Résumé de « Nov » (fonte des neiges) d’Ivan Tourgueniev
Écrit en 1877, cet ouvrage offre un récit complet et perspicace du mouvement narodnik en Russie. Il décrit les tentatives de l’intelligentsia de se rallier à la paysannerie afin de transformer l’ordre social.
La vie à Saint-Pétersbourg et les nouvelles rencontres
Au printemps 1868, l’étudiant Alexeï Nejdanov réunit dans son appartement de Saint-Pétersbourg des personnes partageant ses idées. Fekla Mashurina, Pimen Ostrodumov et Sila Paklin arrivèrent. Mashurina et Ostrodumov étaient des militants rigoureux, attendant docilement les instructions d’un certain Vassili Nikolaïevitch à Moscou. Ils préparaient un voyage en province pour y mener une propagande active. Paklin était un homme boiteux et caustique, raillant sans cesse les travers de la société, mais sympathisant sincèrement avec les révolutionnaires.
Alexeï Nejdanov est le fils illégitime d’un riche aristocrate. Son père ne l’a jamais reconnu officiellement, mais lui a laissé une modeste pension. Le jeune homme écrit de la poésie, dont il a profondément honte, dissimule sa sensibilité raffinée derrière un langage cru et a désespérément besoin d’argent pour contribuer au fonds commun. Il ne confie ses doutes sincères que dans des lettres à son ami lointain, Vladimir Siline.
Les résidents du domaine d’Arzhanoye
Nezhdanov se voit proposer un poste de précepteur. Le conseiller privé Boris Sipyagin l’engage pour enseigner le russe et l’histoire à son fils de neuf ans, Kolya. Sipyagin emmène le nouveau précepteur dans son riche domaine, Arzhanoye.
Chez les Sipyagin, Alexeï fait la connaissance de l’épouse de son hôte, la belle Valentina Mikhaïlovna. Dotée d’une forte personnalité, elle aime flirter et comble son invité d’attentions. Marianna Sinetskaïa, la nièce de Sipyagin, vit également là. Le père de Marianna a été condamné pour corruption à grande échelle et exilé.
Après la mort de ses parents, la jeune fille subit la condescendance constante de ses riches proches. Elle déteste l’atmosphère hypocrite de cette demeure luxueuse et fait preuve d’une indépendance farouche.
Conflits idéologiques
Semyon Kallomeytsev est un habitué du domaine. Propriétaire terrien réactionnaire, il prône les mesures les plus sévères contre le peuple. Des querelles éclatent constamment entre lui et Alexei. Nezhdanov défend avec audace les idéaux de la jeunesse.
Marianna se lie rapidement d’amitié avec Nezhdanov. Les deux jeunes gens découvrent une étonnante convergence de vues politiques. Ils rêvent tous deux ardemment de servir les paysans opprimés. Marianna voit en Alexei un camarade fidèle dans leur lutte inévitable.
Markelov, Solomin et les vieux Subochev
Le voisin des Sipyagin, Sergueï Markelov, frère de Valentina Mikhaïlovna, est obsédé par l’idée de rébellion armée. Cet ancien militaire, austère et obstiné, est éperdument amoureux de Marianna, mais celle-ci le repousse sans ménagement. Markelov présente Alexeï à des militants radicaux locaux.
Ils se rendent à la filature de coton où Vassili Solomine travaille comme directeur. Il a étudié la mécanique en Angleterre. Intelligent, calme et extrêmement pragmatique, il dirige une usine à l’environnement de travail réaliste, sans fioritures. Vassili ne croit pas à une révolte paysanne éclair et préfère un travail lent et minutieux : la création d’écoles, d’hôpitaux et de coopératives ouvrières.
Markelov emmène également ses amis chez le riche marchand Golushkine. Ce dernier, dissimulant sa lâcheté derrière de véhéments protestataires, les soutient généreusement. Lors d’un somptueux dîner, il offre du champagne à ses convives. Markelov, quant à lui, est impatient de combattre et croit aveuglément à la capacité du peuple à la révolution.
En ville, Paklin emmène Nezhdanov, Solomin et Markelov chez les vieux Fomushka et Fimushka Subochev. Ce couple vit complètement coupé du monde moderne, préservant le mode de vie et les coutumes du XVIIIe siècle. Ils chantent des chansons d’amour anciennes et offrent à leurs invités des plats traditionnels. Leur bonté naïve contraste fortement avec l’agitation de la révolution.
Fuir une maison détestée
La relation entre Marianna et Nezhdanov se transforme en un profond attachement mutuel. Elle est prête à sacrifier son confort pour le bien commun. Valentina Mikhailovna surprend leur conversation franche dans le couloir. Sipyagina, outrée par le comportement de sa nièce, pique une crise et la réprimande sévèrement pour son pain.
