l’empereur romain Tibère. La famille prévoit également de visiter les grottes féeriques de la célèbre Grotte d’Azur et d’écouter les joueurs de cornemuse des Abruzzes, qui parcourent les sentiers pittoresques avant les fêtes.
Déménager sur une île rocheuse
Le jour du départ se transforme en un véritable calvaire. Le petit bateau à vapeur italien tangue violemment sur les vagues abruptes. La famille est allongée sur les canapés durs du carré exigu. Madame souffre d’un terrible mal de mer, Mademoiselle pâlit et serre un quartier de citron entre ses dents. Le chef de famille, le visage sombre, a la tête qui tourne. Aux escales à Sorrente, la côte rocheuse défile sous ses yeux. L’Américain éprouve une profonde colère envers l’Italie et ses habitants bruyants.
Le soir venu, le navire arrive à Capri. Un funiculaire transporte lentement les touristes fatigués jusqu’au sommet de la montagne escarpée. L’homme attire immédiatement l’attention du propriétaire de l’hôtel, qui accueille avec grâce les riches clients. L’Américain est surpris de reconnaître en cet homme élégant celui qu’il a vu en rêve la nuit précédente. La famille se voit attribuer des appartements luxueux, précédemment occupés par un membre de la famille royale – le vol 17. Avec ces appartements, ils bénéficient d’un personnel attentionné, parmi lequel le groom, Luigi, se distingue. Le maître d’hôtel prend les commandes du dîner avec des hochements de tête respectueux et annonce le prochain bal de tarentelle.
L’Américain commence à se préparer pour une soirée. Il passe un long moment à se laver méticuleusement, à se raser et à enfiler des collants de soie, des bas noirs et des chaussures de danse. S’habiller est une véritable épreuve. Le sol tremble encore et un bouton de manchette récalcitrant lui pince douloureusement la peau sous la pomme d’Adam. Après avoir enfin réussi à enfiler le col serré, le gentleman, le visage bleu d’effort, s’assoit devant sa coiffeuse. Il examine attentivement ses doigts, couverts de callosités dues à la goutte, baisse la tête et marmonne : «C’est terrible.»
Tragédie dans la salle de lecture
Après s’être habillé, l’homme descend l’escalier recouvert de moquette et entre dans la salle de lecture. Le silence est total, et un Allemand aux cheveux gris est assis au bureau. L’Américain s’installe dans un fauteuil en cuir, met son pince-nez et parcourt du regard les derniers articles de journaux sur la guerre des Balkans. Soudain, les lignes imprimées scintillent d’un éclat vitreux et aveuglant. Les yeux de l’homme s’exorbités horriblement, sa mâchoire inférieure s’affaisse, révélant des plombages en or. Il tente en vain d’inspirer, haletant violemment, et s’effondre lourdement au sol, luttant désespérément contre la mort.
L’Allemand, pris de panique, s’enfuit de la salle de lecture et donne aussitôt l’alerte. Le propriétaire de l’hôtel parcourt les couloirs en courant, tentant de calmer ses clients agités en évoquant des évanouissements. L’Américain mourant est transporté d’urgence dans la chambre quarante-trois, la plus humide et la plus froide du rez-de-chaussée. Des valets lui arrachent précipitamment son smoking froissé. Sa femme et sa fille, sous le choc, arrivent. La respiration sifflante et bruyante s’apaise peu à peu. Une pâleur envahit lentement le visage du défunt, et ses traits s’éclaircissent visiblement.
L’attitude du propriétaire de l’hôtel change radicalement. Il ne reste plus aucune trace de sa courtoisie d’antan. Lorsque la veuve, dévastée, demande que le corps de son mari soit ramené à leur appartement, il refuse catégoriquement. Le propriétaire prétend que les touristes éviteront son hôtel s’ils apprennent la présence du défunt. Il exige avec insistance que le corps soit emporté immédiatement, avant le matin. Comme on ne fabrique pas de cercueils sur l’île, les domestiques suggèrent d’utiliser une longue caisse en bois de soda anglais comme contenant provisoire.
La nuit venue, l’hôtel est plongé dans un silence profond. Luigi, le groom, passant devant la porte verrouillée de la chambre quarante-trois, imite avec humour la voix rauque d’un mort : «Oui, entrez.» À l’aube, une lourde caisse en bois est emportée à la hâte hors du bâtiment. Le jeune portier la transporte en fiacre le long de la route blanche sinueuse qui mène à la mer. Le cocher pousse nonchalamment son cheval, orné de pompons colorés et d’une longue plume d’oiseau de près d’un mètre sur le front. Bientôt, un vapeur – un petit bateau côtier – emporte la famille, encore sous le choc, loin des rivages rocheux pour toujours.
Au matin, Capri s’éveille, insouciante. Le marché de la petite place reprend son activité habituelle. Lorenzo, le vieux batelier, un bel homme du coin, vend avec succès des langoustes pêchées pendant la nuit. Deux montagnards des Abruzzes descendent tranquillement l’ancienne voie phénicienne. Ils s’arrêtent respectueusement devant une statue illuminée de la Vierge Marie et jouent des hymnes à la lumière sur leurs cornemuses. Une profonde quiétude règne sur l’île. Les touristes étrangers dorment encore paisiblement, se préparant pour des excursions plus exigeantes à travers les ruines historiques.
Retour à la maison
Le corps d’un Américain mort rentre chez lui. Après un long périple à travers les entrepôts insalubres du port, le cercueil goudronné est de nouveau à bord de l’Atlantis. Désormais, il est à l’abri des regards des passagers dans la cale obscure du navire, près des entrailles fumantes de ses machines. Le paquebot s’élance avec assurance sur l’océan nocturne, fendant les hautes vagues. Du haut des falaises de Gibraltar, l’immense Diable observe le géant disparaître dans la tempête de neige. Dans la salle des machines, des chaudières d’acier de seize tonnes sifflent bruyamment sous l’effet de la vapeur.
Un arbre gigantesque tourne lentement dans le tunnel des machines, transmettant une énergie colossale à la quille du navire. L’arbre tourne lourdement. L’arbre tourne sans relâche. Sur les ponts supérieurs, baignés de lumière, se déroule un bal somptueux et animé. L’orchestre joue une musique insouciante et des diamants précieux scintillent de toutes parts. Un couple d’amoureux frêles, engagés pour l’occasion, se contorsionne à nouveau dans une danse, offrant aux spectateurs un spectacle de tourment exquis. Aucun des vacanciers ne se doute de la présence du cercueil de bois gisant au fond de la cale, tandis que l’immense navire fend les flots et affronte la tempête de neige.
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