« Mémoires de l’ancien secrétaire de Staline » de Boris Bazhanov, résumé
Ce livre est un témoignage direct et documentaire, détaillant les rouages cachés du pouvoir soviétique. Le texte a été publié pour la première fois en 1930. L’auteur a été assistant du secrétaire général du Parti et secrétaire technique du Politburo de 1923 à 1925. Bazhanov y relate les intrigues en coulisses, les méthodes de gouvernement du pays et les traits de caractère des dirigeants soviétiques qu’il côtoyait au quotidien.
Le chemin vers l’appareil du parti
Boris Bazhanov est né en 1900 en Ukraine. Jeune homme, il fut témoin du chaos révolutionnaire. Lors d’une manifestation étudiante à Kyiv, la police ouvrit le feu et Bazhanov fut blessé à la mâchoire par balle. En 1919, il adhéra au Parti communiste. Il croyait en la construction d’une société socialiste juste. Le jeune homme travailla dans les bureaux locaux du parti, où il entra rapidement en conflit avec la Tchéka locale, s’opposant à des exécutions arbitraires.
En 1920, Bazhanov arriva à Moscou pour étudier à l’École supérieure technique. Le pays était ravagé par la famine et la ruine économique. Pour survivre et obtenir des rations, l’étudiant accepta un emploi au Comité central du Parti.
En 1922, le jeune homme intégra le Bureau d’organisation du Comité central. Constatant l’obsolescence de la charte du parti, Bazhanov, alors âgé de vingt-deux ans, en rédigea une nouvelle. Ce document fut vivement salué par Lazar Kaganovitch, Viatcheslav Molotov et Joseph Staline. Son auteur devint secrétaire de diverses commissions du Comité central. Il modernisa la documentation, créa le «Manuel du militant du parti» et formula rapidement les décisions nécessaires. Molotov le nomma secrétaire du Bureau d’organisation. Bazhanov fut témoin de la manière dont l’appareil du parti s’emparait systématiquement du pouvoir d’État.
Secrétaire du Politburo
En août 1923, Staline nomma Bazhanov assistant et secrétaire du Politburo. À ce poste, il préparait l’ordre du jour des réunions de la plus haute instance dirigeante. Il découvrit ainsi le principal secret du gouvernement du pays. Officiellement, les décisions étaient prises par le Politburo. En réalité, toutes les questions politiques étaient décidées à l’avance par la «troïka» : Grigori Zinoviev, Lev Kamenev et Joseph Staline. Ils se réunissaient en petit comité et répartissaient les rôles pour les réunions à venir.
Bazhanov eut accès à tous les secrets d’État. Il réorganisa le secrétariat du Politburo et instaura une comptabilité rigoureuse des documents. Les documents secrets étaient remis aux membres du Comité central par un corps de courriers spécial du GPU. Bazhanov travailla aux côtés d’autres conseillers de Staline : Lev Mekhlis, Grigory Kanner et Ivan Tovstukha.
Un jour, l’auteur entra sans prévenir dans le bureau de Staline. Il découvrit que le secrétaire général écoutait les conversations téléphoniques des membres du gouvernement grâce à un dispositif secret. Ce dispositif avait été installé par un communiste tchécoslovaque. Une fois les travaux terminés, Kanner ordonna au GPU d’exécuter le technicien sous le prétexte fallacieux d’espionnage. Staline connaissait tous les plans secrets de ses rivaux.
Mécanismes de suppression
Le livre décrit en détail les intrigues politiques. Après la maladie de Vladimir Lénine, la « troïka » entreprit d’évincer Léon Trotsky. En 1923, le Politburo anticipa une révolution en Allemagne. Les bolcheviks y envoyèrent des millions de dollars et des agents expérimentés. Le coup d’État échoua. La « troïka » imputa cet échec à Trotsky et le démit de son commandement de l’Armée rouge.
L’élite du parti a lancé un débat sur la démocratie interne. L’opposition gagnait en popularité au sein des cellules de base. Puis, Amayak Nazaretyan, conseiller de Staline, a commencé à falsifier les résultats des élections dans le journal Pravda. L’appareil a réprimé toute voix dissidente.
En janvier 1924, Lénine décède. Nadejda Kroupskaïa soumet le «testament» de Lénine au Comité central. Lénine préconisait la destitution de Staline de son poste de secrétaire général. Le document est lu lors d’une session plénière extraordinaire en mai 1924. Zinoviev et Kamenev sauvent Staline. Ils persuadent la session de le maintenir en fonction, commettant ainsi une erreur fatale.
Tovstukha rassembla dans les archives des preuves compromettantes contre tous les communistes importants. Lors des congrès du parti, il examina les bulletins de vote avec un expert en écriture. Staline dressa des listes de délégués ayant rayé son nom. Des années plus tard, ces personnes furent éliminées.
Intrigues et meurtres secrets
L’auteur décrit les activités secrètes du parti. Durant la guerre civile, le Politburo créa un fonds secret de diamants. Les bijoux furent conservés par la veuve de Yakov Sverdlov en prévision de la chute du pouvoir soviétique.
Le vice-président de Trotsky, Efraim Sklyansky, s’est noyé aux États-Unis dans des circonstances étranges. Bazhanov est convaincu que Kanner a orchestré cet assassinat sur ordre de Staline. Mikhaïl Frounzé est décédé plus tard sur la table d’opération. Les médecins lui ont administré une anesthésie qu’il n’a pas supportée. Frounzé a été remplacé par le docile Kliment Vorochilov.
