"Sugar Glow" de Dina Rubina, résumé
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Ce livre est un recueil de nouvelles et de romans courts, publié en 2017. L’auteure y puise dans l’histoire de sa famille, le destin de compagnons de voyage rencontrés par hasard et ses propres souvenirs, mêlant avec brio faits historiques et fiction.
Destins et porcelaine
Le texte s’ouvre sur le préambule de l’auteure. La narratrice évoque des voyages joyeux à travers l’Europe, une profonde compréhension d’Israël et une prise de conscience d’elle-même à la moitié de sa vie. L’auteure se penche ensuite sur les légendes familiales.
Le premier roman, « Aventures de porcelaine », se présente comme un entretien avec la légende de la porcelaine soviétique, Evgenia Leonidovna. La sculptrice chevronnée y évoque son enfance à Penza, la mort de son canard apprivoisé, Vaska, sa fuite en Crimée pour échapper aux bandes de l’Armée rouge et son échec au concours des Jeunes Pionniers, dû à son attirance pour Charlotte Corday. Elle décrit également son expérience d’assistante du célèbre pilote Tchkalov et ses études auprès du sculpteur Alexandre Matveïev.
L’artiste décrit en détail les étapes de création des figurines à l’usine Dulevo : la sculpture, l’émaillage des statues imposantes et leur cuisson à 1 400 degrés Celsius. Elle évoque son mari, Boba, gagnant des antiquités aux cartes, et la création de la série « Princesse Turandot ». Evgenia Leonidovna a trouvé une véritable liberté dans son atelier, travaillant l’argile vierge.
Chroniques familiales
La nouvelle « Le Meurtrier » est dédiée à la grand-tante de l’auteur, Berta. Avant la révolution, dans la ville de Zolotonosha, elle tenait la comptabilité de la confiserie de son père. Dans sa jeunesse, elle jeta de l’acide sulfurique au visage d’un cousin qui l’avait déshonorée. Le cousin mourut, mais ses frères prirent la défense de Berta lors du procès. Des années plus tard, elle épousa son admirateur de longue date, Misha Leshchinsky, qui ressemblait étrangement à Charlie Chaplin.
Berta devint une communiste intransigeante, dotée d’un don exceptionnel pour les mathématiques. Après avoir survécu à l’évacuation vers Chirchik, elle tint une cafétéria, consulta secrètement des hommes d’affaires douteux et vécut jusqu’à un âge avancé.
L’histoire « Gitane » explore les racines romani d’une famille. Un arrière-arrière-grand-père ramena chez lui, après une foire, une femme romani qui devint son épouse. Chaque printemps, elle se rendait au camp. L’arrière-grand-mère possédait le don de prescience. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis l’exécutèrent avec sa famille. Avant de mourir, elle maudit ses bourreaux d’un hurlement sauvage, et peu après, une étincelle les fit exploser.
L’auteure elle-même se sent proche des gitans. À Ségovie, en Espagne, elle marchande avec acharnement une nappe avec des gitanes, reçoit une malédiction et tombe gravement malade. Pourtant, la narratrice est confiante en sa protection invisible : tous ceux qui l’ont offensée ont invariablement subi un châtiment sévère.
Les voix du passé
L’héroïne du roman « Adam et Miriam » est une femme âgée que l’auteur rencontre dans Jérusalem sous la pluie. Miriam raconte son évasion du ghetto de Grodno. Lors d’une exécution de masse, elle échappa miraculeusement à sa tombe. Un énorme sanglier la sauva d’une patrouille en la cachant avec sa dépouille dans une grange. Les paysans la dissimulèrent ensuite dans une fosse sous un poêle pendant deux ans.
Plus tard, les sauveteurs, las d’avoir peur, abandonnèrent la rescapée émaciée aux portes du camp de concentration. Là, un médecin américain la soigna jusqu’à sa guérison, l’obligeant à manger des coquilles d’œufs pour le calcium. Des décennies plus tard, lors d’un congrès à San Francisco, Miriam rencontra par hasard Adam, son premier amour du ghetto. Ils se marièrent et vécurent ensemble pendant vingt et un ans.
Le récit «Grand-père et Laima» a été écrit sous forme de lettre adressée au musée Yad Vashem. Grand-père Moisei, directeur de banque, fut déporté dans les camps en 1938. Sa première épouse, Panya, sauva des orphelins en leur obtenant un wagon, mais mourut d’une septicémie. Dans les mines d’uranium de Sibérie, Moisei rencontra une Lettone, Laima.
Après sa libération avec le bébé, elle marcha jusqu’à Riga. Son grand-père fut libéré plus tard, retrouva Laima et, grâce à un article de journal, retrouva ses enfants issus d’un premier mariage à Saratov. Ils avaient eu des jumeaux, et Moïse adora gagner à la loterie jusqu’à un âge avancé.
