"Asya" d’Ivan Tourgueniev, résumé
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Ce récit, écrit en 1857, est à l’origine d’un archétype de la littérature russe : l’image d’une jeune femme désintéressée, sincère et impétueuse. Elle contraste fortement avec le protagoniste, tourmenté et introspectif. Le texte fut traduit dans de nombreuses langues européennes dès sa parution.
En 1977, l’histoire fut adaptée au cinéma par le réalisateur Iosif Kheifits aux studios Lenfilm. Le film mettait en vedette Elena Koreneva et Igor Kostolevsky.
Rencontrer quelqu’un dans une ville allemande
Monsieur NN, le narrateur, se remémore sa jeunesse. Il y a une vingtaine d’années, insouciant, il parcourut l’Europe. Il rejetait les circuits touristiques classiques. Il abhorrait les monuments et les musées. Seuls les visages humains l’intéressaient. À cette époque, il tentait de panser sa blessure amoureuse après une liaison malheureuse avec une jeune veuve. Celle-ci avait d’abord encouragé ses avances, avant de lui préférer un lieutenant bavarois. En quête de solitude, NN s’installa dans la petite ville allemande de Z., sur la rive gauche du Rhin.
La ville charmait le héros avec ses remparts anciens, ses tilleuls centenaires et ses ruelles étroites. Le soir, NN s’asseyait souvent sur un banc de pierre. Ce banc se trouvait sous un immense frêne, dans les branches duquel se dressait une petite statue de la Vierge. Le jeune homme contemplait le fleuve majestueux. Un jour, sa solitude fut interrompue par des sons de musique. Ils provenaient de la rive opposée, du village de L., à quelques kilomètres de là. Un habitant expliqua l’origine du bruit : des étudiants étaient venus pour un kommersh, une fête traditionnelle.
NN loua un bateau et traversa le Rhin. Arrivé devant l’hôtel Solntse, il observa les étudiants qui s’amusaient. Il entendit parler russe dans la foule. Se retournant, il aperçut un beau jeune homme et une jeune fille gracieuse coiffée d’un chapeau de paille. C’est ainsi qu’il fit la connaissance de Gagin et de sa sœur Anna. Son frère l’appelait Asya. Gagin avait un visage très doux et agréable. Il gagna rapidement la sympathie de NN.
Ses nouvelles connaissances invitèrent le héros chez elles. C’était une chaumière isolée, perchée sur une colline au milieu des vignes. Le dîner en plein air se déroula dans une atmosphère chaleureuse et détendue. Asya était agitée. La jeune fille entrait et sortait sans cesse. Elle fredonnait doucement et riait pour elle-même. NN fut frappé par ses grands yeux et l’expression changeante de son visage rond aux boucles courtes. En rentrant chez lui à pied, la nuit, le long du Rhin éclairé par la lune, NN ressentit une joie insouciante. Il réalisa qu’il ne pensait plus à la veuve cruelle.
Le rapprochement des héros
Le matin, Gagin rendit visite à NN et lui fit part de ses projets. Grâce à sa fortune, il souhaitait consacrer sa vie à la peinture. Cependant, le jeune homme reconnut son manque de discipline. Peu après, les deux jeunes gens se rendirent aux ruines du château féodal. Là, Asya surprit de nouveau NN par son comportement exubérant. La fillette grimpa sur un rebord périlleux du mur, juste au-dessus du précipice. Elle fit semblant d’arroser des fleurs avec un verre d’eau. NN jugea cela enfantin.
Sur le chemin du retour, Asya marchait avec une branche au lieu d’un fusil. À table, elle se transforma soudain en une jeune fille sage et réservée. Plus tard, elle alla rendre visite à Frau Louise, la veuve âgée du maire. En rentrant chez lui ce soir-là, NN sentit une odeur de chanvre. Cet arôme éveilla en lui une vive nostalgie de sa patrie. À cet instant, ses premiers doutes surgirent. Il s’interrogea sur l’absence de lien de sang entre Gagin et Asya.
Les jours suivants, NN passait ses journées avec ses nouveaux amis. Gagin lui montrait ses croquis et parlait de peinture. Mais l’artiste se désintéressa rapidement de son travail. Asya continuait d’explorer différentes personnalités. Tantôt elle semblait être une jeune fille russe modeste. À ces moments-là, elle s’asseyait pour coudre, vêtue d’une vieille robe. Tantôt elle essayait de ressembler à la sage Dorothée du poème de Goethe. Les doutes de NN s’intensifièrent après avoir surpris par hasard une conversation sous la tonnelle d’acacias.
Asya, en larmes, se jeta dans les bras de Gagin. Elle supplia son frère : « Non, je ne veux aimer personne d’autre que toi. » Réfléchissant à la tromperie, NN partit. Il fit son sac de voyage. Le jeune homme passa trois jours seul, à marcher dans les montagnes.
L’histoire des origines d’Asya
Au retour du héros, Gagin engagea une conversation franche et lui révéla la véritable histoire d’Asya. L’homme confirma son lien de sang avec sa sœur. Le père de Gagin, inconsolable depuis la mort de sa femme légitime, vivait reclus dans son village. Le jeune Gagin fut recueilli par un oncle venu de Saint-Pétersbourg. Lors d’une de ses visites, le jeune homme remarqua dans la maison une fillette de dix ans au regard hagard. Ce n’est que peu avant sa mort que le père se confia à son fils : Asya était sa fille, née de sa liaison avec son ancienne servante, Tatiana.
