« Missions spéciales :
Décorateur » de Boris Akounine, un résumé
Ce roman policier historique sombre, écrit en 1999, met en scène un célèbre détective confronté à un tueur en série dont le mode opératoire rappelle étrangement les atrocités de Jack l’Éventreur. L’intrigue se déroule à la veille de Pâques 1889 dans l’ancienne capitale. Une série d’agressions brutales contre des femmes ébranle cette ville patriarcale et menace de compromettre la visite royale.
Ce livre fait partie du célèbre cycle littéraire « Les Aventures d’Erast Fandorin », et constitue le sixième tome de la série (publié dans la deuxième partie du cinquième recueil, « Missions spéciales »). Parmi les autres romans célèbres mettant en scène ce détective, citons « Azazel », « Le Gambit turc », « Léviathan » et « La Mort d’Achille ».
Le début de l’enquête et une réunion secrète
L’agent des missions spéciales Erast Fandorin et son jeune assistant, Anisy Tyulpanov, examinent la scène de crime. Le corps éventré de la prostituée Stepanida Andreichkina a été découvert dans un hangar à bois délabré. L’expert médico-légal Yegor Zakharov procède à un examen préliminaire, triant et recueillant soigneusement les viscères extraites. Fandorin remarque une tache de sang ovale sur le visage pâle de la victime. Le détective reconnaît une empreinte de lèvres. Il s’agit précisément de la marque macabre laissée sur ses victimes par le tueur en série londonien qui a terrorisé l’Europe l’année précédente.
Le prince Vladimir Dolgorouki, gouverneur général, convoque bientôt une réunion secrète. Les autorités locales craignent une médiatisation excessive. Le maire prépare l’arrivée solennelle de l’empereur, prévue pour coïncider avec les festivités de Pâques. Erast Petrovitch propose d’annuler immédiatement la visite impériale. Le chef de la police, Yourovski, et le procureur Kozliatnikov s’y opposent farouchement. Leonty Ijitsyn, chargé des affaires majeures, rejette ouvertement l’idée d’une implication anglaise. Cependant, un détail horrifiant est mis au jour. Ces derniers mois, la police moscovite a découvert des corps similaires de femmes marginalisées. Les autorités ont attribué ces morts tragiques à des rixes d’ivrognes et aux abus de proxénètes locaux.
Exhumation des corps et recherche des suspects
Pour confirmer leur hypothèse, les enquêteurs procèdent à une exhumation, c’est-à-dire qu’ils exhument des restes humains récemment enterrés. Tyulpanov se rend au cimetière de Bozhedomskoye. L’assistant de Fandorin s’entretient avec le bavard gardien Pakhomenko, qui lui parle des sépultures non enregistrées de sans-abri. Anisy ordonne aux ouvriers d’exhumer les fosses communes anonymes. D’autres victimes présentant des blessures chirurgicales similaires sont découvertes. La survenue de ces premiers meurtres coïncide précisément avec la disparition de l’Éventreur de Londres. Le monstre britannique s’est bel et bien installé en Russie.
Erast Petrovich recourt au raisonnement déductif. Le tueur maîtrise parfaitement les instruments chirurgicaux et possède d’excellentes connaissances en anatomie. L’inspecteur restreint ses recherches aux personnes arrivées d’Angleterre l’automne dernier et ayant une formation médicale avérée. Trois personnes restent sur la liste. Ivan Stenich, ancien étudiant en médecine, travaille comme infirmier dans un hôpital psychiatrique. Elizaveta Nesvitskaya, sage-femme, s’est cachée en Écosse après avoir été arrêtée pour des raisons politiques. Le millionnaire Kuzma Burylin a lui aussi abandonné ses études de médecine.
Fandorin reçoit à sa grande surprise un colis contenant une oreille de femme coupée. L’inspecteur retrouve aussitôt Bouryline à une fête débridée d’anciens étudiants en médecine, en présence du docteur Zakharov. L’effronté millionnaire avoue une mauvaise plaisanterie : Bouryline a coupé l’oreille d’un cadavre à la morgue, voulant narguer la police et se vanter auprès de ses camarades. Le riche homme est placé en détention administrative.
Anisiy interroge Stenich et Nesvitskaya en détail. Stenich admet avoir fait partie d’un cercle d’élèves moscovites à la réputation sulfureuse. Nesvitskaya, qui a purgé une peine d’isolement, fait preuve d’un caractère bien trempé, d’une force physique impressionnante et d’un mépris pour les forces de l’ordre. Les deux pistes semblent prometteuses.
Expérience expérimentale et nouvelles victimes
Entre-temps, l’inspecteur Izhitsyn avance sa propre théorie. Leonty Andreevich estime que seul un boucher illettré pourrait commettre de telles atrocités. Izhitsyn ordonne l’arrestation de bouchers tatars et juifs locaux. Afin de condamner rapidement le coupable, le procureur ambitieux met en place une expérience psychologique brutale.
