« Émigration, une ombre près du feu » de Dina Rubina, résumé
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Ce livre est le récit autobiographique d’un changement de patrie, publié en 2022. Le texte est composé de nouvelles et de romans courts décrivant l’installation en Israël. Sans pathos artificiel, l’auteure saisit l’amertume de la séparation d’avec son ancienne vie, l’absurdité de l’adaptation et la quête d’une nouvelle identité. Elle s’attache aux détails tragi-comiques du quotidien, où la douleur de perdre ses racines transparaît derrière les situations cocasses. L’émigration est dépeinte comme un choc brutal qui, certes, brise des côtes, mais offre une seconde chance.
Comment ça s’appelle ici?
Dans l’essai éponyme, l’auteure évoque le choc de l’immigration. Une connaissance la met en garde : dans un nouveau pays, les repères familiers disparaîtront et la vie deviendra comme une serviette suspendue dans le vide, sans son crochet. À leur arrivée, la famille se heurte à l’incompréhension de la mentalité locale, de la langue et des plaisanteries. L’auteure décrit le douloureux processus d’adaptation. La perte de sa patrie exacerbe la mélancolie, mais décuple aussi la joie, multiplie la liberté et confère à l’individu une dimension supplémentaire à l’existence.
À vos portes
L’histoire décrit les premiers mois de l’héroïne à Jérusalem, à la veille de la guerre du Golfe. Elle trouve un emploi d’éditrice dans l’étrange maison d’édition « Tim’ak », dirigée par l’autoritaire Yasha Khristiansky. Ce dernier publie un journal religieux et harcèle constamment auteurs, clients et employés. Rita et Katka, deux rapatriées, travaillent à ses côtés. Elles corrigent des textes absurdes. L’héroïne, quant à elle, édite un roman loufoque et convenu d’une certaine Mara Druk.
Les forces irakiennes commencent à bombarder Israël à la roquette. Une sirène retentit la nuit, et la famille de l’héroïne enfile des masques à gaz et se réfugie dans une pièce hermétiquement close. Le jour, les employés travaillent au bureau. Bientôt, l’entreprise fait faillite. La direction vend ses actifs, Yasha panique, et les sponsors se disputent l’argent. Lors du dernier raid aérien, l’héroïne s’empare de la théière fournie par le gouvernement et s’enfuit. L’histoire s’achève le jour de Pourim. Des foules immenses célèbrent la défaite de l’Irak dans les rues de Jérusalem, et l’héroïne se résigne à sa vie précaire.
La caméra se rapproche!
L’histoire transporte le lecteur dans le passé de Tachkent. L’héroïne écrit un scénario adapté de sa propre nouvelle, qui met en scène un inspecteur de police. La réalisatrice Angela, qui travaille pour Uzbekfilm, se charge de l’adaptation. Angela et la monteuse Fanya Moiseyevna font pression sur l’auteure pour qu’elle change la nationalité du personnage principal. Fanya insiste sur le fait qu’un Juif ne peut pas incarner un policier positif dans le cinéma soviétique.
Le scénario est massacré par de nombreuses personnes. Le rôle principal est confié au fils d’Angela, le jeune et arrogant Maratik. Le tournage vire à la farce. Le caméraman et le chef décorateur boivent et se disputent. La musique est composée par l’excentrique comte hongrois László Tomasz. L’héroïne assiste avec dégoût à la destruction de sa vue. Des années plus tard, vivant désormais dans le désert de Judée, elle se souvient de cet épisode comme d’une punition et d’une perte de temps insensée.
Pommes du verger Schlitzbuter
L’héroïne se trouve à Moscou. Elle apporte une nouvelle d’un écrivain de Tachkent qu’elle connaît à la rédaction d’un magazine juif. Dans les locaux délabrés, elle est accueillie par une femme haute en couleur et par Grisha, le rédacteur en chef âgé et fatigué. En apprenant le nom de jeune fille de l’héroïne, Grisha comprend qu’elle est la petite-fille de son voisin originaire de Zolotonosha, une ville ukrainienne.
Grisha se souvient de sa jeunesse. Il s’avère qu’il était éperdument amoureux de la tante de l’héroïne, la belle Frida. L’éditeur lui demande de raconter son histoire. L’héroïne lui révèle : Frida a été pendue par les nazis. Grisha sombre dans le désespoir. Il se lance dans un monologue amer sur sa vie brisée. Le vieil homme refuse d’écouter les appels à la renaissance nationale. Il offre à l’héroïne les pommes qu’un collègue lui a apportées et la voit monter dans l’avion d’un long regard triste.
Notre entreprise chinoise
L’héroïne et sa compagne, Vitya, tentent d’obtenir un contrat pour la publication d’un bulletin d’information. Le client est une association de Juifs russophones ayant vécu en Chine avant la guerre. Le président de l’association, Maurice Lurye, et son associé, Yakov Moiseevich Shenzer, sont farouchement attachés aux traditions de leur organisation. Vitya se comporte avec insolence, est impolie envers les personnes âgées et exige des sommes exorbitantes ainsi que la conversion de la publication en PAO.
