Résumé de « Les Insulaires » d’Evgueni Zamiatine
Ce récit a été écrit en 1917, durant le séjour de l’auteur en Angleterre, où il supervisait la construction de brise-glaces. L’intrigue s’articule autour du conflit entre le mode de vie bourgeois britannique, artificiel et absurdement ordonné, et les forces élémentaires et incontrôlables de la nature humaine.
Corps étranger
La vie du vicaire Duley, la fierté de la ville fictive de Jesmond, est régie par des horaires d’une précision mathématique. Sur les murs de sa bibliothèque sont accrochés des horaires pour les repas, la pénitence, la charité, et même les rencontres intimes avec Mme Duley – impérativement le samedi de chaque troisième semaine. Son épouse se soumet docilement à ce mécanisme, assise des heures durant près de la fenêtre. Le bon fonctionnement de cette machine se dérègle un dimanche de mars. Sous les yeux du vicaire, une voiture rouge percute un piéton. La victime avançait très lentement, ses énormes chaussures carrées martelant le sol avec la rigidité d’un tracteur. Le blessé est transporté chez les Duley. Le médecin tente de l’examiner, mais celui-ci refuse obstinément d’enlever sa veste. La raison ? L’absence de chemise. Un jeune homme nommé Kemble a perdu son gagne-pain, s’efforçant de rembourser les dettes de son arrière-grand-père. L’apparition d’un inconnu dans la chambre d’amis bouleverse complètement l’emploi du temps du vicaire.
Perte d’optique
Dans le chaos des premiers jours, Mme Duly perd son pince-nez sans monture à l’éclat froid. Sans son armure habituelle, son visage s’adoucit, de nouvelles rides apparaissent, ses lèvres s’entrouvrent. Elle commence à passer de longues heures au chevet du patient. Kemble est un homme direct, dont la vision du monde repose sur des règles absolues. Bientôt, la maison reçoit la visite de l’avocat O’Kelly, un homme exubérant aux cheveux roux. Les cheveux en bataille, il annonce que le propriétaire de la voiture est disposé à verser quarante livres d’indemnisation. L’argent encaissé, Kemble l’envoie à sa mère. Le dimanche, la maison des Duly se remplit d’invités, parmi lesquels apparaît Lady Kemble. Son cou est tendu comme par un mors invisible, ses épaules ressemblent à une armature de parapluie brisée, et ses lèvres rose pâle se tordent comme des vers. Elle sympathise rapidement avec le vicaire. M. McIntosh, secrétaire de la Corporation des Sonneurs de Cloches Honoraires, s’affaire, vêtu d’un kilt. Il philosophe sans cesse sur la culture, admirant la planéité des trottoirs.
Face au chaos
Kemble intègre le cabinet d’O’Kelly, installé dans l’ancienne demeure de l’hérétique Jean le Cordonnier. L’avocat le présente à quatre dactylographes, chacune étant présentée comme sa femme. Le naïf Kemble tente de construire un syllogisme, supposant que son patron est musulman. Le comportement de l’avocat bouleverse le monde rigide du jeune employé. Dans la salle d’attente, Kemble rencontre Didi Lloyd, une cliente riant aux éclats, à la coupe de cheveux enfantine, qui est en instance de divorce. Le soir même, O’Kelly emmène son assistant au théâtre, où il aperçoit Didi dansant en coulisses. Plus tard, Kemble rend visite à la jeune fille dans son appartement meublé. Son principal compagnon est un carlin en porcelaine nommé Johnny, dont le visage grimaçant et laid imite celui d’O’Kelly. Didi déteste l’ennui et jette nonchalamment un livre en maroquin blanc par terre. Lors d’une rencontre fortuite dans la rue, Mme Duly, ayant de nouveau remis son pince-nez retrouvé, ignore ostensiblement Didi, qui se tient à côté de Kemble.
Du sang sur le ring
Une fois le divorce prononcé, le trio assiste à un match de boxe. Bourne, habitant de Jesmond, et le champion anglais, Smith, s’affrontent sur le ring. Le spectacle brutal excite la foule, massée sur une vingtaine de rangs. Bourne s’écroule lourdement, tandis que Smith conserve son sourire arrogant. Didi, enthousiaste, lance en plaisantant : «Si j’étais comme toi, j’irais le battre sur-le-champ…» Kemble, perdant la tête, défie Smith en duel. Incapable de se battre, il encaisse obstinément de violents coups à la poitrine et s’écroule au quatrième round. Cette nuit-là, il reprend conscience dans la chambre de Didi. L’air est imprégné d’une forte odeur de pilosité. Elle lui caresse tendrement les mains. Kemble en arrive aussitôt à la seule conclusion possible : Didi doit devenir sa femme. Elle lui répond par un rire sonore.
