Alexandre Koryachkine. Prologue
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с 5 Июня
по 6 СентябряМузей современного искусства Эрарта
Васильевский остров, 29-я линия, д.2
Санкт-Петербург
Le musée d’art contemporain d’Erarta présente une exposition d’Alexandre Koryashkin, où tout a déjà commencé, mais où rien ne s’est encore produit.
● Une série d’épisodes absurdes mais impeccablement écrits, où l’humour se mêle à l’angoisse, où l’intrigue ne garantit pas de résolution et où l’on ignore généralement où tout cela nous mène. ● Un artiste de l’école académique, qui utilise les règles pour les transgresser. ● Un état de prologue éternel, où même la mort n’est pas la fin.
Au premier abord, l’intrigue semble tout à fait normale. Des autruches se tiennent paisiblement dans le paysage. Soudain, d’étranges lapins apparaissent à leurs côtés. Un bug, certes, mais encore acceptable. On découvre un raton laveur dans une affiche anatomique représentant une oreille. On pourrait s’arrêter là et crier à la plaisanterie.
Mais la plaisanterie ne s’arrête pas là. Elle ne se déroule pas selon les règles de l’humour : elle n’a ni point culminant ni résolution. Elle se poursuit simplement, comme si la réalité elle-même avait perdu toute pertinence. Un véritable indigène, armé d’un boomerang, se retrouve à côté d’un kangourou peint. Des parties du corps semblent s’animer. La Reine, pour une raison obscure, anoblit un arbre.
À un moment donné, l’évidence s’impose : l’action a déjà commencé. Les personnages sont en place, les scènes s’enchaînent, mais rien ne se passe. L’événement semble planer, sans jamais se concrétiser.
Et puis la mort surgit. Le pélican gît sur le rivage, d’un sérieux presque irréel. À côté de lui, une créature de dessin animé grotesque, comme si l’image, incapable de supporter son propre poids, tentait de s’en débarrasser. Même ici, l’événement ne se fige pas ; il perd de sa clarté et ne devient pas définitif.
Alexander Koryashkin a reçu une formation académique. Dans ce système, les images doivent être convaincantes et logiques. Depuis 2015, il enseigne lui-même le dessin, ce qui signifie qu’il travaille quotidiennement avec ce système. Et c’est précisément pour cette raison qu’il est particulièrement intéressant d’observer avec quelle facilité la logique peut s’égarer.
Une part importante des œuvres présentées dans l’exposition a été créée pendant la pandémie, dans le confinement. Ces peintures n’ont pas été conçues comme un grand manifeste artistique, mais plutôt comme un moyen de s’occuper et de se distraire de la peur accablante et du sentiment d’absurdité qui régnait.
Les œuvres absurdes consistent en une suite de dialogues étranges, où l’humour côtoie constamment l’angoisse. Le monde qui y est décrit ne se désintègre pas ; il continue d’exister comme si de rien n’était, mais les liens familiers qui le composent sont désormais rompus. L’image demeure convaincante, mais cette conviction cesse d’expliquer quoi que ce soit.
Ceci est le «prologue». Mais il ne s’agit pas d’une introduction à ce qui va forcément se produire ensuite, mais d’un état où la suite n’arrivera peut-être même pas. Nous avons l’habitude de penser que si quelque chose commence, cela mène forcément quelque part. Mais peut-être n’est-ce qu’une habitude.
À propos de l’auteur
Le peintre et graphiste Alexander Koryashkin est né en 1984 à Kuybyshev (Samara). Il est diplômé de l’école d’art Petrov-Vodkin de Samara (2004) et du département de graphisme de l’Académie des beaux-arts Ilya Repin de Saint-Pétersbourg (2010). Depuis 2015, il enseigne le dessin à l’Université d’État d’architecture et de génie civil de Saint-Pétersbourg.
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