"Mascarade" de Mikhaïl Lermontov, un résumé
Ce drame en vers raconte l’histoire d’un ancien joueur professionnel qui, aveuglé par la jalousie, assassine sa femme innocente. La pièce fut écrite en 1835. Du vivant de l’auteur, la censure d’État en interdit la publication à plusieurs reprises en raison de sa dénonciation acerbe des vices de la haute société et de l’absence de châtiment adéquat pour le protagoniste. Une célèbre adaptation théâtrale fut mise en scène par Vsevolod Meyerhold au Théâtre Alexandrinski. La première eut lieu en 1917. Plus tard, en 1941, Sergueï Guerassimov réalisa un film à succès du même nom, avec Nikolaï Mordvinov dans le rôle principal.
Une partie de cartes et une rencontre fatidique
L’action commence à la table de jeu. Le jeune prince Zvezditch mise tout et perd tout. Les joueurs se moquent de l’ardeur de l’officier. Evgueni Alexandrovitch Arbenine s’approche de la table. Lui-même, jadis connu pour être un joueur impitoyable, s’est désormais rangé et est devenu un riche père de famille. Arbenine observe le désespoir du prince. Se souvenant de sa propre jeunesse tumultueuse, il décide d’intervenir. Evgueni Alexandrovitch demande à Zvezditch de lui céder une place à la table. Son habileté fait la différence : Arbenine récupère rapidement ses billets perdus et les rend au prince d’un ton sec. L’officier remercie sincèrement son sauveur. Arbenine refuse sa gratitude, déclarant cyniquement qu’il n’a toujours été guidé que par l’appât du gain et un calcul froid.
Les amis se rendent au bal d’Engelhardt en quête de divertissement. Zvezdich se plaint ouvertement de s’ennuyer. Arbenin lui conseille d’observer de plus près les danseuses. Derrière un épais masque, les femmes dissimulent souvent leurs véritables désirs et se laissent facilement aborder. Bientôt, une inconnue émerge de la foule bigarrée. Elle s’approche du prince et lui avoue sans détour son amour sincère. Intrigué, Zvezdich tente d’arracher le masque de l’étrangère. La femme se dégage avec détermination. Elle craint d’être démasquée et ridiculisée. Pour distraire son prétendant ardent, le masque jette un bracelet d’or et d’émail que quelqu’un a laissé tomber à terre. Le prince ramasse le bijou, et la femme disparaît aussitôt dans la foule.
Au même moment, un masque barre le passage à Arbenin. L’étranger traite l’ancien joueur de menteur. Arbenin exige impérieusement de voir son visage, mais l’étranger, prédisant un désastre imminent, disparaît.
Le bracelet perdu
Zvezdich se vante de son nouveau trophée auprès d’Arbenin. Le bracelet semble étrangement familier à Arbenin. Il rentre chez lui d’humeur sombre. Sa femme, Nina, arrive trop tard. Arbenin la réprimande sévèrement pour son insouciance sociale et son goût excessif pour les bals. Soudain, il remarque la disparition du bracelet à son poignet. Nina avoue nonchalamment l’avoir perdu.
Arbenin pâlit sous le choc de cette terrible révélation. Les domestiques fouillent minutieusement la calèche, mais ne trouvent rien. Il s’avère que Nina avait elle aussi assisté à ce bal masqué funeste. Les soupçons de son mari se muent en conviction inébranlable. Nina rejette ses accusations, les qualifiant de vaines absurdités. Arbenin entre dans une rage incontrôlable. Il jure de détruire leur vie sans le moindre remords. Nina jure sur le ciel de sa pureté absolue. Son mari refuse catégoriquement de croire à ses larmes.
Le développement de l’intrigue sociale
La véritable propriétaire du masque est la baronne Strahl. Le matin, elle rend visite à Nina. La baronne s’efforce de dissimuler le secret de son aventure nocturne. Zvezdich entre dans le salon. L’officier aperçoit Nina et fait ouvertement allusion à leur récente rencontre lors du bal masqué. Nina est sincèrement déconcertée. Zvezdich, prenant sa résistance pour de la ruse féminine, persiste dans son objectif.
La baronne Shtral, terrifiée à l’idée de perdre sa réputation, décide de détourner les soupçons du prince indiscret vers Nina. Le bavard Shprikh fait alors son apparition. La baronne confirme indirectement la rumeur d’une liaison secrète entre Zvezdich et Nina. Shprikh rapporte aussitôt la nouvelle au joueur Kazarin, et par son intermédiaire, les ragots parviennent aux oreilles d’Arbenin.