Après la mort de sa mère paysanne, son père recueillit la jeune fille. Il l’éleva dans une atmosphère de permissivité, cherchant à expier sa culpabilité. Devenu le tuteur de sa sœur de treize ans, Gagin l’inscrivit dans le meilleur pensionnat de Saint-Pétersbourg. Asya y resta quatre ans. Mais la jeune fille ne s’intégra jamais à son groupe d’amies. La fierté et la honte liées à ses origines engendrèrent un profond mal-être et une grande souffrance intérieure. Gagin fut contraint de démissionner et d’emmener sa sœur vivre à l’étranger.
L’histoire de Gagin changea radicalement l’attitude de NN envers la jeune fille. Lors d’une promenade ultérieure dans les vignes, Asya se comporta pour la première fois naturellement avec lui. Elle se plaignit de son manque d’instruction, lui demanda conseil et pria NN de devenir son mentor. Ils dansèrent une valse ensemble sur la musique de Lanner. Longtemps après, le héros ressentit la douceur de sa taille.
Reconnaissance et doutes
Bientôt, le comportement d’Asya devint inquiétant. Elle restait assise de longs moments, perdue dans ses pensées. La jeune fille se plaignait d’un malaise et d’une prémonition de mort. Elle fit promettre à NN de toujours lui dire la vérité. La tension atteignit son paroxysme. Le héros reçut un mot d’elle lui proposant de se retrouver à la chapelle de pierre.
Avant que NN n’ait eu le temps de réfléchir, Gagin, pâle, vint à lui. Les détails de la nuit précédente furent révélés. Asya, en larmes, avait avoué son amour pour NN à son frère. Elle supplia Gagin de l’emmener immédiatement. La jeune fille était certaine que celui qu’elle aimait la mépriserait à cause de ses origines modestes. Gagin se trouva dans une situation délicate. Il demanda sans détour à NN s’il était prêt à l’épouser. NN reconnut son affection. Mais la perspective d’épouser une jeune fille de dix-sept ans au tempérament si fougueux l’effrayait.
Les deux hommes parvinrent à un accord. NN accepterait un rendez-vous. Il aurait alors une conversation calme et sincère avec Asya. Après cet échange, les Gagin quitteraient la ville. Entre-temps, Asya, par l’intermédiaire d’un messager, changea le lieu de rencontre. Elle organisa le rendez-vous chez Frau Louise. NN s’y rendit, tiraillé par des sentiments contradictoires. Il comprit qu’il était de son devoir de refuser ce bonheur qui lui était offert. Le jeune homme était déterminé à tenir sa promesse à Gagin.
Date fatale
La vieille veuve conduisit le héros au troisième étage. Dans une pièce faiblement éclairée, il trouva Asya, enveloppée dans un châle. Elle respirait difficilement et pouvait à peine ouvrir les yeux. La vue de sa touchante vulnérabilité fit fondre le cœur de NN. Il s’approcha, se pencha et posa sa main sur la sienne, froide. Asya fut transformée. La peur disparut de son visage. Sa tête se posa doucement sur sa poitrine et elle murmura : «À toi…»
Cependant, à ce moment critique, NN se souvint de Gagin. Le héros se dégagea brusquement et se mit à parler durement. Il reprocha à Asya d’avoir révélé leur secret à son frère. Cet acte, selon lui, avait privé leur relation de toute chance d’évoluer naturellement. NN insista sur la nécessité de se séparer. Asya écouta ses reproches avec horreur. Soudain, elle tomba à genoux et éclata en sanglots. Puis elle s’enfuit par la porte.
Prenant conscience de la gravité de son erreur, NN s’enfuit dans les champs. Rongé par la colère et le remords, il comprit qu’il ne pourrait jamais vivre sans cette jeune fille. Le héros se précipita chez les Gagins. Là, la disparition d’Asya fut découverte. Les hommes se jetèrent dans la ville, plongée dans la nuit, à sa recherche. Désespéré, NN appela la fugitive sur les rives du Rhin et lui jura son amour. Le jeune homme était prêt à tout donner pour revoir son visage.
Heureusement, la jeune fille rentra chez elle seule. Gagin en informa NN par la fenêtre obscure. Son frère leur demanda de reporter la conversation au lendemain. NN regagna sa chambre, ravi. Il attendait avec impatience ce jour heureux et comptait demander la main d’Asya sans tarder.
Séparation et finale
Le lendemain matin, NN se présenta chez les Gagin, bien décidé à faire sa demande. Mais la porte lui était grande ouverte. La servante balayait le sol. Les Gagin partirent à 6 heures du matin. La servante remit au héros une lettre d’adieu du frère d’Asya. Dans ce message, Gagin expliquait son départ soudain comme une séparation nécessaire. Il avait cédé aux préjugés et s’était efforcé de préserver la tranquillité de sa sœur.
Apprenant le départ des Gagin en bateau à vapeur, NN se précipita vers le fleuve. Passant devant la maison de Frau Louise, il entendit la vieille femme l’appeler. Elle lui tendit un petit mot d’Asya. Le message, écrit à la hâte au crayon, disait : Asya serait restée si le héros lui avait adressé ne serait-ce qu’un seul mot d’amour. Mais à présent, ils se disent adieu pour toujours.
Le héros fit sa valise et suivit les fugitifs jusqu’à Cologne. Là, il apprit leur départ pour Londres. De longues recherches dans la capitale anglaise ne donnèrent rien. Asya avait disparu à jamais.
Pour conclure son récit, le vieux NN confesse sa solitude qui l’a toujours accompagné. Le destin l’avait fait côtoyer d’autres femmes, mais aucune n’avait su éveiller en lui cette passion profonde et ardente. Il conserve précieusement les notes d’Asya et une fleur de géranium fanée. Elle la lui avait jadis lancée par la fenêtre. La fleur a survécu aux aspirations de jeunesse du héros, et peut-être même à Asya elle-même. NN médite avec amertume sur la fragilité du bonheur humain. Il ne lui reste que de vagues souvenirs des plus beaux jours.
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