« Léviathan » de Boris Akounine, résumé
Ce roman policier, paru en 1998, se présente comme un polar hermétique classique, se déroulant exclusivement dans l’espace confiné d’un navire. Le récit est narré du point de vue de différents personnages, qui relatent les événements à travers des extraits de journaux intimes, des lettres privées et des rapports de police. Cette description des mêmes scènes par différents points de vue permet au lecteur de reconstituer un tableau cohérent à partir d’éléments disparates.
Ce roman fait partie d’une série de romans policiers historiques relatant les aventures d’Erast Fandorin. Il s’agit du troisième tome de ce vaste cycle, après « Azazel » et « Le Gambit turc ». Il est précédé de « La Mort d’Achille », « Missions spéciales » et d’autres œuvres célèbres de l’auteur.
Tragédie rue de Grenelle
En mars 1878, le paisible Paris fut secoué par un massacre d’une violence inouïe. Dix personnes furent empoisonnées dans le somptueux hôtel particulier de Lord Littleby. La police découvrit les domestiques et les gardes attablés à la cuisine. Le meurtrier avait administré une dose mortelle de morphine aux victimes, dont deux jeunes enfants. Le propriétaire mourut au deuxième étage, victime d’un coup violent à la tête porté avec un objet lourd. Une imposante statue en or du dieu Shiva et un mouchoir indien ancien furent dérobés dans la collection du lord. La statue fut retrouvée peu après, échouée sur les rives de la Seine.
Le commissaire Gustave Gauche découvre un indice précieux sur les lieux du crime. Les doigts gelés du défunt Littleby serrent un insigne en or représentant une baleine. Il s’agit de l’emblème officiel du tout nouveau paquebot géant, le Léviathan, qui quitte Southampton pour Calcutta. Cet insigne est exclusivement réservé aux officiers supérieurs et aux passagers de première classe. Gauche embarque déguisé en riche rentier parisien, espérant identifier et arrêter le criminel.
Passagers dans la cabine Windsor
Le détective interroge l’équipage et constate que plusieurs passagers ont perdu leur insigne doré. Ghosh réunit les suspects autour d’une table commune dans le salon-restaurant avant du Windsor. Parmi eux se trouvent l’excentrique baronnet anglais Reginald Milford-Stokes, qui écrit son journal avec du lait, et la Suissesse Renata Kleber, enceinte et capricieuse. Ils sont rejoints par la vieille dame anglaise Clarissa Stamp et l’officier japonais taciturne Gintaro Aono. Afin d’élargir l’enquête, Ghosh interroge également le médecin du bord, Truffo, et sa femme, ainsi que l’indologue britannique Sweetchild.
Lors d’une escale à Port-Saïd, le diplomate russe Erast Fandorin embarque. Lui aussi voyage sans insigne de première classe, refusant de porter les marques officielles. Fandorin, doté d’un esprit vif, déchiffre le déguisement maladroit de Gosh. Le commissaire est contraint de révéler sa véritable identité à tous les Windsoriens. Il déclare que le tueur impitoyable de la rue de Grenelle se trouve parmi les passagers de la cabine.
Le secret du Rajah d’Émeraude
Le professeur Sweetchild raconte à ses compagnons de voyage une ancienne légende concernant un trésor oriental inestimable. Jadis, le rajah indien Bagdassar avait amassé cinq cent douze pierres précieuses d’une pureté irréprochable. Lors de la révolte des Cipayes, le rajah se suicida, craignant la honte de la captivité. Il ne laissa à son jeune fils, qui vivait en France, qu’un exemplaire du Coran et une écharpe de soie peinte. C’est cette écharpe, issue de la collection du seigneur assassiné, qui recèle le secret de la fabuleuse richesse du Rajah d’Émeraude.
Les événements à bord prennent une tournure inquiétante. Un homme noir gigantesque pénètre dans la cabine de Renata Kléber. Alerté par les cris de terreur de la femme, le second Charles Rainier accourt et abat l’Africain d’un coup de poignard. Tous attribuent l’incident à l’agressivité naturelle de l’indigène. Cependant, Fandorin doute de la véracité de cette version. Le diplomate a déjà rencontré des membres de cette tribu africaine et connaît leur nature douce et pacifique.
