"Chevengur" d’Andrei Platonov, résumé
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Ce livre est une épopée philosophique, écrite en 1927. Le texte raconte l’histoire de personnes qui croyaient en la possibilité d’arrêter immédiatement le cours de l’histoire afin d’établir littéralement le communisme dans un seul comté pauvre.
Les errances de Zakhar Pavlovich et Sasha Dvanov
Zakhar Pavlovitch est un artisan sans famille ni domicile fixe. Il erre de village en village, réparant des ustensiles et fabriquant des casseroles en bois. Il n’a d’attaches dans la vie que sa passion pour les machines ingénieuses. Zakhar Pavlovitch s’installe en ville et travaille comme ouvrier dans un dépôt de locomotives, où il admire sincèrement la puissance des engins motorisés. Il recueille un petit garçon, Sacha Dvanov, qu’il élève. Le père biologique de Sacha, pêcheur du lac Mutevo, s’est noyé volontairement. Le pêcheur s’était attaché une solide corde aux pieds et avait sauté dans l’eau, voulant voir ce qui se cachait sous la surface de la mort.
Avant de rencontrer Zakhar Pavlovitch, Sacha avait vécu dans la famille d’accueil de Prokhor Abramovitch, où avait grandi un garçon débrouillard nommé Prochka. Plus tard, l’orphelin se retrouva à mendier. Zakhar Pavlovitch sauva Alexandre de la mort. Sacha grandit et lisait avec intérêt des ouvrages techniques. Puis éclata la révolution. Zakhar Pavlovitch cherchait le parti politique le plus juste, mais doutait de la sincérité de ses membres. Alexandre Dvanov rejoignit les bolcheviks. Le Parti l’envoya au front de la guerre civile, à Novokhopersk.
En chemin, un train militaire déraille à cause de la panique du mécanicien. Alexandre Dvanov erre à pied à travers la province et contracte le typhus, qui dégénère en pneumonie. Zakhar Pavlovitch parvient à construire un cercueil solide pour son fils adoptif. Alexandre guérit miraculeusement, et le cercueil en bois sert de bois de chauffage. Dvanov rencontre une jeune femme nommée Sonia Mandrova, et une timide attirance naît entre eux. Peu après, le comité exécutif provincial charge Dvanov de se rendre dans les districts reculés pour y découvrir les prémices spontanées du socialisme.
La route de Chevengur
Dans la steppe, Alexandre est capturé par la bande anarchiste de Mrachinsky. L’anarchiste Nikitok blesse Dvanov à la jambe par balle. Alexandre est sauvé d’une mort certaine par Stepan Kopenkine. Ce commandant itinérant des forces bolcheviques chevauche un puissant destrier nommé Force Prolétarienne. Kopenkine ne vit que du souvenir de Rosa Luxemburg, assassinée. Il considère la révolution comme le prolongement vivant du corps de Rosa et combat ses ennemis avec son sabre. Kopenkine et Dvanov voyagent ensemble en quête d’une vie meilleure.
En chemin, ils traversent des hameaux misérables. À Petropavlovka, ils rencontrent un homme qui se prend pour un dieu et se nourrit d’argile sèche. Un commissaire boiteux règne sur le village de Khanskie Dvoriki. Il s’est rebaptisé Fiodor Dostoïevski, enregistre les paysans sous les noms de Colomb et Franz Mehring, et distribue le bétail d’autrui aux pauvres. Les voyageurs visitent la commune « Amitié des Pauvres ». Ses habitants portent de longs noms administratifs et ne cultivent rien. Kopenkine et Dvanov découvrent le refuge révolutionnaire du camarade Pashintsev. Il porte une armure de chevalier médiévale à même la peau et dort sur des bombes vides.
Dvanov et Kopenkine se rendent à Chevengur, chef-lieu du district. Chepurny, président du comité révolutionnaire, y est aux commandes. L’idéologie de la ville est élaborée par Prokofy Dvanov, désormais adulte. Chepurny souhaite l’avènement immédiat du communisme. Prokofy rédige une circulaire annonçant le retour de la bourgeoisie. Toute la petite bourgeoisie est rassemblée sur la place publique. Piyusya, chef de la Tchéka, abat les riches habitants, visant leur gorge pour les tuer au plus vite. Les survivants sont chassés dans la steppe. La ville se vide. Les bolcheviks de Chevengur attendent le prolétariat.