chaleur estivale
La nouvelle de la rixe de l’aristocrate se répand dans toute la ville. Lady Kemble est choquée, et les dames de Jesmond, vêtues de bleu et de rose, lui témoignent leur sympathie. Le vicaire Duly se donne pour mission de sauver l’âme perdue. Il va voir Didi, mais elle l’accueille en pyjama révélateur et oblige son carlin, Johnny, à l’embrasser sur la bouche. Le prêtre indigné repart les mains vides. Un été étouffant s’installe. Les lauriers-roses fleurissent en un désordre sauvage. Kemble est obsédé par l’idée d’économiser pour meubler sa future maison et rêve d’un fer à repasser électrique rutilant. Didi est accablée de mélancolie. Pour échapper à la chaleur, O’Kelly et Didi nagent dans les eaux vertes de Sunday Bay. Plus tard, l’avocat organise des pique-niques avec huîtres et champagne dans la chambre de la jeune fille, prenant enfin la place du morne Kemble. Un jour, l’Armée du Salut parcourt les rues, frappant bruyamment aux portes et appelant chacun à la prière.
Brouillard et trahison
La chaleur estivale cède la place à un épais brouillard humide. Le jour de son anniversaire, Kemble reçoit une lettre anonyme dans une enveloppe bleuâtre accusant Didi et O’Kelly d’une liaison secrète. Il rejette ses soupçons, jugeant le message odieux. Au magasin, Didi et lui achètent un fer à repasser et de la lingerie en soie transparente. Le soir même, O’Kelly apporte des fleurs et remet au jeune homme un chèque de cinquante livres. Didi, hystérique, hurle : «N’ose même pas l’accepter, Kemble!» Le lendemain, Lady Kemble convoque son fils sous prétexte d’une réconciliation tant attendue. Le vicaire Duly, Mme Duly, qui froisse nerveusement l’enveloppe bleuâtre, et M. McIntosh sont présents dans la salle à manger. Sous prétexte de s’inquiéter, ils conduisent Kemble toute la nuit jusqu’au cabinet de l’avocat. McIntosh ouvre la porte blindée avec une énorme clé. Kemble gravit les marches de pierre en courant, découvre la vérité cachée et s’enfuit, horrifié.
Coups
Le matin, Kemble se rase méthodiquement. Il dispose soigneusement le pain dans son assiette sans y toucher. Puis il rédige un chèque de trente livres pour sa mère et sort le vieux revolver de son père, chargé de cartouches à aiguille. Dans la poche de sa veste, il trouve un stylo-plume Waterman, oublié par O’Kelly à la soirée. Rendre le stylo devient un prétexte formel pour engager la conversation. En entrant dans le bureau, Kemble aperçoit un avocat inhabituellement sérieux. Dès que le stylo est posé sur la table, O’Kelly éclate de rire devant la pédanterie absurde de son assistant. Kemble tire trois coups de feu bien ajustés. En quittant le bureau, il aborde le policier, avoue le meurtre et se plaint d’une fatigue extrême. Les deux hommes descendent silencieusement le ravin pavé de la ruelle.
Le triomphe de l’ordre
Un vent d’automne agite les rues de Jesmond. Une foule tendue se rassemble devant la prison, dans l’attente d’une éventuelle grâce pour le meurtrier. Les débats sur la justice fusent, chacun se remémorant les méfaits passés de Sir Harold. Mme Duly, au bord de la crise de nerfs, est hantée par des cauchemars et laisse tomber sans cesse des objets. Le matin de l’exécution, le soleil brille d’une lumière indifférente et éclatante. Un vieil homme au teint rougeaud – le bourreau – entre dans la prison. La foule attend avec angoisse le son de la cloche. À neuf heures et demie, le tintement des cuivres confirme l’exécution. Mme Duly hurle d’horreur. Le vicaire Duly tire aussitôt profit de la tragédie. Il prononce un discours enflammé, affirmant que la sécurité n’est possible qu’avec des contrôles stricts. Une résolution soutenant le traité du « Pacte du Salut Obligatoire » est adoptée sans condition.
- "Contes de la ville" d’Armistead Maupin
- "Frères Ch" Ugarova comme une tentative de connaître le vrai Tchekhov
- «Ce n’est que du persil» - une exposition de Lyudmila Petrushevskaya
- Exposition de photos d’Alexander Ov-Lebedev
- Portraits à la Bourse, Edgar Degas: Analyse
- Projet d’exposition "Tchekhov Life". Exposition "L’image d’un écrivain"
Vous ne pouvez pas commenter Pourquoi?