« Les Descendants du Soleil » d’Andreï Platonov, résumé
Ce livre est un recueil de nouvelles et de récits courts écrits entre 1922 et 1945. Le progrès technologique industriel s’y entremêle à une exploration profonde des limites de l’esprit humain.
Ingénieurs et transformateurs
Dans la nouvelle « Markun », un jeune inventeur vit dans un logement exigu, entouré de cafards et de frères endormis. Il dessine les bobines d’une turbine surpuissante. Markun rêve de trouver en l’homme un point d’appui fiable, de transformer l’énergie en infini et de bouleverser les mondes. Lors de son premier essai, la turbine atteint une vitesse destructrice. La bobine inférieure éclate, et la lourde machine défonce le mur d’une grange et s’enfouit dans le sol. L’inventeur prend alors conscience de sa propre insignifiance et, face à l’immensité du monde, son orgueil s’évanouit.
L’ingénieur Vogulov, personnage du roman fantastique « Descendants du Soleil », supervise la restructuration du climat terrestre. Suite à la perte de sa compagne, il transforme son chagrin en une haine intellectuelle de la matière indomptable. Vogulov crée de l’ultra-lumière concentrée. Grâce à cette énergie, il fait exploser les Carpates et modifie la direction des vents. Le héros projette la destruction de l’univers ancien tout entier. Il infecte des ouvriers avec des microbes énergétiques, les contraignant à travailler jusqu’à l’épuisement. Le scientifique s’efforce de bâtir un monde meilleur à partir du chaos primordial.
L’histoire « La Bombe Lunaire » raconte le parcours de Peter Kreutzkopf. Après avoir accidentellement écrasé un garçon nommé Goga avec sa voiture, Peter sombre dans le désespoir. Il conçoit alors une bombe interplanétaire. Durant sa construction, les radiations de l’engin tuent quarante ouvriers. Peter endure la prison et une solitude terrible. Il insiste pour participer personnellement au vol spatial. Un disque électrique propulse la bombe à une vitesse colossale et éjecte la capsule dans l’espace. Kreutzkopf entend les symphonies des étoiles, observe les champs électromagnétiques et les éruptions de gaz lunaires. Lassé de l’obscurité du projectile, il ouvre l’écoutille et s’aventure dans le vide.
Dans la nouvelle « La Voie éthérée », Faddey Popov étudie les électrons. Il démontre que les particules chargées se comportent comme des microbes vivants, consommant de l’éther inerte. Le scientifique meurt d’épuisement. Son assistant, Mikhaïl Kirpichnikov, poursuit les recherches de son maître à travers les siècles. Kirpichnikov supervise le forage d’un tunnel thermal dans la toundra, où des ouvriers découvrent les corps incorruptibles d’anciens habitants d’Ayun.
Le scientifique Matissen montre à Mikhaïl un appareil qui active des pompes par la pensée. Parti pour l’Amérique afin de percer les mystères du canal éthérique, Kirpichnikov meurt lorsqu’un bolide spatial s’écrase dans l’océan. Son fils, Yegor, poursuit ses recherches. Le jeune homme dirige un flux d’électrons inactifs vers un morceau de fer, provoquant ainsi la croissance artificielle du métal sous ses yeux.
Satire sur la bureaucratie
La nouvelle « La Cité des villes » plonge le lecteur au cœur de l’absurdité bureaucratique. Ivan Fedotovitch Chmakov arrive dans la capitale provinciale. Il considère la bureaucratie comme l’expression suprême de l’harmonie socialiste. Les autorités locales, menées par Stepan Bormotov, gaspillent des millions d’euros de fonds publics dans des projets futiles, comme la construction de puits souterrains. La ville lutte désespérément pour conserver son statut de capitale régionale.
Les habitants de Gradov envoient des tonnes de rapports à la capitale et planifient les liaisons aériennes locales. Moscou retire à Gradov son statut de ville et la transforme en village. Shmakov meurt en rédigeant un traité sur les bienfaits de la paperasserie, après avoir réussi à écrire cette pensée : «Un aigle souffle dans mon cœur, et une étoile d’harmonie brille dans ma tête.» L’ancien directeur Bormotov erre dans les rues du village, refusant de croire à l’effondrement de son empire du papier.
