« Ne pas dire au revoir » de Boris Akounine, résumé
Ce roman, paru en 2018, conclut les aventures du détective Erast Fandorin et transporte le héros vieillissant dans une Russie ravagée par la guerre civile. L’intrigue met en scène le choc des cultures entre l’intellect aristocratique et la brutalité de l’ère moderne. Il s’agit du seizième tome de la série « Les Aventures d’Erast Fandorin », qui comprend notamment les romans à succès « Azazel », « Le Gambit turc » et « Le Couronnement ». Ce livre conclut les intrigues des précédents volumes.
Se réveiller dans le train
L’histoire commence au printemps 1918. Un wagon reliant Samara à Moscou est bondé d’une foule hétéroclite. Son fidèle serviteur, Masahiro Shibata, transporte Erast Fandorin, blessé par balle à la tête quatre ans plus tôt et plongé dans un coma profond. Parmi les passagers se trouvent un prêtre, un spéculateur transportant un sac d’aiguilles à coudre rares, un marin et un jeune voleur se faisant passer pour un lycéen. Cette nuit-là, le train est arrêté par des bandits locaux. L’un d’eux, armé, dérobe les objets de valeur des passagers et tire, brûlant miraculeusement la tempe d’Erast Petrovitch endormi. L’inspecteur reprend alors soudainement conscience.
Fandorine peine à comprendre cette nouvelle réalité, mais se laisse rapidement absorber par les événements. Un profiteur se plaint de la disparition d’aiguilles. S’appuyant sur un raisonnement déductif, il demande à Masa d’utiliser un puissant aimant, qu’il appelle un ferro-attracteur. L’appareil permet de localiser la marchandise volée dans la chaussure d’un prétendu lycéen. Après cette brève agitation, Erast Petrovitch retombe dans une torpeur et dort jusqu’à son arrivée à Moscou.
Dans la capitale, Fandorin se réveille enfin. Son corps est considérablement affaibli et il est contraint de se déplacer en fauteuil roulant. La ville stupéfie le détective par sa saleté, son chaos et la profusion de slogans étranges. Lors de sa première promenade en solitaire, il assiste à un vol à l’arraché. Un anarchiste coiffé d’un chapeau noir dérobe aux vieux Chernyshev un médaillon en or. À l’intérieur se trouvaient une photographie et une mèche de cheveux de leur fils décédé. Erast Petrovitch promet d’aider le couple.
La vérité noire
Le détective suit la piste du criminel et se retrouve au quartier général du groupe anarchiste « Liberté ». Ce groupe est dirigé par le fanatique idéologique Aron Volya, qui prêche la soi-disant « vérité noire » : la liberté absolue de l’individu face aux lois de l’État. Erast Petrovitch se familiarise avec les règles de la commune et exige que le voleur soit puni. Volya se rend chez les Chernychev, mais découvre le vieux couple sauvagement assassiné.
Fandorin mène l’enquête et prouve brillamment la culpabilité de l’acteur Gromov-Nevsky, un cocaïnomane. La bande condamne le meurtrier à mort, mais ne parvient pas à exécuter la sentence. Soudain, l’immeuble est pris d’assaut par un bataillon de la Garde rouge et un détachement de tchékistes. Les bolcheviks éliminent méthodiquement les anarchistes. La compagne de Volya, une jeune femme intrépide surnommée Lynx, meurt dans la fusillade. Elle se sacrifie en lançant une grenade. Fandorin aide le chef de la bande à s’échapper en lui indiquant une issue secrète par une gouttière. Le détective lui-même parvient à éviter l’arrestation.
La chasse aux conspirateurs
Le récit se concentre ensuite sur le jeune officier Alexeï Romanov. Le tchékiste Orlov le recrute pour infiltrer l’Union pour la défense de la patrie, une vaste organisation clandestine de la Garde blanche. Le capitaine invente habilement une fausse couverture. Il contacte les membres de base de l’organisation et rencontre Nadya Zueva, l’agent de liaison bolchevique. Romanov tombe amoureux de la jeune militante, bien qu’il tente de réprimer ses sentiments.
L’officier démantèle peu à peu le réseau d’espionnage ennemi. Il parvient à infiltrer une réunion de l’état-major des conspirateurs. Des officiers blancs préparent un soulèvement populaire à Moscou et projettent de s’emparer du bureau de télégraphe. Partagé entre ses obligations opérationnelles et sa sympathie pour certains individus, Romanov organise la mise en scène de l’assassinat du tchékiste Orlov. Cette manœuvre renforce son influence au sein de la résistance. La situation dégénère rapidement.
Nadya Zueva tombe entre les mains du sévère agent du contre-espionnage Cherepov. Pour échapper à d’horribles tortures, elle se jette par la fenêtre du troisième étage. Romanov, sous le choc, abat froidement Cherepov, imitant le suicide du bourreau. Le héros perd ainsi définitivement toute capacité d’aimer.
Odyssée des steppes
Pendant ce temps, une jeune femme nommée Mona, née Elizaveta Anatolyevna Turusova, se dirige vers le sud du pays. Elle se déguise habilement en mendiante malade grâce à un maquillage théâtral élaboré. En chemin, Mona supplie deux rudes bateliers de la prendre à bord d’un radeau. Cette nuit-là, les bandits tentent de la violer. Un vieil homme en habit de moine, le père Sergius, vient à son secours. Avec une dextérité étonnante, le moine assomme les criminels.
