Résumé de « La science et la recherche de Dieu » de Carl Sagan
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«La science à la recherche de Dieu» est un recueil posthume de neuf conférences sur la théologie naturelle données par l’astrophysicien et vulgarisateur scientifique Carl Sagan en 1985 à l’Université de Glasgow, dans le cadre des célèbres conférences Gifford. L’ouvrage a été publié en 2006, exactement dix ans après la mort de l’auteur, par sa veuve, Ann Druyan. Le titre original anglais, « The Varieties of Scientific Experience », fait directement référence à l’ouvrage classique de William James, «The Varieties of Religious Experience» : Sagan opposait délibérément l’expérience scientifique de l’univers à l’expérience religieuse. Dans l’introduction, Druyan décrit comment Sagan, élevé dans une famille juive de Brooklyn et ayant mémorisé la prière du Shema tirée du Deutéronome, a consacré sa vie à la question de Dieu avec la même rigueur intellectuelle qu’il déployait au laboratoire – et avec la même réticence à accepter quoi que ce soit par la foi sans preuves suffisantes.
Le Ciel comme premier argument théologique
Sagan ouvre sa première conférence par une citation de Plutarque : les véritables pieux doivent se tenir entre « l’abîme de l’athéisme » et « le marécage de la superstition ». Il définit la superstition sans nuance : une croyance sans fondement. Le mot « religion » vient du latin « religion », qui signifie « lier », et en ce sens, selon Sagan, les objectifs de la science et de la religion convergent : toutes deux cherchent à établir des liens profonds entre des phénomènes disparates. La différence réside dans la méthode.
Il présente ensuite une succession d’images astronomiques : la nébuleuse de l’Aigle, la nébuleuse du Crabe (vestige d’une supernova survenue en 1054 et observée par des astronomes chinois et les Indiens Anasazi), l’amas des Pléiades, la nébuleuse d’Orion et la galaxie M31. Les dessins de Thomas Wright de 1750 furent les premiers à représenter le système solaire et les étoiles proches à l’échelle. Sagan retrace comment, de dessin en dessin, l’humanité a progressivement pris conscience de l’insignifiance de sa propre place dans l’univers. Notre galaxie contient environ 400 milliards d’étoiles, et au-delà, il existe des centaines de milliards d’autres galaxies. En multipliant ces nombres, Sagan obtient un 1 suivi de 23 zéros, et remarque qu’aucune religion occidentale ne prend en compte cette échelle, même formellement.
Le théologien, dit-il, dépeint un «dieu d’un petit monde», et non un dieu de la galaxie. Thomas Paine, au XVIIIe siècle, se demandait pourquoi le Tout-Puissant, qui règne sur des millions de mondes, mourrait sur notre planète parce qu’un homme et une femme avaient mangé une pomme – une question que Sagan reprend. Il ne suggère pas de désespérer de notre insignifiance : «Si un Créateur existe, préférerait-il vraiment un ignorant?» La science, conclut-il, est, en partie, une forme de «culte éclairé».
La révolution copernicienne et son inachèvement
La deuxième conférence est consacrée à l’histoire de la manière dont la science a maintes fois dissipé l’illusion d’exceptionnalité de l’humanité. Aristote a démontré de façon convaincante que la Terre est immobile et que les cieux sont éternels et immuables. En 1572, l’astronome danois Tycho Brahe observa l’explosion d’une supernova dans la constellation de Cassiopée : une étoile auparavant inexistante brilla puis s’éteignit lentement. En 1577, observant simultanément une comète depuis plusieurs points d’Europe, Brahe utilisa la parallaxe pour prouver que la comète se déplaçait parmi les planètes, et non à travers l’atmosphère terrestre, comme l’affirmait Aristote. Ces deux découvertes mirent à mal l’image d’un ciel immuable.
Copernic formula le système héliocentrique de son vivant, mais n’osa le publier que sur son lit de mort. Son éditeur, Osiander, y ajouta une préface, le présentant comme une « astuce de calcul ». L’Église catholique, qui avait adopté le géocentrisme aristotélicien par l’intermédiaire de Thomas d’Aquin, menaça Galilée de torture pour sa thèse sur la rotation de la Terre. Sagan énumère les coups portés à la vanité humaine : on a découvert que la Terre existe depuis 4,5 milliards d’années (et non quelques milliers) ; que l’espèce humaine n’est apparue qu’il y a quelques millions d’années, soit moins d’un millième de l’histoire de la planète ; que le système solaire n’occupe pas une position centrale dans la galaxie – une découverte faite seulement dans les années 1920 ; et que l’univers n’a pas de centre.
