« Le Grand Chariot » de Max Fry, résumé
Ce livre est un recueil de vingt-deux nouvelles, écrites en 2009. L’auteur a reporté le contour de la constellation de la Grande Ourse sur une carte physique de l’Europe, et les étoiles pointent vers des villes européennes choisies au hasard. C’est dans ces localités que se déroulent les événements de l’œuvre. Chaque nouvelle correspond à une étoile et porte le nom d’une lettre de l’alphabet grec. Le texte est empreint de réalisme magique, où le quotidien se mêle intimement au miraculeux. La frontière entre rêve et réalité s’estompe imperceptiblement. Les personnages se déplacent sans cesse dans l’espace, rencontrant d’étranges interlocuteurs dans des lieux inconnus. De petits détails les guident sur le bon chemin.
Signes du destin dans les rues de la ville
À Nancy, le héros reçoit un mystérieux SMS en russe. Ce message le conduit au jardin abandonné de la Citadelle. Là, il rencontre Birgit, historienne de l’art à la recherche d’une boîte aux lettres mythique. Birgit étudie l’œuvre d’Émile Gallé et espère recevoir des nouvelles qui pourraient changer sa vie morne. Ensemble, ils découvrent une vieille boîte aux lettres perchée dans les branches d’un érable. Birgit récupère une lettre tant attendue et retrouve l’espoir. Le héros, quant à lui, trouve un billet froissé au sol, porteur de la promesse d’un nouveau départ.
Zurich accueille le voyageur au son de l’orgue. Sur les quais, un vieil accordéoniste imite un instrument cassé. La musique de Johann Sebastian Bach résonne sur un enregistrement provenant d’une valise dissimulée non loin de là. Le voyageur rémunère le vieil homme en pièces pour cette merveilleuse prestation. Puis, d’un geste de la main, l’accordéoniste rusé fait jaillir la mélodie du ciel, assourdissant l’assistance. À Digne-les-Bains, un autre héros tente de vérifier les rumeurs concernant des enfants portant constamment des masques d’or. Sur la place, une femme à la peau sombre et inquiétante l’aborde. Elle lui tend une vieille carte postale avec un étrange message au verso : « Le Démiurge ne devrait pas errer dans ses jardins. »
Vents et messages invisibles
À Marvejol, une jeune fille nommée Luce entre dans un petit café. Le propriétaire, qui se révèle être Mendoza, le vent du sud-ouest, lui offre un délicieux dîner. Il l’emmène ensuite assister à un spectacle nocturne. Là, divers loups-garous présentent un cirque spectaculaire. Ce spectacle a lieu chaque soir pour redonner joie et vitalité à la vieille ville. Au matin, ces merveilleux compagnons disparaissent comme par magie, laissant Luce le cœur léger. Elle décide de ne pas retourner à sa vie monotone d’avant et de rester à Marvejol.
Toulouse propose au héros une quête insolite. Sur les pavés, il découvre les fragments d’un vieux puzzle en carton. Dans une boutique spécialisée, une rousse lui apprend que l’image reconstituée est unique. Elle est l’œuvre d’un artiste mystérieusement disparu, Michel Méru. Ayant assemblé une image de la ville d’Hauterives, le héros prend le train de banlieue. Dans une petite gare, il trouve la dernière pièce du puzzle : un dessin du soleil. Arrivé à Hauterives, il voit le tableau s’animer, est terrifié par ce miracle et retourne aussitôt à Toulouse.
Voyages et contes anciens espagnols
Saragosse met le voyageur à l’épreuve par son vent glacial et son architecture monumentale austère. Il y rencontre une chatte noire et blanche parlante qui l’oblige à écouter les légendes locales. Elle lui narre en détail l’histoire d’une ville cauchemardesque et du marchand Cronos, qui vend du temps libre. Le héros nourrit la chatte de jambon et flâne dans les ruelles étroites. Finalement, il décide d’emmener avec lui la conteuse à fourrure et lui donne l’étrange nom de Manuscrita. Il appelle un ami à Barcelone pour se renseigner sur les règles relatives au transport d’animaux à travers les frontières.
Dans la province espagnole d’Elche de la Sierra, Masha, une blonde, se retrouve dans une situation délicate. La ville semble morte, il n’y a pas de bus, et un homme étrange, casque sur les oreilles, erre à l’arrêt. Elle engage Antonio, un vieil homme du coin, pour l’aider à s’enfuir. L’homme, au volant d’une voiture argentée, la conduit à Albacete et lui laisse un mot. Il s’avère qu’Antonio attendait depuis toujours une étrangère blonde. Une vieille gitane lui avait prédit : «Seule une femme aux cheveux blancs t’aidera à quitter ta province natale.» Sans le savoir, la jeune fille aide le vieil homme à trouver la liberté.
Châteaux oubliés et statues vivantes
À Walbrzych, en Pologne, deux amis fuient le froid glacial. Ils passent de longues heures à chercher un café chaud dans cette ville morne. Une fois réchauffés, ils inventent une histoire sur le prince Bolko et un démon rusé. Selon la légende, le démon aurait construit un château invisible pour punir le souverain avide. Les voyageurs visitent ensuite le véritable château de Książ, où ils aperçoivent un homme difforme qui tire profit de son apparence. À Varsovie, un voyageur solitaire flâne dans les rues au petit matin, savourant la solitude. Sur la place du Château, cent trente-huit ours peints s’animent soudain. Ils forment une colonne et se lancent à sa poursuite. L’homme prend la fuite, paniqué.
