« L’exploit » de Vladimir Nabokov, un résumé
Ce roman de 1932, signé Vladimir Nabokov, raconte l’histoire de Martyn Edelweiss, un jeune émigré dont la soif d’aventures romantiques sans précédent le conduit à franchir clandestinement et de façon désastreuse la frontière soviétique. Le récit restitue avec brio la dissonance psychologique entre la réalité bourgeoise du quotidien et le monde intérieur héroïque du personnage. Le jeune homme cherche sans cesse à prouver son courage naturel, transformant chaque jour en une succession de défis esthétiques.
Recherches de l’enfance et de la jeunesse
Martyn Edelweiss grandit dans une riche famille de Saint-Pétersbourg. Son grand-père, également prénommé Edelweiss, était suisse, et son père soignait avec succès les maladies de peau. Sa mère, Sofia Dmitrievna, l’élève en lui faisant découvrir les contes de fées anglais. Elle s’efforce de le préserver de toute sentimentalité russe excessive. Le garçon possède une imagination débordante. Dans sa chambre est accrochée une aquarelle représentant une forêt dense et un sentier forestier sinueux. Le jeune Martyn a souvent l’impression de pouvoir pénétrer au cœur de cette forêt peinte.
Ses parents s’éloignèrent peu à peu l’un de l’autre, et son père emménagea dans un appartement séparé à Saint-Pétersbourg. Peu après, en 1918, il mourut subitement d’une crise d’asthme. Entre-temps, Martyn et sa mère vivaient dans une datcha près de Yalta. La mort de son père éveilla chez l’adolescent des sentiments complexes, mêlant culpabilité et une sorte d’attente mystique. Le jeune homme errait seul dans le parc, cherchant à comprendre sa perte. En Crimée, il connut pour la première fois la panique. Croisant un homme ivre armé d’un revolver par une nuit noire, Martyn fut saisi d’un tremblement nerveux, mais se força à affronter le danger terrifiant.
Le chemin de l’émigration
Au printemps 1919, une famille brisée quitte la Russie pour toujours à bord d’un cargo canadien. La côte de Crimée se fond rapidement dans la brume épaisse de la pluie. À bord, le jeune homme découvre la rudesse de la mer. Il rencontre la poétesse Alla Chernosvitova, qui voyage avec son mari taciturne. Alla l’attire par sa liberté bohème. À Athènes, en marchant sur les plages de sable fin de Phalère, Martyn embrasse une femme adulte pour la première fois.
Leur idylle brève et passionnée culmine dans une chambre d’hôtel, lorsque le mari d’Alla part en voyage d’affaires. Martyn éprouve une immense fierté à l’idée d’être devenu adulte. Bientôt, les chemins des deux familles se séparent complètement, et Martyn et Sofia Dmitrievna arrivent en Suisse. Là, leur oncle Heinrich Edelweiss les accueille à la gare. Il les emmène dans sa maison de montagne, entourée d’une dense forêt d’épicéas centenaires. À l’automne, sa mère l’envoie étudier à Cambridge.
Les années Cambridge
En Angleterre, Martyn s’imprègne de l’atmosphère de la vieille université. Il s’installe dans une chambre confortable avec une cheminée. L’étudiant fait la connaissance de Darwin, un Anglais flegmatique, héros de guerre et écrivain en herbe. Darwin devient son ami le plus proche. Martyn est profondément fasciné par les cours d’Archibald Moon. Le professeur britannique récite avec brio la poésie russe. Cependant, Martyn est bientôt rebuté par l’attitude académique de Moon envers la Russie, comme s’il s’agissait d’une pièce de musée figée.
Durant ses études, l’étudiant se lie d’amitié avec la famille Zilanov, installée à Londres. Mikhaïl Platonovitch Zilanov est un militant politique actif. Sa plus jeune fille, Sonia, frappe Martyn par sa brusquerie et son regard terne et bridé. L’étudiant tombe éperdument amoureux de la jeune fille effrontée. Darwin, de son côté, entreprend également de courtiser Sonia, ce qui éveille chez Martyn une jalousie profonde et contenue. Lors du match de football final, Martyn défend les cages de son équipe avec abnégation, espérant impressionner Sonia par ses prouesses athlétiques, mais elle reste indifférente jusqu’au coup de sifflet final.
Darwin demande officiellement Sonya en mariage. Elle le repousse catégoriquement, jugeant cet Anglais raisonnable trop superficiel. Martin, pris d’une vague de joie, se précipite pour embrasser Sonya. Leur relation, cependant, demeure froide et incertaine. Plus tard, lors d’une promenade en barque sur une rivière, Martin et Darwin se livrent à un violent combat à mains nues. Boxant dans une clairière verdoyante, ils s’échangent des coups de poing au visage jusqu’au sang. Le combat sportif se termine pacifiquement. Les deux camarades fidèles se lavent les plaies à l’eau froide.