Visages de l’élite bolchevique
Bazhanov brosse des portraits précis des dirigeants du pays. Trotsky est décrit comme un orateur brillant et un homme courageux. Parallèlement, il était un fanatique obstiné et politiquement naïf. Trotsky a perçu trop tard le danger que représentait Staline. Zinoviev est dépeint comme un intrigant lâche. Kamenev apparaît comme un administrateur habile, mais sans ambition politique. Nikolaï Boukharine était un publiciste talentueux, mais un piètre stratège.
Staline est décrit comme un homme cruel, vindicatif et totalement amoral. Il possédait un bon sens inné et une ruse féroce. Staline méprisait la théorie marxiste. Sa seule obsession était le pouvoir absolu. Il tyrannisa sa femme, Nadejda Allilouïeva, et haïssait son fils aîné, Yakov. L’auteur considère Staline comme un antisémite dissimulé. Le secrétaire général écarta délibérément les Juifs des instances dirigeantes du parti, exploitant le mécontentement au sein des échelons inférieurs.
Bazhanov dénonce la supercherie des institutions soviétiques. Le GPU, sous la direction de Genrikh Yagoda, était devenu une machine de terreur absolue. Les Tchékistes recrutaient des informateurs par le chantage et la menace de famine. Felix Dzerjinski servait de façade idéologique. Le véritable travail était accompli par une bande de bourreaux sans scrupules.
L’évolution et l’évasion de l’auteur
En observant les dirigeants, Bazhanov devint un anticommuniste convaincu. Il comprit que la révolution n’était pas menée pour le bien du peuple. Le communisme s’avéra être un système brutal, destructeur pour l’humanité. Les dirigeants instrumentalisèrent l’idéologie pour s’emparer du pouvoir. L’appareil d’État tout entier reposait sur le mensonge constant et la violence pure et simple.
Bazhanov décida de fuir le pays. Il ne pouvait partir légalement. Staline rejeta ses demandes de missions à l’étranger. Le secrétaire du Politburo en savait trop. En 1926, l’auteur fut discrètement muté au Commissariat du peuple aux Finances. Il y organisa des cours de finance par correspondance, récoltant ainsi l’argent nécessaire à son futur voyage.
À l’automne 1927, Bazhanov obtint sa mutation en Asie centrale. Il arriva à Achgabat, suivi par l’agent du GPU, Arkady Maksimov. Bazhanov emmena l’espion lors d’une partie de chasse dans la zone frontalière. Le 1er janvier 1928, le poste avancé soviétique célébrait le Nouvel An. Profitant de l’ivresse des gardes-frontières, Bazhanov franchit la frontière perse. Effrayé, Maksimov fut contraint de le suivre.
À travers la Perse jusqu’en Europe
En Perse, les fugitifs traversèrent des montagnes enneigées et atteignirent la ville de Mashhad. Le GPU organisa aussitôt une chasse à l’homme. Le tchékiste Gueorgui Agabek planifia l’assassinat de Bazhanov. Parallèlement, Moscou exigea l’extradition officielle du transfuge, promettant à la Perse des concessions économiques dans les différends relatifs au pétrole et à la pêche.
Bazhanov apprit l’extradition imminente. Il rencontra le commandant militaire perse et lui transmit de précieuses informations. Le ministre de la cour perse, Teymourtash, se révéla être un agent rémunéré des services de renseignement soviétiques. Le Shah vérifia ces informations et fit traduire le ministre en cour martiale. Après cela, Bazhanov put se rendre sans encombre à la frontière avec l’Inde britannique.
Des passeurs engagés l’aidèrent à traverser le désert du Baloutchistan. En Inde, l’auteur rencontra les autorités britanniques. Il remit à la ministre de l’Intérieur, Simone O’Hara, une copie d’une ancienne décision du Politburo. Ce document prouvait que Moscou avait manipulé de façon flagrante les socialistes britanniques dans le cadre de la fictive concession de Lena Goldfields. Ce document contraignit l’homme politique britannique Ramsay MacDonald à reconsidérer sa position sur l’URSS.
À l’automne 1928, Bazhanov arriva en France. Il commença à publier des articles dans la presse des émigrés. Il collabora avec les services de renseignement britanniques, révélant l’existence de faux protocoles du Politburo vendus par des agents du GPU.
Durant la guerre soviéto-finlandaise de l’hiver 1939-1940, Bazhanov se rendit à Helsinki. Carl Gustaf Mannerheim l’autorisa à former une Armée populaire russe à partir de soldats de l’Armée rouge capturés. Ces soldats se portèrent volontaires pour combattre les bolcheviks. La signature rapide d’un traité de paix mit fin à cette opération militaire.
Durant l’été 1941, Bazhanov fut convoqué à Berlin à l’improviste. Alfred Rosenberg étudiait la possibilité de faire appel à l’auteur dans la guerre imminente. Bazhanov expliqua aux autorités allemandes l’inévitabilité de leur défaite. Il déclara sans ambages qu’une guerre contre le peuple russe serait désastreuse pour l’Allemagne. Renonçant à sa collaboration avec les nazis, l’ancien secrétaire de Staline retourna à Paris, se retirant définitivement de la vie politique et se consacrant à la science.
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