La vie du prolétariat sous le communisme
Les bolcheviks proclament le soleil unique travailleur du monde. Le peuple est libéré du travail. Les Chevenguriens organisent des subbotniks (journées de travail) : ils déplacent les maisons en bois et arrachent les vergers pour effacer physiquement Chevengur de son héritage historique. Prokofy part dans la steppe et ramène la population en ville. Ce sont les « autres » : des vagabonds, des orphelins, des anonymes qui ont grandi sans père dans une misère noire. Ils se nourrissent de plantes sauvages et dorment à même le sol, se serrant les uns contre les autres pour se réchauffer.
Les habitants de Chevengur rejettent toute activité créative utile. Ils croient sincèrement que tout travail engendre des contradictions de classe et mène au capitalisme. Les villageois errent dans les steppes environnantes, se nourrissant de maigres végétaux et vêtus de haillons. Ils savourent leur libération de toute contrainte physique et mentale. Chepurny dort dehors et entretient un feu dans une tour d’argile afin que les pauvres errant dans les steppes puissent retrouver leur chemin jusqu’à Chevengur. Les bolcheviks Zheyev, Kirey et Kesha gardent les abords de la ville la nuit, craignant une attaque surprise de bandes cosaques.
Ils s’installent dans les maisons vides de Chevengur. Ils n’ont que faire des biens matériels. Leur seul but est l’amitié et la présence de leurs camarades. Le vieux Yakov Titych dort dans une maison avec un cafard solitaire, qu’il plaint comme s’il était le sien. Le piéton Lui appelle à un communisme continu et se dirige vers Petrograd. Une mendiante entre dans la ville avec un garçon épuisé. L’enfant est gravement malade. Chepurny espère que, grâce au communisme déjà en place, il guérira vite. La mère couche l’enfant sur le lit. Le garçon gémit et meurt peu après. Chepurny tente de le ranimer, mais il est trop tard. Kopenkine est déçu.
Les autres habitants, lassés de l’inactivité, réclament des épouses. Prokofy amène des villages un convoi de femmes émaciées, vieillies par le chagrin. Ces femmes deviennent pour les autres comme des mères et des sœurs. Seul Prokofy s’approprie la plantureuse Klavdyusha et s’empare des biens de la ville, qu’il entrepose dans une maison de briques. Simon Serbinov arrive à Chevengur en mission depuis Moscou. Il a laissé derrière lui une liaison passagère, Sofia Alexandrovna, pour laquelle il éprouvait une attirance cynique. Serbinov parcourt des champs envahis par les mauvaises herbes. Simon consigne l’étrange vie de la ville, rédige un rapport sarcastique à l’attention du gouverneur et reste attendre.
Dvanov éprouve une profonde responsabilité envers les habitants du village. Il les prend en pitié et s’efforce de leur assurer une existence paisible. Alexandre décide de construire un barrage sur un cours d’eau asséché afin d’irriguer la steppe pour les futures récoltes. Piyusya l’aide volontiers à creuser la terre. Gopner prend soin de Yakov Titych, malade, et lui construit un abri confortable dans la maison ainsi qu’une serre. Deux jeunes gitanes arrivent discrètement à Chevengur, espérant y trouver des maris et un abri. Mais les autres habitants, gênés par leur présence, les font quitter le village et disparaître dans l’immensité de la steppe.
La mort de Chevengur
Dvanov, avec le vieux artisan Gopner, tente de fabriquer un disque de bois pour lancer des pierres et défendre Chevengur. Gopner allume un feu par friction à l’aide d’une pompe en bois sec. Soudain, Chevengur est attaquée par un détachement de cosaques. Une bataille s’engage à cheval et à pied. Piyusya, Chepurny, Pashintsev et bien d’autres périssent en défendant farouchement la ville. Serbinov tire un coup de revolver et un cavalier lui tranche le ventre d’un coup de sabre. Serbinov s’effondre, mort. Kopenkin combat au cœur de la mêlée avec les Forces prolétariennes. Il est mortellement blessé. Dvanov emporte Kopenkin dans la steppe. Kopenkin délire au sujet de Rosa Luxemburg et meurt paisiblement sur le sol. Dvanov remonte à cheval avec les Forces prolétariennes et s’éloigne de Chevengur en ruines.
Alexandre Dvanov se rend à cheval à son lac natal, le lac Mutevo. Sur la rive, il trouve une vieille canne à pêche oubliée. Alexandre descend de cheval, s’avance dans l’eau et se noie, suivant ainsi les traces de son père défunt. Le Pouvoir Prolétarien retourne à Chevengur, ville désertée. Le vieux Zakhar Pavlovitch y arrive, à la recherche de Sacha. Dans cette ville morte, il trouve Prokofi en larmes. Prokofi est assis seul au milieu de ses affaires. Zakhar Pavlovitch lui demande de retrouver Sacha Dvanov et lui offre un rouble. Prokofi promet de ramener Alexandre gratuitement et part à sa recherche.
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