« Pélageia et le Coq Rouge » de Boris Akounine, résumé
Ce roman, paru en 2003, est une enquête policière historique qui mêle librement investigation criminelle et réinterprétation personnelle des Évangiles par l’auteur. L’action se déroule dans l’Empire russe et au Moyen-Orient, et met en scène des dignitaires ecclésiastiques, des sectaires radicaux, des sionistes et des agents de la police secrète. Ce livre clôt le cycle littéraire du « Détective provincial ». Il s’agit du troisième tome de la série, après « Pélageia et le bouledogue blanc » et « Pélageia et le moine noir ». Les destins de la nonne Pélageia, de l’évêque Mitrofan et du procureur Matveï Berdichevski y trouvent enfin leur résolution.
Crime à bord d’un bateau à vapeur
L’action débute à bord du vapeur « Sevryuga ». Le navire transporte un équipage hétéroclite. Parmi les passagers se trouvent des pèlerins, des membres de la commune sioniste « Nouveau Megiddo », des Doukhobors et des sectaires connus sous le nom d’« enfants trouvés ». Le chef de la secte est le prophète Manuel. Le voleur de rivière Kolobok pénètre dans la cabine du prophète pour voler. Il assiste par hasard au meurtre d’un ancien endormi. Le criminel, un homme cruel borgne, aperçoit le voleur, le poignarde mortellement et jette son corps à l’eau.
La nonne Pélagie est la première à remarquer la position anormale du prophète assassiné. Sergueï Dolinine, fonctionnaire de Saint-Pétersbourg, est chargé de l’enquête. Le détective découvre rapidement la vérité : ce n’est pas Manuila qui a été assassiné, mais son sosie, le paysan Cheloukhine. Pélagie et Dolinine se rendent au village de Stroganovka. Ils veulent découvrir la véritable identité du faux prophète. Un inconnu les traque dans la forêt. Près de la Pierre du Diable, un meurtrier à l’œil de verre piège Pélagie dans une grotte, provoquant un éboulement. La nonne s’échappe en escaladant une étroite ouverture jusqu’au sommet de la falaise.
Enquête à Jytomyr
Le procureur Matvey Berdichevsky est secrètement amoureux de Pelagia. Prenant conscience du danger imminent, il envoie la religieuse en Palestine sous une fausse identité. Le procureur part lui-même pour Jytomyr. La piste le mène à un gendarme à la retraite, Bronislav Ratsevych. Cet homme, borgne et criblé de dettes, a été libéré de prison grâce à une caution anonyme. Berdichevsky se teint les cheveux et infiltre une société secrète antisémite, les « Oprichniks du Christ ». Le procureur se fait passer pour un maréchal provincial de la noblesse.
Berditchevsky rend visite à l’usurier local, Efraim Golosovker. Il se rend également chez le comte Charnokutsky, un magnat à la personnalité excentrique qui réside dans le sinistre château de Schwarzwinkel. Le comte conserve une collection terrifiante de restes humains embaumés. Le propriétaire du château devine la véritable identité de son hôte. Le procureur échappe miraculeusement à une mort certaine en sautant par une fenêtre dans les douves.
L’inspecteur étudie minutieusement les listes de visiteurs de la prison. Il découvre une vérité choquante : l’enquêteur Dolinin a rendu visite à Ratsevich. Berdichevsky se précipite à Saint-Pétersbourg et suit secrètement un fonctionnaire pétersbourgeois. L’enquête conduit le procureur au Saint-Synode. Le procureur général Konstantin Pobedin admet ouvertement avoir organisé une société clandestine. Ce dignitaire considère le vagabond Manuila comme l’Antéchrist incarné. Ratsevich reçoit l’ordre d’éliminer ce dangereux sectaire. Pelagia est condamné à mort pour avoir menacé la conspiration.
Berditchevski feint d’accepter de coopérer avec les conspirateurs. Il prévoit d’avertir sa bien-aimée par tous les moyens. Le procureur envoie un télégramme urgent à l’évêque Mitrofan. Peu après, Matveï Bentsionovitch meurt subitement. La cause officielle du décès est une crise cardiaque foudroyante.
