Résumé de « Ruelles obscures » d’Ivan Bounine
Ce recueil (un cycle de nouvelles unies par un thème commun) a été créé entre 1937 et 1945, les deux derniers textes ayant été écrits en 1946 et 1949. Ce livre constitue un catalogue direct de la vie prérévolutionnaire disparue et saisit méticuleusement les mécanismes de la passion humaine à travers des dizaines de rencontres amoureuses disparates.
Réunions de famille et idylles sur la route
La nouvelle éponyme, «Ruelles obscures», donne le ton à l’ensemble du récit. Un militaire âgé, Nikolaï Alekseïevitch, s’arrête à un bureau de poste à Toula. L’hôtesse se révèle être Nadejda, la femme qu’il a quittée trente ans plus tôt. Elle lui confie qu’elle éprouve toujours des sentiments pour lui et qu’elle ne lui a jamais pardonné sa trahison. Le soldat s’en va, songeant à sa vie de famille malheureuse.
Dans la nouvelle « Caucase », des amants s’enfuient secrètement sur la côte sud, se cachant du mari de l’héroïne. Trompé, ce dernier les recherche à Gelendzhik, Gagra et Sotchi. Ne parvenant pas à retrouver sa femme, il boit du champagne dans un hôtel et se suicide avec deux balles de revolver.
Le texte de la «Ballade» décrit une nuit d’hiver dans un village. Le vagabond Mashenka récite des psaumes et évoque la légende du loup divin. Cette bête mystique tua un prince féroce qui poursuivait son fils et sa jeune belle-fille.
Dans la nouvelle «Styopa», le jeune marchand Krasilshchikov attend la fin d’un orage dans une auberge. Il séduit Styopa, la fille de quinze ans de l’aubergiste. La jeune fille le supplie de l’épouser. Krasilshchikov promet de revenir bientôt, mais part pour Kislovodsk.
Muza Graf, étudiant au conservatoire et personnage du roman « La Muse », rend visite à l’artiste en herbe dans sa chambre d’hôtel. Ils vivent ensemble dans une datcha près de Moscou. Un hiver, Muza quitte brusquement l’artiste pour aller vivre avec son voisin peu séduisant, Zavistovsky. L’artiste souffre énormément de cette rupture.
Dans « Late Hour », le narrateur parcourt sa ville natale endormie, la nuit. Il visite le vieux pont de pierre, l’école et la rue où vivait son premier amour. Il arrive au cimetière et découvre sa tombe surmontée d’une étoile verte.
Drames urbains et destins d’émigrants
La nouvelle « Rusya » décrit un arrêt de train dans une gare de nuit près de Podolsk. Le protagoniste se remémore sa liaison passée avec une jeune fille nommée Maroussia. Ils se voyaient en secret et allaient faire du bateau. La mère de Maroussia, atteinte de mélancolie, lui tira une balle dans la tête et le chassa à jamais.
Dans la nouvelle «La Belle», un fonctionnaire veuf âgé épouse une jeune femme. Sa nouvelle épouse déteste le fils de son mari, âgé de sept ans. Le garçon est contraint de dormir à même le sol du salon, vivant dans une solitude absolue.
La nouvelle «Le Petit Fou» raconte l’histoire du fils d’un diacre. Le séminariste a une liaison avec une cuisinière, qui donne naissance à un garçon difforme. Une fois ses études terminées, le héros exige que la femme et l’enfant soient chassés. La cuisinière part alors mendier.
L’étudiant d’«Antigone» vient rendre visite à un général paralysé. Il s’éprend de la belle nourrice, Katerina Nikolaevna. Après une brève rencontre, la nourrice quitte précipitamment la maison en apprenant que la vieille fille a remarqué des chaussures d’homme près de son lit.
Dans la nouvelle «L’Invitée», le sinistre Adam Adamych fait irruption dans la maison et enlève de force la cuisinière, Sasha. Elle pleure, mais la nuit, elle espère son retour.
