Résumé de « L’amour de l’histoire » de Boris Akounine
Ce livre est un recueil d’essais historiques publié en 2011. L’auteure y analyse des faits d’archives peu connus, en les enrichissant de commentaires authentiques issus de discussions en ligne. Il s’agit du premier volume de la série historique du même nom, « La passion de l’histoire ». D’autres volumes de cette série ont paru ultérieurement : « Le pire méchant », « La véritable princesse » et « Le détective le plus insupportable ».
Crime et police
Les meurtres banals du XIXe siècle manquaient d’élégance. Les journaux relatent l’étranglement spontané, sous l’emprise de l’alcool, d’un compagnon de beuverie à Sokolniki. Le jeune Alexander Carr massacra sa mère et ses sœurs à coups de hache pour se faire un peu d’argent de poche, ignorant les soupçons des détectives concernant un mendiant imaginaire. Le commis Luka Shamov fracassa le crâne de ses employeurs avec un fer à repasser, mettant en scène le meurtre avec un nourrisson ensanglanté pour détourner les soupçons. Les atrocités du passé sont toujours crues et dépourvues de toute dimension romanesque.
Le sergent de police britannique William Popeye fut limogé pour avoir infiltré un syndicat de mineurs de charbon déguisé en simple ouvrier. Le chef de la police londonienne, Charles Warren, refusa d’utiliser des informateurs infiltrés, exigeant un travail honnête, réalisé dans le respect des règles strictes du cricket. Les méthodes honnêtes pour assainir la société sont plus lentes, mais elles préviennent la corruption systémique au sein des forces de l’ordre.
Dirigeants et loyauté
Le shogun japonais Tsunayoshi promulgua des lois sévères contre le traitement des animaux. On nourrissait les chiens errants de viande, et les paysans mouraient de faim. Des informateurs dénonçaient les actes de cruauté, et des villages entiers furent exécutés pour avoir tué des meutes de chiens jugés dangereux. Après la mort du shogun, la population extermina les chiens avec joie. Les pratiques cruelles de l’État sapent même les intentions les plus humanitaires.
La loyauté des sujets est souvent éphémère. L’impératrice Joséphine ne put quitter sa loge pour se soulager. Elle eut recours à un châle en cachemire. Le dévoué chambellan, le comte de Beaumont, cacha respectueusement le tissu humide. Plus tard, le valet de pied Constant abandonna Napoléon après sa chute, emportant le trésor avec lui. Le comte de Beaumont fit rapidement défection au profit du nouveau gouvernement et vota pour l’exécution du maréchal bonapartiste Ney.
Le roi Louis XIV a illégalement condamné le surintendant des finances Nicolas Fouquet à la prison à vie. Les accusations de trahison se sont avérées avoir été fabriquées par le ministre Colbert. Le tribunal a condamné l’accusé à l’exil, mais le monarque a unilatéralement cassé le jugement. Fouquet est resté en prison jusqu’à la fin de ses jours.
Mort et héroïsme
L’auteur désigne une vieille femme comme la meurtrière la plus terrifiante. Prudence Pezet, soixante-douze ans, surnommée la Louve, dirigeait une bande de brigands dans les forêts bordant la Somme. Elle a froidement égorgé un passant et est montée sans crainte sur l’échafaud, refusant les services d’un prêtre.
Les grands hommes meurent parfois de façon absurde. Le roi Pyrrhus, vainqueur des Romains, fut tué par la chute d’un pot de fleurs. Le célèbre détective Allan Pinkerton mourut d’une septicémie après s’être mordu la langue par inadvertance. Le dramaturge Tennessee Williams s’étouffa avec le bouchon d’un flacon de gouttes pour les yeux, et l’écrivain Sherwood Anderson avala un cure-dent tombé d’un cocktail.
Les actes d’héroïsme les plus remarquables sont souvent le fait de gens ordinaires. William Coltman, le soldat britannique le plus décoré de la Première Guerre mondiale, était un fervent pacifiste et un membre actif de la secte. Infirmier, il refusa par principe de porter les armes et passa deux jours sans dormir à mettre des soldats blessés à l’abri des tirs ennemis.
