"Kalina Krasnaya" de Vasily Shukshin (résumé)
Le roman court et tragique de Vassili Choukchine a été écrit en 1973. Il en a rédigé le texte pendant son hospitalisation, puis a réalisé et interprété le rôle principal dans le film du même nom. L’œuvre est devenue une sorte de synthèse de la vie de l’auteur : six mois après sa sortie, Choukchine est décédé.
L’adaptation cinématographique de l’œuvre fut un succès retentissant. En 1974, 62 millions de spectateurs soviétiques virent le film, ce qui en fit le plus gros succès du box-office. Le film remporta le Grand Prix du Festival pan-soviétique de Bakou et le Prix Sirène de Varsovie, décerné par les critiques de cinéma polonais. Il fut ensuite primé au Festival de Berlin.
La libération et les premiers jours de liberté
Yegor Prokudin, un récidiviste de quarante ans surnommé «Gore», est libéré. Lors de son entretien d’adieu avec le directeur de la prison, il confie son rêve de devenir agriculteur et de posséder une vache. Il montre la photo d’une inconnue : Liuba Baïkalova, une étudiante par correspondance avec laquelle il avait entretenu une correspondance durant son incarcération. Yegor reprend la route, ravi du printemps et de sa liberté. En chemin, il prend un taxi, achète un magnétophone à transistors au chauffeur pour trois cents roubles et récite avec enthousiasme des poèmes sur la chasse au loup, s’identifiant à la bête traquée. Prokudin demande au chauffeur de s’arrêter dans un bosquet de bouleaux, caresse les troncs blancs et les appelle ses épouses, anticipant une nouvelle vie.
Retour au passé
Arrivé au chef-lieu de la région, Yegor se rend dans un repaire de voleurs. Ses anciens complices, menés par Guboshlep, s’y sont réunis. Lucienne, une vieille connaissance de Yegor, une femme charmante aux pommettes hautes, est également présente. La tension est palpable dans la pièce aux murs tapissés de papier peint bleu : les bandits attendent un coup de fil confirmant le succès d’un braquage de kiosque. Yegor s’amuse, boit du champagne et danse avec Lucienne. Soudain, le téléphone sonne : l’opération a échoué, les complices ont été appréhendés. Guboshlep ordonne à tous de se disperser immédiatement.
Le groupe tente de s’échapper par les cours, mais tombe sur une descente de police. Lipslip dégaine son revolver, mais Yegor l’en empêche, ne voulant pas verser le sang. Muni d’un certificat de libération tout neuf, Prokudin décide de détourner l’attention de la patrouille. Il s’enfuit, les attirant dans ses filets, brandissant son arme par-dessus les clôtures, et se cache dans un vieux cimetière. Après s’être dissimulé parmi les tombes de marchands de la première guilde, il tente en vain de trouver refuge chez des amis à la périphérie de la ville. Furieux de l’accueil glacial et des insultes, Yegor décide de contacter son étudiante par correspondance, Lyuba.
Faites la connaissance de la famille Baikalov
Lyuba rencontre Yegor au village de Yasnoye. Ils se rendent au salon de thé local. Elle observe son invité avec intérêt et une pointe de moquerie. Prokudin ment d’abord, prétendant être un humble comptable condamné pour détournement de fonds. Cependant, Lyuba a découvert la vérité grâce aux lettres du geôlier. Démasqué, Yegor avoue être un voleur professionnel. Sans se laisser décourager, Lyuba le conduit à sa spacieuse maison sur les hauteurs de la rivière.
Les parents de Liuba, de rudes paysans, accueillent le visiteur avec méfiance. Le vieil homme interroge Egor, le soupçonnant d’être un meurtrier ou un voleur. Prokoudine réplique effrontément : «Voyez comme nous nous sommes bien intégrés!» Il déconcerte le vieil homme en l’accusant de ne pas participer au mouvement stakhanoviste. Peu après, Piotr, le frère silencieux et sévère de Liuba, arrive en camion-benne. Zoya, la femme de Piotr, panique à la vue du criminel. Lors d’une sortie aux bains publics, Egor ébouillante accidentellement Piotr avec de l’eau bouillante. Un cri retentit, les voisins accourent, mais l’incident est étouffé. Le soir même, les proches du village se réunissent autour de la table. Les anciens débattent avec véhémence de l’expropriation des koulaks dans les années 1930, tandis que Liuba montre à Egor un album photo de famille et lui parle de ses frères morts à la guerre.
Cette nuit-là, Yegor ne parvient pas à dormir. Le silence pesant le contraint à se glisser dans la chambre de Lyuba, mais il est sèchement repoussé. Offensé, le récidiviste retourne derrière son rideau coloré et cite à haute voix des aphorismes du philosophe allemand Lichtenberg, effrayant les vieillards.
Festivités urbaines
Le matin, Yegor annonce qu’il va en ville acheter des vêtements. Liuba le congédie avec une tristesse contenue. Prokudin promet de ne pas mentir : lui-même ignore s’il reviendra un jour. Arrivé au centre du quartier, Yegor s’habille avec élégance et s’achète un costume, un chapeau et une cravate neufs. À la poste, il envoie un mandat d’un montant important à Guboshlep, tout en essayant de flirter avec la standardiste. L’argent lui brûle les doigts et il aspire à une fête immédiate.