Les courtes esquisses du cycle complètent le tableau d’ensemble. L’esquisse « Émeraude » saisit un baiser fugace échangé avec une jeune fille sur le rebord d’une fenêtre, sur fond de ciel nocturne. L’esquisse « Loups » montre une jeune fille et un écolier dans une charrette : les chevaux, effrayés par les prédateurs, tombent et se blessent à la lèvre, une cicatrice qui la marquera à vie.
La pièce « Cartes de visite » met en scène un écrivain célèbre. Sur le bateau à vapeur « Goncharov » naviguant sur la Volga, il rencontre une femme mariée et pauvre. L’écrivain profite de sa naïveté et ils passent la nuit ensemble. Au matin, la femme s’enfuit vers le quai.
Dans la nouvelle « Zoïka et Valérie », le docteur Levitsky rend visite aux Danilevsky. Il est tourmenté par son amour pour Valérie, qui préfère le docteur Titov. Le jeune Zoïka, quant à lui, traque secrètement Levitsky. Apprenant le refus définitif de Valérie, le héros se jette à vélo sous un train express.
Le texte « Tanya » décrit la relation entre un maître et une jeune servante. Le héros passe des nuits avec elle, promet de revenir au printemps, mais part pour toujours. Tanya reste dans le village plongé dans l’hiver, souffrant de la séparation.
L’histoire « À Paris » se déroule en France. Nikolaï Platonovitch, ancien général de l’Armée blanche, rencontre Olga Alexandrovna dans une cantine russe. Ils se lient d’amitié et emménagent ensemble. Le troisième jour de Pâques, il meurt subitement dans une rame de métro.
Dans «Gala Hanska», l’artiste évoque le printemps d’Odessa. La jeune Galya se livre à lui dans son atelier. L’artiste refuse d’annuler leur voyage en Italie, après quoi la jeune fille s’empoisonne.
L’intrigue d’«Heinrich» se déroule dans un train international. Glebov voyage en Europe avec sa compagne, Elena Genrikhovna. Ils boivent du vin et profitent de moments d’intimité. Peu après leur séparation, Glebov apprend dans un journal qu’un écrivain autrichien a assassiné Elena dans un restaurant viennois.
L’œuvre « Natalie » s’étend sur plusieurs années. L’étudiant Meshchersky aime la pure Natalie Stankevich, mais se laisse séduire par sa cousine Sonia. Natalie les surprend ensemble. Trois ans plus tard, Meshchersky rend visite à Natalie, devenue veuve. Le héros lui confie : « Cette nuit terrible, sous les éclairs, je n’aimais que toi. » Peu après, Natalie meurt en couches prématurément.
Souvenirs de passions fatales
La nouvelle « Dans une rue familière » évoque le souvenir d’une brève liaison avec une étudiante dans un Moscou enneigé. Le sketch « Le Commencement » raconte l’histoire d’un lycéen de douze ans qui, apercevant une femme endormie dans un train, éprouve pour la première fois le désir charnel.
Dans « L’Auberge de la Rivière », un médecin militaire remarque une belle jeune fille dans la rue. Elle entre dans une église et prie avec ferveur. Le soir même, le médecin la revoit dans une taverne miteuse en compagnie d’un joueur ivre. Le héros l’emmène de force ; elle pleure et s’enfonce seule dans l’obscurité.
Le texte «Kuma» décrit une relation intime soudaine entre un invité et son hôtesse, alors que le mari de celle-ci est au bureau.
Dans la nouvelle «Les Chênes», Lavr, le chef du village, part pour la ville. Sa jeune épouse, Anfisa, appelle le maître pour qu’il vienne la rejoindre. Lavr revient d’une tempête de neige et les trouve seuls. Cette nuit-là, le chef du village tue sa femme avec une ceinture verte et est condamné aux travaux forcés.
Dans le texte « Mademoiselle Klara », le Géorgien Meladze rencontre une brune séduisante dans un restaurant de Saint-Pétersbourg. Ils se rendent chez elle. Une dispute éclate, la femme le frappe, et il la frappe à la tête avec une bouteille. Meladze vole le corps de la femme et s’enfuit.
