Résumé de « The Lucky-Unlucky » de Grigory Gorin
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Écrite en 1997, la pièce mêle avec fantaisie les intrigues théâtrales classiques et les dures réalités de l’ère post-soviétique. L’auteur entrelace avec brio le destin des personnages d’Alexandre Ostrovski et les problématiques pressantes de la fin du XXe siècle. Les personnages principaux apparaissent tantôt sous leur propre identité, tantôt sous les traits de figures historiques ou fictives. Grigori Gorine a écrit cette œuvre spécialement pour ses amis, les comédiens Alexandre Chirvindt et Mikhaïl Derjavine.
En 2003, le Théâtre satirique de Moscou a produit un téléfilm/spectacle du même nom. Les rôles principaux étaient interprétés par Alexander Shirvindt et Mikhail Derzhavin. La production a conquis le public et a permis à ce duo d’acteurs exceptionnels de se produire à la télévision.
Répétition de la pièce
L’action se déroule sur la scène d’un théâtre de la capitale. On répète la pièce «La Forêt» d’Alexandre Ostrovski, où les acteurs incarnent le comédien tragique Neschastlivtsev et le comédien Schastlivtsev. Neschastlivtsev, absorbé par son rôle, voit soudain son téléphone portable sonner. Schastlivtsev interrompt la conversation et répond. Furieux d’être ainsi dérangé, le comédien raconte à son partenaire une histoire surprenante. Il a récemment joué le rôle de Kliment Vorochilov dans un téléfilm. Pendant le tournage, un vieil homme étrange nommé Bodayenko l’a abordé et lui a proposé une vieille carte postale en échange d’un autographe.
Bodayenko avait auparavant travaillé au Comité central du Parti. Ses proches croient que leur grand-père détient le secret du trésor disparu du Parti, et son petit-fils par alliance, Milonov, avide de profits, le contraint à le révéler. Bodayenko, rusé, promet de ne le dire qu’aux véritables dirigeants de la révolution mondiale. Milonov retrouve Schastlivtsev et lui offre une avance substantielle. Schastlivtsev persuade Neschastlivtsev de jouer le jeu du vieil homme en échange d’un bon salaire. Le tragédien, outré par cette supercherie, accepte néanmoins d’aider son collègue, après quoi les acteurs se déguisent à la hâte en Staline et Vorochilov.
La rencontre a lieu sur scène, avec une forêt en arrière-plan. Des acteurs maquillés apparaissent, et le vieil homme admet rapidement reconnaître parfaitement les artistes populaires. Bodayenko explique sa ruse : il gagne du temps et fuit son parent agressif. Le vieil homme n’a pas caché d’or du parti, déclarant que la vraie richesse réside dans le cœur des gens. Bodayenko allume un magnétophone portable et demande aux acteurs de prendre une photo souvenir. Ils chantent un chant révolutionnaire sur la conquête du Primorié avec le vieil homme jusqu’à l’appel de Milonov.
Le tragédien raconte à Milonov une histoire rocambolesque d’argent caché. Neschastlivtsev prétend que la capitale est entre les mains d’un chanteur noir interprétant le rôle de Lénine dans l’opéra d’Alfred Schnittke. Milonov croit le faux chef et organise un voyage à Amsterdam. Neschastlivtsev remet à Bodayenko ses cent dollars personnels, imitant le héros d’Ostrovsky. Le tragédien décide alors de monter une saynète et abat Neschastlivtsev d’un coup de pistolet de duel ancien. Le comédien, terrifié, tombe à la renverse, Bodayenko, pris de panique, s’enfuit, et Milya, l’administrateur, persuade les acteurs par téléphone de partir en tournée en province.
Visite provinciale
Le deuxième acte se déroule dans une ville de province. Les acteurs se produisent sur une scène locale pour les habitants de Nijnegorsk, interprétant un numéro de variétés sur Don Juan et son fidèle serviteur, Leporello. Ce dernier récite des monologues et recherche des volontaires. Les acteurs choisissent une femme au hasard dans le public pour incarner la belle Donna Anna, et un homme corpulent est chargé de jouer le rôle du sévère Commandant. La saynète remporte un franc succès, après quoi les acteurs, épuisés, se réfugient derrière des paravents dans une loge exiguë. Neschastlivtsev se plaint d’une vive douleur dans le bas du dos, et Schastlivtsev sort un tensiomètre et prend sa tension.