Darwin porta un autre coup décisif : les humains sont apparentés, par l’évolution, à tous les autres végétaux et animaux. La relativité restreinte abolit définitivement les cadres de référence privilégiés. Sagan examine l’argument téléologique – « une montre suggère un horloger » : si une bactérie est plus complexe qu’une montre de poche, cela n’indique-t-il pas un dessein suprême ? Darwin, répond Sagan, a démontré que l’ordre complexe émerge d’un monde naturel moins ordonné par la sélection naturelle – sans horloger (avec un grand H), pourvu que le temps soit suffisant.
Newton, ayant découvert que toutes les planètes se déplacent dans un même plan et une même direction, tandis que les comètes suivent un mouvement chaotique, y vit la preuve d’une intervention divine. Cependant, Emmanuel Kant et Pierre-Simon Laplace proposèrent indépendamment une autre explication : le système solaire s’est formé à partir d’un disque rotatif de gaz et de poussière – la nébuleuse solaire. La force centrifuge s’oppose à la compression dans le plan de rotation, mais pas le long de l’axe, et un disque finit par se former. Les particules qui le composent s’agglomèrent pour former des planètes, qui suivent une seule et même direction de mouvement. Les orbites cométaires étaient elles aussi initialement ordonnées, mais furent perturbées par l’influence gravitationnelle des étoiles. Sagan conclut : Newton a commis une double erreur en refusant d’admettre que l’ordre puisse apparaître naturellement. Sa conclusion concernant un Créateur était erronée.
L’hypothèse de Dieu
La sixième leçon s’ouvre sur l’histoire de Léonard de Vinci : ayant découvert des coquillages fossilisés dans les Apennins, il tenta de calculer si le Déluge biblique avait pu les déposer sur les flancs des montagnes en quarante jours. Il en conclut que les montagnes s’étaient formées au-dessus de la mer sur de longues périodes géologiques. Cette hypothèse alternative contredisait la théologie, mais elle s’avéra exacte.
Sagan systématise le concept de «Dieu» : dans la tradition judéo-chrétienne-islamique, il est perçu comme une figure omnipotente, omnisciente et parfaitement bonne qui entend les prières. Cependant, les interprétations sont nombreuses et variées – allant d’un vieillard anthropomorphe sur un trône céleste au Dieu de Spinoza et d’Einstein, conçu comme la totalité des lois physiques de l’univers. Si l’on accepte cette dernière définition, l’athéisme est logiquement impossible. Le théologien Paul Tillich, qui a lui-même donné les conférences Gifford, a ouvertement nié la nature surnaturelle de Dieu. Sagan s’interroge : où sont les preuves en faveur de l’une ou l’autre version? Dieu aurait pu inscrire les Dix Commandements sur la Lune en lettres géantes – dix kilomètres par commandement – pour qu’ils soient visibles au télescope. Dieu aurait pu envoyer un crucifix de cent kilomètres en orbite. Rien de tel n’existe, et c’est là, selon Sagan, une question théologique fondamentale. La conférence se conclut par une citation de Protagoras, du Ve siècle avant J.-C. : « Je ne peux rien savoir des dieux, s’ils existent ou non, ni à quoi ils ressemblent. Trop de choses font obstacle à une telle connaissance. »
Expérience religieuse et conscience primitive
La septième conférence transporte les auditeurs des centaines de milliers d’années en arrière. Pendant la majeure partie de leur existence, les humains vivaient en petites communautés de chasseurs-cueilleurs, et c’est à cette époque que s’est formée notre nature émotionnelle. Sagan s’adresse à la tribu Kung, vivant dans le désert du Kalahari au Botswana : il n’y a pratiquement pas de hiérarchie sociale, pas de chef, et la propriété privée se limite à ce que l’on peut transporter. Le butin n’appartient pas au chasseur qui a tué l’animal, mais à l’artisan qui a fabriqué la flèche ; et pourtant, il est partagé équitablement. Les expériences mystiques, les hallucinations et les danses de transe sont perçues dans la culture Kung comme des expériences précieuses, et non comme des pathologies. La tribu expérimente différents niveaux de conscience, y compris ceux atteints grâce à des hallucinogènes chimiques.
Confrontée à des chasseurs ayant abattu les vaches Herero voisines, les prenant pour du gibier, une tribu n’ayant pas encore appris l’élevage se heurte à une culture qui l’a dépassée. Sagan voit dans de tels épisodes un exemple d’incompréhension humaine plus générale : différentes cultures, religions et époques évoluent dans des cadres de référence différents et peinent à reconnaître l’égalité des valeurs des unes et des autres.
Une seule question traverse les neuf conférences : la science et l’expérience spirituelle authentique sont-elles compatibles ? La réponse de Sagan est oui, mais seulement si la recherche se poursuit, non si elle est déclarée achevée. Ses derniers mots, écrits à la main sous une citation de Leibniz appelant à ne plus remettre en question le concept de Dieu comme raison suffisante, sont : « N’arrêtez pas. »
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