La défense de Balaklava en septembre 1854 est restée largement méconnue de la postérité. Une centaine de soldats et d’invalides russes, sous le commandement du lieutenant-colonel Matvey Manto, avec quatre canons, résistèrent héroïquement à l’armée et à l’escadron britanniques. Un exploit similaire est consigné dans le grenier de la maison Mikhaïlovski Ravelin à Sébastopol, où une inscription de défenseurs inconnus subsiste sur un mur : « Nous ne sommes plus que trois… Nous mourons pour la Patrie. »
normes de beauté et de courage féminin
La langue russe ne possède pas de terme pour décrire le courage féminin. La duchesse de Berry a contraint le maréchal Suchet, terrifié, à couper le cordon ombilical de son nouveau-né devant des observateurs politiques. L’impératrice Eugénie s’est rendue sans escorte dans les casernes de choléra de Paris et d’Amiens, serrant la main des malades mourants pour apaiser la panique générale.
Cette même impératrice Eugénie a bouleversé à jamais les canons de beauté européens. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, seules les femmes rondes étaient considérées comme belles. La souveraine française a lancé la mode de la minceur et de l’émaciation. Au Japon ancien, les critères étaient différents : les femmes de beauté se noircissaient les dents avec du vernis, s’épilaient les sourcils et privilégiaient une peau lisse et sans grain de beauté.
Dictateurs et partisans
Les dirigeants totalitaires éliminent les hommes forts de leur entourage. Celui d’Adolf Hitler était composé de dignitaires du parti efféminés ou corpulents. Joseph Staline a exterminé les révolutionnaires les plus intransigeants, les remplaçant par des fonctionnaires à l’allure plus conciliante. Seule une guerre brutale a brièvement permis à l’armée, à l’image de la rigueur militaire, de reprendre le pouvoir.
Les premiers tchékistes semblaient des saints aux yeux d’écrivains comme Isaac Babel. L’ascétisme révolutionnaire et l’altruisme ont permis aux bolcheviks de remporter la guerre civile. L’ère pragmatique est arrivée plus tard, lorsque le gouvernement a aboli le plafonnement des salaires des membres du parti en 1932.
Le caractère japonais se caractérise par un manque total de proportion. Les fondateurs des unités kamikazes, les amiraux Masafumi Arima, Matome Ugaki et Takijiro Onishi, se sont suicidés après leur défaite. Ils éprouvaient une profonde culpabilité envers les jeunes pilotes qui avaient péri.
Les soldats japonais ont continué à se battre pendant des décennies après la capitulation officielle. Le caporal Shoichi Yokoi s’est caché dans les forêts pendant vingt-sept ans. Le lieutenant Hiroo Onoda s’est caché dans la jungle des Philippines pendant vingt-neuf ans, tuant des civils et n’acceptant de déposer les armes devant son ancien commandant qu’en 1974.
Aventuriers et aristocrates
Les aristocrates savent survivre en toutes circonstances. Le baron de Lussatz, vagabond sans domicile fixe, finit en prison à Paris, puis devint un puissant chef du crime organisé. Il légalisa ensuite ses activités à Monte-Carlo et acquit une place de citoyen respecté.
La riche princesse russe Zinaïda Youssoupova offrit à son jeune amant français les titres de comte et de marquis. Elle lui fit construire le château de Kériolet en Bretagne. Des décennies plus tard, son arrière-petit-fils, Félix Youssoupov, hérita du château, vendit tous ses intérieurs historiques et transforma la bâtisse délabrée en hôtel.
Le général Boris Shteifon était d’origine juive par sa mère. Il fit une brillante carrière dans l’armée tsariste, combattit dans la Garde blanche et, pendant la Seconde Guerre mondiale, commanda le Corps de sécurité russe en Yougoslavie. Shteifon parvint au grade de lieutenant-général allemand et échappa à la pendaison ; il mourut de causes naturelles en avril 1945.
Le marquis français de Morés fonda une ville dans le Dakota du Nord et lutta contre les éleveurs de bétail de Chicago. Plus tard, il dirigea des groupes d’assaut antisémites à Paris, tua des opposants politiques en duel et mourut en Afrique, poignardé par des Touaregs.
Des femmes en vêtements d’hommes
Au XVIIIe siècle, des femmes audacieuses parvinrent à dissimuler leur genre. Jeanne Baret se déguisa en jeune homme et entreprit un tour du monde avec le botaniste Philibert Commerson. À Tahiti, les indigènes la reconnurent à son parfum. Jeanne rapporta en France trente caisses de plantes rares et reçut une rente viagère du roi Louis XVI.