Cracovie nous présente un ancien étudiant qui travaille comme statue vivante. Les touristes prennent son démon d’argent pour un puissant guérisseur. Des malades venus de toute l’Europe se rendent à lui pour être soignés et aidés. Lassé de cette responsabilité qu’il n’a pas choisie, le jeune homme invite un passant à prendre sa place sur des échasses. L’homme accepte avec joie, espérant trouver sa véritable vocation dans cet art. Il revêt un costume et un masque d’argent, se préparant à accomplir de nouveaux miracles sur la place du marché.
Des jeux avec le temps et de vieux amis
Dans le roman d’Entrevaux, une Croate nommée Jolka confie un fait incroyable à un compagnon de voyage : elle peut se déplacer dans l’espace, contemplant de vieux tableaux et des dessins d’enfants. Elle affirme que son grand-père lui a transmis ce secret en héritage. Jolka disparaît sous les yeux du héros pour aller préparer une soupe à ses fils. Sur la pierre, il ne reste plus qu’un dessin d’une maison de guingois, réalisé par son plus jeune enfant.
À Paris, un inconnu lui confie une histoire tragique. Son père est mort en Bosnie, il y a des années, pendant la guerre. Le jeune homme a récemment aperçu une réplique exacte de son père parmi les musiciens de jazz de rue sur le pont Saint-Louis. Ces derniers laissaient entendre qu’ils ne projetaient aucune ombre et jouaient la musique de l’éternité. Le héros lui adresse alors les mots justes pour le consoler, affirmant avec conviction : « La mort n’existe pas. »
À Brindisi, en Italie, Rita photographie d’étranges dessins muraux. Ces croquis au crayon lui rappellent ses anciennes amies, Lyuska et Sasha. Rita les appelle et renoue avec une amitié brisée depuis des années. Elle découvre que Lyuska travaille comme barmaid dans un café à Erfurt. Sasha vit au Monténégro et écrit des livres pour enfants. Rita promet de rendre visite prochainement à son ancienne amie, bien décidée à rompre avec sa vie confortable mais solitaire.
Fantômes et traductions anciennes
Otrante accueille le voyageur par une longue conversation avec l’Anglais William Marshall. Ce dernier parle avec enthousiasme de fantômes, de miracles et des vents locaux. On comprend vite que William et sa femme ne sont que des acteurs désœuvrés, jouant sans cesse des tours aux touristes crédules pour leur propre amusement. Le voyageur l’apprend d’un étrange garçon du village, mais décide de jouer le jeu des vieillards. Plus tard, il rencontre un batelier taciturne qui transporte les gens vers leur véritable destin.
À Moscou, l’éditrice Irina Ruvimovna déplore la disparition du brillant traducteur Oleg. Il a pris la mer du Nord sur un canot de sauvetage, apercevant des terres là où il n’aurait dû y en avoir aucune. Oleg a laissé derrière lui des traductions de sagas islandaises uniques, relatant l’histoire des habitants de la Vallée des Chats. Ces textes racontent comment des Vikings reçoivent de mystérieux présents du Valhalla. La sœur d’Oleg, à Christiania, reçoit de façon inattendue un sac de pierres précieuses de la part de son frère disparu.
Ponts peints et poissons en bois
Brême offre à l’artiste le cadeau de revoir son ex-femme, Galka. Elle lui demande d’aller à Rothenburg et de dessiner d’après nature le vieux pont sur la Wümme. S’exécutant, il esquisse machinalement leurs ombres enlacées sur l’eau avec un marqueur argenté. De retour chez lui, il comprend que Galka n’était qu’une apparition. Pourtant, il est prêt à croire à son retour et attend un miracle.
À Nordhausen, un jeune homme nommé Félix suit le protagoniste. Il est absolument certain que ce dernier est capable d’accomplir de véritables miracles et de le sauver de la folie qui le guette. Félix a trouvé la carte de visite du protagoniste dans un jeu de tarot. Le protagoniste conduit le jeune homme jusqu’à la grille verrouillée d’un restaurant abandonné. Il laisse Félix se débrouiller seul dans l’étrange cour et s’éloigne résolument.
Havre des vents du Nord
Le château tchèque de Křivoklát est fermé aux visiteurs en raison du mauvais temps. Cependant, la boutique de souvenirs dans la cour est ouverte. Un polyglotte aux cheveux bouclés y vend des poissons, des oiseaux et des anges en bois, révélant silencieusement les secrets du monde. Il affirme que ses créations ramènent la joie au château. Par son travail, il tente d’effacer le sombre souvenir de l’ancienne prison royale. La fille du narrateur, Vasilisa, trie distraitement une boîte de boutons, se plongeant dans ses souvenirs d’enfance.
Le dénouement se déroule à Civitanova Marche, en Italie. Le héros y arrive, sa chambre lui ayant été attribuée au hasard dans un immense atlas. Sur une plage déserte et brûlante, il rencontre Signora Bora, une femme aux yeux verts. Elle se révèle être la personnification du vent du nord. Elle lui explique en détail que cette station balnéaire ennuyeuse sert de refuge secret aux vents venus de toute l’Europe. Elle invite le héros à devenir lui-même un véritable vent. Il accepte et éclate d’un rire joyeux, abandonnant à jamais sa forme humaine familière.
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