Résumé de « Rencontre dans une rue de village » de Sergueï Voronine
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« Rencontre dans une rue de village » est un recueil de Sergueï Voronine, publié en 1980 par la branche leningradienne des éditions Sovetsky Pisatel. Il rassemble sous une même couverture des textes écrits entre 1976 et 1978 : récits villageois, nouvelles, mémoires et quasi-paraboles, tous liés par le lac Peïpous, la Russie provinciale, les souvenirs de guerre, le labeur, les divisions familiales et la vieillesse.
Contenu
Le recueil s’ouvre sur «Un incident sur le lac Peïpous». Yelagin prévoit de passer des vacances tranquilles à pêcher avec sa femme, Lilya, mais son patron, Sangulov, s’impose au groupe et arrive avec son chauffeur, Kolya. Au début, tout semble idyllique : un réveil matinal, une belle pêche, une soupe de poisson sur la rive. Mais le soir venu, Sangulov les persuade de retourner pêcher, refusant d’affronter la tempête qui approche. Le bateau chavire, et il s’avère que Kolya ne sait pas nager. Sangulov reste donc avec lui près de la «Kazanka», à moitié submergée, et envoie Yelagin chercher de l’aide. Yelagin regagne la rive à la nage, mais au matin, le lac est désert, et le récit s’achève sur une note d’angoisse.
Dans «Le Mentor», le pêcheur chevronné Ivan Stepanovitch Kirillov se voit proposer de prendre sous son aile le jeune Alexandre Melnikov, tout juste démobilisé. Il pressent aussitôt un piège : il s’agit à la fois de partager son expérience et de former son successeur. D’abord, il est tiraillé par le désir persistant de garder pour lui seul son précieux savoir-faire en matière de pêche. Mais, se souvenant de son fils, parti vivre loin de lui, et observant le travailleur acharné qu’est Sashka, il arrive à une autre conclusion : s’il doit enseigner, autant le faire honnêtement, sans rien cacher. Une nouvelle apparentée, «Pour le bien de ma terre…», raconte l’histoire d’Ivan Kupavin, ancien président de kolkhoze, qui offre sa maison à une famille de nouveaux arrivants, craignant le dépeuplement du village et la destruction de la cause commune pour laquelle il a consacré sa vie.
Dans «Le Monde», Ekaterina, exaspérée par l’alcoolisme de son mari Mikhaïl, décide de prendre les choses en main : elle quitte la poste pour travailler dans une équipe agricole et obtient le licenciement de son mari. Mikhaïl, habitué à fanfaronner et à boire, se retrouve soudainement sans emploi et ressent un vide humiliant dès son premier jour. Le soir même, Ekaterina le force à se regarder en face et lui assure au moins une certaine «paix» domestique : il peut boire pendant les fêtes, mais il n’a pas le droit de rentrer ivre. Dans «Voisins», en revanche, le flirt amical entre Mikhaïl Listov et Irina Paramonova par-dessus la clôture se transforme en infidélité, que Ksenia surprend par hasard. Dès lors, deux familles s’effondrent : Alexandre perd le goût du travail, Ksenia tombe malade et les maisons voisines se dressent côte à côte comme deux tombes obscures.
« Les Fêtes » s’ouvre sur une scène presque désespérée : Nadka, ivre morte, gît dans un fossé, et sa vieille mère la ramène chez elle en charrette. Le soir même, après la prière, sa mère et ses deux enfants la confrontent à une terrible épreuve : ils se jettent à ses pieds et la supplient d’arrêter de boire. Bouleversée par cette humiliation et cet amour, elle jure d’arrêter, et elle tient parole. Un an plus tard, la maison vibre de l’esprit des fêtes. Dans « La Technique du Jiu-Jitsu », le ton est tout autre : Kolka, le vantard ivrogne du village, qui vient rendre visite à tante Stepanida, plaisante, ment et fait rire tout le monde, avant de sombrer instantanément dans l’impolitesse et les menaces. Le narrateur, sans hésiter, recourt à une vieille prise douloureuse, et toute la bravoure de Kolka se mue en larmes, suscitant la pitié de l’hôtesse pour lui, et non pour son invité.