Plus tard, Yakov Moiseevich confie à l’héroïne : ils ne peuvent pas mettre à jour le bulletin d’information. Le journal est collé à la main par un homme malade et handicapé nommé Alik. Il est le fils illégitime d’une femme que Yakov et Maurice ont aimée. Travailler à la rédaction sauve Alik de la dépression. L’héroïne refuse un contrat lucratif, consciente de la fragilité du secret de famille d’autrui.
Alors, continuons!
Ancienne ingénieure en électricité, Raya travaille à mi-temps comme modèle dans un atelier d’art israélien. Les artistes sont souvent privés d’électricité à cause de fusibles grillés. Nue, Raya court jusqu’au tableau électrique, répare le courant et les cours reprennent. Soudain, Raya est accusée d’avoir volé des diamants à une vieille dame dont elle faisait le ménage.
En raison de l’enquête, Raya a interdiction de quitter le pays. Cependant, les artistes collectent des fonds et l’envoient à Amsterdam pour présenter des tableaux à une exposition. Le gérant de l’atelier se porte garant pour elle auprès de la police. Aux Pays-Bas, Raya trouve la paix intérieure. De retour en Israël, elle rencontre un chauffeur de taxi impoli, mais éprouve toujours un étrange attachement à ce pays trépidant.
Empereur aux grands yeux, une famille de daurades
Michael, un artiste russe, travaille comme aide-soignant auprès de personnes âgées israéliennes. Il s’occupe notamment de survivants de l’Holocauste. Plus tard, une riche millionnaire lui commande la restauration d’un bas-relief égyptien. Michael rencontre alors son fils, Dani, qui souffre d’obésité et d’une grave dépression. Sa famille envisage de le faire interner dans un hôpital psychiatrique afin de maîtriser son état.
Michael commence à donner des cours de peinture à Dani. Ils se lient d’amitié. Michael l’emmène au bord de la mer et lui raconte des histoires tirées des classiques russes. Lors d’une fête de famille, la sœur hautaine de Dani insulte Michael. Il perd son sang-froid, pique une crise et part avec l’homme corpulent. Dans un restaurant, ils croisent le patient évadé de Michael : un vieil homme portant un numéro de bagnard tatoué sur le bras. Les clients du restaurant se moquent cruellement du prisonnier. Fou de rage, Michael brise une vitrine et une bagarre éclate. L’histoire se poursuit dans une chambre d’hôpital, où le héros meurtri attend son procès, mais continue de croire en l’immortalité de l’âme.
Enseigne
Le texte relate une histoire de terrorisme israélien. La mère du narrateur se rend à pied au marché de Jérusalem. Une femme s’arrête pour acheter des tomates. Cette hésitation passagère lui sauve la vie : une puissante explosion retentit au loin. Son voisin, Valera, confie ses sacs à un vendeur de carpes qu’il connaît. Une seconde plus tard, le vendeur et son étal explosent.
Tanya, son amie, envoie son fils chercher un shawarma rue Ben Yehuda. Un attentat terroriste a lieu également à cet endroit. Le garçon survit grâce au propriétaire du café, qui met aussitôt les clients à l’abri dans les toilettes. En signe de gratitude, Tanya donne une somme importante à un mendiant. L’auteure analyse comment des objets simples – tomates, poissons, pièces de monnaie – deviennent des symboles de survie. La menace constante de mort devient un signe du quotidien dans ce quartier.
Un pistolet pour Eva
La fille de l’héroïne, Eva, est enrôlée dans l’armée israélienne. Ses parents achètent en urgence des vêtements chauds pour la préparer aux nuits sous la tente. La cérémonie de prestation de serment ressemble davantage à un pique-nique familial. Un chien roux court sur le terrain de parade, et les proches crient et prennent des photos.
Les femmes soldats reçoivent des armes individuelles. Lors de sa première permission, Eva ramène un fusil à la maison. Il est interdit de laisser des armes sans surveillance. La famille se demande où cacher la mitrailleuse lourde pendant que leur fille sort boire un verre avec des amies. Finalement, elles dissimulent deux fusils d’assaut sous les coussins du canapé. Au petit matin, les soldats, épuisées, dorment en serrant leurs fusils contre elles, ce qui rappelle à l’auteure la vulnérabilité des enfants.
"Ma veste à carreaux blancs…"
Dans son dernier essai, l’auteure expose sa vision de l’identité nationale. Elle évoque son enfance à Tachkent, ville multiculturelle où les frontières ethniques s’estompaient. Elle cite des exemples tirés de ses voyages à l’étranger où le partage de codes culturels s’est révélé plus important que les liens du sang.
L’auteure compare le caractère élu de son peuple à celui d’un écolier convoqué au tableau pour une expérience de chimie dangereuse. Le flacon explose, et l’élève, l’oreille brûlée, reste là, sous les rires de la classe, mais le lendemain, il sera de nouveau convoqué. L’écrivaine admet n’avoir jamais trouvé de réponse définitive à la question de son identité. Le texte s’achève sur la confession d’un amour amer, las, mais indéfectible pour ses compatriotes. Ce lien défie toute logique ; il est inscrit dans la nature humaine même.
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