« Il a demandé en partant », de Boris Akounine, résumé
Ce roman policier historique, paru en 2022, est raconté du point de vue d’un criminologue âgé qui, quelques minutes avant son exécution dans les sous-sols de la Tchéka de Petrograd, se remémore l’enquête la plus incroyable et tragique de sa vie, menée au printemps 1914. Il fait partie de la collection « Histoire de l’État russe en nouvelles et romans » et en est le neuvième ouvrage de fiction. Parmi les autres titres de cette collection figurent « Le Doigt de feu », « L’Écharpe de la veuve », « La Semaine du trois-yeux » et « La Route de Kitezh ».
Rencontre à Monaco et un employeur inattendu
Au printemps 1914, Vassili Ivanovitch Goussev, ancien inspecteur de police moscovite et désormais chef respecté du Bureau technique central de la police, se trouvait à Monaco pour assister à un congrès international de criminologie. Lors d’une réunion au Musée océanographique, il présenta un rapport sur les innovations techniques au sein de la police russe. Il y rencontra Marie Larr, propriétaire d’une agence de détectives privés londonienne, une Américaine d’origine russe. Son apparence singulière, son sang-froid glaçant et ses méthodes peu conventionnelles d’analyse psychologique des suspects intriguèrent fortement Goussev. Marie expliqua qu’elle était entrée dans la profession dès son enfance, avec le vœu de venger le meurtre de sa mère.
Le congrès, qui se déroulait dans la tranquillité, est soudainement interrompu par l’arrivée d’Alevtina Khvoshchova, une industrielle russe capricieuse et autoritaire. Paniquée, elle constate que sa fille de six ans, Dasha, a été enlevée en plein jour à Saint-Pétersbourg. La veuve engage Marie Larr et, par un chantage brutal, contraint Gusev à quitter ses fonctions gouvernementales. Des années auparavant, l’inspecteur avait accepté un pot-de-vin de Khvoshchova pour falsifier le rapport sur la mort de son mari, et cette erreur, qu’il traîne depuis longtemps, l’oblige désormais à mener une enquête privée.
Retour à Saint-Pétersbourg
Les héros rentrent en Russie d’urgence dans le luxueux wagon privé de Khvoshchova, orné de tableaux scandaleux du peintre à la mode Monsart. En chemin, ils sont rejoints par l’assistante de Marie, la jeune et incroyablement bavarde acrobate de cirque Betty Chatty, experte en déguisement et en infiltration. Durant la course effrénée depuis la frontière, la locomotive louée déraille : les freins lâchent. Grâce au courage désespéré de Marie et du chauffeur Maciek, la catastrophe est évitée. Gusev est profondément dégoûté lorsque le détective se réfugie dans un compartiment avec la crasseuse sauveuse. Ce geste rappelle au médecin légiste les infidélités de sa propre femme, Irina.
À son arrivée dans la capitale, Gusev rentre chez lui et découvre que sa vie de famille a complètement disparu. Sa femme l’a quitté pour de bon pour son amant violoncelliste et lui interdit sans pitié de voir sa fille adorée, Lenusya. Le seul compagnon fidèle de cet homme accablé de chagrin est son chien difforme mais incroyablement intelligent, Vidok. Gusev se tourne alors vers son supérieur, le directeur adjoint de la police, Konstantin Voronin, pour obtenir une aide discrète. Voronin lui confie le capitaine Knopf, un homme rusé et ambitieux du service de sécurité.
Les fausses versions et les premières victimes
La police et des détectives privés explorent plusieurs pistes. La première concerne les révolutionnaires. Ils soupçonnent l’ingénieur Milovidov, à qui le défunt mari de Khvoshchova a légué sa fortune. La veuve, au terme de longues procédures judiciaires, a privé le parti de ces fonds, et les bolcheviks auraient alors eu recours à l’enlèvement. Knopf organise immédiatement une surveillance étroite de Milovidov.
La seconde théorie concerne la santé de l’enfant enlevée. Dasha souffre d’une maladie sanguine rare, la thrombophilie, et nécessite des injections hebdomadaires d’un médicament spécial préparé par le brillant mais totalement insensible hématologue Osip Mengden. Le médecin déclare froidement que si la fillette manque une injection, elle mourra inévitablement d’une thrombose. L’enlèvement a eu lieu dans le parc de l’hôpital, alors que Dasha se promenait avec sa nounou anglaise. Les ravisseurs ont endormi l’infirmière au chloroforme et ont emmené l’enfant. Marie remarque que les criminels ont pris avec précaution le lapin et le cochon en peluche de Dasha, ce qui la conduit à conclure qu’ils n’avaient pas l’intention de la tuer.
Pendant ce temps, Gusev accompagne Khvoshchova dans ses usines, soupçonnant que les ravisseurs ne recherchent pas l’argent mais une grève de grande ampleur. La veuve manipule habilement les ouvriers de l’usine de cigarettes, brisant leur unité par de vaines concessions. À l’usine d’allumettes, elle utilise un comité ouvrier fantoche et une escouade de gardes de sécurité brutaux pour réprimer par la force une rébellion naissante. Gusev confronte directement Milovidov, atteint de tuberculose, mais découvre que l’ingénieur méprise le chantage avec des enfants et prépare un braquage de banque à main armée de routine.
