« L’École de la fluidité digitale » de Dina Rubina, résumé
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Le recueil de textes de Dina Rubina a été publié en 2008. Cet ouvrage rassemble des souvenirs de son enfance à Tachkent, de ses études dans une école de musique pour enfants surdoués et de ses liens familiaux complexes. Les textes offrent des aperçus saisissants de la vie quotidienne au siècle dernier. L’auteure décrit des appartements communautaires exigus, des cours intérieures étouffantes traversées de fossés d’irrigation, des placards imprégnés d’une forte odeur de naphtaline et les années difficiles de l’après-guerre. Les personnages de ces textes commettent souvent des erreurs, se blessent par des paroles inconsidérées, souffrent de solitude et recherchent le pardon. L’auteure révèle la fragilité humaine à travers le prisme du temps.
Plusieurs nouvelles de ce recueil ont été adaptées avec succès à l’écran. Le téléfilm « Quand va-t-il neiger ? » est sorti en 1979, et un court métrage du même nom est paru en 2011. La pièce « Double Nom de Famille » a été adaptée au cinéma en 2006.
Histoires sur la famille et l’enfance
Le livre s’ouvre sur la nouvelle «Quand va-t-il neiger?». Nina, quinze ans, est gravement malade. Elle dort sur un vieux canapé portant le numéro d’inventaire 627 et attend une opération complexe du rein. Le chirurgien, Makar Illarionovich, va l’opérer. Nina est profondément bouleversée par le mariage prochain de son père, qui a perdu sa femme dans un accident d’avion. La jeune fille flâne dans la ville en automne et tombe amoureuse d’un homme plus âgé, Boris. Dans sa chambre d’hôpital, son frère, Maxim, lui révèle une vérité amère : sa mère, décédée, n’aimait plus son père depuis longtemps et était amoureuse d’un autre homme. Des lettres sont retrouvées dans un carnet. Cette confession aide Nina à pardonner à son père et à accepter la vie avec toutes ses imperfections. Juste avant l’opération, Nina écrit un mot à son père pour lui demander pardon.
Georgy Vozdvizhensky, le héros de la nouvelle « Double Nom », élève son fils Philippe. Georgy connaît une vérité cachée : le véritable père du garçon est Viktor, l’amant de sa femme. Cinq ans plus tard, celle-ci part pour Novossibirsk rejoindre Viktor et emmène leur enfant avec elle. Philippe conserve son double nom, Kryukov-Vozdvizhensky. Les années passent. Philippe, âgé de seize ans et désormais adulte, revient passer l’été chez Georgy. Le jeune homme considère Georgy comme son père et reproche à Viktor, vieillissant, sa rudesse et ses reproches. Georgy dissimule la vérité, protégeant jalousement son mensonge par amour pour son fils. Georgy reçoit un télégramme annonçant la mort de Viktor, mais continue de mentir à Philippe.
Histoires sur la musique et le théâtre
L’auteure aborde souvent le thème de l’éducation musicale. Dans la nouvelle « Leçons de musique », l’héroïne, à contrecœur, apprend le piano à une jeune fille nommée Karina. Celle-ci vit avec son frère, sa sœur Larisa et son grand-père, un homme dérangé. Le père de Karina est emprisonné pour vol de viande sur une base militaire. La méchante tante Zina tente de séparer les orphelins et de les répartir dans différentes familles, et de placer le grand-père dans un orphelinat. La narratrice intervient et propose de prendre les enfants sous son aile. La tante la maudit et la chasse, l’accusant d’égoïsme. Karina parvient à défendre son grand-père. L’héroïne gardera à jamais un sentiment de culpabilité envers cette famille.