Les héros s’emparent d’un bateau à moteur et poursuivent leur route sur le Donets. Ils recueillent bientôt deux fugitifs : le lieutenant-colonel blanc Arkady Skukin et le bolchevik Shaya Kantorovich. Le groupe est capturé par des militants de l’École verte. Le chef du Directoire, Jhovtogub, instaure un régime patriarcal impitoyable et exécute sans pitié les contrevenants.
Le faux moine, usant de ses talents de négociateur, obtient de Zhovtogub un laissez-passer salvateur. Mona reconnaît alors le vieil homme en la personne du légendaire Erast Fandorin, dont sa mère, Varvara Suvorova, lui avait tant parlé. Erast Petrovitch se démaquille et se rase la barbe. Les officiers et Fandorin repoussent une patrouille à cheval. Mona sauve courageusement le détective d’une balle tirée par un bandit. Elle confie ses sentiments à Fandorin et une idylle naît entre eux.
Labyrinthe de Kharkiv
Fandorin, Mona et Masa, de retour de Crimée, s’installent à Kharkov, occupée par l’Armée des volontaires. Mona est enceinte et son médecin lui prescrit un repos strict. Le général blanc Gaï-Gaïevski charge le détective d’enquêter sur un attentat terroriste sanglant. Des inconnus ont placé une puissante bombe à l’orphelinat Kaledine, dans le but d’assassiner le commandant en chef. Des femmes et plusieurs jeunes garçons ont été tués. Fandorin se met en quête d’un informateur parmi les officiers de l’état-major.
Masa, déterminé à aider son maître, tente d’infiltrer la Résistance chinoise. Il est fasciné par une garde du corps austère nommée Shusha. Masa se confie à elle. La perfide Shusha exige qu’il prouve sa loyauté et lui apporte la tête de Fandorin. Le Japonais sort alors une réplique en cire d’une qualité exceptionnelle. Shusha, amusée par la duplicité de son admirateur, tente de tuer Masa avec une aiguille empoisonnée.
Erast Petrovitch sauve le serviteur de justesse. Il s’avère que Choucha est un ancien eunuque du palais de la Cité interdite. Cette piste mène les amis au redoutable tchékiste Zaenko. Masa le fait prisonnier et le livre à l’Armée blanche.
Dévoiler ses ambitions
Erast Petrovitch identifie le véritable instigateur de la tentative d’assassinat contre le commandant en chef. Il s’agit du colonel Skukin, neveu du général Gaï-Gaïevski. Obsédé par le pouvoir absolu, Skukin adhère à la «vérité brune», une idéologie de terreur d’État totale. Pour éliminer ses rivaux, il manipule la résistance rouge et fait accuser froidement ses propres camarades.
Fandorin se rend à Taganrog et révèle ce complot machiavélique au commandant en chef de l’Armée des Volontaires en personne. Le chef blanc est horrifié par ce qu’il entend. Le général promet d’arrêter Skukin et de rétablir l’ordre dans ses rangs. Il demande à Fandorin de jouer les négociateurs et de se rendre à Batko Makhno pour stopper l’avancée des rebelles. Le détective refuse de se prêter à ces manœuvres politiques.
Erast Petrovitch apprend bientôt que des agents rouges projettent de faire dérailler un train spécial transportant des chars lourds britanniques. En cas de succès, les bolcheviks stopperaient l’avancée des Blancs sur Moscou. Fandorine intercepte le saboteur Makoltsev à un aiguillage, mais le laisse délibérément filer. Profondément désabusé par la cruauté gratuite des deux camps dans ce conflit fratricide, Erast Petrovitch choisit de se retirer du monde et projette de partir pour la Nouvelle-Zélande avec Mona.
Le dernier vol
Skukin feint de se réjouir du départ de Fandorin. Le colonel, rusé, met à disposition du détective un wagonnet motorisé léger. Erast Petrovitch fait ses adieux à sa fidèle Masa et part seul. Devant lui, un petit wagonnet transportant des enfants évacués de l’orphelinat de Kharkiv avance lentement sur les rails.
Dans une descente abrupte, le draisine de Fandorin prend rapidement de la vitesse. Le détective s’aperçoit que les freins sont défectueux. Le système de freinage a été délibérément saboté sur ordre secret de Skukin. Pour éviter de percuter le wagon des enfants et de tuer les orphelins, Erast Petrovich actionne de toutes ses forces le levier d’arrêt d’urgence. La draisine dérape et s’écrase.
L’histoire se déroule à Lausanne, en Suisse, en 1922. Mona vit dans une ville européenne paisible et élève son jeune fils, Alexandre Erastovitch. Une importante délégation soviétique arrive en ville. Mona apprend dans les journaux que le commandant de corps Skukine a été nommé chef militaire de la mission. Elle lui rend visite dans un hôtel de luxe.
Un ancien garde blanc avoue cyniquement le meurtre d’Erast Petrovitch. Skukin se vante de ses succès sous le nouveau régime, déclarant : « C’était un héros, et maintenant il est mort. Deux kilos de dynamite, ce n’est pas une blague. » Mona quitte la vaste pièce sans verser une seule larme.
Masa l’attend docilement sur le quai ensoleillé. Le Japonais observe attentivement par la fenêtre ouverte de l’hôtel. Il sort une longue sarbacane et tire une fléchette empoisonnée. Le garde Revazov s’effondre, mort. Un second tir, bien ajusté, atteint de plein fouet le commandant de corps Skukin. Le traître reçoit le châtiment qu’il mérite. Masahiro Shibata contemple sereinement le lac Léman, sachant que sa dette d’honneur envers sa maîtresse bien-aimée est pleinement remplie.
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