Au même moment, Shprikh aide activement Zvezdich à rédiger une lettre d’amour. Celle-ci tombe directement entre les mains d’Arbenin. Son texte dissipe les derniers doutes du mari trahi. Son vieil ami Kazarin attise encore les braises par ses réflexions sur la tromperie universelle. Il compare la vie à un jeu de cartes, régie uniquement par le destin. Arbenin se rend chez Zvezdich, déterminé à poignarder son rival endormi. L’ancien tricheur se dresse au-dessus du prince, mais la lame lui échappe des mains affaiblies. Arbenin choisit alors une méthode d’exécution plus subtile. Il épargne la vie de l’officier et l’invite avec courtoisie à un dîner de cartes.
La baronne Strahl prend conscience de la gravité de ses intrigues. Elle approche secrètement Zvezdich et lui avoue être celle qui se cachait derrière le masque. L’officier refuse de prendre le danger imminent au sérieux.
Ce soir-là, les rivaux se retrouvent à la table de jeu. Arbenin raconte aux présents l’histoire d’une épouse infidèle et d’un ami perfide. Puis, il accuse bruyamment Zvezdich de tricherie éhontée. Arbenin jette violemment un jeu de cartes au visage du prince. Zvezdich exige un duel immédiat. Arbenin refuse froidement, laissant à l’officier l’étiquette indélébile de lâche et de scélérat.
Empoisonnement
Lors d’un autre bal somptueux, les connaissances mondaines évitent avec dédain Zvezdich, tombé en disgrâce. Le prince aborde Nina et lui annonce son départ imminent pour le Caucase. Au moment de se séparer, Zvezdich la met en garde contre l’incroyable trahison de son époux. Nina, le prenant pour un fou, refuse d’écouter ses divagations.
Arbenin observe la conversation de sa femme de loin. Il a préparé un poison puissant à l’avance. Evgueni conserve cette poudre mortelle depuis sa jeunesse tumultueuse, lorsqu’il avait lui-même envisagé de se suicider après une lourde perte. Nina se plaint d’une chaleur intense. Elle demande à son mari une boule de glace. Arbenin y verse discrètement le poison. Nina déguste tranquillement la glace. Son mari prétend être soudainement malade et la ramène chez lui. Un inconnu du bal masqué observe secrètement l’empoisonnement mais décide de ne pas intervenir.
La mort de Nina
Dans la chambre, Nina est prise de malaise. Elle supplie son mari d’appeler immédiatement un médecin. Arbenin observe calmement la souffrance de sa jeune épouse. Il discourit longuement sur le vide de l’existence humaine et la fragilité de la vie. Nina implore son secours et se plaint d’une douleur lancinante à la poitrine. Son mari avoue sans détour l’avoir empoisonnée. Nina est saisie d’une horreur indescriptible.
Arbenin exige cruellement des aveux sincères d’infidélité. Nina implore faiblement de l’aide, mais les portes de la chambre sont fermement verrouillées. Mourante, la femme livre son mari au jugement divin. Elle murmure avec difficulté : «Je meurs, mais je suis innocente… tu es un scélérat…» Arbenin, obstiné, qualifie son dernier vœu de mensonge pathétique. Nina ferme les yeux pour toujours.
Payer
Arbenin est anéanti. Il reste assis, immobile, près de sa femme décédée. Son médecin traitant et un parent âgé arrivent et discutent d’un ton sec des détails matériels des funérailles à venir. Soudain, deux invités inattendus font irruption dans la maison : Zvezdich et l’Inconnu. Ce dernier révèle enfin sa véritable identité. Sept ans auparavant, Arbenin l’avait impitoyablement escroqué aux cartes, le privant d’une fortune considérable et de tout espoir d’avenir heureux. Pendant toutes ces années, l’homme dupé avait secrètement suivi Arbenin, attendant patiemment le moment propice pour lui porter le coup fatal.
Les invités apportent une confession écrite de la baronne Strahl. Le texte disculpe complètement Nina. Zvezdich confirme l’accident absurde du bracelet offert. Le prince explique en détail sa tragique erreur. Arbenin comprend pleinement la gravité de ses actes. De ses propres mains, il a empoisonné une femme d’une pureté absolue et d’une dévotion sans bornes.
L’orgueil d’Evgueni Alexandrovitch ne peut supporter un tel choc. Il implore le pardon de Dieu, s’effondre à genoux, puis se précipite vers le corps sans vie en poussant un cri sauvage. Arbenine sombre dans la folie. L’inconnu triomphe avec malice, ayant assouvi sa vengeance tant désirée. Zvezditch survit, mais est condamné à souffrir éternellement de sa réputation irrémédiablement ternie.
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