Résumé de « L’amour pour trois Zuckerbrins » de Victor Pelevin
Automatique traduire
Ce livre, une dystopie philosophique de Viktor Pelevin publiée en 2014, mêle une critique acerbe de la société de consommation numérique à des mythes anciens et au concept de mondes parallèles. Le texte dévoile les mécanismes occultes de l’esclavage informationnel et décrit une réalité sombre où les individus abandonnent volontairement leur volonté et leur conscience aux algorithmes des réseaux.
En 2015, l’ouvrage a été finaliste du prix littéraire national Bolshaya Kniga (Grand Livre). Un opéra inspiré du roman a été créé et a remporté le prix de théâtre Onegin.
Le réveil du Cyclope
Le narrateur, dissimulant sa véritable identité sous le pseudonyme de «Cyclope», œuvre secrètement comme protecteur cosmique de l’humanité. Son histoire commence dans un appartement moscovite hérité d’un parent éloigné. Il y découvre la «Boîte n° 1» renfermant d’anciens écrits ésotériques. Le héros se libère de la haine et des accès de conscience qui gangrènent la société, se préparant ainsi à l’éternité. Lors d’une séance de yoga devant un vieux miroir, il découvre par hasard une terrifiante clairvoyance. Il acquiert le pouvoir de percevoir les pensées de ceux qui l’entourent et l’histoire cachée de tout objet.
La surcharge d’informations plonge rapidement le héros dans la folie. Il se sent comme un plongeur au milieu de poissons agressifs, où chaque poisson est le secret ou la souffrance d’autrui. Pour survivre, il se soumet entièrement à l’assaut de l’Univers. À cet instant, une transformation mystique se produit. D’abord plongé dans un profond sommeil médical, il aperçoit des silhouettes mystérieuses masquées de blanc. Cette ancienne « Suite » lui coud les yeux et lui sculpte un nouvel œil, « cyclopéen », sur le front. Bientôt, la vision devient une dure réalité, et le héros endosse le fardeau du maintien de l’équilibre universel.
Sa mission est d’empêcher les perturbations mineures mais destructrices de l’univers. Il conçoit l’univers comme un immense plateau orné du symbole du Yin et du Yang, où s’affrontent les forces de création et de destruction. L’équilibre de la société humaine repose sur un enchevêtrement chaotique d’innombrables connexions insignifiantes. Toute déviation menace d’entraîner un effondrement global.
Le Surveillant vit à Moscou, prétendant occuper un emploi de bureau ennuyeux. Son bureau fictif se situe un étage au-dessus des véritables locaux de la rédaction du site d’information en ligne Contra.ru, aujourd’hui en déclin. Grâce à la suggestion télépathique – un «verbe» – , il influence les passants et les amène à changer d’avis. Parfois, il suffit qu’un citoyen ramasse un parapluie oublié pour modifier le cours des catastrophes futures. Le Cyclope n’a pas le droit de sauver ouvertement des vies ni d’intervenir dans les tragédies. Il est seulement autorisé à veiller invisiblement sur le «lien du temps».
L’attaque des oiseaux
Les principaux ennemis métaphysiques de l’univers sont les Oiseaux. Ces créatures colossales venues d’une autre dimension vouent une haine farouche au Créateur, ou Sanglier Antique, qui les condamne à la souffrance au sein de sa création imparfaite. Elles cherchent à détruire Dieu, utilisant les âmes humaines comme projectiles vivants. Un jour, la Suite envoie un avertissement au Cyclope par le biais d’un ancien papyrus égyptien. Peu après, le gardien échappe de justesse à la mort : sous ses yeux, un homme s’effondre, l’esprit possédé par les Oiseaux. Prenant l’homme mourant par la main, le Cyclope parvient à sonder sa conscience déclinante et à comprendre la stratégie de l’ennemi.
Cyclope condense ses visions dans le récit « Les Gens de bien ». Dans ce récit, Nikolaï, Dasha et le philosophe Rodolphe se retrouvent piégés dans le Char de la Mort. Des oiseaux les transforment en bombes vivantes et les projettent à travers le désert rouge sur un cochon vert à l’allure caricaturale : le Sanglier Antique. Les oiseaux donnent délibérément au Créateur une apparence repoussante afin que les humains puissent viser avec précision. Nikolaï s’écrase contre la barrière protectrice du Créateur. Dasha, transformée en œuf de métal contenant un embryon infernal, tombe dans un trou noir, mais échoue elle aussi. Alors, Rodolphe Sergueïevitch prend conscience de l’horrible vérité.
Dieu se cache dans le cosmos des idées de Platon. Les oiseaux ne peuvent tuer le Créateur que d’une seule manière : en contraignant les hommes à oublier tout de lui. Pour ce faire, ils doivent effacer de l’esprit humain le concept même du divin.
L’avenir des innocents
Le sujet principal des observations de Kiklop est Innokenty, alias Kesha. Jeune employé du site web « Contra.ru », il travaille juste en dessous du bureau du narrateur. Kesha rédige des tests de gadgets, insulte les visiteurs des forums et souffre d’instabilité familiale. Il se plonge régulièrement dans la pornographie virtuelle, adorant les films mettant en scène des écolières japonaises. Kiklop remarque quelque chose d’inquiétant. Durant ces séances, l’énergie vitale de Kesha est aspirée par des polypes noirs invisibles. Ces derniers sont connectés aux « Zuckerbrins », des algorithmes d’information omniprésents qui exploitent les faiblesses humaines.