Dans la nouvelle éponyme, « Rencontre dans une rue de village », Savely Paramonov revient dans son village natal après des décennies d’absence et y croise deux anciens camarades, Andreï Kruglov et Fiodor Kharitonov. Souhaitant paraître accompli, il s’invente une biographie d’inventeur. Mais aux bains publics du village, où ils trinquent « pour fêter leur arrivée », le mensonge s’effondre : ses amis ne voient aucun intérêt dans sa profession fictive et le jugent selon d’autres critères. Dans « Repei », le retraité citadin Sergueï Dmitrievitch rencontre un vieux villageois surnommé Repei, qui lui offre de la vodka, s’immisce dans sa vie, pose des questions ambiguës et répand aussitôt des rumeurs sur l’invité et sa famille.
« Love Story » raconte une tragédie familiale silencieuse. Margarita Petrovna, gérante du club, entretient une liaison secrète avec Vassili Stepanovitch, éleveur, depuis plus d’un an. Elle se sent étouffée par son mari, Alexeï Lomov, taciturne, aimable mais brusque. Leur liaison est découverte à l’arrivée de Valentina Tatarkina, l’ancienne amante de Vassili. Alexeï ne provoque ni dispute ni scandale ; il ressent simplement un vide immense depuis le départ de sa femme. Mais Margarita ne peut plus accueillir sa maîtresse : Vassili la met à la porte. Elle retourne auprès d’Alexeï en pleurs, et celui-ci, incapable de vivre sans elle et inconsolable de la voir pleurer, la reprend.
Dans «Le Voyageur», le charpentier Ivan Mikhaïlovitch, assis pour la première fois de sa vie à ne rien faire près du portail, réalise soudain qu’il n’a guère vu le monde pendant son travail. La pensée de la route, de la Volga, de l’Oural, de la Sibérie, des steppes et des fleuves l’envahit si intensément qu’il se met à parler tout seul et à sourire. Sa femme et son voisin, le prenant pour un fou, interrompent brutalement son rêve naissant. Il retourne à la grange, où l’on entend de nouveau le même «toc-toc». Dans «Les chrysanthèmes du jardin sont fanés depuis longtemps…», Galka, battue par son mari ivre, Pashka, entend une vieille romance derrière la clôture de la datcha du voisin et, soudain, avec une clarté insoutenable, sent sa vie anéantie. Un couple de citadins de l’autre côté de la clôture, une chanson, des souvenirs de sa grand-mère et de la famille du commissaire – tout converge vers un seul sentiment de désespoir.
Dans « Le Sans-abri », un chien errant nommé Sharik vient trouver des gens pour réprimander un garçon qui lui a jeté une pierre et leur annoncer qu’il est seul depuis la mort de son maître. On le nourrit et on le laisse garder la cour. Il se présente poliment à un coq, une vache et un sanglier, et assiste au départ de son petit-fils, à l’abattage du bétail et au peu à peu à la disparition des habitants de la cour. Lorsque la ferme disparaît et qu’il n’y a plus rien à garder, Sharik s’en va de lui-même : le pain gratuit lui est plus insupportable que le froid. La « version moderne » est construite sur une suite de fausses suppositions. Yuri Nikolaevich est persuadé que la nièce de sa femme, Alka, et son amie faisaient la fête à sa datcha, et qu’un de leurs petits amis, rencontré par hasard, a cambriolé la maison. Il invente alors toute une histoire policière et accuse Alka. Finalement, il s’avère que le véritable coupable est un autre parent nommé Pavel, qui vient de sortir de prison. Alka et sa mère ont cependant tenté de dissimuler le vol en achetant une nouvelle radio à la place.
«La Passion du Chasseur» est une confession poignante où le narrateur se considère comme un chasseur depuis toujours, même si le succès est souvent dû au hasard. Il se souvient de sa première hirondelle tuée, de sa première chasse au canard infructueuse, d’une bécassine que personne à la maison ne voulait célébrer, d’expéditions dans la taïga, de la vente d’un fusil, d’un tétras lyre, d’un lièvre abattu avec l’aide de son chien, Ralph, et de son dernier canard, qu’il ne voit plus comme un trophée mais comme une créature morte, vivante à la fois. À la vue du sang du canard, la passion du chasseur commence à s’éteindre.