La vie berlinoise
Après avoir obtenu son diplôme à Cambridge, Martyn s’installe à Berlin. Les Zilanov vivent désormais en Allemagne. Le jeune homme dissimule obstinément à son beau-père son aversion totale pour les affaires. Il gagne sa vie en effectuant des travaux manuels pénibles, notamment en servant des balles de tennis. Sonya travaille comme simple sténographe. Martyn s’intègre peu à peu à la communauté des émigrés de Berlin. Il s’entretient fréquemment avec l’écrivain autoritaire Bubnov, écoutant leurs interminables conversations sur la haute politique et la littérature.
Martyn et Sonya inventent un pays exotique imaginaire : « Zoolandia ». C’est un lieu sauvage et hostile où la science est strictement interdite et où tous les habitants sont tenus de se raser la tête. Pour Martyn, cette fiction devient un moyen secret d’exprimer ses pensées inavouées sur le danger et l’héroïsme. Sonya se désintéresse rapidement de ces lois cruelles et fictives. Elle prend encore plus ses distances avec Martyn. Elle fréquente assidûment de nouvelles personnalités mondaines et évite toute conversation intime.
La vie en France
Tourmenté par un amour non partagé, le jeune homme part soudainement pour le sud de la France. Il travaille dans les fermes d’autrui, cueille des pêches dans les vergers et laboure les vignes. Le dur labeur agricole fortifie visiblement son corps musclé. La nuit, Martin songe à un plan audacieux : franchir clandestinement la frontière soviétique. Il écrit à Sonia une longue lettre, espérant une réponse. Elle lui demande froidement de la laisser tranquille. Martin décide de rompre avec son existence confortable et paisible et achète un billet direct pour Riga.
Retour et préparation
Avant de mettre son plan à exécution, le vagabond retourne en Suisse. Sofia Dmitrievna est folle de joie à l’arrivée de son fils. Son oncle Genrikh, désormais son époux, est exaspéré par l’insouciance du jeune homme. Martyn demande un prêt à son beau-père avec impolitesse, promettant de partir bientôt pour toujours. Dans le jardin de l’hôtel, il rencontre par hasard Youri Timofeïevitch Gruzinov. Cet ancien officier est célèbre pour ses raids secrets en territoire soviétique. Martyn tente prudemment d’obtenir de lui les itinéraires sûrs nécessaires.
Gruzinov se montre étrangement évasif. Il se moque ouvertement de Martyn, déplaçant distraitement une épingle de sûreté sur une carte topographique dépliée. Le jeune homme comprend avec douleur que le saboteur expérimenté le prend pour un rêveur et un garçon frivole. Leur conversation secrète reste sans suite. Martyn fait sa valise et fait ses adieux à sa mère. Sofia Dmitrievna l’accompagne jusqu’à la porte, le suppliant en larmes d’écrire plus souvent. Martyn part pour Berlin afin d’effacer toute trace de son passage.
La disparition d’un héros
Dans la capitale allemande, le voyageur découvre par hasard que Bubnov a publié un récit fantastique, «Zoolandia». Le célèbre écrivain a exploité sans scrupules les fantasmes de Martyn et Sonia pour son œuvre. Martyn rend visite aux Zilanov. Sonia l’accueille avec une froideur ostentatoire. Le jeune homme lui raconte une histoire fictive sur un futur emploi dans une usine allemande. Il refuse de rester pour la soirée en famille, embrasse Sonia, indifférente, sur la joue et s’en va pour toujours. Dans la rue, le soir venu, il est pris d’une angoisse terrible.
Martyn rencontre Darwin dans une chambre d’hôtel. L’Anglais se vante de sa brillante carrière de journaliste et de son mariage imminent. Martyn révèle alors son véritable plan, mortel, à son ami britannique. Il insiste pour que Darwin envoie chaque semaine des cartes postales pré-écrites à Sofia Dmitrievna. Darwin, obstinément persuadé que son ami plaisante, s’en va sans un mot. Martyn disparaît sans que personne ne s’en aperçoive, tandis que son ami se tourne nonchalamment vers le mur. Se retournant, l’Anglais ne trouve dans la chambre vide qu’un morceau de papier d’emballage.
Après plusieurs jours d’angoisse, Darwin reçoit un gros colis de cartes postales de Berlin en provenance de Lettonie. Il envoie prudemment un premier message rassurant. Puis la panique s’installe. Le journaliste se précipite à Riga et contacte le consulat britannique et la police locale. Aucune trace de Martin Edelweiss. Le courageux jeune homme a franchi illégalement la frontière et a disparu dans les forêts du nord. De retour à Berlin, Darwin raconte tout aux Zilanov. Sonya est prise d’une violente crise d’hystérie, réalisant pour la première fois que Martin est mort. Un Zilanov abasourdi promet de mener l’enquête en toute confidentialité.
À l’automne, le fidèle Darwin arrive en Suisse. Il est contraint d’annoncer en personne la terrible nouvelle à Sofia Dmitrievna. Le chalet de montagne Edelweiss l’accueille sous une neige humide et piquante, dans un silence pesant. Darwin émerge du jardin désert, le portail entrouvert. L’Anglais s’enfonce d’un pas lourd dans la forêt d’épicéas. L’air y est lourd, le sentier obscur serpente entre les troncs noirs. Une eau invisible murmure sous la neige humide. Darwin s’arrête, allume sa pipe, secoue la tête et s’éloigne lentement sur le chemin forestier.
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