« Mes enfants » de Guzel Yakhina, résumé
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Ce roman historique poignant, paru en 2018, plonge le lecteur dans le quotidien isolé des Allemands de la Volga au début de l’ère soviétique. Le destin de tout un peuple se dévoile à travers la tragédie d’une institutrice solitaire, dont les contes imaginaires prennent vie de façon quasi mystique sur fond d’événements historiques dévastateurs. L’ouvrage a remporté le prestigieux Big Book Award en 2019. L’auteure s’est ensuite vu décerner le prix international Georg Dehio pour son portrait authentique du sort de cette minorité allemande.
La vie à Gnadenthal
Jacob Ivanovitch Bach travaille comme instituteur dans la prospère colonie allemande de Gnadenthal. Il apprend à lire et à écrire aux enfants de paysans, sonne la cloche de l’école et évite les rassemblements bruyants. La routine quotidienne austère de cet instituteur est égayée par une étrange passion pour les orages. Bach s’aventure dans la steppe pour affronter la tempête, exposant son corps frêle à la pluie battante et aux grondements du tonnerre.
Un jour, le rythme habituel est bouleversé. Bach reçoit une lettre d’un riche fermier, Udo Grimm, qui vit sur la rive droite inaccessible de la Volga. Un Kirghize taciturne nommé Kaisar fait traverser le fleuve au professeur. Grimm engage son hôte pour enseigner l’allemand littéraire à sa fille Clara, âgée de dix-sept ans. Son père projette de s’installer en Allemagne et de la marier à un homme d’affaires prospère. L’enseignement se déroule dans des circonstances étranges. Clara est assise derrière un épais paravent, préservant ainsi sa virginité.
Le maître et l’élève communiquent à travers un rideau. Bach lit des poèmes de Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich Schiller, et Clara glisse des mots timides dans les marges des livres. Bach tombe amoureux de la voix pure de la jeune fille. À l’automne, Grimm fait ses bagages et quitte la ferme pour rejoindre la terre de ses ancêtres. Clara s’échappe du train. Par une nuit glaciale, elle retourne à Gnadenthal auprès de Bach. Le pasteur Handel et les colons superstitieux condamnent cette union illicite.
Ermites de la rive droite
Rejetés par la société, les amants fuient à travers la Volga gelée jusqu’à la ferme abandonnée des Grimm pour se cacher des hommes. Bach apprend les travaux agricoles : couper du bois, pêcher et cultiver un vaste verger de pommiers. Dans cet isolement, le monde extérieur est secoué par des catastrophes. Au-delà de la Volga, la guerre civile fait rage, marquée par des détachements de ravitaillement sanglants et des massacres. Une terrible famine s’ensuit. Bach assiste impuissant à ces tragédies du haut d’une falaise.
Bientôt, le drame frappe la demeure des ermites. Trois bandits brutaux s’y introduisent, pillent leurs provisions et violent Clara. Après cette terrible matinée d’avril, Bach perd la parole. L’horreur et la culpabilité le paralysent. Clara accepte le drame avec un calme stoïque. Elle porte l’enfant et donne naissance à une fille, Anche, en hiver. Clara meurt en couches. Accablé de chagrin, Bach cache le corps de sa bien-aimée dans un glacier.
Bach, solitaire, élève Anche. La jeune fille devient le sens de sa vie qui s’éteint.
Un jour, Vaska, un jeune Kirghize sans-abri au passé trouble, arrive à la ferme. Ce jeune vagabond jure et vole de la nourriture, mais il est vif d’esprit et tenace. Vaska reste avec eux. Il apprend le russe à Ancha, muette de naissance. Bakh est contraint d’accepter la présence de cet étranger pour le bien de sa fille.
Contes de fées et réalité
Les réserves de lait des vaches de la ferme s’épuisent. Bach se faufile à Gnadental et trait les chèvres d’autrui. Les villageois surprennent le voleur et l’amènent devant Hoffmann, le nouveau chef du parti de la colonie. C’est un bossu difforme au visage d’ange, fanatiquement dévoué aux idées communistes. Hoffmann reconnaît l’ancien instituteur. Le responsable du parti propose un marché : il fournira du lait à l’enfant en échange des textes des proverbes et dictons de Gnadental. Bach accepte.
