Résumé de « Les Enfants du Souterrain » de Vladimir Korolenko
Le récit de Vladimir Korolenko est un classique de la littérature russe, publié pour la première fois en 1885. Initialement paru sous le titre « En mauvaise compagnie », il fut rapidement abrégé pour être destiné aux enfants. Cette adaptation déplace l’attention des conflits sociaux aigus vers le développement psychologique d’un enfant solitaire à travers le prisme d’une amitié sincère avec des marginaux.
L’histoire se déroule dans le sud-ouest du pays, dans la petite ville paisible de Knyazhye-Veno. Le protagoniste, Vasya, est le fils d’un juge local. Le garçon perd sa mère à l’âge de six ans. Ce drame précoce bouleverse l’harmonie familiale. Son père, un homme sévère et accablé par le chagrin, se tient à l’écart de son fils. Il ne manifeste d’intérêt que pour sa plus jeune fille, Sonia, en qui il retrouve la ressemblance avec sa défunte épouse. Vasya, quant à lui, est livré à lui-même.
Le garçon grandit comme un arbre sauvage dans un champ, errant dans les rues poussiéreuses de la ville et absorbant avidement les impressions. Il observe attentivement la vie des différentes classes sociales, souffrant cruellement d’un manque d’amour parental. Deux vestiges architecturaux sombres marquent particulièrement son imagination d’enfant débordante : une chapelle uniate abandonnée et un ancien château sur une île. D’étranges légendes circulent, selon lesquelles cette île aurait été créée artificiellement par des Turcs capturés, dont les ossements reposent encore profondément sous terre.
Expulsion du château
Longtemps, le vieux château servit de refuge gratuit à toutes sortes de mendiants. Plus tard, Janusz, un ancien serviteur du comte, parvint à en obtenir la charge. Le vieil homme procéda à un tri brutal des habitants des ruines de pierre. Seuls les descendants des serviteurs du comte, vêtus de sordides redingotes, restèrent sous son toit. Ce petit groupe soudé obtint le droit de mendier. Janusz, honteux, jeta les autres pauvres à la rue. Vasya fut témoin clandestin de cette injustice, après quoi le château perdit tout son attrait.
Les exilés trouvent un nouveau refuge caché dans un vieux cimetière. Les habitants les accueillent avec une méfiance hostile. L’organisateur de cette communauté de malheureux est M. Tyburcy Drab. Les origines de cet homme grand et rustre restent un mystère. Tyburcy possède un savoir étonnant : il récite avec brio des textes de Cicéron et de Xénophon à des paysans stupéfaits. Pour ces prestations publiques, les auditeurs reconnaissants abreuvent généreusement l’orateur de vodka et lui jettent des pièces de cuivre. M. Tyburcy a deux enfants, dont il prend grand soin.
Désireux de percer le secret des habitants de la montagne, Vasya rassemble une petite bande de gamins et part explorer le cimetière. Effrayés par le silence de l’église abandonnée, ses compagnons prennent la fuite. Vasya, faisant preuve d’un courage exceptionnel, escalade une fenêtre et descend dans la chapelle à l’aide de sangles. Un immense crucifix suspendu au plafond et une chouette qui apparaît soudainement le font frissonner d’effroi. À ce moment précis, deux des enfants de Tyburtius – Valek, neuf ans, et Marusya, trois ans – surgissent de dessous l’autel délabré.
Les garçons semblent sur leurs gardes et prêts à en découdre, mais la vue d’une petite fille apeurée change rapidement leur humeur. Vasya offre aimablement des pommes mûres de son jardin à ses nouveaux amis. Valek se tient avec la dignité et l’indépendance d’un adulte aguerri. Il constate avec tristesse l’immense différence de statut social entre eux, soulignant la richesse et la position élevée du père de Vasya. Valek met en garde son hôte contre le caractère difficile de Tyburtius et l’exhorte à garder leur destination secrète.
Le Donjon et la Pierre Grise
L’amitié de Vasya avec les habitants de la chapelle abandonnée se noue rapidement. Le fils du juge s’échappe chaque jour de la maison, les poches pleines de friandises. Vasya insuffle une joyeuse animation à la quiétude du donjon, tentant d’entraîner Valek et Marusya dans des jeux bruyants. Cependant, ces festivités effraient la petite fille. Marusya ressemble à une fleur fragile qui a poussé sans soleil. Elle marche à peine, fouillant lentement les plantes de la prairie de ses mains faibles. Vasya est contraint de modérer son activité physique pour préserver la tranquillité de sa nouvelle amie.
En observant la fillette, Vasya est frappé par son état d’émaciation extrême. Valek affirme avec une certitude absolue que la pierre grise aspire la vie de sa sœur. Vasya se souvient des voûtes sombres et humides d’une crypte exiguë, cachée profondément sous terre. Un sentiment de peur superstitieuse et animale envahit la conscience du protagoniste. Il commence à percevoir la prison glaciale du donjon comme un monstre vivant et impitoyable. De lourdes arches de pierre se referment étroitement sur lui, privant l’enfant sans défense de la couleur et de l’éclat de ses yeux.
