Résumé de « Nécromancien » de Victor Pelevin
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Ce court roman de Viktor Pelevin, publié en 2008, est un récit satirique de la vie et de la mort d’un haut gradé de la police russe. Présenté comme une enquête documentaire, l’ouvrage rassemble méticuleusement des faits disparates sur les activités de l’ancien chef adjoint de la police routière de Moscou. Le texte dénonce l’absurdité du paysage médiatique, mêlant routine bureaucratique et pratiques occultes.
L’ascension du général Krushin
L’histoire commence avec un simple agent de la circulation. Un archiviste militaire compare le cas du général Krushin au procès de Gilles de Rais, maréchal français brûlé vif pour meurtres rituels en 1440. L’ascension de Krushin se produit sur l’autoroute Aminyevskoïe, près de la sortie de l’avenue Koutouzovski vers Roubleovka. Des hauts gradés remarquent le major, à l’allure imposante, muni d’un mégaphone, qui parvient à fluidifier la circulation sur des kilomètres. Rapidement, Krushin est promu général et devient le commandant en second de la police de la circulation de Moscou.
Le général se lance en politique. D’après les sondages, il peut compter sur douze pour cent des voix. Sa rhétorique de campagne est pour le moins excentrique. Il propose d’autoriser les marches des fiertés LGBT au parc Gorki uniquement le jour des troupes aéroportées. Il préconise la création d’une armée commerciale. Krushin interprète l’acronyme « USA » comme « Satan uni de l’Amérique » et qualifie l’Amérique d’Allemagne fasciste dirigée par des Juifs. Dans un spot publicitaire télévisé, le général, en uniforme blanc, prononce un discours : « La police de la route est la seule force nationale intègre qui incarne collectivement l’esprit de notre peuple généreux et unique. »
Conflits avec les stratèges politiques
Pour façonner son image politique, Krushin fait appel à l’équipe de Goyda Orestovich Pushisty. Le projet est supervisé par le stratège politique Makar Getman, qui élabore des tactiques de sous-entendus. Getman produit des affiches au format A3 intitulées « Méthodes pour dissimuler l’infanterie et la cavalerie tatar-mongoles et juives ». Elles comparent une fosse camouflée mongole avec des chevaux aux permis de conduire en plastique de Yermolai Tvorozhny et Saveliy Krynka. Une autre partie de l’affiche oppose le temnik mongol Ucha-bagatur, chevauchant deux chevaux, au politicien démocrate orthodoxe Frol Shchuplovato, posant avec deux passeports à l’aéroport Sheremetyevo-2.
Les relations du général avec ses conseillers se détériorent rapidement. Le commandant Vassili Rozanovitch, peintre de marines à l’école de conduite n° 8, raconte un conflit avec l’hetman. Le stratège politique crée une série d’affiches représentant des policiers de la circulation s’embrassant pour le pavillon de chasse d’un prince saoudien. Rozanovitch, de son côté, loue dix panneaux publicitaires affichant des images des hetmans s’embrassant devant la Maison centrale des artistes. Suite à ces scandales, Krouchine remplace ses conseillers. Un nouveau conseiller conçoit une unité de «porteurs de pourpre». Les policiers sont affectés à la patrouille des autoroutes à accès restreint, arborant des portraits de la Sainte Grande Martyre Georgine sur des rubans violets.
L’ésotérisme et le corps de cendres
Le philosophe Dupin est le mentor intellectuel du général. Il initie Krushin aux enseignements secrets eurasiens. Dans un enregistrement vidéo d’une conférence donnée aux lauréats du concours panrusse des inspecteurs, le général évoque la préservation du subtil « corps d’ossements ». Selon Krushin, la momie du grand homme a été délibérément placée de manière à ce que le corps subtil qui la surplombe transmette un pouvoir magique aux dirigeants présents à proximité. Le général est convaincu que le mausolée de Lénine a été construit précisément dans ce but.
Le général croit que la capacité des os à soutenir le corps subtil est transférée aux cendres après la crémation. Il étudie des textes mystiques connus sous le nom de « Pic Silencieux ». Un passage décrit la conscience du sergent Petrov, assassiné. Après sa mort, le policier se sent comme un ballon, retenu par une corde invisible à une lourde ancre noire. Les pensées du sergent flottent dans un nuage transparent, haut au-dessus de la circulation, et son nouveau corps posthume lui paraît indestructible.
Le crématorium personnel de Krushin
L’enquête révèle des détails terrifiants sur la vie privée de l’officier. Krushin invite dans sa maison de campagne de jeunes policiers trapus, blonds et sans famille proche. Il leur promet une mutation à Sotchi avec un appartement meublé. En quatre ans, cent quatre-vingts policiers disparaissent sans laisser de traces.
Le complexe du général, construit dans le style architectural de la ville française d’Albi, est doté d’un sauna luxueux. Un buste de l’empereur Tibère trône dans le hall de marbre, derrière lequel se dissimule un bouton permettant d’ouvrir une cloison hermétique. Le bureau est équipé de buses d’hydromassage de la société autrichienne HDG. Ces appareils onéreux sont conçus pour diffuser des mélanges gazeux soporifiques.