Dans la nouvelle «La Maison derrière le portail vert», une fillette de huit ans prend des cours de musique avec une professeure particulière. Elle dérobe en cachette de jolis tubes de rouge à lèvres à sa professeure et les échange dans la cour contre des boutons jaunes. La professeure la surprend en flagrant délit. Elle écrit un mot sévère à sa mère, exigeant le remboursement de trois roubles. La fillette abandonne ses cours. Longtemps, l’héroïne craint de loger chez d’autres personnes, redoutant des accès de kleptomanie. Un profond sentiment de honte la hante pendant de nombreuses années.
La nouvelle « Toujours le même rêve !… » décrit les répétitions du club de théâtre de l’école, dirigé par Baba Liza. Les élèves montent une scène de la tragédie de Pouchkine, « Boris Godounov ». Senka Plotkine, un élève en difficulté, répète le rôle du moine Pimen et se passionne pour la vérité historique. Senka vole la béquille de son grand-père pour la scène. La narratrice doit jouer le rôle de la Prétendante. À un moment crucial, elle oublie sa béquille dans la salle des professeurs. Senka entre dans une rage folle, et seule sa débrouillardise sauve la représentation. Alexandre Sergueïevitch, du studio de théâtre, invite Senka à étudier avec lui. Des années plus tard, Senka devient une véritable metteuse en scène.
Croquis de la vie et du quotidien créatif
Dans la nouvelle « Le samedi », Eva, seize ans, accompagne un orchestre symphonique de jazz. Elle vit chez sa tante Sonya. Solitaire, elle dissimule sa souffrance derrière l’ironie. Un jour, à un arrêt de trolleybus, elle croise par hasard son père, qui l’a quittée pour une autre femme. Eva lui pardonne intérieurement, mais garde une attitude délibérément distante. Elle trouve un réconfort inattendu lors d’une conversation paisible autour d’un café avec Akundin, le violoniste barbu.
Altukhov, étudiant au conservatoire et personnage principal de la nouvelle « Ce merveilleux Altukhov », avait auparavant étudié la sculpture. Il parodie avec brio ses connaissances, invente des histoires à dormir debout et vit dans une chambre louée dans la vieille ville. Altukhov recueille le petit Yurka, le sauvant ainsi de sa mère négligente, une figurante. Il change le nom de famille du garçon et part pour Leningrad afin de réintégrer l’institut. La narratrice est secrètement amoureuse d’Altukhov. La fillette pleure et observe tristement son manteau bleu depuis la fenêtre de l’amphithéâtre numéro trente-six, désert.
L’héroïne du texte «Concert offert par la Société des amoureux des livres» se rend à une lecture publique. L’établissement se révèle être une colonie pénitentiaire de haute sécurité. Le directeur lui conseille de lire sans s’interrompre. Terrifiée par les jeunes délinquants à l’air sombre, vêtus de vestes matelassées grises, elle s’installe à un piano délabré et, au lieu de lire, se met à chanter à tue-tête des chansons d’Alexandre Galitch et de Vladimir Vysotsky. Les colons l’accueillent par une ovation chaleureuse.
Dans la nouvelle « Le vol astral de l’âme en cours de physique », une lycéenne lit en classe un livre sur la sexualité familiale. Son professeur, Arkady Tursunbaevich, la réprimande sévèrement. L’élève réplique par une remarque impertinente sur sa petite poitrine. Prise de peur, son âme quitte momentanément son corps et flotte au-dessus de la cour de récréation. Plus tard, le professeur, d’ordinaire si sévère, lui confie ses soucis : une femme malade d’une mastite, des jumeaux qui pleurent et des insomnies. La jeune fille lui recommande un remède de grand-mère à base de miel et de farine et éprouve une profonde compassion pour lui.
Le texte «Jour de ménage» met en parallèle le destin de deux femmes. Nyura, femme de ménage, lave les sols de l’appartement de l’ancienne actrice Galina Nikolaevna pour cinq roubles. Nyura s’inquiète pour sa fille Valka, enceinte de son petit ami, Seryozhka. Sa nièce, Lina, est en proie à l’angoisse suite à un appel de son amant indifférent, professeur de karaté. Ce soir-là, Lina enfile un manteau noir et va passer la nuit avec son amant, ignorant les supplications de sa tante désespérée. Nyura prend le train de banlieue pour rentrer chez elle à Mytishchi, près de Moscou.