Destins simples et épreuves sévères
La nouvelle «Une maison d’argile dans un jardin provincial» raconte l’histoire du forgeron Yakov Yerkin. Il abandonne sa vie de vagabond et fabrique des objets étranges, comme des horloges en fonte, jusqu’à la fin des temps. Yakov recueille un jeune orphelin. L’enfant tente d’élever des moineaux en cage, mais les oiseaux meurent en captivité. Le garçon rend visite à une vieille femme chauve dans une maison d’argile voisine et l’aide dans ses derniers jours. Après sa mort, l’orphelin quitte définitivement la ville. Yakov Yerkin meurt pendant la guerre civile, combattant dans les rangs de l’artillerie rouge. Le garçon grandit et devient un jeune homme honnête qui construit une nouvelle patrie.
Dans «Le monde beau et furieux», Alexandre Maltsev conduit une puissante locomotive de voyageurs. Soudain, la foudre le rend aveugle. Maltsev continue de conduire le train de mémoire, ignorant les feux rouges d’avertissement. Son assistant, Kostya, parvient à arrêter le train devant un train de marchandises. Le mécanicien aveugle est jugé. Kostya prouve l’innocence de son collègue en le conduisant à travers un impact de foudre. L’expérience rend Maltsev aveugle à nouveau. L’assistant emmène son ami aveugle dans la cabine de la locomotive. Le choc émotionnel intense du trajet rend la vue au vieux mécanicien.
La solitude et la quête de la vérité
Le petit Yegor, du conte «La Vieille Femme de Fer», converse avec le vent et le scarabée. Sa mère l’effraie en lui parlant d’une terrifiante femme de fer qui attend la mort de tous. La nuit, le garçon s’aventure dans un ravin. Dans l’obscurité, il aperçoit une silhouette sombre qui le menace. Yegor, courageux, jette une motte d’argile au visage de la vieille femme. Au matin, il promet de devenir un homme de fer et de vaincre le monstre.
Le conte «La Fleur inconnue» met en scène une plante solitaire. La fleur lutte pour survivre parmi l’argile sèche et les pierres grises. Elle développe de grandes feuilles pour recueillir la rosée nocturne. Une jeune fille, Dasha, perçoit un parfum étrange sur le terrain vague. Des pionniers y apportent du fumier et de la cendre de bois. L’été suivant, Dasha revient. Elle découvre un champ envahi par la végétation et une nouvelle fleur, encore plus vigoureuse, qui pousse entre les pierres.
L’histoire d’«Ulya» décrit une jeune fille au regard prophétique. On peut lire l’âme des autres dans ses yeux. Le marchand Demyan, apercevant sa propre avidité dans le regard d’Ulya, s’enfuit du village, horrifié. Ulya est effrayée par la beauté des papillons et la gentillesse de ses voisins, car elle perçoit leurs défauts cachés. Sa mère biologique vient la chercher, chaussée de simples sandales de paille. Le baiser de sa mère guérit Ulya. Son don de prophétie s’estompe et la jeune fille recommence à percevoir le monde avec une vision ordinaire.
L’œuvre «L’Amour de la Patrie, ou le Voyage du Moineau» présente au lecteur un vieux violoniste. Le musicien joue au pied d’un monument à Pouchkine. Un moineau gris picore des miettes dans l’étui du violon. Une violente tempête hivernale emporte l’oiseau vers une contrée tropicale. Le moineau se nourrit de baies sucrées, mais regrette le pain de Moscou. Une autre tempête le rattrape et le ramène chez lui. Le moineau s’effondre, mort, sur les pierres enneigées. Des garçons vendent l’oiseau mort au violoniste. Le vieil homme place le moineau dans une boîte avec une tortue apprivoisée. Le musicien joue une mélodie joyeuse, pleurant son ami disparu.