Les pérégrinations palestiniennes
Entre-temps, Pélagie arrive au port de Jaffa. La religieuse revêt une robe profane et se fait appeler Polina Lisitsyna. Un habitant, Salah, la conduit à Jérusalem dans sa charrette. En chemin, ils rencontrent un détachement armé de Circassiens. Pélagie est capturée par le vieux Daniel Bek. Le chef circassien exige une rançon considérable pour la libérer.
Un détachement sioniste vient à la rescousse. Un idéaliste inflexible surnommé Magellan commande les communards juifs. Peu de temps auparavant, des brigands ont tué une membre de la communauté, une jeune fille nommée Rochel. Circassiens et sionistes sont prêts à se livrer à un massacre sanglant. Pelagia persuade les hommes de régler l’affaire pacifiquement. Magellan et Daniel-bek concluent une alliance mutuellement avantageuse contre le cheikh arabe Yusuf. La religieuse libérée poursuit sa recherche d’Emmanuel (le vrai nom de Manuila). Elle est traquée sans relâche par l’agent professionnel Yakov Mikhailovich. Le tueur se déguise en habitant du coin.
Pélagie se dirige vers la mer Morte. Elle cherche le village de Sodome. Salah l’aide à franchir la frontière turque. La nonne se maquille lourdement pour se faire passer pour un jeune homme homosexuel. Dans la ville fermée, elle retrouve une vieille connaissance, l’homosexuel Hérodiade. Pélagie apprend que le prophète insaisissable est parti pour Jérusalem.
Réunion dans le jardin de Gethsémani
La nonne retrouve Emmanuel. Ils se rencontrent la nuit au jardin de Gethsémani. L’agent du gouvernement Yakov Mikhaïlovitch fait également son apparition. Le tueur à gages s’apprête à abattre le prédicateur de sang-froid. Emmanuel exerce une influence psychique sur l’ancien gendarme. Le prophète touche l’âme d’enfant cachée du tueur. Il l’appelle affectueusement «Yasha». Sous le choc, le criminel perd son sang-froid et s’enfuit paniqué. Emmanuel est suivi de près par l’imposant Trofim Doubenko, ancien garde du corps de Pobedine. Le géant est devenu volontairement le fidèle garde du corps du sectaire.
Emmanuel révèle un secret bouleversant à Pélagie. Il proclame ouvertement son identité avec le véritable Jésus. Il y a près de deux mille ans, l’apôtre Jude cacha son maître dans une grotte du mont des Oliviers. Les disciples en bloquèrent l’entrée avec de lourdes pierres. Une incroyable anomalie temporelle se produisit : le prédicateur fut transporté dans la Russie du XIXe siècle. Des soldats romains crucifièrent un autre homme, ressemblant physiquement à Emmanuel. Le prophète est fermement convaincu que la religion chrétienne historique est fausse. Il entend retourner à son époque et corriger cette erreur historique.
Le retour exige le strict respect de certaines conditions mystiques. Emmanuel doit pénétrer dans la grotte à l’aube précise. L’élément clé est le chant puissant d’un coq rouge. Le chant de l’oiseau déclenche le mécanisme spatio-temporel de l’ancienne crypte. Pelagia achète l’oiseau requis au marché de Jérusalem. Emmanuel prend l’oiseau, descend dans le sombre cachot et disparaît sans laisser de trace.
Toute la suite des événements est relatée dans la lettre d’adieu de Pélagie. Elle envoie une longue missive à l’évêque Mitrofaniy. La religieuse donne au manuscrit le titre pompeux d’«Évangile de Pélagie». Elle refuse catégoriquement de croire aux éléments mystiques du récit. Pélagie rationalise le comportement d’Emmanuel. Selon sa version, le vagabond s’est simplement perdu dans l’Oural. Suite à un choc violent, il a perdu la mémoire et s’est pris pour le Sauveur. Cependant, la fin de la longue lettre révèle une impulsion irrationnelle. La religieuse prend une décision ferme et irrévocable. Elle se prépare à pénétrer sans crainte dans la mystérieuse grotte. Sous son bras, Pélagie portera un coq rouge vivant.
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