Dans la nouvelle « Blackthorn », un garçon vit avec sa mère, Marina, une femme nerveuse. Celle-ci travaille à l’ordinateur la nuit pour gagner un peu d’argent. Elle s’emporte parfois contre son fils, le réprimandant à cause de sa veste sale, mais elle l’aime profondément. Marina donne les plus beaux vêtements de son fils aux enfants trempés d’une laitière. Le week-end, le garçon voit son père, plus calme. Il cache soigneusement ses véritables sentiments à ses parents divorcés. Il ne veut pas blesser sa mère en allant se promener au parc avec son père.
L’histoire «Un intellectuel assis sur la route» se déroule à la Maison de la Créativité des écrivains Maleevka. La communauté littéraire discute avec enthousiasme d’un homme qui circule à vélo dans les ruelles, le manteau ouvert. Anna, correctrice d’épreuves, rencontre cet étrange individu par hasard. Avec ironie, elle l’interroge sur des ouvrages du philosophe Bakhtine, du poète Goumilev et de l’écrivaine Tcharskaïa. Paniqué, l’homme s’enfuit derrière un lilas. Anna repense alors à son ancien compagnon, Kosya, qui travaillait comme fabricant de matza à Tallinn.
Chroniques familiales et mémoire historique
Le recueil s’achève sur des récits d’enracinement et de mémoire ancestrale. Dans « Les pommes du jardin de Schlitzbüter », l’écrivaine apporte un manuscrit à la rédaction d’une revue juive moscovite. Elle y rencontre un vieux littéraire nommé Grisha, qui lui offre des sandwichs et des pommes d’or. Une coïncidence troublante se produit : Grisha vivait à Zolotonosha, en Ukraine, tout près de l’arrière-grand-père de l’héroïne, David Joukovski. Dans sa jeunesse, Grisha était amoureux de sa tante Frida. L’écrivaine annonce la terrible nouvelle au vieil homme : Frida a été pendue par les Allemands pendant l’occupation. Grisha pleure amèrement sa jeunesse perdue.
La nouvelle «La Gitane» raconte l’histoire de l’arrière-arrière-grand-mère de l’auteure. Son arrière-arrière-grand-père avait ramené de la foire de Zhovnino une authentique gitane nomade. Pendant des années, sa famille eut honte de ce mariage. La gitane eut des enfants, mais chaque printemps, elle se retirait dans un camp. Avant d’être exécutée pendant l’occupation allemande, la vieille femme maudit ses bourreaux d’un hurlement terrifiant. Le lendemain, tous les bourreaux périrent dans une explosion accidentelle au bureau du commandant. La narratrice croit au pouvoir mystique du sang gitan. L’ombre menaçante de l’arrière-arrière-grand-mère punit invisiblement tous ceux qui ont fait du tort à l’écrivaine.
La dernière nouvelle, « Le Meurtrier », révèle le secret de tante Berta Koganovskaya de Zolotonosha. Dans sa jeunesse, Berta tomba enceinte de son cousin. Celui-ci lui conseilla de consulter un médecin. Offensée, la jeune fille tendit un piège à son amant avec un bocal d’acide sulfurique et l’aspergea au visage. Son frère mourut d’une crise cardiaque dans une rue pavée. Un jury acquitta Berta, enceinte, grâce à la noble intervention des frères de la victime. Des années plus tard, la jeune femme épousa l’ingénieur Misha Leshchinsky, survécut à la guerre à Chirchik, devint directrice d’une cafétéria et amassa une fortune considérable. Elle vécut jusqu’à quatre-vingt-dix ans à Tachkent. Berta conserva jusqu’à la fin sa lucidité, sa loyauté au parti et son sang-froid calculateur.
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