Les trois intellectuels présumés sont conduits à la morgue. Izhitsyn aligne les corps des victimes et arrache brusquement la bâche qui recouvre les cadavres mutilés. Sans effet. Nesvitskaya insulte bruyamment l’enquêteur. Burylin fait éclater bruyamment un sac en papier gonflé, riant aux éclats de la police. Stenich, pris d’hystérie, s’effondre et accuse Zakharov de cynisme pur et simple.
Le criminel, fou de rage, frappe à nouveau. Près d’un passage à niveau, des ouvriers découvrent le corps d’une jeune fille, le visage soigneusement écorché. La nuit suivante, le malfaiteur s’introduit par effraction dans l’appartement d’Izhitsyn. Le maniaque assassine silencieusement la femme de chambre qui a ouvert la porte, puis égorge l’enquêteur. Le tueur dépose son baiser sanglant habituel sur le front de sa victime.
La solution et la mort de l’assistant
Le matin, le comte Tolstoï, ministre de l’Intérieur, arrive de Saint-Pétersbourg. Il menace de démissionner immédiatement et exige que le coupable soit trouvé avant dimanche. Fandorine prend personnellement en charge l’enquête, promettant des résultats rapides.
Tyulpanov analyse la liste des personnes présentes lors de l’expérience. L’assistant de Fandorin conclut à tort que l’expert Zakharov est le maniaque. Le jeune homme prend un revolver et se rend à la Bozhedomka. Là, Anisy aperçoit un inconnu qui s’enfuit de chez le médecin. Tyulpanov se lance à sa poursuite, mais est mortellement blessé à deux reprises. Malgré son hémorragie, le jeune homme parvient à rédiger un rapport sténographique pour son supérieur. Peu après, le criminel attaque l’appartement d’Anisy. Le malfaiteur assassine brutalement la sœur malade du jeune homme, Sonia, et la gentille servante, Palasha.
Erast Petrovich est inconsolable. L’inspecteur examine minutieusement l’appartement de Zakharov et découvre des fragments de lettre. L’expert avait l’intention de livrer son vieil ami aux autorités, mais il est trop tard. Déguisé en proxénète, Fandorin rencontre une prostituée rescapée d’une agression gratuite. La femme décrit la voix basse du criminel et son jargon médical étrange. Fandorin comprend enfin qui se cache derrière le masque du tueur en série.
Voici Pakhomenko, le gardien de cimetière compatissant. Le monstre, lui, s’appelle Sotsky. Il avait en effet dirigé ce même groupe d’étudiants brutaux. Pour avoir battu une femme, les autorités l’ont envoyé sans procès dans une prison militaire, d’où il s’est rapidement enfui en Europe. À Londres, le fugitif travaillait comme boucher dans un abattoir. Les souffrances de la prison et la vue constante du sang ont altéré la santé mentale de cet homme instruit. Le maniaque se prenait pour un «décorateur» et déclarait : «Je suis venu vous apporter la joie.» Sotsky croyait que la vraie beauté résidait uniquement dans les organes internes et que l’enveloppe extérieure souillée des femmes marginalisées était une insulte à leur Créateur.
La justice de Fandorin
Le décorateur prépare un nouveau crime. Le tueur se déguise en femme et pénètre chez Fandorin, avec l’intention de disséquer la partenaire de l’inspecteur, Angelina. Erast Petrovitch et son fidèle domestique japonais, Masa, sont assis dans un couloir sombre. Sotsky se jette sur le Japonais, un scalpel étincelant à la main, mais échoue. L’inspecteur expérimenté désarme facilement le maniaque.
Erast Petrovitch organise un procès improvisé pour le criminel. Sotsky raconte son histoire sans hésiter. Il croit sincèrement en sa mission divine et ne montre aucun remords. Fandorine perçoit toutes les failles du système judiciaire officiel. L’Angleterre exigera immédiatement l’extradition du criminel, des avocats coûteux prouveront aisément la folie de l’accusé, et le monstre finira tôt ou tard par s’échapper de n’importe quel hôpital. L’inspecteur refuse de livrer le Décorateur aux autorités, assumant l’entière responsabilité.
Erast Petrovitch ordonne à Masya d’emmener Sotsky dans la cour, la nuit. Un coup de feu sec retentit. Le tueur impitoyable a été éliminé sans procès ni enquête.
Angelina est profondément bouleversée par ce qui s’est passé. La religieuse a sincèrement supplié Fandorin de ne pas commettre un péché aussi grave et de s’en remettre à la providence divine. Comprenant que le détective avait froidement assassiné un homme, aussi cruel fût-il, elle rassemble ses maigres possessions. Angelina quitte définitivement la maison de la rue Malaya Nikitskaya, cherchant refuge dans un monastère isolé. L’histoire s’achève sur les sons joyeux des cloches de Pâques.
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