Le court sketch «Ralph et Shura» met en scène l’étrange amitié entre le chien de chasse Ralph et le chat dominant Shura. Lorsque ce dernier est tué par des brutes, l’énorme chien souffre et hurle pendant des heures sur la partie ensoleillée du tapis où son ami le lavait.
Réalités théâtrales et réalités de la vie
Dans l’histoire « Le bâton du Père Noël », Misha, un jeune acteur du Théâtre de la Jeunesse, se rend à une représentation du Nouvel An dans un camp de pionniers, sans barbe ni manteau. La représentation tourne au fiasco jusqu’à l’arrivée fracassante d’animateurs professionnels. Le directeur du camp, un homme taciturne, emmène Misha vivre chez sa famille querelleuse, puis le laisse passer la nuit dans le gymnase. Tanya, la fille rousse du directeur, s’y introduit en cachette.
Inspiré par son attention captivée, Misha interprète «Cyrano de Bergerac» pour l’adolescent toute la nuit, virevoltant sur les tatamis et les barres. Au matin, il se retire dans la forêt glacée, exalté par ce triomphe créatif spontané.
L’essai «En Russie, il faut vivre longtemps…» est dédié à la mémoire de l’écrivaine Lidia Borisovna Libedinskaya. L’auteure admire son esprit clair, son goût impeccable et son courage. Libedinskaya lui a toujours appris à ne pas avoir peur, à ne pas être jalouse ni envieuse. Les deux femmes visitent le domaine restauré de Blok à Shakhmatovo, détruit par les paysans avant la Révolution. Les mots de Korney Chukovsky, «En Russie, il faut vivre longtemps», deviennent un symbole du lien entre les générations et la mémoire culturelle.
Affaires criminelles et notes de voyage
L’histoire «Brouillard» se déroule à Safed, ville montagneuse. L’inspecteur Arkady, ancien musicien de conservatoire, enquête sur la mort de Jamila, une Arabe. Le frère de la défunte, Salah, avoue l’avoir forcée à boire un poison agricole pour laver l’honneur familial : elle entretenait une liaison secrète avec un jeune soldat. Cependant, la femme agonise pendant quatre jours, les produits chimiques se décomposent et l’examen médico-légal à Abou Kabir ne permet pas de déterminer les causes du décès. Salah se rétracte.
Lors d’un camp d’entraînement de la réserve, le commandant renvoie Arkady et Salakh chez eux pour éviter une fusillade. Arkady est contraint de relâcher les suspects. Frustré par l’impunité de ces coutumes barbares, l’enquêteur s’enivre dans un bar clandestin où il assiste à un débat philosophique kabbaliste sur la lumière et les ténèbres. Le lendemain matin, il se résigne à l’ordre du monde, contemplant le lever du soleil sur un ancien cimetière.
Dans son récit de voyage «La surface d’un lac dans la grisaille nuageuse», la narratrice parcourt l’Italie avec son mari, Boris, artiste. Le couple explore Amalfi, Sorrente et Pompéi, et flâne dans les rues de Naples et de Venise. Au fil de leurs pérégrinations, ils rencontrent des émigrés russes : Victoria, une nourrice mécontente de son gendre italien, et un gondolier polonais dont la sœur a été assassinée par la mafia en Sicile.
L’art s’intègre harmonieusement au quotidien : l’auteur évoque l’esthétique du verre vénitien, la technique du sfumato de Léonard de Vinci et observe un vieux facteur italien à Positano. Il en conclut que le désir de voyager apaise temporairement la mélancolie.
Le livre s’achève sur le récit «L’Âne blanc qui attend le Sauveur». C’est une promenade captivante à travers Jérusalem. La fille de l’auteure l’emmène à la Colonie allemande, au cimetière des Templiers. Le gardien, Meir, montre la tombe de Slava Kourilov et évoque subtilement l’histoire des Allemands enterrés là, dont les descendants, ayant soutenu le nazisme, furent déportés en Australie par les Britanniques. S’ensuit une visite au couvent russe du Mont des Oliviers. L’abbesse, surnommée «Mère Marteau», présente des mosaïques byzantines et fait la connaissance de la religieuse iconographe Alexandra.
Le point culminant est la descente dans le Tombeau des Petits Prophètes, où une famille arabe vit depuis la Guerre des Six Jours. Un âne blanc richement décoré monte la garde au bord de la route escarpée : selon la croyance locale, il est prêt à servir le Messie, qui descendra de cette montagne pour ressusciter les morts. La cité antique vibre au son des muezzins, des cloches et des prières, condensés en un seul élan spirituel.
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