Dans la nouvelle « Madrid », un homme emmène la jeune Polya du boulevard Tverskoï à une chambre d’hôtel. La jeune fille raconte naïvement sa vie avec deux prostituées. L’homme lui offre des pommes et lui promet de lui trouver un emploi. « La Seconde Cafetière » décrit la matinée d’un artiste et de son modèle, Katya. La jeune fille prépare le café et se remémore sa vie difficile avant de le rencontrer.
Le récit «Laine de fer» est raconté du point de vue d’un vagabond. Dans sa jeunesse, sa jeune épouse refuse de partager leur nuit de noces, invoquant un vœu. Le héros la prend de force. L’épouse s’enfuit dans la forêt et se pend. Le vagabond découvre son corps, près duquel se trouve un ours sauvage.
L’héroïne du texte « Automne froid » se souvient de ses adieux à son fiancé en juin 1914. Le fiancé lui demande : « Si je meurs, te souviendras-tu de moi aussitôt ? » Un mois plus tard, il meurt en Galicie. La femme erre alors à travers l’Europe. Elle réalise que cette soirée d’automne demeure le seul véritable événement de sa vie.
Dans la nouvelle «Le paquebot Saratov», un officier rend visite à sa maîtresse. Elle annonce son retour chez son ancien protecteur. L’officier dégaine son Browning et la tue. Quelque temps plus tard, il se retrouve bagnard sur un navire dans l’océan Indien.
Le texte « Le Corbeau » met en scène un fonctionnaire taciturne. Une jeune fille blonde, Elena Nikolaïevna, arrive chez lui. Le fils du fonctionnaire tombe amoureux d’elle, mais son père met fin à leur idylle. Il envoie son fils à la campagne et épouse lui-même Elena Nikolaïevna.
Des motifs exotiques imprègnent les nouvelles « Camargue » et « Cent roupies ». La première décrit un bref épisode dans un wagon de train, où le voisin du narrateur contemple avec tristesse la beauté sauvage d’une jeune gitane espagnole. La seconde met en scène une belle et silencieuse Asiatique sur une île tropicale, à qui un Malais propose respectueusement un prix pour une nuit en sa compagnie.
Dans la nouvelle « Vengeance », une femme se confie à un artiste sur une plage rocheuse. À Monte-Carlo, elle a eu une liaison avec un escroc, a dilapidé son argent et a été abandonnée par lui dans un casino. L’artiste la rassure en lui proposant de partir ensemble à Paris.
La scène « Balançoire » dépeint une soirée d’été où les personnages se balancent, s’embrassent et acceptent avec joie l’inévitabilité de leur séparation imminente. Le texte « Chapelle » attire notre attention sur les enfants d’un vieux domaine : ils scrutent une crypte obscure où repose la dépouille d’un jeune homme qui s’est suicidé par amour.
La nouvelle « Lundi pur » décrit la relation d’un couple aisé à Moscou. L’héroïne fréquente restaurants, théâtres et cours, mais aspire secrètement à la sainteté de la Russie d’antan. Elle déclare : « Non, je ne suis pas faite pour être une épouse. » Le Lundi pur, elle se donne au héros, et le lendemain, elle part pour un couvent pour toujours. Deux ans plus tard, le héros la retrouve parmi les sœurs du couvent de Marthe et Marie.
Dans le texte « Printemps en Judée », un voyageur se rend au campement du cheikh Hadès. Il achète du fromage de chèvre à la nièce du cheikh et couche avec elle. Au moment où le héros s’en va, Hadès lui tire deux balles et le blesse à la jambe, le laissant infirme.
La dernière nouvelle, « Halte nocturne », se déroule en Espagne. Un grand Marocain séjourne dans une auberge. La nuit venue, il entre dans la chambre d’une adolescente et tente de lui acheter des baisers avec de l’or. La jeune fille résiste et crie à l’aide : « Nègre ! » Un énorme chien noir fait irruption dans la chambre et égorge le Marocain.
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