Au restaurant, Yegor donne un généreux pourboire au serveur, Mikhaïlytch, et lui demande d’organiser un festin pour des inconnus. Le soir même, il appelle Liouba, prétextant un imprévu au bureau de recrutement militaire. Puis, vêtu d’une vieille robe de théâtre, il sort à la rencontre de ses invités. Mais l’assemblée se révèle morose et maussade. Yegor tente de les remonter le moral avec du champagne, en débitant des discours hésitants sur le printemps, l’amour et la fugacité de la vie. Il les oblige à chanter « Les Cloches du Soir », les prenant pour les cloches qui sonnent. La chorale peine et la musique devient constamment incohérente. Frustré, Yegor abandonne son idée, ordonne à Mikhaïlytch de distribuer l’argent à tous et rentre au village en taxi le soir même.
La vie à Yasny et un voyage à Sosnovka
Arrivé au milieu de la nuit, Yegor réveille Pyotr. Les deux hommes s’enferment dans un bain public noir au clair de lune, sirotant un cognac français de grande valeur et chantant des chants de prisonniers. Le lendemain matin, Yegor accompagne Liuba à la ferme. Il se souvient de son enfance difficile au village et de leur vache, Manya, dont le ventre avait été transpercé par une fourche. À la ferme, le couple rencontre le directeur de la ferme d’État, qui propose à Yegor un emploi de chauffeur. Prokudin accepte, mais se désillusionne rapidement : la vue de son patron satisfait et l’obligation de le servir l’irritent. Il laisse la voiture au club du village et traverse la forêt de bouleaux, admirant les troncs blancs et le feuillage printanier. En contemplant les arbres, il murmure tendrement : « Oh, mes chers !… Et ils restent là : courbés au bord, immobiles. »
Chez lui, Yegor demande à Lyuba de l’accompagner au village de Sosnovka dans le camion-benne de Pyotr. Il invente une histoire : Lyuba doit se faire passer pour une assistante sociale et interroger une vieille femme du village, Kudelikh, sur sa vie. À leur arrivée, Lyuba apprend que la grand-mère a eu six enfants. Trois vivent en ville, et elle est sans nouvelles de deux de ses fils depuis la famine. Pendant tout ce temps, Yegor reste assis près de la porte, lunettes noires sur le nez, pétrifié et silencieux.
En sortant, Yegor, désespéré, appuie sa tête contre l’encadrement froid de la porte. S’éloignant du village, il arrête la voiture et s’effondre la tête la première sur le volant. Prokudin avoue à Lyuba que la solitaire Kudelikha est sa mère biologique. Il lui demande d’aller voir la vieille femme le lendemain et de lui donner l’argent, car lui-même est incapable d’affronter sa mère, tant la honte l’accable.
Les ombres du passé
De retour à Yasnoye, elle découvre que Kolya, l’ex-mari de Lyuba, un ivrogne invétéré, lui a rendu visite. Sans hésiter, Yegor le jette du haut du porche et le plaque au sol. Kolya tente de poignarder Prokudin avec un pieu brisé, mais recule devant le calme glacial et le regard cruel du récidiviste.
Bientôt, un invité inattendu arrive chez les Baïkalov : Choura, un jeune homme de la bande de Gouboshlep. Il leur a rendu l’argent que Yegor leur avait envoyé par la poste. Prokoudine roue de coups le messager et lui ordonne de dire à Gouboshlep qu’il est définitivement hors jeu et qu’il ne leur doit plus rien. Liouba, qui surprend la conversation dans le couloir, est horrifiée. Elle supplie Yegor de partir, craignant la vengeance imminente des bandits. Prokoudine jure sur tout ce qui lui est cher que tout ira bien et la rassure avec une chanson touchante sur le viburnum rouge.
Tragédie au bosquet de bouleaux
Yegor commence à travailler comme conducteur de tracteur. Il trace son premier sillon et ressent une incroyable paix intérieure, empreinte de la douceur du labour printanier et de l’odeur de la terre fraîche. Il projette de passer une longue vie comme agriculteur, admire les bouleaux qui bordent le champ et envisage l’avenir avec confiance.
Au moment des semailles, une voiture s’arrête au bord du champ. À l’intérieur se trouvent Guboshlep, Buldya, Lucien et un autre bandit. Descendant du tracteur, Yegor s’avance vers eux à pied, traversant la terre meuble. Guboshlep le nargue d’une démarche lourde et laborieuse. Lucien supplie Yegor de rester tranquille, de le laisser vivre en paix et cultiver la terre, mais le chef des bandits reste sourd à ses supplications. Il ne peut pardonner cette trahison du vieux code des voleurs.
Petro, informé par sa sœur de la présence de visiteurs suspects, fonce avec le camion-benne vers le champ. Lyuba saute de la cabine et court vers le bosquet de bouleaux. Elle aperçoit Yegor, blessé, se tenant le ventre. Lipslip l’a mortellement touché d’une balle. Les troncs blancs des bouleaux sont maculés de sang. Petro transporte avec précaution le lourd Yegor dans le camion. En route pour l’hôpital, Prokudin demande au chauffeur de s’arrêter. Il s’allonge sur le dos, demande de l’argent pour sa mère, verse sa dernière larme dans l’herbe et meurt.
Lyuba s’effondre dans les bras de son amant et hurle de douleur. Fou de rage, Petro essuie ses larmes avec la manche de son sweat-shirt, monte dans le camion-benne et emprunte un vieux chemin forestier pour intercepter les bandits en fuite. Il dépasse la voiture des tueurs sur une voie étroite. Le puissant camion percute la voiture de plein fouet, la renversant violemment.
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