L’Irlandaise Christian Davis s’engage dans l’armée pour retrouver son mari disparu. Elle sert comme fantassin puis comme dragon royal pendant quinze ans. Christian combat, boit du rhum et poignarde mortellement un sergent en duel. Son véritable sexe ne sera révélé qu’après qu’elle aura été grièvement blessée au combat.
Une Russe, Isabella Eberhardt, se convertit à l’islam et parcourut l’Algérie vêtue d’habits d’hommes arabes sous le nom de Mahmoud Saadi. Elle rejoignit un ordre mystique soufi et devint la première femme correspondante de guerre. Isabella se noya dans le désert lors d’une crue soudaine, lorsqu’une coulée de boue de trois mètres de haut détruisit sa maison dans la ville d’Aïn Safra.
Le temps, la photographie et les duels
L’auteur décrit les photographies anciennes comme un moyen de plonger dans le passé. Les clichés du vieux Moscou semblent déserts en raison des longs temps de pose. Un daguerréotype de 1840 immortalise une Constanze Mozart âgée, reliant ainsi le XIXe siècle à l’époque lointaine de la grande compositrice. Le temps est comme un ruban isolant torsadé, dont les couches sont parfois percées par un souvenir fugace. Ainsi, un concert de Joan Baez en France a replongé l’écrivain dans l’atmosphère des années 1970.
Les duels n’ont pas disparu avec la fin du XIXe siècle. En 1926, des hommes politiques français s’affrontaient en duel à l’épée sur le vélodrome. En 1967, le maire de Marseille, Gaston Deferre, blessa le député René Ribière d’un coup de fleuret. Le duel le plus mémorable eut lieu en 1958 entre le chorégraphe Serge Lifar et le marquis de Cuevas. Le combat s’acheva par une légère égratignure et une émouvante étreinte.
Obsession et patriotisme
Le dictateur Gabriele D’Annunzio s’empara pacifiquement de la ville de Fiume. Il gouverna la république indépendante pendant quinze mois. La population écoutait quotidiennement ses discours théâtraux depuis le balcon du palais. Les citoyens organisaient des processions nocturnes aux flambeaux, achetaient librement de la cocaïne et se livraient à des duels. Les attaques de pirates contre les navires marchands renflouaient les caisses de l’État.
En 1870, à Hautefay, des paysans français firent preuve d’un patriotisme sauvage et cannibale. Prenant pour un espion prussien le paisible conseiller municipal Alain de Monais, ils le rouèrent de coups pendant deux heures avant de le brûler vif. Certains agresseurs arrachèrent la chair calcinée de la victime avec leurs dents.
Des révolutionnaires oubliées de Sibérie se sont sacrifiées pour défendre la dignité humaine. Au camp de travaux forcés d’Oust-Kara, Nadejda Sigida tenta de gifler le commandant. Elle fut brutalement fouettée. Six femmes s’empoisonnèrent volontairement en signe de protestation contre les châtiments corporels. La tragédie de Kara contraignit le gouvernement à réformer la législation pénitentiaire.
Réponses aux questions
L’auteur répond aux questions philosophiques des lecteurs sur la vie, la littérature et l’État. L’intelligentsia se doit d’évaluer de manière critique l’action des responsables gouvernementaux. Historiquement, en Russie, l’État a été perçu par la population comme une force hostile, ce qui engendre un vol défensif et naturel chez les citoyens. L’auteur considère la réforme fiscale et l’accumulation de réserves de change comme des réussites exceptionnelles du gouvernement moderne.
L’amour naît d’une profonde soif existentielle. On recherche un partenaire capable de combler son vide intérieur. Une union réussie réunit deux êtres solitaires en un couple harmonieux et inséparable.
Dans les situations les plus difficiles de la vie, il faut écouter sa voix intérieure plutôt que les arguments logiques de la raison. Le Japon s’est rapidement remis des conséquences du séisme dévastateur grâce à la qualité exceptionnelle de sa société et à une discipline interne rigoureuse.
Le processus historique éloigne peu à peu l’humanité de ses origines animales primitives. L’art est toujours incompatible avec l’éternité immobile tant qu’il n’est pas reconnu comme patrimoine culturel. La création de nouveaux livres permet à l’auteur de comprendre le monde grâce au travail quotidien de l’écriture.
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