Une jeune fan insistante entre dans la loge. Elle tend des programmes et demande des autographes directement sur la peau, mais les acteurs la congédient fermement. Surgit alors Alik Marinin, photographe et metteur en scène local. Il supplie les invités de la capitale d’inviter sa femme, Marina, qui souffre d’une grave dépression suite à une opération de chirurgie esthétique ratée, à monter sur scène lors du prochain concert. Alik espère que la reconnaissance publique de sa beauté par Don Juan contribuera à apaiser sa femme.
Les acteurs refusent catégoriquement de participer à cette thérapie douteuse. Peu après, Marina arrive en personne, apportant un pot de miel et leur demandant de ne pas écouter son mari. Une situation plutôt compliquée se dessine : le théâtre local a été racheté par l’homme d’affaires véreux Kordioukov. Le gangster a installé une roulette dans le hall et se présente activement à la mairie, tandis qu’Alik a écrit une pièce symbolique dénonçant cet outrage. Marinine veut transformer le spectacle des Moscovites en une manifestation d’envergure. Schastlivtsev, quant à lui, se souvient de leur récente conversation : à la demande insistante du directeur, Mili, le comédien a déjà promis de faire monter sur scène la femme de Kordioukov.
Visiteurs inattendus
Soudain, les lumières s’éteignent et deux nouveaux visiteurs agressifs font irruption dans la loge plongée dans l’obscurité. Il s’agit de Zvyagintseva et Sudakov, représentants du comité de grève du syndicat local des travailleurs de l’énergie. Ils ont délibérément coupé le courant dans le bâtiment pour protester contre le non-paiement prolongé des salaires et exigent avec véhémence que la présidente, Zvyagintseva, soit amenée sur scène. Les acteurs rejettent catégoriquement cet ultimatum. Les lumières se rallument brusquement et des policiers accompagnés d’un chien renifleur font irruption dans la pièce. Le capitaine de police chasse les grévistes, les informe d’un récent appel téléphonique les menaçant d’un attentat terroriste et ordonne une fouille minutieuse.
Le capitaine fouille méthodiquement les affaires de chacun avec un détecteur de métaux portatif. Il s’approche de la mallette en cuir d’Alik, d’où le policier sort une bouteille en verre de vodka locale appelée « Nabokov ». L’agent ouvre la bouteille, hume le liquide avec suspicion et en enflamme une goutte dans un cendrier en métal. Une vive explosion chimique se produit, et le capitaine déclare avec assurance qu’il s’agit d’un mélange incendiaire. Face à une possible peine de prison, Marinin désespère devant l’absurdité de la situation. Le réalisateur arrache la bouteille, se verse le liquide âcre sur ses vêtements et sort un briquet de poche, menaçant de mettre le feu.
La magie de l’art
Neschastlivtsev réagit sans hésiter. Le tragédien use de la puissance de l’illusion théâtrale et s’adresse à Alik d’une voix forte, comme s’il parlait à une statue de pierre du Commandant. Neschastlivtsev déclame les vers classiques du Don Juan intrépide. Alik, subjugué par la magie du grand art, se joint machinalement au jeu proposé. Le tragédien s’empare hardiment de la bouteille en verre et du briquet des mains du metteur en scène abattu, puis boit une longue gorgée directement à la bouteille. Il s’avère que celle-ci contient un alcool de contrebande, fort et ordinaire. L’officier décide d’apaiser les tensions et autorise le directeur à commencer la seconde partie du concert.
Neschastlivtsev s’allonge derrière un petit paravent pour se reposer avant d’entrer en scène. La salle de théâtre est bruyante et pleine de spectateurs. Neschastlivtsev s’approche discrètement du paravent, vérifie l’état de son partenaire et, pris de panique, arrache son épais manteau. À la place du tragédien allongé, c’est un vieil homme souriant, Bodayenko, qui apparaît sous le tissu. L’ancien militant du parti explique calmement son apparition soudaine. Neschastlivtsev était allé se changer en secret pour la scène finale, las de rester immobile et d’écouter les faux sanglots de son collègue apeuré. Neschastlivtsev revient vêtu d’un élégant smoking noir, et Schastlivtsev se change lui aussi à la hâte.
La scène finale, vibrante et entraînante, commence. Une musique forte et joyeuse retentit, et tous les participants à cette étrange représentation entrent en scène. Les acteurs chantent une chanson sur le pouvoir d’attraction de l’art. Les paroles célèbrent la folie quotidienne du théâtre, et les acteurs confessent sincèrement leur amour indéfectible pour leur métier exigeant. Le désir de jouer et de se produire devant un public surmonte toutes les difficultés du quotidien. La salle comble reprend avec enthousiasme l’air familier, les projecteurs s’illuminent, et le lourd rideau descend lentement.
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