« Coups de pinceau pour un portrait » de Vassili Choukchine, un résumé
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Ce livre raconte l’histoire de Nikolaï Nikolaïevitch Kniazev, réparateur de téléviseurs originaire de la ville provinciale de N., écrite en 1973. Le héros est obsédé par l’idée grandiose de créer un État idéal et efficace, et à cette fin, il rédige avec fanatisme un volumineux traité composé de huit cahiers. Il tente sans cesse de transmettre ses idées aux plus insignifiants inconnus, mais se heurte invariablement au rejet, à l’impolitesse et à l’agressivité.
Rencontre avec des athlètes et une société modèle
Les Kaigorodov, un couple marié, arrivent dans la ville du district. Ils gagnent leur vie en pratiquant des acrobaties à moto sur les parois verticales d’une baraque en toile installée sur la place du marché. Knyazev, quarante-cinq ans, se présente à l’improviste à leur chambre d’hôtel. Cravaté, il se comporte de manière désinvolte, ricanant, et invite avec insistance Grigory Kaigorodov à prendre le thé chez lui. En guise de prétexte, le réparateur de téléviseurs promet de lui montrer les icônes rares de sa tante. Kaigorodov est véritablement furieux.
C’est un homme franc qui ne comprend pas les étranges motivations de son invité. Knyazev admet que son rire constant n’est qu’un mécanisme de défense face à des années de confrontation avec la bêtise humaine. Au début, il a envie de crier, mais ensuite, cela devient drôle. Le réparateur de téléviseurs évoque l’histoire de Spinoza, dont les œuvres suscitaient elles aussi les moqueries du peuple.
Grigori finit par céder et se rend chez Knyazev. À son arrivée, Kaigorodov aperçoit de nombreux téléviseurs démontés. La femme du réparateur, occupée à éplucher des pommes de terre, regarde l’invité avec une hostilité extrême. Knyazev sort aussitôt ses carnets, déjà remplis de notes. Il lit le premier chapitre, qui décrit le plan pour l’édification d’un État rationnel. Cet État est représenté comme un immeuble à plusieurs étages. À chaque étage, des silhouettes humaines soutiennent le plafond.
Au dernier étage se trouve le panneau de contrôle. Si les employés de l’étage inférieur se dérobent à leurs responsabilités, le plafond s’effondre inévitablement. Une alarme retentit au panneau de contrôle. Kaigorodov interrompt ce monologue, demandant à Knyazev s’il est sérieux dans de telles inepties. Le réparateur de téléviseurs claque ses carnets et prend congé d’une voix morne. Kaigorodov, pris de pitié pour cet excentrique enthousiaste, lui propose d’aller boire un verre, mais il refuse. Après le départ de l’athlète, Knyazev se remet obstinément à écrire, ordonnant sèchement à sa femme de ne pas le déranger.
Conflit autour d’un monticule et d’une bûche
Juillet arrive. Knyazev et sa femme, Alevtina, se rendent au village pour rendre visite à ses parents, les Nekhoroshev. Il déteste ces gens avides. Alevtina a honte de l’écriture compulsive de son mari et le supplie d’arrêter, mais il refuse catégoriquement. Au village, Knyazev va voir des amis. Dans la cour, il rencontre Silchenko, un maquilleur de Tomsk. Ce dernier répare des cannes à pêche avec le vieil homme. Une discussion animée s’ensuit sur l’utilité du temps libre.
Knyazev distingue les loisirs passifs des loisirs actifs. Les loisirs actifs requièrent nécessairement un but précis. Silchenko s’y oppose. Il est venu se ressourcer au contact de la nature et souhaite se détendre sans soucis. Le présentateur qualifie ce raisonnement philistin d’absurdité préhistorique. Il prend l’exemple de la construction d’un tumulus. Les gens marchent, chacun jetant une poignée de terre. Un immense tumulus se forme. C’est la loi de l’accumulation. C’est ainsi que tous les empires se sont construits, de l’antique Urartu aux superpuissances modernes. Si un citoyen refuse de donner sa poignée de terre, sa vie perd tout son sens.
Silchenko est furieux. Il estime que le devoir d’un homme est de travailler honnêtement et de défendre sa patrie. Knyazev rejette ces principes comme de simples digressions, exigeant qu’ils trouvent le sens profond de la vie. Il propose une nouvelle analogie : trois personnes portant une bûche, dont l’une la laisse tomber pour se reposer. Silchenko perd son sang-froid. Il crie, profère des injures et menace de chasser son interlocuteur avec une bûche. Knyazev s’enfuit, se plaignant intérieurement de cette impolitesse flagrante.
