« Gypsy » de Dina Rubina, résumé
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Ce recueil de nouvelles et de romans courts, publié en 2005, mêle légendes familiales, tragédies historiques du XXe siècle et récits de voyage. L’auteur, narrateur, relate le quotidien de personnes isolées dans l’arrière-pays russe, à Jérusalem et dans les provinces italiennes. Le livre se distingue par une langue vivante, des détails du quotidien et une profonde compassion pour la fragilité humaine.
Entre les heures
Idées en porcelaine
L’auteure interviewe Evgenia Leonidovna, âgée de quatre-vingt-dix ans. Ce personnage est inspiré de la sculptrice Asta Brzhezitskaya. La vieille dame évoque avec humour son enfance à Penza, sa fuite en Crimée pendant la guerre civile, l’attaque de son train par la Bande rouge et la famine.
Elle raconte comment elle a appris la sculpture à Moscou auprès du sculpteur Matveyev, puis a effectué un stage à la manufacture de porcelaine Dulevo. Là, elle a trouvé une liberté créative et a réalisé des figurines théâtrales, parmi lesquelles on peut citer « Princesse Turandot » et « La Cerisaie ». Le travail de la terre est devenu sa raison d’être, et elle compare la cuisson de la porcelaine à un miracle.
Meurtrier
L’intrigue tourne autour de la grand-tante de l’auteure, Bertha. Dans sa jeunesse, elle tomba enceinte de son cousin. Lorsque le jeune homme, sur les conseils des médecins, refusa de l’épouser, Bertha lui tendit un piège et lui jeta de l’acide sulfurique au visage. Le jeune homme mourut sur les pavés. Un jury acquitta la jeune fille. Les frères de la victime témoignèrent en sa faveur, sauvant ainsi leur mère, qui avait tenté de se suicider par pendaison, accablée de chagrin.
Plus tard, Berta épousa astucieusement l’ingénieur Misha Leshchinsky. Ils survécurent à l’évacuation à Tachkent, où Berta travailla comme gérante de cafétéria et amassa une somme considérable. À la fin de sa vie, elle était devenue une vieille femme avare et sourde, qui économisait méthodiquement du charbon. Elle pressentit sa propre fin et mourut seule à quatre-vingt-dix ans.
gitan
L’auteure explore le mythe du «sang gitan». Son arrière-arrière-grand-père avait ramené de la foire une véritable gitane, qui devint sa fidèle épouse, avant de s’enfuir dans un camp au printemps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis exécutèrent cette gitane ainsi que toute sa famille juive. Avant de mourir, elle maudit ses bourreaux, jurant qu’ils dévoreraient la terre pour sa descendance.
Peu après, les bourreaux furent tués par une mine. La narratrice comprend alors que l’ombre de son aïeule la protège invisiblement. Quiconque a fait du mal à l’auteure subit un châtiment physique sévère, qu’il s’agisse du bras cassé d’un tyran d’école ou de la mort d’un éditeur cynique.
Adam et Miriam
Par une journée pluvieuse à Jérusalem, le narrateur prend en stop une vieille dame nommée Miriam et l’invite à partager une soupe dans un restaurant géorgien situé en sous-sol. Au son d’un choral ancien, Miriam lui confie les terribles souvenirs du ghetto de Grodno. Lors d’une fusillade, elle a miraculeusement survécu à une fosse commune, s’extirpant des corps des victimes.
Elle se cacha alors dans une grange pendant deux jours. Un énorme sanglier la protégea des patrouilles allemandes de son corps. Des paysans des environs la cachèrent pendant deux longues années dans un minuscule trou creusé sous le plancher. Pris de panique, ils abandonnèrent la fugitive émaciée aux portes du camp. Là, un médecin américain la soigna jusqu’à sa guérison. Trente ans plus tard, Miriam assista à un congrès à San Francisco et y rencontra par hasard son amour de jeunesse du ghetto : le professeur israélien Adam.
Grand-père et Laima
Ce récit est celui du grand-père du narrateur, Moisei Gurevich, et de sa seconde épouse, Laima. Mon grand-père a miraculeusement survécu aux camps staliniens et aux mines d’uranium, échappant à l’exécution. Sa première épouse, Pania, est décédée en 1942 d’une septicémie alors qu’elle sauvait des orphelins. Dans le camp, Moisei a rencontré une Lettone, Laima. Enceinte, elle a été libérée et a donné naissance à un fils dans une grange abandonnée sur la route de Riga. Moisei l’a retrouvée plus tard et ils ont vécu heureux en Sibérie. Par un incroyable coup de chance, mon grand-père a pu se réinsérer, a retrouvé par hasard ses enfants issus de son premier mariage et a réuni toute la famille.