De nouvelles victimes à bord
À son arrivée à Aden, le professeur Sweetchild se renseigne au bureau de télégraphe et annonce aux passagers avoir résolu le mystère de l’écharpe indienne. Le scientifique a également identifié l’héritier du légendaire rajah. Sweetchild n’a pas le temps de révéler son nom. L’alarme incendie retentit à bord. Dans la confusion, la gorge du professeur est tranchée avec un scalpel chirurgical.
Le commissaire Gauche arrête immédiatement le Japonais, Aono. L’inspecteur découvre que l’Asiatique est diplômé en chirurgie, expert en combat rapproché et qu’il a perdu un scalpel dans sa trousse médicale. Le policier a vu le Japonais briser des citrouilles à mains nues et l’accuse d’avoir fracturé le crâne de Lord Littleby. Les preuves semblent irréfutables. Cependant, Fandorin sauve le Japonais d’une exécution certaine. Le diplomate prouve que le samouraï Aono dissimulait sa paisible profession de médecin par honte auprès de ses ancêtres belliqueux. Fandorin retrouve la trace de l’Africain clandestin sur le pont du bateau et confirme que c’est bien lui qui a volé le scalpel.
Le vrai visage des criminels
Fandorin démasque le véritable héritier du Rajah de Bagdad. Il s’agit du second du capitaine, Charles Rainier. Ce marin, d’origine franco-indienne, a tué le professeur par crainte d’être découvert. Il a ensuite trompé le commandant du navire, lui faisant croire que sa fille était gravement malade. Rainier a tenté de précipiter le navire sur des rochers sous-marins. Le criminel projetait de faire un millier de victimes et d’effacer ses traces, s’enfuyant à bord d’une embarcation prévue à cet effet. Fandorin, Gosh et le navigateur Fox ont évité le désastre à temps et sauvé le navire.
Le commissaire arrête Rainier. Peu après, le marin est retrouvé mort dans sa cellule d’isolement, le crâne fracassé. À proximité gît une lettre dans laquelle Rainier revendique tous les meurtres récents et affirme avoir brûlé le mouchoir de son père. Gauche déclare l’enquête close.
Le dénouement dans le salon
Fandorin réunit tous les passagers dans la cabine et réfute le récit de Gauche. Il accuse publiquement Renata Kléber. En réalité, cette femme est l’insaisissable aventurière internationale Marie Sanfon. Elle est devenue l’épouse secrète de Rainier et l’a incité à partir à la recherche du trésor. Marie se déguise en religieuse catholique et empoisonne froidement les domestiques de Lord Littleby, sous prétexte de leur administrer une injection prophylactique. Elle assassine également Gauche dans sa cabine. Un policier trouve un mouchoir sur Rainier et compte s’emparer du trésor.
Marie Sanfon a abattu Gosh, a simulé le suicide de son mari en cellule d’isolement et s’est emparée du foulard de soie. Se croyant à l’abri des poursuites, elle ne nie pas les accusations. Elle exhibe le foulard avec audace, bien décidée à récupérer le trésor devant une cour européenne. Les représentants de la France et de l’Angleterre se disputent la propriété du trésor. Fandorin révèle le secret du foulard : le tissu triangulaire imite la forme d’une montagne, et un trou à l’emplacement de l’œil de l’oiseau indique la cachette exacte. Le diplomate ouvre alors la fenêtre latérale. Une forte brise marine soulève la soie légère, et le foulard s’envole dans les vagues déchaînées de l’océan.
finale de natation
Dans un accès de rage aveugle, Marie attaque le diplomate avec un couteau à fruits aiguisé. La criminelle sort alors un pistolet à double canon dissimulé. Elle tire sur le soldat japonais Aono, qui se précipite au secours de Fandorin, désarmé. Le navire tangue fortement sous l’effet d’une forte vague. Une lourde horloge de parquet en chêne s’abat sur le dos de la meurtrière, la laissant inconsciente.
La blessure du médecin japonais s’avère sans gravité. La perfide Marie Sanfon survit, mais risque une longue peine de prison pour tentative de meurtre. Le Léviathan poursuit son voyage vers l’Inde. Le baronnet anglais Milford-Stokes, plongé dans la folie, attend son arrivée imminente à Tahiti. Là, il espère retrouver sa femme défunte, dont il refuse obstinément d’admettre la mort.
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