Le matin, le président du conseil municipal, l’air rigide et officiel, vient trouver les Nekhoroshev. Il prend Knyazev à part et lui ordonne sévèrement de cesser sa propagande auprès des vacanciers. Nikolaï Nikolaïevitch tente de se justifier. Il voulait inciter la maquilleuse à donner une conférence sur le théâtre au club du village. Le président refuse d’écouter ses réflexions philosophiques et se précipite à une réunion. Knyazev sourit amèrement, traitant les bureaucrates de «fainéants» qui ne font que se tourner les pouces.
Affrontement au café du zoo
Knyazev arrive bientôt au chef-lieu de la région. Il a tout le temps du monde avant de prendre son train du soir. Il se rend au zoo. Nikolaï Nikolaïevitch observe des enfants monter des poneys. Il félicite intérieurement le gouvernement pour le prix raisonnable des billets. Un jeune homme coiffé d’un chapeau se tient non loin de là. Touché par la joie des enfants, il sent pourtant fortement l’alcool de contrebande. Knyazev entre ensuite dans un café. Le même ivrogne s’installe à sa table. Il s’avère qu’il est électricien. Il sort une bouteille, se verse un verre de vodka et mange des crêpes avec de la gelée.
Le réparateur de téléviseurs se lance dans un discours sévère et didactique. Il menace de dénoncer son compagnon de beuverie à la police. Ils s’installent sur un banc public. Knyazev développe le concept d’un jour de congé utile. L’État accorde des jours de congé aux citoyens non pas pour boire, mais pour s’enrichir intellectuellement. La société est comme un avion de ligne lancé à toute vitesse. Les ivrognes, cependant, ralentissent le mouvement, agrippés à leurs verres à facettes. L’électricien entre soudain dans une rage folle. Il décide que l’intellectuel cherche à se faire bien voir à ses dépens. Le jeune homme commence à frapper méthodiquement le réparateur de téléviseurs au ventre avec des coups courts et secs. Knyazev hurle, se dégage et frappe le voyou sur le chapeau avec sa lourde mallette remplie de pièces de télévision. L’électricien lui assène un coup violent à la mâchoire. La police arrive.
À la gare, l’électricien ment effrontément, feignant de se justifier. Knyazev écope d’une amende de quinze roubles. Le philosophe humilié retourne à la gare. Il reste longtemps assis dans la salle d’attente, la mâchoire douloureuse serrée, fulminant contre la lie de la société.
Émeute à la poste et visite au commissariat
Le réparateur de téléviseurs achève sa tâche colossale. Il se dirige vers la poste pour envoyer un colis au Centre. L’amie de sa femme est assise au guichet. Elle a sincèrement pitié de Nikolaï Nikolaïevitch. L’employé lui conseille d’attendre et d’y réfléchir. Knyazev est pris d’une crise de nerfs. La tension accumulée pendant des années explose instantanément. Il se met à insulter la femme, la traitant d’idiote et de poule mouillée. Il est persuadé qu’elle écorche le mot « État ». Entendant son emportement, Sergueï Nikolaïevitch sort. Il attache fermement les bras du penseur turbulent avec une ceinture.
Knyazev est conduit au poste de police. Ses carnets le suivent. Le réparateur de télévision crie aux passants qu’ils escortent Yemelyan Pugachev en personne, cravate comprise. Il se moque de la foule, traitant tout le monde d’idiots. Au poste, le rebelle se calme. Il se plaint d’un mal de tête. Le médecin de garde examine l’homme arrêté et le déclare parfaitement sain d’esprit. Le commissaire connaît Knyazev personnellement. Il le convoque dans un bureau fermé. Le réparateur de télévision avoue avoir explosé de bêtise. Il est furieux que des années de travail soient jugées par des gens qui n’ont pas lu une seule ligne. Le commissaire lui demande de présenter ses excuses aux postiers. Épuisé, Knyazev accepte et rentre chez lui. Il laisse délibérément ses notes sur la table.
Le commissaire ouvre le premier cahier et lit la courte autobiographie de l’auteur. Knyazev était le neuvième enfant d’une famille paysanne pauvre. Il a grandi dans la misère, entre la labeur et la rue. Son père lui interdisait de lire. Dès son enfance, ce réparateur de téléviseurs constatait l’égoïsme de son entourage et le chaos ambiant. Personne ne se souciait sincèrement des intérêts de sa patrie. Il avait compris que seule une structure adéquate pouvait soutenir cette immense machine. Si tous les citoyens cessaient d’être paresseux et de voler, ils auraient depuis longtemps pavé le monde entier et construit un escalier géant vers la lune. Cette vision globale de l’utilité est devenue le principal refuge de ce génie provincial solitaire. Le commissaire met les papiers de côté, pensif, et décide de les emporter chez lui pour une lecture attentive.
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