Années de guerre et exploits
L’intrigue de la nouvelle « L’Armure » se déroule autour d’un vieux marin, Semyon Savvin. Il invente la formule d’un métal indestructible. Pendant la Grande Guerre patriotique, Savvin et le narrateur traversent les lignes de front pour se rendre dans la région de Koursk et récupérer les plans abandonnés. Dans un village ravagé par les flammes, ils découvrent une femme qui emporte des enfants morts dans un ravin. Savvin dégaine une lame ancienne et abat sept nazis à lui seul. Grièvement blessé, le marin, à bout de souffle, confie à un camarade la mission de retrouver la formule de l’armure parfaite.
Dans «L’histoire du vieil homme mort», le grand-père Tishka se retrouve seul dans le village évacué d’Otsovy Otverski. Armé d’une simple canne, il attaque courageusement un détachement allemand. Un nazi lui tire une balle dans la poitrine. Tishka reprend conscience au beau milieu de la nuit. Il met le feu à la paille et les flammes ravagent le village, emportant avec elles les ennemis endormis. Le vieil homme creuse un abri. Des partisans, ayant entendu parler de l’invincible vieil homme mort, viennent à lui. Tishka prend le commandement de l’unité de combat.
«Le Septième Homme» raconte l’histoire d’Ossip Gershanovich, planificateur à Minsk. Il perd sa femme et ses cinq enfants. Au commissariat, les nazis alignent les prisonniers par sept pour économiser les munitions. Gershanovich simule la mort et se place en septième position sur la liste des exécutés. Il s’effondre près d’un vieil homme dont le crâne chauve est recouvert de cheveux de bébé. Ayant trompé l’officier, Ossip survit dans la cave et rejoint les partisans.
Le héros de la nouvelle « L’Ennemi inanimé » reprend conscience sous terre après une commotion cérébrale. À côté de lui, le soldat allemand Rudolf Waltz vacille. Le nazi répète les slogans appris par cœur du Führer sur la domination mondiale. Le soldat russe comprend qu’il n’est qu’un instrument mécanique et vide, exécutant une volonté étrangère. Le soldat soviétique, résolu, étrangle l’ennemi à mains nues, laissant son corps en pâture aux moustiques de la steppe.
Le destin du peuple Jan
Le récit « Dzhan » relate le long périple de l’économiste Nazar Chagatayev. Son épouse, Vera, attend un enfant de son premier mari, décédé. Chagatayev quitte Moscou pour le désert de Sary-Kamysh. Le Parti lui confie la mission de retrouver la tribu turkmène perdue des Dzhan. Nazar rencontre le vieux Sufyan et sa mère, Gulchatay. Ces pauvres gens ont depuis longtemps perdu tout espoir de survie. Ils se nourrissent de racines desséchées et dorment à même la terre.
Une jeune fille nommée Aidym se distingue parmi le peuple. Le représentant local, Nur-Mukhammed, conduit la tribu vers l’Afghanistan. En chemin, épuisés, les hommes s’effondrent dans le sable. Chagatayev se bat violemment avec le représentant, lui tire dans les jambes et le force à fuir. Cette nuit-là, Chagatayev est attaqué par des vautours géants. À l’agonie, Nazar abat les oiseaux d’un coup de revolver. La viande des vautours sauve le peuple de la famine.
Aidym retrouve des brebis égarées dans le désert. La tribu reçoit des vivres frais et atteint le plateau d’Ust-Urt. Le vieux Gulchatay meurt d’épuisement. Chagatayev fabrique des briques de pisé et construit des maisons confortables. Il apporte de la nourriture et des médicaments de Khiva. Soudain, les habitants, rassasiés, se dispersent. Ils partent gagner de l’argent, désireux d’acquérir leurs propres terres. Nazar reste dans la vallée, seul avec Aidym.
Après quelque temps, les habitants, désormais plus forts, retournent à Oust-Urt. Ils amènent de nouvelles familles et du bétail. Convaincu de la survie du peuple, Chagatayev se rend à Moscou avec Aidym. Là, il apprend que Vera est morte en couches. À la gare, Chagatayev est accueilli par Ksenia, la fille de Vera, devenue adulte. La jeune Ksenia prend Nazar et la petite Turkmène dans ses bras. Chagatayev trouve une nouvelle famille et l’espoir d’une vie longue et heureuse.
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