"Laurus" d’Evgeny Vodolazkin, résumé
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«Laurus» est un roman de 2012 écrit sous forme d’hagiographie, mais qui la subvertit délibérément de l’intérieur : le langage des personnages du XVe siècle intègre de façon inattendue des mots et expressions modernes, et le style d’une chronique côtoie les intonations familières de notre époque. C’est l’histoire d’un homme qui a vécu sous quatre noms – une histoire d’amour, de culpabilité et de rédemption qui s’étend sur toute une vie.
En 2013, le roman a remporté les prix Big Book et Yasnaya Polyana, et les droits de traduction ont été vendus dans plus de vingt-quatre pays.
L’enfance à Rukina Slobodka
Arseni naquit le 8 mai 1440 à Rukina Slobodka, près du monastère Kirillov, jour de la fête d’Arseni le Grand, nom qu’il reçut lors de son baptême. Vers l’âge de huit ans, une épidémie de peste décima le village. Son père parvint à l’emmener chez son grand-père, lui demandant d’attendre dehors – et ne revint jamais. Sa mère murmura depuis la hutte obscure : « Mon fils, je ne peux plus me réveiller. »
Orphelin, Arseny va vivre chez son grand-père, Christopher, un herboriste qui habite près du cimetière. Christopher est un homme érudit et excentrique : il soigne les toux et les infirmes, s’occupe des questions délicates du coucher et discute de la nature de l’âme et de la structure des astres. Il consigne tout sur des manuscrits d’écorce de bouleau, des remèdes contre les verrues aux informations sur la vie de Salomon. Arseny apprend vite à lire et dévore ces manuscrits avec la même ferveur qu’il met à relire l’Alexandrie, le récit antique des campagnes d’Alexandre le Grand.
Un loup, devenu le compagnon du grand-père et du petit-fils lors de leurs promenades en forêt, les suit, se nourrissant de miettes de pain et dormant dans la cour. Une nuit, lorsque le quatrième membre de la bande de brigands qui a tué le moine Nektarios fait irruption dans la maison, armé d’un couteau, le loup se jette sur lui et reçoit plusieurs coups mortels. Le lendemain matin, on le retrouve dans une mare de sang près du poêle, et le jour suivant, il retourne dans la forêt pour y mourir, comme le font les animaux.
Ustina
Après la mort de Christophe, Arseny vit seul et exerce la médecine. Une jeune fille nommée Ustina, sans ressources ni famille, vient à lui. Il l’accueille chez lui et une relation naît entre eux, qu’ils ne consommeront jamais par le mariage. Lorsqu’Ustina tombe enceinte, Arseny hésite à l’annoncer au prêtre, repoussant l’échéance par crainte de la condamnation. L’accouchement survient soudainement. L’enfant naît mort-né. Ustina meurt peu après lui.
Dès cette nuit, Arseniy porte en lui cette même pensée : son silence a tué Ustina, non la maladie, mais sa lâcheté devant Dieu. Il l’enterre avec l’enfant et fait le vœu de vivre sa vie à sa place, en priant pour elle, en guérissant les autres, en portant leurs péchés. À partir de ce moment, il s’adresse toujours à Ustina dans ses pensées, comme si elle était vivante.
Pskov : Ustin le Fou
Arseny arrive à Pskov sous le nom d’Ustin, la forme masculine d’Ustina. Muet, il vit dans un cimetière et porte des haillons, mais guérit malgré tout tous ceux qui viennent à lui. Sa voix est celle du fou sacré Karp, un excentrique bruyant et bon enfant qui distribue les kalachi (gâteaux) des autres et proclame la fin du monde imminente. Ensemble, ils forment un duo improbable : l’un est silencieux, l’autre hurle à la face de tout Pskov.
À Pskov, Arseny rencontre Ambrogio, un érudit et chroniqueur italien qui consigne des événements à venir : il voit l’avenir, même s’il ne comprend pas toujours ce qu’il voit. Le maire de Pskov, Gabriel, demande à Ambrogio d’accrocher une lampe dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem en mémoire de sa fille défunte, Anna.
À la mort de Carp, un autre fou, Thomas, dit à Arseny : « Sans Carp, ton silence est vain. Va à Jérusalem, la ville terrestre, et intercède là-bas pour Ustina auprès du Tout-Puissant. » Arseny révèle alors son vrai nom et accepte de partir avec Ambrogio.
La route vers Jérusalem
Le posadnik Gabriel les équipe pour le voyage. Arseny et Ambrogio se dirigent vers le sud avec des pèlerins venus de divers pays. Le voyage s’avère éprouvant. Aux abords de Jérusalem, les guides arabes, de mèche avec les Mamelouks, trahissent les pèlerins : un détachement mamelouk les encercle. Frère Jean de Besançon est désarçonné de son chameau, et l’animal le frappe à la tête. Arseny accourt à son secours et reçoit lui-même un coup à la tête.
Malgré cela, les pèlerins arrivent à Jérusalem. Arseny entre dans l’église du Saint-Sépulcre, l’endroit qu’il considère comme le plus proche du ciel. C’est là qu’il révèle à Ustina tout ce qu’il n’a jamais dit de son vivant.
Le monachisme et les dernières années
Sur le chemin du retour, Ambrogio se retrouve pris dans une tempête de neige et disparaît. Arseny le cherche longtemps, en vain. Il rentre seul.
Arseni arriva au monastère Kirillo-Belozersky et prononça ses vœux monastiques sous le nom d’Ambroise, puis le Grand Schéma sous celui de Laurus. Il alla vivre dans une cellule forestière près du lac. Sa réputation de guérisseur se répandit dans toute la Russie : on lui amenait des malades désespérés, et Laurus posait la main sur leur front ; la maladie s’en allait. Son novice Mélétius était toujours à ses côtés, accueillant et renvoyant les malades, tandis que le vieillard lui-même contemplait en silence le feu ou le visage du souffrant.
Dans les flammes de l’âtre, Lavr aperçoit parfois un garçon blond – lui-même enfant. Et ce garçon, contemplant un autre feu, voit un vieil homme aux cheveux tirés en arrière. Deux extrémités d’une même vie se font face à travers la flamme : le début et la fin d’un voyage, indissociables.
À la mort de Laurus, son corps ne se décompose pas. Il reste intact pendant plusieurs jours, puis disparaît. La légende des chroniques ne l’explique pas ; elle se contente de le constater.
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