Marianna et Alexei décident de fuir sur-le-champ. Ils quittent Arzhanoye tôt le matin, à bord d’une charrette paysanne. Le couple trouve refuge dans l’usine de Solomin. Le directeur leur attribue deux chambres communicantes dans une dépendance. Tatiana, l’épouse de Pavel, un ouvrier de l’usine, aide activement Marianna à s’intégrer dans son nouvel environnement.
Les fugitifs s’habillent en vieux vêtements de paysans. Ils projettent de devenir «simples», de se fondre dans la masse. Marianne apprend avec persévérance à cuisiner, à plumer les poulets et à faire la vaisselle. La jeune fille éprouve une immense joie à accomplir ce dur labeur physique.
Échec de l’agitation populaire
Nezhdanov se rend dans les villages voisins pour y mener une campagne de propagande orale. Il tente de distribuer des tracts imprimés, appelant les paysans à se révolter contre les propriétaires terriens. Les gens sont totalement incapables de comprendre ses discours complexes et le prennent pour un excentrique ivre.
Dans un pub, Alexei est contraint de boire un verre de vodka. Il rentre à l’usine complètement ivre. Son collègue Pavel parvient de justesse à le ramener chez lui. Cet incident le traumatise profondément.
Alexei écrit à Silin pour lui avouer son incompétence totale dans la profession qu’il a choisie. Son esthétisme raffiné le révulse face à la grossièreté, l’odeur d’alcool et l’ignorance de la foule. Nezhdanov réalise qu’il ne croit plus au succès d’un soulèvement populaire. L’amour sincère de Marianna commence à peser lourd sur lui, car il se sent intérieurement mort et impuissant.
Arrestations et trahison
La situation dans la province se détériore rapidement. Les paysans ligotent Markelov et le livrent aux autorités. Le marchand Golushkin est arrêté et, pris de panique, dénonce tous les membres du cercle, espérant ainsi éviter une lourde peine de prison.
À ce moment précis, Paklin arrive chez les Sipyagin. Il espère persuader ce haut fonctionnaire influent d’aider Markelov, qui a été arrêté. Au cours de leur conversation, Paklin révèle par inadvertance où se trouvent Alexei et Marianna. Sipyagin, accompagné de Kallomeytsev, se rend en ville pour rencontrer le gouverneur. Ils exigent une répression policière sévère contre les rebelles en fuite.
Dans le bureau du gouverneur, Paklin comprend qu’il est devenu l’auteur d’un acte de trahison. Désespéré, il se précipite à l’usine et tente d’avertir ses amis, mais l’enquête est déjà lancée. La police prépare une vaste opération de recherche. Mashurina arrive inopinément chez Nezhdanov avec une lettre secrète de Genève, mais, voyant son état, elle détruit discrètement le message dangereux.
Fin tragique
Des informations fiables parviennent à l’usine : les gendarmes sont sur le point d’arriver. Solomin suggère aux fugitifs de se cacher dans un endroit sûr. Marianna est prête à se battre jusqu’au bout, sans la moindre crainte.
Nezhdanov est complètement désemparé. Il perçoit la force spirituelle de Marianna et la confiance sereine de Solomin. Alexey comprend clairement que ces deux-là sont faits l’un pour l’autre. Le jeune homme ne peut se résoudre à vivre dans le mensonge et ne veut pas entraîner dans sa chute la fille qu’il aime. Cette nuit-là, il brûle ses poèmes et ses papiers personnels.
Tôt le matin, Nezhdanov sort dans le jardin devant la maison. Il s’arrête sous un vieux pommier. Alexey sort un revolver et se tire une balle dans la poitrine.
Tatiana aperçoit par hasard l’homme blessé par la fenêtre. Solomin et Marianna accourent vers lui. Avant de mourir, Nezhdanov prend la main de la jeune fille et la serre fermement dans celle de Solomin. Il meurt, laissant derrière lui deux lettres d’adieu. Dans celles-ci, le jeune homme demande à ses amis de rester unis et pardonne à tous ses faiblesses.
Le destin ultérieur des héros
Solomin et Marianna se marient en secret chez un prêtre nommé Zosima, un de leurs amis. Ils quittent l’usine pour toujours. Vassili laisse un rapport financier détaillé au propriétaire de l’usine, après quoi il disparaît avec sa jeune épouse.
La police ne retrouve que le corps sans vie de Nezhdanov dans la dépendance. Les Sipyagin renoncent définitivement aux recherches de leur nièce disparue. Markelov, avec courage, reste ferme au tribunal et ne livre personne. Il accepte la lourde sentence avec une fière résignation.
Durant l’hiver 1870, Paklin rencontre par hasard Mashurina dans les rues de Saint-Pétersbourg. Elle vit sous un faux passeport italien, au nom de comtesse Rocco di Santo-Fiume. Paklin lui parle du mariage de Solomin et Marianna. Mashurina reste dévouée à son travail et conserve l’unique photographie de Nezhdanov. Paklin, plongé dans une douloureuse solitude, médite avec amertume sur le destin de ces héros anonymes.
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