Dans «Au quarante-neuvième kilomètre», la jeune Nadouchka aime Viktor, et Galina, qui l’aime elle aussi sans espoir, tente de la sauver du même sort et lui raconte l’histoire de Tamara, que Viktor a jadis abandonnée. Nadouchka hésite d’abord, mais finit par succomber aux paroles et à l’affection de Viktor. Plus tard, il apprend qui a parlé contre lui et compte confronter Galina, mais, la trouvant en larmes, il ne voit pas une rivale, mais une personne souffrante, et s’en va en silence. Dans «Le Musée du Peuple», Baba Nyusha visite pour la première fois le musée du village, où on lui présente des objets anciens, des armes, des photographies des débuts de la ferme collective et, enfin, un mémorial dédié aux victimes de la guerre. Voyant sous ses yeux le visage de son fils Vassili, tué par les Allemands, elle sent sa douleur personnelle se mêler à l’espace collectif, presque sacré, du souvenir.
« De passage » met en scène Leshka Zaitsev qui, après cinq ans d’absence, réapparaît dans son village natal, barbu, élégamment vêtu et sûr de lui. Il parle de liberté, de chantiers et d’une vie « comme un oiseau », et méprise la sédentarité, le mariage et l’agriculture. Mais derrière ses fanfaronnades, un lien simple avec sa mère demeure : il lui apporte une écharpe et des serviettes de toilette de marque, lui achète un téléviseur couleur et lui laisse de l’argent avant de disparaître à nouveau. Dans « Le Tueur », Voronin retrace le parcours d’Ignat, qui a jadis poignardé à mort Nikolaï Sorokine lors d’une rixe. Après sa sortie de prison, Ignat vit longtemps comme une figure redoutable, puis devient soldat au front, kolkhozien respecté, grand-père et vieillard honorable. La vie lui offre tout ce qui a manqué à l’homme assassiné, et c’est cette contradiction morale qui sous-tend le récit.
Dans « Liens », Valentina Nikolaevna revient auprès de sa mère âgée après une longue absence, mais refuse de partir pour la ville, s’accrochant aux tombes, aux visages familiers et aux mots qui lui sont familiers. Une conversation sur les voisins, les filles, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants révèle le fossé entre les liens familiaux urbains et ruraux. Juste après, on trouve « Alexandrina », chronique tendre et drôle d’une jeune petite-fille qui se réveille en poussant un cri désespéré, court après son grand-père « dehors », boit du kéfir à la bouteille, dessine, se lie d’amitié avec un chiot et, par cet égocentrisme enfantin et impitoyable, renforce encore davantage son attachement au vieil homme.
«Trahison» replonge le lecteur dans son enfance. Un jeune garçon, membre de la communauté des Pionniers, est contraint par son directeur adjoint de dénoncer son ami Zhenya Onéguine, surpris en train de fumer dans les toilettes de l’école. Zhenya est son meilleur ami, orphelin, ancien rescapé d’un orphelinat et enfant placé chez des gitans, un homme généreux et courageux. Lorsqu’une diseuse de bonne aventure gitane révèle l’identité du délateur, leur amitié se brise en un mot et un départ silencieux. «Phlox» nous transporte dans un tout autre univers : une cuisine commune. Là, l’envie, la pauvreté et la grossièreté s’effacent un instant devant un bouquet de phlox, que les habitantes déchirent d’abord avant de le recomposer. Les fleurs transforment l’atmosphère de la maison pendant quelques jours, adoucissant et bienveillant les femmes.
«Le Long Rêve» repose sur l’alternance entre le sommeil et l’éveil. Dans un rêve, le héros rencontre Valya Budko, une jeune fille de son enfance lointaine qui semble l’avoir attendu toute sa vie et le retrouve enfin. Il vole avec elle, traverse un champ et éprouve un bonheur presque juvénile. À son réveil, il entend le récit de sa femme concernant son rêve troublant et comprend que sa vie n’est plus fondée sur l’extase, mais sur l’habitude, les souvenirs et un lien indéfectible. Dans «Catherine», une femme âgée quitte son mari Stepan pour Nikolaï Gorine, qu’elle aimait avant leur mariage mais qu’elle avait jadis abandonné à sa mère malade. Retournant au puits après une longue retraite, elle explique calmement aux villageois qu’elle a remboursé ses dettes envers ses enfants et qu’elle est désormais libre.