Bientôt, les proverbes s’épuisent. Hoffmann demande à Bach de composer des contes merveilleux inspirés de légendes anciennes pour instruire le peuple. Bach écrit des contes de fées, se remémorant les récits de la défunte Clara. Les événements fictifs qu’il décrit commencent à se réaliser comme par magie. Gnadenthal s’épanouit. Les réfugiés reviennent, les récoltes de blé sont abondantes et les troupeaux se multiplient. Bach prend conscience de son pouvoir sur la réalité. Il écrit jour et nuit, animé par le désir de créer un pays sûr et prospère pour Anche.
Parallèlement à la vie dans la colonie, se dessine le destin des plus hautes sphères politiques du pays. Le dirigeant voyage à bord d’un train spécial et médite sur la future structure de l’État. Plus tard, il joue une partie de billard imaginaire avec le Führer allemand. Ces épisodes révèlent les mécanismes impitoyables de la grande histoire. Les décisions politiques des autorités anéantissent directement le mode de vie autonome des Allemands de la Volga, effaçant de la surface de la terre leurs traditions.
L’idylle est de courte durée. La machine étatique déchaîne collectivisation et expropriation. Les récits tragiques de Bach, évoquant la pétrification des paysans, la fuite des enfants dans les forêts et la mort des animaux, se réalisent pleinement. Les récoltes pourrissent, le bétail périt d’épidémies et les populations fuient. Prenant conscience du pouvoir destructeur de ses textes, Bach tente de remédier à la situation. Il écrit des contes de fées d’une bonté mièvre, mais Hoffmann les rejette avec véhémence.
Poussés par l’extorsion et la misère, des colons se révoltent. Les rebelles brûlent des tracts de propagande sur la place, tuent des pionniers et exigent l’extradition du chef du parti. Hoffmann s’avance vers la foule enragée. Il se dévêt, révélant son corps difforme, et marche lentement vers le fleuve. La foule le suit en silence. Hoffmann entre dans l’eau et se noie. Bach assiste impuissant à la mort du chef du parti.
Adieu au passé
Anche et Vaska grandissent. L’isolement à la ferme leur pèse. Bach comprend l’inévitabilité de la séparation. Un jour, un bateau transportant un agitateur soviétique accoste. Le jeune homme persuade les enfants de partir pour Pokrovsk, au pensionnat Clara Zetkin. Anche et Vaska acceptent avec joie. Le vieil homme muet leur dit au revoir d’un sourire et d’un signe de tête. Les enfants prennent le large vers une vie plus communautaire, laissant Bach seul sur la rive déserte.
Chaque dimanche, Bach rend visite aux enfants de la ville. Il leur apporte des pommes de son verger. Les enfants sont sincèrement heureux de le voir, mais ils sont complètement absorbés par la vie trépidante des pionniers. Vaska prend le nom de Volgin, et Anche apprend l’allemand dans le cadre du programme scolaire. Bach prend conscience de son inutilité. Il rénove la vieille maison, renforce les fondations, refait le toit et construit des lits superposés. Bach prépare la ferme pour accueillir de futurs orphelins.
Son travail terminé, Bach secoue le vieux matelas de plumes de canard, recouvrant la cour d’un duvet blanc. Il descend jusqu’à la Volga et s’avance dans les flots glacés. L’eau l’accueille. Au fond, Bach aperçoit les vestiges du passé : soldats morts, veaux morts, statues brisées et noyés. Le courant emporte paisiblement son corps le long des berges. Soudain, Bach est tiré à la surface. Le vieux batelier Kaisar et un jeune officier du NKVD arrêtent l’ermite.
En 1938, Jakob Bach fut condamné à quinze ans de travaux forcés. Il mourut huit ans plus tard, victime d’un éboulement dans une mine à Karlag. Vaska partit au front, revint vivant et se rendit au Kazakhstan à la recherche de son instituteur. À l’automne 1941, toute la population allemande de la région de la Volga fut déportée. Gnadental fut rebaptisée Gennadyevo. Anche perdit une jambe au travail forcé. Vaska rencontra une jeune fille dans un village kazakh et ils restèrent ensemble pour toujours.
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