Dans la cour de la maison, à dix mètres du sauna, se trouve une unité d’incinération mobile pour animaux morts. Cet appareil militaire de haute technologie est équipé de puissants brûleurs et d’une chambre de post-combustion. Le crématorium mobile fonctionne rapidement et sans fumée. À l’intérieur, le général incinère méthodiquement les corps des victimes euthanasiées.
Barrières routières et trigrammes
Les cendres des officiers tués au combat sont régulièrement envoyées à Mytishchi, près de Moscou. Krushin contrôle officieusement l’entreprise ZAO Dorozhny Servis, spécialisée dans la production de ralentisseurs artificiels. L’ingénieur en chef de l’usine raconte comment un général a forcé des ouvriers à incorporer des os calcinés dans le caoutchouc moulé. Krushin qualifie cette poudre d’« éco-additif japonais ». Le processus d’emballage est strictement réglementé : les cendres d’une personne sont contenues précisément dans un seul moule.
Un homme barbu, vêtu d’une chemise russe noire, supervise l’ajout de cendres sur le tapis roulant. Les motivations de ces activités occultes sont révélées par le philosophe Konstantin Golgofsky. Dupin avait initialement prévu de tracer une prophétie runique concernant l’avenir de Gardariki. Des barrières de caoutchouc contenant des cendres humaines furent placées à des coordonnées précises dans les ruelles avoisinantes de la capitale. Se rendant compte de son erreur de traduction des runes, Dupin décida de tracer le cercle classique des huit trigrammes chinois, le « Ba Gua ».
Le plan mystique tourne soudainement au fiasco. Dupin entend à la radio que les économies américaine et chinoise ont fusionné. La portée géopolitique du sortilège lui échappe complètement. Désabusé, le philosophe sombre dans une longue période d’alcoolisme.
Le suicide et le destin des cendres
Prenant conscience du désespoir qui l’accable face à l’enquête, Krushin se suicide de façon spectaculaire. Vêtu d’un uniforme blanc impeccable, il lit une citation de Martin Heidegger devant une caméra. Le général qualifie la vie humaine d’être-à-la-mort. D’un geste calme, il porte un pistolet Makarov à sa tempe et appuie sur la détente.
Le corps du général est incinéré et l’urne contenant ses cendres est officiellement remise à sa famille. Préoccupée par le partage scandaleux de leur héritage, celle-ci confie l’urne à un coursier inconnu. Ce dernier se révèle être un homme barbu vêtu d’une chemise russe noire. L’entreprise ZAO Dorozhny Servis est en train de couler le tout dernier lot de ralentisseurs. Les cendres de Krushin sont mélangées au caoutchouc noir. Les produits finis sont emportés et l’emplacement de la barrière contenant les restes du général demeure inconnu.
Bruit informationnel et conséquences
Six mois plus tard, des éléments de l’enquête concernant le moulage de la barrière sont divulgués dans les médias. Le public ignore complètement ces faits horribles. Les gros titres sur la nécromancie et le recyclage des cendres humaines sont noyés sous un flot d’informations absurdes. Les reportages sur l’affaire Krushin côtoient des histoires de jeunes filles qui ont le hoquet, de policiers poursuivant des vaches gestantes et des effets de l’odeur du concombre sur les femmes.
Une controverse locale éclate exclusivement sur la blogosphère LiveJournal. Des utilisateurs influents, sous les pseudonymes «psycheberta» et «animanuska», débattent avec véhémence de la pureté rituelle des barrières de sécurité urbaines. Ils se demandent sérieusement si le fait de toucher du caoutchouc souillé de cendres de police souille les piétons. Le débat est interrompu par les propos d’un jeune utilisateur : « Ne vous compliquez pas la vie. Marchez sur ce qui est au sol, et personne ne vous en tiendra rigueur. »
La maison d’édition Marginal Hell publie la nouvelle « Many Cars » d’Artur Anonymy. L’auteur tente désespérément de décrire la conscience d’un policier assassiné, prisonnier à jamais de l’asphalte. Son corps inanimé ne reprend vie que lorsque les pneus des voitures le heurtent violemment.
Peu après, le texte final de « Mute Peaks 22 », prétendument attribué à Dupin, est apparu sur un site web populaire, accompagné de documents compromettants. L’extrait décrit avec émotion l’âme tourmentée du général Krushin. Sa tête aux cheveux blonds émerge un instant de l’asphalte gris du matin, dans les rayons de l’aube, rêvant d’un sauvetage miraculeux. Mais le nombre de voitures ne cesse d’augmenter. Les pneus lourds martèlent sans cesse le bitume, la lumière du matin s’estompe dans la fumée d’essence, et l’âme aveuglée se réfugie lentement dans son enveloppe noire et mate.
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