« En attendant le bus » se compose de deux scènes. Dans la première, une femme âgée, qui a vendu sa maison pour aider sa fille malade, fait désormais la navette entre ses trois filles, se considérant comme une réfugiée. Dans la seconde, Nikolaï Stepanovitch raconte comment, sur les conseils d’un tiers, il a mis en scène une cruelle « expérience » avec sa fille et son gendre : il leur a annoncé que sa femme et lui souhaitaient emménager chez eux. Après leur refus, il ne peut plus se consoler en pensant qu’il s’agissait d’un test et non d’une véritable demande. Ces scènes sont suivies de « Bormotakha », l’histoire de Vassili Snegiryov, devenu alcoolique après la mort de sa femme. Sa matinée commence par une soif de vin bon marché, et il utilise une lettre de sa mère malade, qui lui demande de l’aide, comme un chiffon : il s’en essuie la bouche et la jette aussitôt après l’avoir lue.
«Premier Amour» tisse un lien entre un béguin d’enfance et une rencontre tardive à l’âge adulte. Un garçon est éperdument amoureux de la belle Olya Veselkina, mais incapable de prononcer un mot en sa présence. Un incident maladroit le fait passer pour un imbécile à ses yeux. Des années plus tard, cette même Olya, devenue une femme tourmentée, se présente à lui comme assesseure pour plaider la cause de son mari chauffeur, coupable de vol de bidons de lait. Devant lui n’est plus la beauté inaccessible du lycée, mais un homme à la vie brisée, et la pitié remplace sa jalousie tenace.
Dans «Un voyage en une journée», le narrateur se rend aux rochers Raskopelsky sur le lac Peïpous, puis sur l’île de Piirisaar, où il fait une partie de pêche fructueuse. Ce n’est qu’au retour qu’il apprend l’histoire terrible des frères Manzhur, exécutés par les Allemands. Ce court voyage se trouve soudain alourdi par le poids des souvenirs et la culpabilité de son ignorance. Dans «Dans le silence», le silence estival du village au bord du lac Peïpous devient l’occasion d’une réflexion sur la mort, le péché, la vie que nous avons vécue et l’absence d’enfant. Une conversation avec un vieux pêcheur, les funérailles d’un voisin et une soirée sur la véranda avec sa femme transforment le silence extérieur en un difficile travail intérieur.
« Vacances à Kuzyolevo » se lit comme un journal intime. Le narrateur arrive à sa cabane au bord du lac Peïpous, répare son bateau, va pêcher, discute avec l’ancien président, Morkov, Nikolaï Ivanovitch et Repeï, et vit au rythme du beau temps, du poisson, des travaux à la grange et de l’entretien du bois de chauffage, du jardin et de la maison. Peu à peu, ce monde de loisirs s’assombrit : Morkov est hanté par la perspective de la disparition du kolkhoze, et le président Diatlov fait clairement comprendre au vacancier qu’il est un étranger et que sa cabane pourrait bien être la première à être démolie. D’un refuge personnel, le village se transforme en un lieu instable, dépendant d’une puissance étrangère.
Dans «Le Lotus en fleur», un éditeur de trente ans, lassé de sauver les manuscrits médiocres d’autrui, décide de s’essayer à l’écriture et se rend à Astrakhan, attiré par l’image du lotus. Le delta de la Volga, la pisciculture, les zones de pêche, le service de protection des pêches, les esturgeons, les bélugas, les braconniers et les cordons de sécurité lui offrent un aperçu saisissant de la réalité et un thème captivant. Il rédige un essai empreint d’inspiration personnelle, mais à son retour, il se heurte à l’indifférence habituelle de son éditeur : celui-ci promet de lire le texte plus tard, mais il se retrouve finalement assis à une table avec un autre Dudarev.
La nouvelle la plus longue du recueil est « La Dernière Approche ». Son héros, un ancien chef d’équipe de topographie, tente de s’installer dans l’appartement de son fils écrivain et se sent déraciné par des coutumes, un vocabulaire et des egos nouveaux. Le fils est absorbé par ses réunions, ses relations et sa carrière ; la fille souffre aux côtés de son mari anxieux ; et les anciens camarades de topographie, Tabakov et Kungurov, jouent la carte de la préférence et rêvent, du moins en secret, de leur ultime expédition sur la ligne Baïkal-Amour. Kungurov souhaite laisser un livre sur sa vie et confie ses lettres et documents au fils du héros. Ce dernier marchande d’abord, puis, après la mort de Kungurov, veut les publier sous son nom. Le père s’y oppose et prend alors conscience, plus clairement encore, du fossé entre l’ancien code du travail et la nouvelle morale, où le travail est remplacé par le statut, les relations et le calcul.
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