Ralph et Shura
Une courte histoire sur la relation entre Ralph, un chien de chasse, et Shura, un chat turbulent. Shura a élevé Ralph depuis son plus jeune âge et l’a tenu en stricte discipline, le giflant souvent. Lorsque des voyous ont tué Shura, l’énorme chien est tombé dans une profonde dépression et a imploré son sévère maître.
Le personnel du Père Noël
Le jeune acteur du Spectator Theater, Mikhaïl Martynov, se rend dans un camp de pionniers en forêt pour y jouer le rôle du Père Gel. Muni d’un simple bâton et d’une perruque ridicule, sa prestation est catastrophique. Le soir même, le directeur du camp emmène Mikhaïl chez lui, où règne une atmosphère tendue, marquée par des querelles conjugales entre son gendre et sa belle-mère. L’acteur est alors contraint de passer la nuit dans le gymnase désert d’une école.
La fille du metteur en scène, une jeune fille rousse prénommée Tanya, arrive également. Mikhaïl lui lit avec enthousiasme «Cyrano de Bergerac» d’Edmond Rostand. Touché par les larmes sincères et la gratitude de son unique spectatrice, l’acteur interprète avec brio son rôle fétiche, oubliant ses échecs et sa fatigue.
En Russie, il faut vivre longtemps…
De tendres souvenirs de l’écrivaine Lidia Borisovna Libedinskaya. L’auteur admire sa lucidité, son élégance et son incroyable liberté face aux craintes du commun des mortels. Lidia Borisovna savait apprécier les petits plaisirs, voyager à travers le monde et vivre pleinement son âge. Ils se rendent ensemble au domaine restauré de Shakhmatovo, propriété d’Alexandre Blok, près de Moscou. Lidia Borisovna se souvient comment, quarante ans plus tôt, Korney Chukovsky lui avait dit avec philosophie que pour espérer la renaissance du domaine, il suffisait de vivre longtemps.
Entre les terres
Brouillard
L’inspecteur Arkady enquête sur la mort de Jamila, une jeune Arabe, dans la ville brumeuse de Safed. Son frère, Salah, avoue l’avoir forcée à boire du poison pour laver l’honneur familial. Jamila entretenait une liaison secrète avec un jeune soldat. La jeune fille a agonisé pendant quatre jours. Arkady est déterminé à punir les coupables, mais Salah se rétracte. L’autopsie ne révèle que des preuves circonstancielles. L’inspecteur est contraint de relâcher le suspect.
Désespéré par l’impuissance de la loi face aux coutumes locales primitives, Arkady s’enivre dans un bar de nuit. Là, il assiste à un débat philosophique entre deux kabbalistes sur la lumière et les ténèbres. Le lendemain matin, le brouillard se dissipe, et il se résigne au cours inéluctable de l’existence.
Sur la route d’Heidelberg
Carnet de voyage en Allemagne. Dans la vieille ville de Michelstadt, l’auteure et ses amis font la connaissance de Victoria, une émigrée russophone. Elle travaille au château d’une princesse portugaise et partage avec enthousiasme des anecdotes sur la vie des aristocrates modernes. Elle évoque des scandales au sein d’une famille noble et l’achat de faux documents royaux pour la fiancée russe du petit-fils d’un comte. Victoria est sincèrement ravie de pouvoir parler russe, et ses propos trahissent une profonde nostalgie de sa langue maternelle.
La surface du lac dans une brume nuageuse
Carnets de voyage italiens. La narratrice parcourt la côte amalfitaine, Naples, Pompéi et les lacs du nord avec son mari. À Venise, ils louent une gondole et découvrent avec surprise que le gondolier est un Polonais originaire de Łódź. Il est venu en Italie pour sa jeune nièce. Sa sœur, Agnieszka, a été tuée par des mafieux siciliens lors d’une tentative d’assassinat contre son mari italien. L’auteure médite sur l’art, les caractères nationaux et le flot incessant de destins tragiques qui croisent les routes touristiques européennes.
Âne blanc attendant le Sauveur
Une promenade à travers Jérusalem commence par l’ancien cimetière chrétien de la Vallée des Esprits. Moyennant une somme d’argent, le gardien arabe, Meir, montre les tombes des Templiers allemands immigrés. Ces personnes étaient venues attendre le Messie, mais furent plus tard expulsées par les Britanniques pour leur soutien indéfectible à Hitler.
Les femmes visitent ensuite le couvent russe du Mont des Oliviers. L’abbesse leur présente fièrement le clocher de soixante-quatre mètres et les anciennes mosaïques byzantines. Elle leur fait rencontrer Alexandra, une religieuse et iconographe de talent, issue d’une famille arabe. Le parcours s’achève au Tombeau des Petits Prophètes. Une grande famille arabe vit paisiblement au-dessus des grottes antiques et perçoit un droit d’entrée auprès des pèlerins. Le flanc de la montagne est parsemé de tombes, et un âne blanc se tient docilement au bord du chemin, attendant le Sauveur.
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