Un jour, le fossé social entre les amis devient criant. Vasya les trouve affamés. Valek leur avoue nonchalamment avoir subtilisé une miche de pain frais à Sura, le marchand du marché. Cet aveu franc choque le fils du juge. Élevé dans l’aisance, il est fermement convaincu que le vol est un acte ignoble. Cependant, la voix plaintive de Marusya, qui confirme sa faim dévorante, fait voler en éclats la rigidité de son jugement enfantin. Ce douloureux dilemme moral cause au garçon une souffrance intense.
Valek se lance dans un débat philosophique avec son camarade aisé. Il soutient que le juge est l’homme le plus intègre de la ville, capable de bannir à juste titre le comte fortuné, mais que la loi est totalement insensible à la souffrance des pauvres. Vasya, pour la première fois, voit son propre père à travers les yeux d’un étranger, empreint d’un respect profond et involontaire. Parallèlement, il éprouve une amertume sourde face au fait que Tyburcy, exilé, aime ses enfants bien plus que le juge n’aime son propre fils.
Lors des fortes pluies d’automne, Vasya est contraint de descendre directement dans la crypte humide. Pendant une joyeuse partie de colin-maillard, il est soudainement surpris par M. Tyburcy. Trempé et furieux, l’attrape fermement par la jambe et le retourne la tête en bas. Il menace de rôtir l’intrus comme un cochon dans la cheminée. Convaincu de la dévotion absolue de Vasya, Tyburcy cède. Il remet le garçon sur ses pieds et l’autorise gracieusement à assister au repas communautaire.
Tyburtius partage avec les enfants un rôti, habilement dérobé à un riche prêtre du coin. Il prononce des discours complexes et confus, s’adressant tantôt au mendiant simplet qu’est le «professeur», tantôt à Vasya, attentif. Le chef des vagabonds affirme sincèrement que chacun a son propre destin. Il espère que l’amitié avec le clochard aidera le fils du juge à conserver un cœur humain vivant plutôt que de la pierre. Vasya ne dit rien à son père, préférant lui mentir consciemment pour la première fois.
Poupée de ma sœur
À la fin de l’automne, la santé de Maroussia se détériore gravement. La jeune fille malade finit par se coucher, ses grands yeux s’assombrissent et son visage pâle et émacié est rouge de fièvre. Pour distraire son amie à l’agonie, Vassia décide de tenter le tout pour le tout. Il persuade sa sœur Sonia de lui prêter une luxueuse poupée de porcelaine. Le jouet produit un effet incroyable. Maroussia semble s’éveiller d’une torpeur léthargique, se met à rire joyeusement et se promène même seule dans le cachot.
Le noble élan de Vasya se transforme en véritable désastre familial. La nourrice, acariâtre, découvre rapidement la disparition d’un objet de valeur. Un vieux délateur, Janusz, qui a croisé le garçon sur le chemin du cimetière, rapporte au juge les contacts suspects de son fils avec des voleurs. Le juge interdit formellement à Vasya de quitter le domaine. Après quatre jours d’enfermement insoutenables, son père le convoque à son bureau. Furieux, il exige des aveux immédiats du vol de la poupée. Vasya pleure amèrement, mais fait preuve d’un courage remarquable, refusant de révéler le secret.
La scène dramatique de l’interrogatoire brutal est interrompue par l’apparition inattendue de Tyburcy. Le chef des vagabonds rend la poupée maudite et intercède résolument pour son jeune ami. Il implore la clémence du juge, arguant que le garçon n’a rien fait de mal. Tyburcy emmène le père de Vasya dans la pièce voisine pour une conversation confidentielle. Les détails de cette longue discussion resteront secrets, mais son dénouement transformera radicalement et à jamais l’atmosphère familiale tendue.
Le juge sort de son bureau métamorphosé. Son regard, voilé par des années de chagrin, s’illumine et, pour la première fois, il pose sur son fils un regard empreint d’une véritable surprise et d’une tendresse paternelle. Le père présente ses excuses les plus sincères à son enfant pour sa cruauté aveugle. D’une voix faible et tremblante, Tyburtius annonce le décès de Marusya. Le juge envoie son fils faire ses adieux à la montagne, lui remettant de l’argent pour les pauvres. Il demande également qu’on avertisse Tyburtius de fuir immédiatement.
Adieu à la ville
Vasya court au cimetière et descend rapidement dans la crypte lugubre. Il y trouve Valek inconsolable et découvre le corps sans vie de sa petite amie. La fillette repose paisiblement parmi les fleurs d’automne fanées, tandis que quelqu’un, dans un coin reculé, martèle à la hache un étroit cercueil d’enfant avec de vieilles planches. Le garçon est saisi d’un profond choc, réalisant la cruelle finalité de la mort. Peu après les funérailles empreintes de tristesse, les membres de la société clandestine quittent la ville en bon ordre. Tyburcy et Valek disparaissent dans l’oubli.
La vieille chapelle uniate continue de se délabrer inexorablement, ne laissant derrière elle que les vestiges de son toit pourri. Seule la tombe d’un enfant, soigneusement entourée d’une solide clôture de piquets, est recouverte chaque année de gazon frais. Vasya, Sonya et leur père, profondément transformé, se rendent régulièrement en ce lieu paisible. À l’ombre d’un bouleau majestueux, le frère et la sœur passent de longs moments à partager leurs premiers espoirs. Des années plus tard, avant de quitter définitivement leur ville natale, les enfants, devenus adultes, viennent se recueillir sur ce tumulus. Ils prononcent des vœux sincères, fidèles aux idéaux de bonté.
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