Observant l’un des parcours probables de Kesha à travers les dimensions parallèles, Kiklop décrit son incarnation future. Dans la nouvelle « FUCK THE SYSTEM », Kesha vit dans un futur lointain, dans le complexe résidentiel 23444-2Zh, flottant au-dessus des nuages. Son corps physique est suspendu en apesanteur dans une cabine exiguë, étroitement enveloppé par les tubes du système de survie « LifeBEat ». Son cerveau est directement connecté à un système de réalité virtuelle : un écran de réalité virtuelle. Les processus physiologiques sont réduits au minimum et toute communication sociale se déroule dans des rêves lucides.
Kesha a pour compagne une mondaine sourde-muette nommée Marilyn et une assistante virtuelle secrète, « Petite Sœur », qui prend l’apparence d’une écolière japonaise maltraitée. Il travaille dans un stade virtuel, courant en rond au milieu de cabanes en flammes illusoires et de débris de verre. Il subit de véritables douleurs physiques pour gagner des points et acheter de l’absinthe virtuelle et autres plaisirs numériques.
Dans le cyberespace, Kesha publie régulièrement des messages sur le Mur de la Confiance, proclamant sa prétendue victoire sur le système. Un jour, il reçoit une réponse de Batu Karaev, un cyberterroriste légendaire. Batu pirate le compte Facebook (продукт Meta Platforms Inc., компания признана экстремистской организацией, деятельность на территории РФ запрещена) du héros et apparaît devant lui sous les traits d’un homme mort, tenant une clé USB dorée. Le terroriste révèle une vérité glaçante : le réseau informationnel asservit les individus depuis longtemps, les nourrissant de pensées préconçues et de publicités ciblées. Les Zuckerbrin, quant à eux, drainent sans cesse l’énergie de leurs captifs pour assurer leur propre survie.
Karaev offre à Kesha un code d’urgence pour se déconnecter complètement et se libérer. Mais Kesha, lâche, trahit le rebelle. Il livre Karaev à un assistant virtuel, espérant une récompense. Les Zuckerbrin comblent Kesha d’amour divin et rehaussent son statut social. Ils promettent de faire de lui une idole pour des millions de personnes. Mais lors de la cérémonie sur la place de la Dissidence, le luxueux monument à Kesha se transforme en une gigantesque cocotte-minute. Les algorithmes ont tout simplement réinitialisé la matière humaine.
Eden et l’ange Spero
Une jeune fille modeste nommée Nadya travaille à la rédaction de « Contra ». Elle prend soin des plantes et jouit d’une paix naturelle profonde, préservée du bruit numérique. Dans une vision, Cyclope découvre son avenir lointain. Au chapitre « Dum spero spiro », Nadya devient un être divin nommé Spero et garde le royaume paisible d’Éden. Des âmes humaines renaissantes, venues de mondes parallèles, y arrivent. Là-bas, les cruels réseaux d’information n’existent plus.
D’anciens journalistes, des intellectuels du web et des terroristes prennent forme d’animaux intelligents. Dans de vertes prairies vivent Agenda, le chien à trois têtes, Hugo, l’hippopotame mélancolique, Serge, le cacatoès chanteur, et Batu, l’hypnopython. Ces animaux prennent en otage des moutons naïfs et sèment la peur chez les animaux pour contraindre les puissances supérieures à répondre à leurs questions existentielles. Un dieu fatigué et corpulent, vêtu d’un simple drap, arpente le chemin céleste. Spero explique aux animaux qu’elle a créé l’Éden comme un havre de paix pour les âmes perdues. Elle leur demande de ne pas chercher de sens complexes et de simplement savourer la fugacité de l’existence.
Attentat terroriste et nouvelle réalité
La réalité actuelle est bouleversée par un attentat terroriste. Batu Karayev, un islamiste radical de notre univers, fait exploser une bombe dans les locaux de la rédaction de « Contra ». Kesha, Nadya et la plupart des employés sont tués. La puissante onde de choc projette Kiklops de sa chaise à l’étage. Le groupe comprend alors : les Oiseaux ont localisé le directeur avec précision grâce à la conscience de Kesha lors d’une de ses visions. Des individus masqués recousent le troisième œil de Kiklops et placent son double de cire dans une niche numérotée 1156, le coupant à jamais de son poste cosmique.
Ayant perdu ses dons de clairvoyance, le narrateur se retire dans la vie citadine ordinaire. Il comprend bientôt les mécanismes du voyage entre les univers parallèles, qui reposent sur des choix moraux et des actions infimes, faits à chaque instant. Embarqué dans un nouveau train du destin, l’ancien Cyclope se retrouve dans un monde sans attentats terroristes. Kesha, Nadya et les poètes en vogue sont vivants, et la rédaction continue de fonctionner.
Dans le métro, les gens nourrissent docilement des Zuckerbrins invisibles à travers les écrans lumineux de leurs téléphones. Simple écrivain demeurant, le héros consigne ses aventures dans un livre. Il sait pertinemment que, parmi l’infinité de mondes possibles, il existera forcément un endroit où toute cette histoire se révélera être la dure réalité.
Vous ne pouvez pas commenter Pourquoi?