Cette nuit-là, Marie, Gusev et Betty retrouvent la trace de Milovidov jusqu’au port, où il rencontre secrètement un militant caucasien. Une fusillade sanglante éclate dans un entrepôt obscur. Vidocq, le chien, se jette héroïquement sur le bandit armé et est tué. Le militant caucasien ouvre le feu au bruit des coups de feu, blessant grièvement Betty à la colonne vertébrale. Marie Larr élimine calmement les deux criminels, sauvant ainsi Gusev. Le jeune acrobate se retrouve complètement paralysé, et Marie, fidèle à sa promesse, l’aide secrètement à se suicider dans sa chambre d’hôpital.
Le suspect suivant est le flamboyant millionnaire Zibo Bobkov. Il est un rival acharné de Khvoshchova dans le commerce de l’art et l’a menacée de vengeance pour lui avoir dérobé l’artiste. Mari et Gusev s’introduisent secrètement dans son manoir décadent lors d’une mascarade. Après avoir forcé une porte dérobée, ils découvrent une pièce remplie de poupées vaudou et un autel dédié à la déesse Kali, mais ils comprennent que Bobkov se réjouit simplement du malheur de sa rivale, qu’il a reçu des informations d’un espion infiltré parmi les domestiques de Khvoshchova, et qu’il n’a pas enlevé l’enfant.
Rapidement, les soupçons se portent sur la grand-mère de la victime, Agrafena Kukuhina, une fanatique religieuse qui, bien avant le crime, suppliait le docteur Mengden de lui donner des ampoules de médicament. Gusev, Marie et un détachement de gardes de l’usine prennent d’assaut sa maison de campagne, où ils rencontrent par hasard le vieux Grigori Raspoutine. Les enquêteurs comprennent alors que la vieille femme est innocente : elle n’a pas d’enfant et prie simplement avec ferveur pour sa petite-fille devant un pupitre spécialement aménagé, sur les conseils du favori du tsar.
Solution et salut
Faute de pistes, nos héros décident d’examiner le seul indice matériel : des traces microscopiques de pommade sur une chaussure vernie abandonnée par le voleur. Marie effectue une analyse chimique au laboratoire de la police et identifie la composition d’un médicament rare contre la dermatite. Gusev visite méthodiquement les pharmacies de Saint-Pétersbourg et retrouve le pharmacien de la rue Malaya Okhta qui a fabriqué le médicament.
Des détectives repèrent une maison avec un verger de pommiers, habitée par un jeune couple toxicomane, les Petrov. Ils observent en cachette par la fenêtre une femme, le visage couvert d’éruptions cutanées, qui couche Dasha en lui chantant des berceuses, avant de retourner auprès de son compagnon pour lui injecter de la morphine. Une tentative d’arrestation s’ensuit, dégénérant en une lutte brutale et mortelle. La femme, furieuse, tente de poignarder Gusev avec un couteau de cuisine, puis lui plante les dents dans la gorge. Le détective est contraint de faire feu. Petrov, sortant de sa torpeur, manque de tuer Marie, mais Gusev la protège de son corps et reçoit une balle qui lui effleure la tête. Marie abat instantanément son agresseur avec un stylet dissimulé dans sa manche. Dasha est secourue et rendue à sa mère.
Le cerveau de ce crime monstrueux se révèle être le docteur Osip Mengden. Une ordonnance signée de sa main, découverte au domicile de toxicomanes, réduit à néant tous ses plans. Tentant de fuir à l’étranger, le médecin tombe entre les mains de Gusev et, lors de son interrogatoire, révèle une vérité stupéfiante. Mengden a inventé un baume unique qui guérit l’héritier du trône, le tsarévitch Alexis, des hémorragies. L’ingrédient secret de ce médicament est de la moelle osseuse extraite d’enfants atteints de thrombophilie. Pour se la procurer, Mengden a tué vivants les jeunes donneurs. Dasha Khvoshchova était la dernière source connue de matériel biologique. Le médecin l’a kidnappée et cachée chez les Petrov, toxicomanes à la morphine, avec l’intention de l’utiliser au moment opportun, tout en conservant son influence absolue sur la famille impériale par l’intermédiaire de Raspoutine.
Comprenant que la divulgation de ce secret diabolique ruinerait la réputation de la monarchie et provoquerait une catastrophe politique, le vice-directeur Voronin prend la décision radicale de dissimuler la vérité. Mengden est secrètement exfiltré sous escorte vers l’Autriche-Hongrie, Marie Larr est expulsée d’urgence vers son pays d’origine, et Voronin limoge Gusev lui-même, le faisant chanter avec un vieux reçu de pot-de-vin pour garantir son silence absolu. Tous les espoirs du criminologue de réformer la police sont anéantis par les manœuvres politiques à la Douma d’État et l’ingérence de hauts fonctionnaires.
Les dernières étapes
Quatre ans plus tard, au petit matin de septembre 1918, Gusev se trouve dans les cachots de la Tchéka de Petrograd. L’ancien détective, ainsi que d’autres otages, dont Konstantin Voronin, attendent leur exécution dans le cadre de la Terreur rouge. Voronin avoue que son père s’est suicidé en 1906 avec la même arme que celle utilisée par Marie Larr, ce qui amène Gusev à croire que l’Américaine était venue venger la mort de ses parents.
Descendant dans la cave du cachot et comptant les quinze derniers pas de sa vie, Gusev ne regrette rien. Il songe à la façon dont l’État et sa carrière n’ont été que des chimères. Dans ses derniers instants, le criminologue se souvient du baiser de Marie Larr et trouve du réconfort à l’idée qu’il a sacrifié son avenir pour que la petite fille puisse vivre un peu plus longtemps.
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